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Le Rouge et le Blanc

Un Africain chez les Esquimaux

8 Avril 2015 , Rédigé par POC

Ammassalik ou la civilisation obligatoire de Robert Gessain, comme ses autres réflexions sur les Esquimaux propulsés en quelques décennies de la Préhistoire à l'ère moderne, celle de l'Argent, ont une portée universelle. Même en Afrique:

Extrait du blog togolais: http://kangnialem.togocultures.com/?p=3109 :

"A quel point les livres peuvent fasciner un enfant ? Souvenez-vous de Tété-Michel Kpomassie, l’unique best-seller togolais de tous les temps, L’Africain du Groenland (Paris, Flammarion, 1981), Michel Kpomassie est né à Atoeta, d’un père qui vit selon la tradition, et refuse de se convertir au christianisme : il a dans ses cases huit femmes, et considère les missionnaires blancs comme des sorciers. Michel a vingt-six  frères et sœurs, et a appris l’histoire de France et non l’histoire africaine pour obtenir à quatorze ans son certificat d’études. A seize ans, alors qu’il poursuivait ses études chez sa tante à Lomé, la nouvelle tombe, il doit être initié au Vodou et doit prendre une fiancée venue du village. Il se plonge dans le livre qu’il venait d’acheter à La Librairie Evangélique, Les Esquimaux du Groenland à  l’Alaska, du Dr Robert Gessain, ouvrage illustré de photos et de gravures.

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Cette lecture fut une fulgurance, Kpomassie fasciné par ces hommes du Grand Nord, décide de fuir Lomé pour retrouver « son » peuple. Oui, ce livre a décidé de sa vie, et son livre traduit dans plus de dix langues est le récit de son long périple du Togo vers Dakar, puis de Marseille à Copenhague pour arriver enfin sur la côte ouest du Groenland et découvrir la baie de Disko et ses… femmes, non ses habitants."

Autres citations de Robert Gessain sur ce même blog: http://pocombelles.over-blog.com/article-l-argent-et-les-eskimos-d-ammassalik-robert-gessain-98502718.html

Evidemment c'est un problème, l'argent, c'est le problème de tous ceux qui sont venus après le Sakodo*. Ca ne sert plus à rien de savoir attraper les phoques, il faut apprendre à attraper l'argent. Mais ce n'est pas le plus facile, car il faut changer quelque chose dans son coeur et renier tout ce que pensaient les vieux. Pour entrer dans le cycle de l'argent et espérer posséder un jour les nouvelles techniques, il faut mourir à soi-même et à ce que furent les siens. (p. 103)
 
*C'est dans le monde dangereux dont les Inuit par leurs techniques, pendant des siècles, ont triomphé, et qu'ils avaient conçu comme un ordre stable et équilibré que fit irruption le premier Européen en 1884. le Sakodo (comme on nomme Gustave Holm à Amassalik, d'un mot signifiant: celui qui a beaucoup d'armes et d'outils), messager de cette richesse occidentale qui s'accroît de la course accélérée et triomphale où l'entraîne le déséquilibre permanent de son système. (p. 65)
Robert Gessain, Ammassalik ou la civilisation obligatoire, Flammarion, Paris, 1969.
 
Créer des besoins et faire payer pour leur satisfacion est le moteur du monde occidental.
Ainsi des hommes sont-ils peu à peu rendus esclaves du travail carpour manger, avoir de l'eau, de la chaleur, dormir, faire vider ses excréments, il faut payer et l'argent se troque contre la liberté.
Comme ils avaient raison les anciens qui multipliaient les actions de grâces quand ils recevaient un phoque: tout y était donné - nourriture, lumière, chaleur, vêtements. D'une seule action réussie, tout le reste découlait, et les loisirs quand venait l'abondance. La note parfois se payait, c'était pour quelques-uns la mort par la famine. Depuis quatre mille ans, les Eskimo ont victorieusement occupé tout le rivage arctique, de l'Asie au Groenland. Le système était bon. Où sera l'Occident dans quatre mille ans ? Comme il était précieux, pour certaines valeurs humaines, cet ordre du monde où chasseurs et gibier,  à travers les prêtres, avaient passé contrat.
Robert Gessain, Ammassalik ou la civilisation obligatoire, Flammarion, Paris, 1969, pp. 203-204.
 
Robert Gessain (à droite) en 1934 sur le pont du Pourquoi Pas ? IV avant le départ pour Ammassalik, sur la côte du Groenland. Le Cdt Charcot est au milieu. A gauche: Paul-Emile Victor.

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