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Le Rouge et le Blanc, ou le Fil d'Ariane d'un voyageur naturaliste

Les cinq stades de l'effondrement, par Dmitry Orlov

19 Novembre 2019 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

"Les cinq stades de l’effondrement selon Dmitry Orlov sont :

1) L’effondrement financier, les banques ne répondent plus, l’accès au capital est perdu et les placements financiers réduits à néant.

2) L’effondrement commercial, les magasins sont vides, les monnaies dévaluées

3) L’effondrement politique, le gouvernement a perdu sa légitimité et n’est plus un recours

4) L’effondrement social : les institutions sociales ne remplissent plus leur fonction de protection

5) L’effondrement culturel : les gens perdent leur capacité de bienveillance, d’honnêteté, de charité.

Orlov n’évoque pas la part que pourrait prendre un effondrement écologique, il s’en tient à la méthode d’analyse qu’il a appliquée à l’effondrement de l’URSS et qui lui a permis de prédire la crise de 2008. "

Source:https://www.institutmomentum.org/cinq-stades-de-leffondrement-dmitry-orlov/

Consulter aussi: 

http://cluborlov.blogspot.com/p/the-five-stages-of-collapse.html

http://cluborlov.blogspot.com

https://www.newyorker.com/magazine/2009/01/26/the-dystopians

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La famille disloquée, par Olivier Delacrétaz (La Nation - Ligue vaudoise)

17 Novembre 2019 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

La famille disloquée, par Olivier Delacrétaz (La Nation - Ligue vaudoise)

par Olivier Delacrétaz

Editorial

La Nation n° 2134

25 octobre 2019

 

La famille – mariage, génération, filiation, adoption – se voit soumise à des rafales ininterrompues de chambardements qui s’enchaînent, se croisent ou se heurtent en tous sens. Les institutions et les usages qui la soutenaient, les principes qui la fondaient, et qu’on croyait éternels, sont remis en cause à un rythme accéléré par la technique, la philosophie et les idéologies, parfois la religion. L’horizon se brouille, tout se défait et se confond.

La pilule anticonceptionnelle a desserré le lien étroit entre la sexualité et la procréation, autrement dit entre le mariage et la famille. La procréation médicalement assistée, l’amniocentèse, le diagnostic préimplantatoire, le décryptage du génome et tant d’autres nouveautés scientifiques, notamment chirurgicales, fournissent à l’humanité une apparente maîtrise du corps et de la sexualité.

La notion de chef de famille est devenue discriminatoire. D’abord ce chef, non élu, est toujours un homme. Ensuite, le caractère hiérarchique de la communauté contredit directement l’exigence d’égalité. D’ailleurs, chef ou pas chef, la famille est de soi discriminante, excluant ceux qui n’en sont pas, incarnant et enseignant aux nouvelles générations les rapports de pouvoir aliénants qui subordonnent la femme à l’homme et les enfants à leurs parents.

Le divorce apparaît comme un simple changement de statut: le conjoint devient un «ex», voilà tout (nous sommes partis en vacances avec nos ex…). L’avortement n’est plus un crime, ni même un malheur, juste un droit de l’homme et un symbole de la liberté des femmes.

Quant à la notion de nature humaine, c’est un moyen de domination sociale qui nie la complexité du réel et inspire mille généralisations abusives. En réalité, tout est culture, au point que, pour certains théoriciens féministes, même les différences biologiques entre les sexes sont des faits culturels, c’est-à-dire acquis et modifiables.

Et le progrès ne cesse pas de progresser. Ce qui était ouverture hier est normalité aujourd’hui et sera nostalgie demain. Ne considérer, par exemple, que les deux sexes masculin et féminin, fût-ce pour revendiquer leur égalité, c’est faire preuve d’une «binarité» primaire, c’est tenir pour rien les statuts intermédiaires d’hermaphrodite, de transsexuel ou de transgenre, qui sont tout aussi honorables. Proposer à ceux-ci une opération chirurgicale pour les «normaliser» en homme ou en femme est attentatoire à leur personnalité. Le genre est multiple et chaque version en est pleinement légitime.

