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Le Rouge et le Blanc

Amérindien, mon frère

18 Janvier 2015 , Rédigé par POC

Indien Waïka du "Platanal" (cordillère Mahekomo, 2°30 S - 65° W) au Venezuela. Cliché du roi Lépold III de Belgique. In: Joseph Grelier, Aux sources de l'Orénoque, Editions de la Table Ronde, Paris, 1954. Photo du livre: Pierre-Olivier Combelles.

Indien Waïka du "Platanal" (cordillère Mahekomo, 2°30 S - 65° W) au Venezuela. Cliché du roi Lépold III de Belgique. In: Joseph Grelier, Aux sources de l'Orénoque, Editions de la Table Ronde, Paris, 1954. Photo du livre: Pierre-Olivier Combelles.

Des Indiens d'Amazonie ont planté dans la forêt deux lances en croix en signe de guerre pour marquer leur opposition à un projet extractiviste sur leur territoire. C'est la raison pour laquelle les croix chrétiennes plantées dans la forêt amazonienne par les missionaires ont été interprétées pendant longtemps comme des déclarations de guerre par les Indiens. POC. Photo: Marek Woloszko. Remerciements à l'AIDESEP.

Hergé: Tintin et le Temple du Soleil

Un ancien Président du Pérou, Alan Garcia, descendant de colons émigrés d'Espagne pour exploiter les terres et les Indiens d'Amérique, a osé qualifier les Indiens de l'Amazonie péruvienne de "citoyens de second ordre". C'est sous son deuxième mandat, en juin 2009, qu'a eu lieu le fameux massacre de Bagua: http://www.survivalfrance.org/actu/4693

C'est contre les mêmes "Barbares" que la "Civilisation" incendie aujourd'hui l'Orient dans les guerres néo-coloniales pour ensuite détruire notre Mère la Terre par l'industrie extractiviste. POC.

Un Prophète indien, Smohalla*, chef de la tribu Wanapum, refusait de travailler la terre. Il estimait que c'était un péché de blesser ou de couper, de déchirer ou de griffer "notre mère commune" par des travaux agricoles. Et il ajoutait: "Vous me demandez de labourer le sol ? Irai-je prendre un couteau pour le plonger dans le sein de ma mère ? Mais alors, lorsque je serai mort, elle ne me reprendra plus dans son sein. Vous me demandez de bêcher et d'enlever des pierres? Irai-je mutiler ses chairs pour arriver à ses os ? Mais, alors, je ne pourrai plus entrer dans son corps pour naître de nouveau. Vous me demandez de couper l'herbe et le foin et de le vendre et de m'enrichir comme les Blancs ? Mais comment oserais-je couper la chevelure de ma mère?"**

*Circa 1815-1895, dans l'Etat actuel de Washington, sur la côte Pacifique des Etats-Unis d'Amérique. A sa naissance, il fut nommé Wak-wei ou Kuk-kia, ce qui signifie: "qui s´élève de la poussière de la Terre-Mère". http://en.wikipedia.org/wiki/Smohalla

** In: James Mooney, The Ghost Dance religion and the Sioux Outbreak of 1890 (Annual Report of the Bureau of American Ethnology. XIV, 2, Washington, 1896, p. 641-1136), p. 721, 724.

Jeune Navajo, par le célèbre photographe américain du XIXe siècle Edward S. Curtis.

Jeune Navajo, par le célèbre photographe américain du XIXe siècle Edward S. Curtis.

Pierre-Olivier Combelles en octobre 1992 avec des enfants Montagnais-Naskapis de Saint Augustin lors du rassemblement de protestation des Amérindiens de la Côte Nord du Québec au bord du Lac Robertson.

Pierre-Olivier Combelles en octobre 1992 avec des enfants Montagnais-Naskapis de Saint Augustin lors du rassemblement de protestation des Amérindiens de la Côte Nord du Québec au bord du Lac Robertson.

Les barges d'Hydro Québec au lac Robertson. Photo prise en hydravion. Octobre 1993. Pierre-Olivier Combelles

Les barges d'Hydro Québec au lac Robertson. Photo prise en hydravion. Octobre 1993. Pierre-Olivier Combelles

Rassemblement des Montagnais au Lac Robertson en octobre 1993, pour protester contre le projet de barrage d'Hydro Québec. Les tentes ont été installées dans la forêt, au bord du lac, pour plusieurs semaines. La neige ne va pas tarder à arriver. Photo: Pierre-Olivier Combelles.

Rassemblement des Montagnais au Lac Robertson en octobre 1993, pour protester contre le projet de barrage d'Hydro Québec. Les tentes ont été installées dans la forêt, au bord du lac, pour plusieurs semaines. La neige ne va pas tarder à arriver. Photo: Pierre-Olivier Combelles.

La neige est tombée depuis notre arrivée. Mes compagnons Mathieu Mark et Alexandre Bellefleur, Montagnais de La Romaine (Ulamen-Shipit), examinent sur place la carte du Lac Robertson, qu'on apercoit à l'arrière-plan. Hydro-Québec y a construit depuis (1995) un barrage hydro-électrique sur les territoires de chasse ancestraux des bandes de La Romaine et de Saint-Augustin. La végétation de conifères multicentenaires (épinettes, mélèzes, sapins baumiers) et de lichens crustacés millénaires y a été irrémédiablement détruite, ainsi que tous les signes et vestiges de l'occupation du territoire par les Amérindiens. Innuat atsheueskakuat mistukusha (Les Indiens ont perdu leurs terres à cause des Blancs). L'"Indien", c'està dire l'homme des peuples-racines, ne fait qu'un avec la terre. Et la terre est sacrée pour lui. Photo: Pierre-Olivier Combelles, octobre 1992.

