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Le Rouge et le Blanc

Julian Barbière (UNESCO): l'océan au bord d'une catastrophe écologique (La Voix de la Russie, 25 septembre 2014)

26 Septembre 2014 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Recouvrant près de 70% de la planète, l’océan maintient la biodiversité et le climat, couvre nos besoins en transports, ressources alimentaires et minérales.

La Journée mondiale de l’océan, jadis destinée à commémorer sa grandeur et son importance, a perdu son caractère joyeux il y a longtemps : l’océan, cette force puissante et inconnue, est au bord d’une catastrophe écologique.

Aujourd’hui, aux problèmes océaniques dits « traditionnels » (réchauffement climatique, pollution, réduction de la biodiversité) s’ajoute un nouveau défi important – la surpopulation. Notre expert Julian Barbière, chef de la politique marine et des programmes régionaux à la Commission océanographique intergouvernementale de l’UNESCO, nous a fait l’immense honneur de décortiquer la situation avant de procéder aux mécanismes de régulation de ces problèmes majeurs.

LVdlR.Quelles sont les principales menaces pesant sur les océans ?

Julian Barbière . Effectivement, la Journée mondiale de l’océan est là pour sensibiliser le public sur les grands enjeux qui touchent les océans. Ces enjeux sont de différents types d’échelle. Il y a des enjeux globaux. Par exemple, on parle beaucoup de l’acidification des océans qui est liée au nombre d’émissions de gaz carbonique qui sont, en général, absorbées par l’océan. Plus on rejette de gaz carbonique dans l’atmosphère à cause des activités humaines, et plus l’océan absorbe ce gaz, se transforme et crée des réactions chimiques qu’on appelle donc l’acidification. Le problème est que cela peut toucher toute la chaîne trophique des océans, du plancton au zooplancton et aussi aux coquillages, les récifs coralliens dans certaines régions. Ces problèmes de l’acidification qui ne font qu’augmenter depuis plus de 150 ans maintenant sont un vrai enjeu pour les océans.

On peut aussi parler des questions de surexploitation des ressources naturelles dans le milieu marin, particulièrement, les questions de surpêche. On estime aujourd’hui qu’il y a environ entre 50 et 75% des stocks de poisson surexploités. Cela crée un vrai problème puisque les espèces n’ont plus le temps de se renouveler parce qu’elles sont cachées. Il y a aussi un aspect qui est lié à l’alimentation humaine. Beaucoup de communautés et de gens dans le monde dépendent du poisson et de ressources marines pour leur alimentation. Donc, il y a un vrai enjeu de sécurité alimentaire.

Un troisième grand problème qui touche les océans ce sont toutes les questions liées aux pollutions qui viennent principalement de la terre. Elles sont soit liées au manque d’égouts dans les villes, dans les grandes villes et donc des décharges qui se répandent dans les océans. Mais aussi tous les polluants qu’on trouve dans les pesticides ou dans les engrais qu’on utilise dans l’agriculture qui se retrouvent dans les rivières et qui finissent évidemment dans les océans. L’impact dans l’océan de ces polluants est principalement la présence de contaminants, de métaux lourds. On voit apparaître de plus en plus de zones mortes, c’est-à-dire des zones où il n’y a plus d’oxygène dans l’eau et donc il n’y a plus de vie. On estime que maintenant dans le monde il y a entre 400 et 500 zones mortes.

Donc, voilà en quelques mots les grands enjeux. On peut aussi rajouter la perte des habitats côtiers, par exemple, dans les zones tropicales, là où il y a la mangrove qui pousse et qui a un rôle très important dans l’écologie des écosystèmes. Ces zones sont aussi bien souvent abattues pour le développement côtier, pour la création de bassins d’aquaculture, etc. Là aussi, il y a un vrai problème de protéger ces écosystèmes qui sont très-très riches.

LVdlR.On parle en outre de la surpopulation mondiale. En quoi ce phénomène constitue-t-il une menace pour les écosystèmes ?

