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Le Rouge et le Blanc

Le gentleman, par Gerard Manfred Hopkins (1844-1889)

8 Juin 2017 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

" Si un gentleman sent que le fait d’être ce que nous appelons un gentleman est chose essentiellement plus haute que d’être un artiste ou un penseur, si grand soit-il, sans être un gentleman : ou si, pour présenter les choses autrement, un artiste ou un penseur sent qu’en atteignant à la grandeur de cette manière il restera essentiellement inférieur à un gentleman qui ne serait ni artiste ni penseur – s’il en est ainsi, combien plus l’art et la philosophie et les manières doivent-ils être inférieurs au moindre degré de véritable vertu ! C’est cette chasteté d’esprit qui semble résider au fond même du cœur et être la mère de tout autre bien, le fait de voir dès l’abord ce qui est le meilleur, de s’y tenir et de ne permettre à quoi que ce soit ne serait-ce que de plaider en faveur du contraire. (…) Cette retenue [du Christ Jésus] m’apparaît comme la racine de toute sa sainteté, et l’imitation de cette retenue comme la racine de tout bien moral chez les autres hommes. Je tiens donc comme vous, et avec véhémence, qu’un gentleman, s’il existe rien de tel sur la terre, est en droit de mépriser le poète, fût-il Dante ou Shakespeare, fût-il Angelo ou Apelles, pour tout ce qui n’est pas chez lui d’un gentleman. Il est en droit de le faire, dis-je, mais s’il est un gentleman, c’est qu’il ne le fera sans doute pas. "

(Lettre à Bridges, Stonyhurst College, Blackburn, 3 février 1883. Poèmes et proses de Gerard Manley Hopkins, traduit de l’anglais par Pierre Leyris. Points-Seuil, 1980.)

 
Gerard Manley Hopkins (1844-1889) était un poète jésuite anglais converti au catholicisme.

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