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Le Rouge et le Blanc

Les chevaliers d'industrie

11 Septembre 2015 , Rédigé par Béthune

11 juillet 1802

"Les cinq cents soldats passagers ajoutés aux six cents hommes qui composaient notre propre équipage formaient un total de onze cens, nombre trop considérable, aussi ne pouvait-on presque se retourner ni dans les batteries ni sur les gaillards. Il faut encore ajouter à cette foule une vingtaine de mauvais sujets de soldats tirés du dépôt colonial de l'île de Rhé et qui rejoignaient je ne sais quel corps à Saint-Domingue. Le moins coupable de ces "honnêtes gens" avait méritéles galères. Je ne dois pas oublier non plus une quinzaine d'aventuriers, de ces chevaliers d'industrie qui battent le pavé de la capitaine à faire des dupes dans les colonies. Je ne sais à quel titre ces messieurs avaient obtenu un passage sur un vaisseau de l'Etat, mais il n'étaient pas les moins incommodes de la bande."

Chevalier Christophe-Paulin de la Poix de Fréminville, Journal.

In: Jean Merrien*: Un certain Chevalier de Fréminville (1747-1848), marin, naturaliste, "antiquaire", légitimiste et romantique... le tout à la folie. Editions Maritimes et d'Outre-Mer, 1970. Cet ouvrage fut le dernier de Jean Merrien.

Autrefois, dans la France noble et royale, le terme péjoratif "chevalier d'industrie" désignait les industriels et les hommes d'affaires, hommes vils. Aujourd'hui, ce sont eux qui forment l'oligarchie dominante de notre monde corrompu où toutes les valeurs sont inversées.

 

"Second paradoxe, cet attachement pour le titre de chevalier (alors qu'il était comte), représentant, honneur suprêrme pour lui, son appartenance à l'Ordre de Malte, alors que cet ordre était, pendant sa jeunesse, interdit en France, puis, après la Restauration, pratiquement disparu. Mais chevalier, au sens le plus élevé du mot-et en d'autres aussi-jusqu'au tréfond de l'âme et des actes." (J. Merrien, idem).

*Jean Merrien était le nom de plume de l'écrivain maritime, de son vrai nom René de la Poix de Fréminville (1905-1972), descendant en ligne directe du chevalier de Fréminville.

Site consacré à Jean Merrien par son fils Gwénolé de Fréminville:

http://gwdefrem.info/JMP/Jmerrien/indexm.html

"Il n'y a maintenant seize ou dix-sept ans que je n'ai vu la reine de France. C'était à Versailles, elle était encore la Dauphine, et certes il n'eut jamais vision plus délicieuse sur cette terre qu'elle semblait à peine toucher. Elle ne faisait alors que paraître sur l'horizon, pour orner et égayer la sphère élevée où elle commençait de se mouvoir - scintillante comme l'étoile du matin, brillante de vie, de splendeur et de joie. Ah! Quel bouleversement! Quel coeur me faudra t-il pour rester insensible à tant de grandeur suivie d'une telle chute ! Que j'étais loin d'imaginer, lorsque plus tard je la voyais mériter la vénération et non plus seulement l'hommage d'un amour distant et respectueux, qu'elle en serait un jour réduite à cacher dans son sein l'arme qui la préserverait du déshonneur; je ne pouvais croire que je verrais de mon vivant tant de désastres s'abattre sur cette princesse, au milieu d'un peuple composé d'hommes d'honneur et de chevaliers! J'aurais cru que dix mille épées bondiraient hors de leurs fourreaux pour la venger ne fût-ce que d'un regard qui aurait pu l'insulter. - Mais l'âge de la chevalerie est passé. Celui des sophistes, des économistes et des calculateurs lui a succédé; et la gloire de l'Europe est éteinte à jamais.

R.H. Edmund Burke, Réflexions sur la Révolution de France. Hachette Littératures, 1989, pp. 95-96.

 

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