Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Rouge et le Blanc

La poésie pure

18 Avril 2016 , Rédigé par POC

[...] Mais il a ceci de particulier, de divin que sa précision elle-même a pour but unique d’ouvrir, aussi grandes que possible, les portes du mystère. Précision honteuse de soi, inquiète, bégayante, opposée à la précision satisfaite, triomphante, définitive de la prose. La lecture poétique commence au point précis où s’achèverait la lecture prosaïque. l’intellect volontiers exigerait du langage commun des perfections et des puretés qui ne sont pas en sa puissance… je rejetais non seulement les lettres mais encore la philosophie presque tout entière parmi les choses vagues et les choses impures auxquelles je me refusais de tout mon coeurj’étais fort de mon désir infini de netteté. c’est ici la tentation à son paroxysme ; le « grand refus » du don poétique sur le point d’être consommé ; l’« intellect » narguant la fine pointe de l’âme ; la prose elle-même bafouée comme encore trop semblable à la poésie.

Valéry accepte le silence, il se tait parce que la parole humaine, et même celle des philosophes, n’atteint pas à cette clarté définitive, à cette précision absolue où il voit le souverain bien ; le poète se tait, ou, du moins, incline au silence, parce que les mortelles précisions de la parole humaine réduisent, déforment, limitent, dégradent les réalités mystérieuses, indéfinissables que l’inspiration lui a permis d’entrevoir, de sentir, de toucher presque. Pour le poète, la prose est impure parce qu’elle est trop précise ; pour Valéry, parce qu’elle ne l’est pas assez. [...]

Henri Brémond: La poésie pure: Éclaircissements (2013) - IV. Valéry ou le poète malgré lui.

http://obvil.paris-sorbonne.fr/corpus/critique/bremond_poesie-pure/body-6

Partager cet article

Repost 0