Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Rouge et le Blanc

Simone Weil l'incandescente, par Robert Redeker (Marianne.net)

13 Septembre 2014 , Rédigé par Béthune

Simone Weil l'incandescente

 

La parution de ses œuvres complètes se poursuit avec "l'Enracinement", l'un des plus justes diagnostics de la maladie du monde moderne.

 

Simone Weil l'incandescente

 

A bout de forces, refusant de se nourrir, Simone Weil, l'élève préférée d'Alain, rendit son dernier souffle dans un sanatorium anglais en août 1943. Elle agissait dans les milieux de la France libre et venait de rédiger l'Enracinement, un écrit tout à la fois politique, philosophique et spirituel. Cet ouvrage s'insère aujourd'hui dans les œuvres complètes de la philosophe que, sous la direction de Robert Chenavier, Gallimard publie depuis plusieurs années.

Simone Weil y diagnostique avec justesse la maladie du monde moderne : le déracinement. C'est lui qui a conduit la France au désastre de juin 1940. Elle exhibe les sources de ce déracinement : la technique, l'appréhension moderne de l'Univers à travers la science galiléo-cartésienne, la Révolution française, la conception romaine de la politique, la déspiritualisation généralisée de la vie humaine. Or, l'enracinement est l'un des besoins primordiaux de l'âme, et la patrie est la réalité qui y répond le mieux. Mais il faut entièrement la repenser, en l'articulant à deux autres besoins aussi intenses : la vérité et la justice. La résistance a une mission spirituelle autant que politique et militaire.

Un mot qualifie la philosophe : «incandescence». Son écriture et sa pensée brûlent qui les approche. Autrement dit, il ne s'agit pas d'adopter sa doctrine, de mettre en pratique ses solutions, mais de la suivre, de parcourir avec elle son cheminement intellectuel, de se laisser éclairer par l'ardente lumière de sa réflexion. Simone Weil avait été professeur. Elle avait été anarchiste. Elle avait été révolutionnaire. Elle s'était établie, bien avant les soixante-huitards, en usine, pour écrire la Condition ouvrière. A la faveur du chant grégorien, une expérience pascale survenue en 1938 tourne l'âme de cette femme née dans une famille juive vers le Christ. Ici, elle est dans la Résistance, auprès de De Gaulle. Chacune de ses phrases est un feu intérieur. A qui ressemble vraiment Simone Weil, qui, décédant à 34 ans, passa dans la philosophie avec la brièveté d'un orage de chaleur ? A la grande mystique Marguerite Porete (1250-1310) et surtout à Pascal, par son inflexible force d'âme, l'intransigeance de sa plume.

Robert Redeker (Marianne.net)

 

Œuvres complètes. Ecrits de New York et de Londres, de Simone Weil, Gallimard, t. 5, 480 p., 31,50 euros.

 

Source: http://www.marianne.net/Simone-Weil-l-incandescente_a234823.html

 

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Hors-serie-Connaissance/OEuvres-completes12

 

Partager cet article

Repost 0