Avec cette disjonction du genre et du sexe, le corps finit par perdre toute signification. Il n’est plus que le support neutre d’une volonté libre de toute détermination. Dans son ouvrage La philosophie devenue folle1, Jean-François Braunstein en conclut, avec d’autres, que les théories du genre ne sont qu’une nouvelle forme du gnosticisme et de sa haine du corps.

Des discours fantasmatiques laissent entrevoir la suite, à l’exemple des couples à trois (trouples) et de la «polyparentalité», évoqués par un député à l’Assemblée nationale française. La GPA annonce une nouvelle forme d’esclavage féminin, avec des batteries de mères porteuses pondant à la demande. Quelques savants fous, au Japon, en Chine, en Californie, fabriquent des embryons en mêlant des gènes de porc, de rat ou de singe à des cellules humaines (transgénisme). A l’horizon, le transhumanisme recrée l’homme à l’image de ses délires, promettant de le rendre plus rapide, plus intelligent (?), pourvu de sens plus aigus, échappant au temps, à la maladie et à la mort.

Et le législateur suit. Il suit en traînant les pieds, mais il suit. Il est contraint de le faire, car il s’agit à chaque fois de mettre en œuvre le principe d’égalité. Comment pourrait-il ne pas se plier à un principe qui fonde son propre pouvoir? L’Église se plie aussi, pratiquant une sorte de compassion à bas seuil pour les souffrances (parfois réelles) de ceux qui se heurtent aux barrières des usages, des habitudes et des lois. Elle ne veut pas voir qu’en supprimant ces barrières, c’est toute la société qu’on affaiblit en profondeur.

Beaucoup cèdent simplement pour avoir la paix, une paix qu’ils n’auront jamais.

Et, à chaque recul, les autorités, tant politiques que religieuses, proclament virilement: jusque-là, mais pas plus loin. Le partenariat enregistré, oui, mais le mariage homosexuel, jamais; le mariage homosexuel, bon, mais pas l’adoption; l’adoption, d’accord, mais pas la «gestation pour autrui» (GPA); la GPA, pourquoi pas, mais jamais le diagnostic préimplantatoire; le diagnostic préimplantatoire, éventuellement, mais jamais l’avortement eugénique, etc.

On avance par cycles. Chaque nouveau droit ouvre sur un nouveau désir, qui se transforme en un nouveau besoin, lequel engendre un nouveau droit, et ainsi de suite. Il y a un lien de nécessité entre ces réalités objectivement distinctes. Il découle non de la logique, mais du caractère illimité du désir humain séparé de sa finalité. Ceux qui mettent en lumière cet enchaînement et imaginent les étapes suivantes sont accusés de faire des amalgames, de «peindre le diable sur la muraille», voire de «faire le jeu» de l’extrême-droite et de l’intégrisme religieux.

Illettrisme et novlangue neutralisent, simplifient, raidissent et réorientent la langue française. Certains mots sont frappés d’interdit, on nous impose des tournures épicènes, des formules mixtes et une orthographe «inclusive».

La famille est attaquée de mille manières, mais on peut en dire autant des autres institutions qui différencient et stabilisent les relations humaines. C’est en ce sens que l’extrême-gauche prône la «convergence des luttes», antisexiste, antiraciste, anticapitaliste, anticolonialiste, antihomophobe, antispéciste, etc. L’objet central de toutes ces luttes, le point de convergence, c’est l’individu, l’individu absolutisé et enfermé dans son absolu, privé de toute référence et de tout critère autres que lui-même, hébété de libertés illimitées.

 

Notes:

 

1  Grasset, 2018.

 

Source: https://www.ligue-vaudoise.ch/index.php?nation_id=4298

 

Reproduit avec l'aimable autorisation de La Nation - Ligue vaudoise.