La neige est tombée depuis notre arrivée. Mes compagnons Mathieu Mark et Alexandre Bellefleur, Montagnais de La Romaine (Ulamen-Shipit), examinent sur place la carte du Lac Robertson, qu'on apercoit à l'arrière-plan. Hydro-Québec y a construit depuis (1995) un barrage hydro-électrique sur les territoires de chasse ancestraux des bandes de La Romaine et de Saint-Augustin. La végétation de conifères multicentenaires (épinettes, mélèzes, sapins baumiers) et de lichens crustacés millénaires y a été irrémédiablement détruite, ainsi que tous les signes et vestiges de l'occupation du territoire par les Amérindiens. Innuat atsheueskakuat mistukusha (Les Indiens ont perdu leurs terres à cause des Blancs). L'"Indien", c'està dire l'homme des peuples-racines, ne fait qu'un avec la terre. Et la terre est sacrée pour lui. Photo: Pierre-Olivier Combelles, octobre 1992.

En compagnie de mes voisins et amis paysans de Huayllwa, en face de Pitunilla (Ayacucho, Pérou). 2012. Là aussi, le paysan des Andes ne fait qu'un avec la terre, la Pacha Mama. Tout champ qu'on va nouvellement ensemencer va faire l'objet de rites propiatoires et l'on pratique encore secrètement le culte des apus (esprits de la montagne) et des illya (représentations archétypales des animaux ou des plantes alimentaires traditionnelles). Aujourd'hui, les paysans des Andes sont chassés de leurs terres par l'industrie extractiviste (mines) et par le dumping de l'agriculture industrielle sur la côte et dans les plaines amazoniennes, qui a pour conséquence la disparition de l'agriculture vivrière.

En compagnie de mes voisins et amis paysans de Huayllwa, en face de Pitunilla (Ayacucho, Pérou). 2012. Là aussi, le paysan des Andes ne fait qu'un avec la terre, la Pacha Mama. Tout champ qu'on va nouvellement ensemencer va faire l'objet de rites propiatoires et l'on pratique encore secrètement le culte des apus (esprits de la montagne) et des illya (représentations archétypales des animaux ou des plantes alimentaires traditionnelles). Aujourd'hui, les paysans des Andes sont chassés de leurs terres par l'industrie extractiviste (mines) et par le dumping de l'agriculture industrielle sur la côte et dans les plaines amazoniennes, qui a pour conséquence la disparition de l'agriculture vivrière.

Semailles de maïs avec les taureaux et l'araire à la ferme-conservatoire naturel de Pitunilla (Parinacochas, Ayacucho, Pérou), à 2700 m d'altitude. Pas d'engrais chimiques ni de pesticides: seulement du "guano" de cuyes (cochons d'Inde) et de molle (Schinus molle, arbre dont les petits fruits -vendus en Occident sous le nom de "poivre rose"- tombés sont récoltés pour cet usage. L'araire introduite par les Espagnols à partir du XVIe siècle a remplacé un peu partout la chaquitaclla, la bêche andine, d'origine austronésienne. Toute la région est menacée par la mine d'or à ciel ouvert Breapampa (Newmont-Buenaventura), au sommet de la montagne voisine, entrée en exploitation en 2012.  L'économie agricole traditionnelle est bouleversée. Les nappes phréatiques et les cours d'eau, comme le rio Tastamayo à l'arrière-plan sur cette photo, seront pollués par le cyanure qui sert au traitement par lixiviation des millions de mètres cubes de minerai arrachés à la montagne, un espace sacré, séjour des apus (dieux-esprits des montagnes) et des morts. Photo: Pierre-Olivier Combelles, 2005.

Semailles de maïs avec les taureaux et l'araire à la ferme-conservatoire naturel de Pitunilla (Parinacochas, Ayacucho, Pérou), à 2700 m d'altitude. Pas d'engrais chimiques ni de pesticides: seulement du "guano" de cuyes (cochons d'Inde) et de molle (Schinus molle, arbre dont les petits fruits -vendus en Occident sous le nom de "poivre rose"- tombés sont récoltés pour cet usage. L'araire introduite par les Espagnols à partir du XVIe siècle a remplacé un peu partout la chaquitaclla, la bêche andine, d'origine austronésienne. Toute la région est menacée par la mine d'or à ciel ouvert Breapampa (Newmont-Buenaventura), au sommet de la montagne voisine, entrée en exploitation en 2012. L'économie agricole traditionnelle est bouleversée. Les nappes phréatiques et les cours d'eau, comme le rio Tastamayo à l'arrière-plan sur cette photo, seront pollués par le cyanure qui sert au traitement par lixiviation des millions de mètres cubes de minerai arrachés à la montagne, un espace sacré, séjour des apus (dieux-esprits des montagnes) et des morts. Photo: Pierre-Olivier Combelles, 2005.

La mine de Breapampa, au sommet du Cerro Chumpi. Capture d'écran de Google Earth (2105)

La mine de Breapampa, au sommet du Cerro Chumpi. Capture d'écran de Google Earth (2105)

Dessin de Carlin (Pérou). Traduction: "Ce qui se passe c'est que la Communauté [indigène] demande qu'on respecte au moins la tête de bassin hydrographique". "Le problème, c'est que où diable était la tête de bassin hydrographique".n

Dessin de Carlin (Pérou). Traduction: "Ce qui se passe c'est que la Communauté [indigène] demande qu'on respecte au moins la tête de bassin hydrographique". "Le problème, c'est que où diable était la tête de bassin hydrographique".n

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