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Le Rouge et le Blanc

Baisaô, le vieil homme qui vendait du thé

24 Mai 2015 , Rédigé par POC

Baisaô, le vieil homme qui vendait du thé

« Au pied des collines de Narabi ga Oka vit un homme appelé Baisaô. Il a plus de quatre-vingts ans, en voyant sa tête toute blanche on pourrait croire qu'elle est coiffée de plantes d'armoise tout en désordre. Sa barbe est fort longue et descend plus bas que ses genoux. Portant dans un coffre les instruments nécessaires pour faire du thé, il le fait infuser et le sert aux gens dans les lieux remarquables des monts et des forêts alentour, là où sources et pierres sont pures. Il n'opère aucune distinction entre les personnes de rang important et celle du vulgaire et ne demande jamais s'il sera ou non rétribué pour cela. Il narre avec une douce lenteur les diverses histoires du monde. Ainsi, les gens le trouvent disponible, facile d'accès et éprouvent de la sympathie pour lui. Connu d'une foule de personnes, nonobstant le passage des ans, il ne montre jamais le moindre signe de colère, et tout le monde le tient en grande estime et révérence. Lorsqu'on lui demande quelles sont ses origines, il se contente de répondre : "Je suis un homme des provinces de l'Ouest". Par la suite, un samurai au service du seigneur de Hasuike, dans la province de Hizen, très au fait de sa vie, devait raconter les faits suivants : "Cet homme est le disciple le plus éminent du maître zen Kerin, le supérieur du monastère du Ryûshin-ji. En sa onzième année, il entra en religion, et, sous la houlette de Kerin, il lut les Entretiens et étudia le zen. Passé vingt ans, il pérégrina dans les diverses provinces, et, à travers ses rencontres de maîtres éminents, tels Gekkô en la province d'Ôshû ou Duzhuan de l'école Ôbaku, il raffina sa connaissance de la Voie, puis s'en revint dans les régions de l'Ouest net se retira dans les parages les plus reculés du mont Tonnerre, en la province de Tsukushi. Pour son lever et son coucher, il se tenait dans l'ombre des pins, assis sur les mousses, et il n'avait pour toute nourriture que du blé réduit en poudre qu'il conservait dans une besace qu'il portait toujours avec lui. Pour boisson, l'eau des vallées qu'il puisait lui servait à humecter sa gorge. Il passa ainsi, en méditation assise, tout un été, puis s'en revint à son monastère où il servit Kerin comme de par le passé. Il n'était pas ignorant des enseignements de son école, mais il ne voulut pas reprendre la succession du monastère qu'on lui avait confiée. A la mort de son maître, il remit la charge de l'établissement à son disciple Daichô, et disparut sans qu'on puisse savoir en quel lieu. Mais, aujourd'hui, il vit retiré ici. Il a laissé pousser ses cheveux et il se vêt de vieux vêtements élimés n'ayant l'apparence ni d'un moine, ni d'une personne du vulgaire. Comme je le connaissais au préalable, je lui demandais le pourquoi de son comportement ; il me répondit : 'Ma sagesse et ma vertu sont bien insuffisantes. Dussé-je porter l'habit monastique et recevoir ainsi les dons des gens me considérant digne d'éloge, j'en serai tout contrit de honte, c'est pourquoi j'ai choisi de prendre l'apparence d'un laïc. Depuis toujours, je fus pauvre et, ayant traversé ces dernières années en me contentant de vendre du thé pour vivre, je n'ai jamais eu la moindre envie de prendre femme ou de manger du poisson. Mon coeur jamais ne s'est attaché aux choses de ce monde flottant, j'ai pérégriné et erré sans me fixer en nul lieu précis. Mais, à la capitale, nombreux sont les endroits où la forme des monts,le cours des rivières retiennent mon coeur, c'est pourquoi, sans que j'y puisse mais, mes pas s'y sont arrêtés" ».

Yochiguri monogatari.

In: Lachaud Francois. Le vieil homme qui vendait du thé. Excentriques de Kyōto au XVIIIe siècle. In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 149e année, N. 2, 2005. pp. 629-654.

 

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