 

Olivier Delacrétaz est le Président de la Ligue vaudoise

 

https://www.reformes.ch/portraits/2018/11/olivier-delacretaz-le-bonheur-de-respecter-ses-racines-reformes-novembre-2018

 

https://lesobservateurs.ch/2018/02/27/olivier-delacretaz-president-de-la-ligue-vaudoise-invite-de-la-rts-26-2-2018/

 

Fondée en 1931, La Nation est le journal bimensuel de la Ligue vaudoise. Ses rédacteurs sont tous bénévoles et comprennent aussi bien des étudiants que des retraités. Les rédacteurs responsables sont Jean-Blaise Rochat et Frédéric Monnier.

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Boulets rouges et peau de chagrin, par Olivier Delacrétaz (La Nation - Ligue vaudoise)

17 Novembre 2019 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Boulets rouges et peau de chagrin, par Olivier Delacrétaz (La Nation - Ligue vaudoise)

Olivier Delacrétaz

Editorial

La Nation n° 2128

2 août 2019

 

Il existe, entre les mots et les phrases, une couche intermédiaire de formules toutes faites qui flottent à la surface du sens, mais permettent au rédacteur pressé de donner une apparence de vie, de couleur et de relief à un texte terne et plat.

C’est ainsi que, chaque jour, on est au point mort, on tire à boulets rouges, on pique la mouche, on brûle ses vaisseaux, on balaie les objections, on prend sous son aile, on rompt une lance, on roule à tombeau ouvert, on mange à tous les râteliers, on joue sur tous les tableaux, on tombe des nues, on accueille à bras ouverts, on avale la pilule, ou on la dore, on blanchit sous le harnais, on ploie sous le joug, on rue dans les brancards, on tourne une page, on fait la course en tête, on descend aux enfers, on monte en puissance, on prend le virage du numérique, on tire la sonnette d’alarme, on sue sang et eau, on crache au bassinet, on pédale dans la semoule, on brûle la chandelle par les deux bouts, on arrive comme grêle après vendange, on revient d’entre les morts, on s’en donne à cœur joie, on passe au mauvais endroit au mauvais moment, on monte au créneau, on jette le bébé avec l’eau du bain, on retourne au Moyen Age, on affronte le XXIe siècle, mieux, on s’affronte au XXIe siècle, on souffle le chaud et le froid, on hausse le ton, on prend la tangente, on tire ses dernières cartouches, on prend le mors aux dents, on brise un tabou, on serre ou resserre les rangs, on lève ou soulève (mais à tort) un lièvre, etc. Personne n’y échappe.

On suscite un tollé, la polémique enfle, la croissance n’est pas au rendez-vous, les boucliers se lèvent, on durcit le ton et la toile s’enflamme. On joue dans la cour des grands, on atteint les limites du système, on fait le lit du populisme, le crédit de la Suisse se réduit comme une peau de chagrin, on est la risée du monde entier. On visite le chantier du siècle; on organise l’entrevue de la dernière chance.

Une politicienne énergique est une dame de fer. A partir d’une certaine notoriété, toute Christine se mue en reine Christine. Une infirmière qui élimine ses patients est l’ange de la mort. Un discours qui déplaît à la gauche fait froid dans le dos, un autre fait frémir, un troisième glace le sang. A droite, on acclame une divine surprise, on vitupère une loi scélérate, on dénonce les agioteurs de la fortune anonyme et vagabonde, le parlement croupion qui concocte des ordonnances liberticides et la presse aux ordres qui nous enfume avec les factums de ses plumitifs et journalopes.

Dans le domaine du sport, c’est l’approximation surréaliste: la bonne humeur était au rendez-vous, car Djokovic, bourreau de Kyrgios, tutoyait la barre des 235 km à l’heure.

