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Le Rouge et le Blanc

Congo-Kinshasa: kleptocratie sans fin? par Peter Küpfer (Horizons et Débats)

6 Janvier 2016 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Discours de Patrice Emery Lumumba (né le 2 juillet 1925 à Onalua, Congo belge - et mort assassiné le 17 janvier 1961 au Katanga) lors de l'indépendance de la République Démocratique du Congo (30 juin 1960, Palais nalional de Kinshasa)

(...)

Un discours de trop

Le 30 juin 1960, dans le Palais national de Kinshasa se déroula la cérémonie solennelle de l’indépendance du Congo. Tout le beau monde est réuni, les grands représentants et dignitaires, y compris le roi et la nomenklatura bruxelloise. Le roi Baudouin tint un discours paternaliste en mettant l’accent sur les grands acquis civilisateurs apportés par la Belgique pendant les longues années de l’existence de la colonie congolaise, à ses pupilles africains. Le discours de Kasa-Vubu fut du même style ne contenant pas la moindre offense. Tout changea quand le président du Parlement donna la parole, à la surprise de tous, à Patrice Eméry Lumumba. Dans le protocole, il n’était nullement prévu que ce rebelle, que de nombreuses personnes prenaient pour un communiste, puisse prendre la parole. Le roi pâlit, surtout quand il entendit ce que Lumumba déclara à l’occasion de ce tournant de l’histoire du Congo. Le tribun populaire, voilà le rôle que beaucoup lui attribuaient, ne s’adressa pas, dans son discours ardent et tenu à l’improviste, aux dignitaires réunis, mais directement au peuple assujetti pendant de longues années. Etant donné que la cérémonie fut retransmise dans son intégralité par la radio nationale congolaise, il disposait d’une immense audience qui se rappellera à jamais ses paroles courageuses (cf. encadré). Lumumba ne mâcha pas ses mots, désigna clairement les responsables de toutes les souffrances et injustices que les colons avaient infligé à son peuple depuis les temps de Léopold II, grand-oncle du roi Baudouin. Lumumba salua la Belgique dans son nouveau rôle de partenaire, avec qui la jeune République traiterait d’égal à égal et dans le respect mutuel, sans accorder aucun privilège. «L’indépendance du Congo n’est point un cadeau de la Belgique», lança-t-il au roi belge, aux hauts fonctionnaires réunis dans la salle et à tous ceux se trouvant dans le pays devant leur poste de radio. Elle a été acquise «par le combat». Pendant son discours flamboyant, Lumumba exprima la conscience nationale de l’Etat nouveau, disant aux anciens colons: «A l’avenir, vous pourrez aussi participer à nos richesses, mais dès maintenant suite à des négociations d’égal à égal et uniquement à des conditions honnêtes.» Ce n’est qu’avec peine qu’on put dissuader le roi, indigné et consterné, de quitter immédiatement la salle. Même si les émotions se calmèrent un peu jusqu’à l’heure du dîner de gala, de nombreux observateurs se doutèrent qu’en prononçant ce discours, mettant un terme à toute exploitation ultérieure du Congo, Lumumba avait signé sa propre sentence de mort. Ceux qui avaient assisté à son discours se trouvant dans le courant conservateur ou dans la logique du colonialisme et de la politique de force – y compris les membres des divers services secrets – rentrèrent chez eux avec une idée fixe: il faut se débarrasser de ce Lumumba! (...)

(encadré

Kleptocratie

Cette notion désigne une forme de la domination politique qui a comme trait caractéristique qu’elle pille systématiquement sa propre population. La dictature congolaise de Mobutu en fournit un exemple modèle. Les ressources naturelles du pays étaient bradées à des prix forfaitaires à des puissances se trouvant à l’extérieur, puissances qui, en compensation, garantissaient la régence du dictateur. Les fonds qui en découlaient étaient transférés sur les comptes bancaires privés du dictateur et de ses sbires (se trouvant à l’extérieur du pays) ce qui avait comme effet qu’ils n’apparaissaient nulle part dans les flux monétaires officiels. Ils faisaient non seulement défaut pour les investissements étatiques d’intérêt général, mais privaient aussi systématiquement de leurs revenus ceux qui avaient généré ces fonds par leur dur travail.

Horizons et debats  >  archives  >  2015  >  No 32/33, 30 décembre 2015  >  Il y a 50 ans, Mobutu Sese Seko prit le pouvoir au Congo suite à un coup d’Etat (partie 1)

http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=4820

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