Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Rouge et le Blanc

Philippe Descola: avez-vous raison de dire que l'Amazonie est une forêt façonnée par l’homme, et est-ce bien prudent ?

17 Mai 2016 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Afficher l'image d'origine

Amazonie, une forêt façonnée par l’homme

Et si la diversité biologique de la forêt amazonienne était le fait des humains ? Philippe Descola, anthropologue au CNRS, explique le rôle joué par les Indiens Achuar qui, depuis toujours, considèrent cette forêt comme un jardin, un espace transformé par les esprits. Au fil des millénaires, ils ont planté une grande diversité d'espèces modifiant profondément leur milieu...

Réalisation : Marie Chevais

    Production : CNRS Images
    Durée : 6 min 31 s
    Vues : 2957
    Année de production : 2012
    Date de diffusion : 28/03/2013

http://www.universcience.tv/video-amazonie-une-foret-faconnee-par-l-homme-5605.html

 

Ce qu'avance Philippe Descola, qui n'est pas un naturaliste, est une extrapolation des découvertes et raisonnements de l'ethnologie (science occidentale) et de l'archéologie. Mais 70 % de la biodiversité terrestre se trouve dans la canopée des forêts tropicales humides, à 70 m au-dessus du sol; un univers qui était jusqu'à ces dernières années inaccessible aux humains. L'immense partie des espèces végétales et animales est inconnue, d'autant plus que la zone intertropicale est un laboratoire de création permanente de vie.

La "domestication" de la forêt amazonienne ne concerne en réalité qu'une toute petite partie d'elle-même. Voir à ce sujet les travaux et conférences du botaniste tropicaliste Francis Hallé, co-inventeur du Radeau des Cimes pour l'exploration des canopées tropicales.

Philippe Descola, qui du reste, a fait un travail de recherche très intéressant et avec lequel j'ai échangé dans le passé, parle du haut du CNRS et de sa chaire dorée du Collège de France qui n'éblouit que les Parisiens (et surtout les Parisiennes, je crois).

J'ajoute que ce que dit Descola peut servir à justifier l'immense destruction de la forêt amazonienne (exploitation de l'or, du pétrole, du gaz, des arbres, centaines de méga-barrages hydro-électriques en construction et en projet, pollution*) avec l'idée de "ce que l'homme a créé peut être détruit puis reconstruit" .

Aujourd'hui, la collusion entre la science officielle, la gouvernance ploutocratique et le capitalisme extractiviste est presque complète. Vous entendez souvent Descola protester contre la destruction de la forêt amazonienne et des forêts tropicales et des Amérindiens ?

Je me suis étendu, parce que ce sujet est d'une immense importance. La science est cloisonnée, les scientifiques sont de plus en plus hyper-spécialisés. Ils sont exceptionnellement des philosophes, et encore plus rarement des poètes. Poésie qui permet seule une intuition globale et holistique des choses. Et en politique, ils sont devenus des moutons, bien nourris dans les étables dorées des États. Essayez-donc d'être anti-sioniste ou un adepte de la "théorie du complot" (qui n'est pas une théorie mais simplement la conscience de la réalité) au CNRS... Soyez un vrai écologiste et en plus un humaniste et dites et écrivez publiquement ce que vous pensez, et il vous arrivera ce qui m'est arrivé: insidieusement diffamé dans Wikipedia, mes articles gênants pour l'extractivisme au Pérou ou en Bolivie, par exemple, supprimés par de mystérieux "administrateurs" au cynisme et à la mauvaise foi inoxydables, et l'impossibilité évidemment de rejoindre la Recherche et l'Enseignement français, à jamais. Ce qui ne m'empêche pas de faire de la recherche, bien sûr, et dans une totale indépendance, ce qui est l'essentiel. Quand on veut être libre, il faut être dans la Résistance.

Pierre-Olivier Combelles. Naturaliste (France, Péninsule du Labrador, Andes).

Ancien membre du Service Etudes du Musée de la Marine (Paris) et du Laboratoire d'Ethnobiologie du Muséum. Président de l'Institut Andin d'Études Ethnobiologiques.

* Andes to Amazon: chronique de David Hill dans The Guardian: http://www.theguardian.com/environment/andes-to-the-amazon

Partager cet article

Repost 0