Avec le Watergate (1974) est apparu le suffixe gate qu’on accole à tout scandale public: l’Irangate, le Poutinegate (on se calme: il s’agit d’un certain Pierre Poutine et c’est une affaire canadienne), le Dieselgate, le Trumpgate, ausculté durant deux années fébriles par le procureur Robert Mueller, avec le soutien enthousiaste de la presse planétaire, aujourd’hui pétard mouillé, et, tout récemment chez nous, le Paulsengate.

Après le suffixe, le préfixe. Sur le thème de Magic Johnson, une presse enamourée a lancé Magic Doris, pour désigner l’ancienne conseillère fédérale Doris Leuthard. Sans doute à cause des deux milliards qu’elle a magiquement fait gagner aux ménages suisses en signant le Cassis de Dijon, et qui ont, non moins magiquement, disparu du champ social sans laisser la trace d’un seul centime.

Il y a encore les formules qui ne peuvent ni ne veulent rien dire. Quand on vous expose doctement, par exemple, que construction ne rime plus avec bénéfice, vous éprouvez une grande fatigue et le besoin urgent d’un cours complémentaire de versification.

Il y a les erreurs qui finissent par entrer dans les mœurs, comme l’habitude de dire entre parenthèses pour dire entre guillemets. On corrige simultanément l’erreur en levant les mains à la hauteur des épaules et en rayant l’espace de deux doubles coups de griffes parallèles.

Une marquise déclare à la presse qu’elle est sortie à cinq heures. Selon les préjugés du journaliste qui couvre l’événement, on pourra lire: Je suis sortie à cinq heures, affirme-t-elle solennellement, ou répète-t-elle avec vigueur, voire martèle-t-elle en enfonçant ses ongles dans sa paume; ou alors: Je suis sortie à cinq heures, précise-t-elle d’une voix flûtée, ou rappelle-t-elle en souriant finement. Le précieux San-Antonio, promis à disparaître des librairies et des bibliothèques publiques, voire privées, pour son sexisme exubérant, avait inventé, entre mille, la formule c’est juste, ferme-t-il la porte.

Passons à la comparaison, analogique ou métaphorique, censée enrichir et éclairer le message. Il en est plus d’une qui plonge le récepteur dans un abîme de perplexité. Pensons à grossier comme pain d’orge. Wikipédia nous apprend que le pain d’orge était immangeable autrefois, à tel point qu’on le servait en guise de punition aux catholiques fautifs et repentants. Aujourd’hui, pour mesurer pleinement la grossièreté du personnage incriminé, il faut donc oublier les délices du pain d’orge actuel et, dans un deuxième temps, se représenter l’antique pain d’orge de la mortification… tandis que votre interlocuteur caracole déjà quatre paragraphes plus loin.

Et quelle information supplémentaire la comparaison comme plâtre apporte-t-elle au fait de battre ou d’être battue?

– «Il m’a battue…

–  Mon Dieu, mais comment…?

–  Eh bien, tout bien considéré, et tenant compte des divers éléments constitutifs de l’infraction, je crois pouvoir affirmer que c’est comme plâtre qu’il m’a battue… 

–  Comme p… plâtre, mais c’est épouvantable…!»

Personne ne sait pourquoi on bat ledit plâtre, à part, désormais, les lecteurs de La Nation, encore une fois grâce à Wikipedia: pour gâcher le plâtre, il y faut «la force d’un homme». C’est ce qui explique que les hommes battus ne le sont jamais comme plâtre. Quoi qu’il en soit, cette comparaison, indirectement sexiste, ne fait qu’engorger le message.