Julian Barbière . Effectivement, les zones côtières sont des lieux qui attirent les populations de part leur attractivité, de part leur accès à la mer et donc à la ressource et aussi de part le fait que ces zones permettent des échanges entre les nations. Avec les processus de globalisation, on estime maintenant qu’il y a environ 50% de la population mondiale qui réside dans une zone côtière entre 0 et 5 km et principalement réside dans de grands centres urbains (on parle de mégalopoles) qui sont, en général, des villes de plus de 10.000 d’habitants. Il y a donc toute une série de problèmes qui viennent avec cette haute densité de population dont j’ai déjà parlé. Il y a aussi la demande constate pour l’espace côtier. En général, c’est au détriment des espaces naturelles que les constructions se font. Et puis, il y a aussi toute une série de conflits entre les utilisations des zones maritimes.

LVdlR.Le problème de surpopulation peut-il accélérer l’aggravation de déficit en eau potable ?

Julian Barbière . Oui, bien évidemment, puisque ces grands centres urbains ont besoin d’avoir accès à des ressources en eau. Très souvent, ces ressources sont puisées d’aquifères qui se trouvent sous ces villes et qui n’ont pas la capacité de se renouveler de part leur surexploitation. Cela peut entraîner les phénomènes d’affaissement puisque l’eau qui est en-dessous est pompée d’une façon excessive. Conjugué avec le problème d’élévation du niveau de la mer, on peut avoir de vrais problèmes d’inondation, par exemple dans les villes comme Bangkok.

LVdlR.Les scientifiques craignent que la planète ne parvienne pas à nourrir tous ses habitants, entraînant des guerres sanglantes seulement pour les matières premières et l'eau, mais aussi pour la nourriture. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Julian Barbière . Plus la ressource épuise, plus il y a de compétition pour y accéder, plus il y a de demande. C’est clair que cette compétition peut entraîner des conflits au sein des pays ou même entre les pays. Evidemment, c’est un vrai problème. Cela peut être une source de conflit dans des zones maritimes où l’on voit souvent des pays qui veulent éteindre leur domaine national maritime afin de pouvoir accéder à certaines ressources. Il y a une Convention qui existe pour gérer ce genre de problèmes : c’est la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer qui permet de délimiter quelles sont les juridictions de chacun des Etats. C’est à travers ce genre de processus qu’on peut, peut-être, trouver des solutions. Mais il faut aussi trouver des alternatives, c’est-à-dire qu’on ne peut pas toujours aller exploiter, exploiter, exploiter… Il faut trouver des solutions plus « vertes » du point de vue technologiques qui permettraient de réduire ces conflits.

LVdlR.Est-il possible d’agir sur d’autres problèmes que vous avez évoqués ?

Julian Barbière . Oui, tout est possible. L’année prochaine Paris va accueillir une très grande réunion sur le changement climatique. L’idée est de trouver un accord mondial entre les pays afin de réduire les émissions en CO2. C’est seulement en arrivant à contraindre nos émissions du point de vue global que nous arriveront à minimiser ou à réduire les impacts de l’acidification des océans puisqu’elle est liée à ce que les humains rejettent dans l’atmosphère. On peut aussi trouver des solutions qui viennent de la mer même. Il y a certains écosystèmes qui sont de vraies pompes à carbone, qui sont capables de stocker des quantités très importantes de carbone atmosphériques : par exemple, les mangroves, les herbiers, les marais salants. Donc, en protégeant ces espèces, on peut arriver à une sorte de double objectif : premièrement – on augmente la capacité de stockage de carbone, et deuxièmement – cela permet aussi de préserver, de conserver la biodiversité marine.

Commentaire.Ce qui est fait est fait : les ressources naturelles diminuent comme peau de chagrin, des espèces disparaissent, la surpêche explose, les émissions de CO2 dans l’atmosphère ne font que provoquer le réchauffement global. Le danger croissant de surpopulation ne fait qu’approcher la probabilité d’une troisième guerre mondiale, une guerre pour les matières premières, la nourriture et l’eau.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que la raison du plus fort n’est pas toujours la meilleure. Propriété de personne, l’océan est une ressource appartenant à la planète entière dont nous devons tous prendre soin pour qu’il puisse, à son tour, prendre soin de nos descendants.
Lire la suite: http://french.ruvr.ru/radio_broadcast/5646129/277787070/

Source: http://french.ruvr.ru/radio_broadcast/5646129/277787070/

UNESCO: Journée mondiale des océans,Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer: http://www.un.org/fr/events/oceansday/

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