L’expression ça tombe comme à Gravelotte ou pleuvoir comme à Gravelotte est encore plus contre-performante. Gravelotte est une commune française de 831 habitants, proche de Metz, dans la Moselle (ce qui, à vrai dire, n’est pas centralement pertinent pour la question qui nous occupe). En août 1870, cette cité et ses environs furent le lieu de terribles combats. Bon, mais alors, la comparaison, renvoie-t-elle à la densité du tir des armes à feu et des canons, au nombre de soldats tombés sur le champ de bataille ou à la pluie diluvienne qui, ce jour-là, ruisselait sur les bons Français comme sur les méchants Teutons? Wiki pose ici les armes. Mystère, fumée et jambe de bois…

On reviendra à l’occasion sur tous les mots détournés, expressions dévoyées et formules toutes faites inspirés des mouvements de foule qui font rage, climatiques, féministes, européistes ou véganes. Pour l’heure, concluons en évoquant la mémoire de Georges Rapp, directeur du Gymnase de la Cité et créateur infatigable de pataquès définitifs: la moutarde me sort des gonds ; j’ouvre cette séance de clôture ; Mesdames les parents ; l’orchestre va se reproduire sur scène ; cessez ces enfantements !; et tant d’autres, les meilleurs n’étant pas les plus apocryphes.

Chère langue française, résistant à nos solécismes, anglicismes, ignorances et facilités, aux pédants qui en font détester les mystères, à la langue de bois mortifère des idéologues, aux hoquets de la langue inclusive, aux raccourcis des réseaux sociaux, aux lubies des réformateurs, au mépris des néo-pédants pour le circonflexe et le point-virgule, l’accord des participes et l’imparfait du subjonctif… obstinément vivante à travers ceux qui la parlent et l’écrivent en se soumettant avec bonheur aux plus incompréhensibles de ses lois.

 

Source: https://www.ligue-vaudoise.ch/index.php?nation_id=4236

 

Reproduit avec l'aimable autorisation de la Nation - Ligue vaudoise.

 

Olivier Delacrétaz est le Président de la Ligue vaudoise

 

https://www.reformes.ch/portraits/2018/11/olivier-delacretaz-le-bonheur-de-respecter-ses-racines-reformes-novembre-2018

 

https://lesobservateurs.ch/2018/02/27/olivier-delacretaz-president-de-la-ligue-vaudoise-invite-de-la-rts-26-2-2018/

 

Fondée en 1931, La Nation est le journal bimensuel de la Ligue vaudoise. Ses rédacteurs sont tous bénévoles et comprennent aussi bien des étudiants que des retraités. Les rédacteurs responsables sont Jean-Blaise Rochat et Frédéric Monnier.

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L'IA (Intelligence artificielle) et autres monstruosités, par Daniel Wirz (Zoug, CH), Horizons et Débats N°24, 11 nov. 2019

15 Novembre 2019 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

L'IA (Intelligence artificielle) et autres monstruosités, par Daniel Wirz (Zoug, CH), Horizons et Débats N°24, 11 nov. 2019

Source: Horizons et Débats N° 24, 11 novembre 2019.  Courrier des lecteurs.

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Promouvoir le dialogue entre les cultures, par René Roca (Horizons et Débats n°24, 11 novembre 2019)

15 Novembre 2019 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Promouvoir le dialogue entre les cultures

Pensées d’un historien après un voyage en Iran

par René Roca, Institut de recherche sur la démocratie directe (www.fidd.ch)

L’Iran se trouve actuellement dans une situation politique et économique extrêmement délicate. La résiliation unilatérale et injustifiée du traité nucléaire par les Etats-Unis et le durcissement consécutif des sanctions sont une catastrophe pour le pays. Tout cela renforce les forces radicales en Iran, qui rejettent toute nouvelle coopération avec l’Occident.
L’Iran est une puissance régionale importante et a contribué, avec la Russie et la Turquie, a mettre fin à la guerre en Syrie, empêchant ainsi un deuxième scénario libyen – certes, avec un coût matériel et humain élevé. Les Etats-Unis ont finalement joué le jeu, mais la politique étrangère américaine reste imprévisible. On ne sait pas encore si les Etats-Unis prendront réellement leurs distances par rapport au «Projet pour un nouveau siècle américain» (Project for the New American Century) déclaré avant le 11-Septembre [2001]. L’un des initiateurs du «nouveau siècle», John R. Bolton, était jusqu’à récemment conseiller à la sécurité nationale du président Trump. 
La situation actuelle est due, non pas à l’Iran, mais aux intérêts géopolitiques des pays occidentaux, préférant promouvoir un Moyen-Orient brisé et détruit plutôt que de coopérer de manière constructive et pacifique avec les pays en question. L’Iran envoie depuis longtemps des signaux positifs et appelle au dialogue sur un pied d’égalité.

L’année des Nations Unies pour le dialogue entre les civilisations

En 2001, par exemple, l’Organisation des Nations Unies (ONU) a proclamé l’«Année du dialogue entre les civilisations». Il s’agissait, entre autres, de formuler une position contraire aux déclarations du politologue américain Samuel P. Huntington. Dans son livre «Le Choc des civilisations» (première parution en 1996), il a émis l’hypothèse qu’au XXIe siècle, des conflits entre les différentes zones culturelles, en particulier la civilisation occidentale et les zones culturelles chinoise et islamique auraient lieu. L’ONU, pour sa part, a voulu se concentrer sur le dialogue: «C’est pourquoi l’Année du dialogue entre les cultures poursuit l’objectif d’initier un dialogue qui – si possible – doit à la fois prévenir et intégrer les conflits».1 Le Secrétaire général de l’ONU de l’époque, Kofi Annan, avait désigné Giandomenico Picco comme son représentant personnel pour cette année du dialogue. Picco avait pour mission de promouvoir le débat sur la diversité par le biais de conférences et de séminaires ainsi que par la publication d’informations et de matériel scolaire. Il avait servi les Nations Unies pendant deux décennies et demeurait surtout connu pour sa participation aux efforts de négociation de l’ONU au sujet du retrait des troupes soviétiques d’Afghanistan, ou encore pour les pourparlers de clôture de la guerre entre l’Iran et l’Irak. Pour cette raison d’ailleurs, Picco avait bénéficié d’une confiance particulière en Iran. Ainsi, le dialogue interculturel a également fait l’objet d’une Table ronde au siège des Nations Unies en septembre 2000. L’initiative avait été prise par le Président de la République islamique d’Iran de l’époque, Mohammed Khatami. Cette Table ronde, présidée par le directeur général de l’Unesco, M. Koichiro Matsuura, a réuni les chefs d’Etat et de gouvernement et les ministres des Affaires étrangères de plus de 20 pays d’origines culturelles différentes (parmi lesquels l’Afghanistan, l’Irak, l’Iran, le Soudan, l’Inde, mais aussi les Etats-Unis): «Tous les participants ont convenu qu’avec l’aide d’un tel dialogue entre les cultures, toutes les nations pourraient remplacer l’hostilité et la confrontation par la discussion et la compréhension mutuelle».2 Les pays concernés cultivaient de grands espoirs dans le fait que l’ONU puisse faire avancer les choses, l’année suivante. Les objectifs pour l’année étaient les suivants:

  • Ouvrir les portes à un grand processus de réconciliation dans une ou plusieurs parties du monde.
  • Rendre la diversité compréhensible comme un pas vers la paix, avec le dialogue comme étant un moyen de progresser.
  • Renforcer les relations amicales entre les nations et éliminer les menaces de conflits.
  • Renforcer la coopération internationale en réglant les différends économiques, sociaux, culturels et humanitaires internationaux et en promouvant le respect universel des droits de l’Homme et des libertés fondamentales pour tous.
  • Promouvoir activement une culture de paix et de respect mutuel, indépendamment de la foi, de la culture ou de la langue. Considérer les différences au sein des sociétés ou entre elles non pas comme obstacle, mais comme une ressource précieuse de l’humanité.
  • Promouvoir le respect de la richesse de toutes les cultures. Encourager la recherche de fondements communs pour faire face aux menaces qui pèsent sur la paix dans le monde et aux défis communs des valeurs humaines et leurs acquis.

Cette année a mis beaucoup de choses en mouvement et le dialogue pacifique avait bien été encouragé. Cependant, le 11-Septembre est arrivé et avec lui la volonté de réaliser le «Projet pour un nouveau siècle américain». Ainsi, les Etats-Unis ont placé l’Iran dans l’«Axe du mal» et ont initié leur politique de guerre avec les campagnes dévastatrices contre l’Afghanistan et l’Irak. C’est grâce à la politique habile et à la préparation militaire de l’Iran que le pays n’a pas encore été détruit. On prend pleinement conscience à quel point une guerre serait apocalyptique (cf. Afghanistan, Irak, Libye et Syrie), quand on voyage à travers le pays et admire les biens culturels dans leur grâce et leur beauté et lorsque l’on parle avec une population ouverte et accueillante sur place.

La riche histoire et la culture de l’Iran et de la Perse

La Perse antique est considérée comme le pays d’origine des droits de l’Homme. En 539 av. J.-C., les armées de Cyrus le Grand, le premier roi de l’ancienne Perse, conquirent la ville de Babylone. Il libéra les esclaves et déclara que tous avaient le droit de choisir leur propre religion. Cyrus aurait également libéré les Juifs de la captivité babylonienne. A l’époque déjà, il avait mis l’accent sur l’égalité des populations. Ses décrets ont été immortalisés sur un cylindre d’argile brûlée – le Cylindre de Cyrus – officiellement reconnu comme la première déclaration des droits de l’Homme par les Nations Unies, et même si certains historiens occidentaux remettent en question le texte et le rejettent comme propagande, il témoigne d’une attitude tolérante sans précédent et qui, pas même cent ans plus tard, a été développée en Grèce antique. Cette attitude était ancrée dans la religion zoroastrienne existant encore aujourd’hui, qui exige des gens qu’ils respectent des valeurs éthiques et les encourage à faire «le bien».
Après la conquête arabe et le début de la période islamique, ce fil rouge de l’égalité et de la tolérance continua à exister. L’islam chiite l’a emporté en Iran et avec lui aussi le sens de la raison dans le contexte de la foi et le principe que chacun doit se forger sa propre opinion. En bref: s’il y a un différend entre deux personnes, elles doivent d’abord chercher le dialogue. En cas d’échec elles doivent faire appel à une tierce personne neutre, et seulement à la fin s’il n’y a pas accord, le Coran doit être consulté. C’est une voie très pragmatique et humaine, qui suit l’école théologique rationaliste islamique (XIIIe siècle) ainsi que les directives du droit naturel. L’Egyptien Mohamed Abduh (1849–1905), l’un des plus importants réformateurs islamiques du XIXe siècle et fondateur du modernisme islamique, a exercé une grande influence dans le développement de ce pragmatisme. Ayant été étudiant du penseur et critique du colonialisme Jamal Al-Din Al Afghani (1838–1897), Abduh s’est appuyé sur l’argumentation du droit naturel, universellement ancré dans la nature humaine. Selon lui, le sentiment national est également inhérent à l’essence même de l’Homme, et un peuple qui veut préserver sa dignité humaine doit donc résister au colonialisme et à l’impérialisme occidentaux. L’Egypte, l’Iran et une grande partie du monde islamique étaient alors soumis aux politiques de domination et d’exploitation des pays occidentaux. En Iran, c’est principalement le clergé qui a mené la résistance contre cette politique.
Cette tradition du droit naturel et des droits de l’Homme existe également aujourd’hui en République islamique d’Iran. L’Iran a une structure politique remarquable, avec un mélange de théocratie et de démocratie. Après quelques bouleversements, la révolution islamique de 1979 a été la première fois qu’un régime laïc orienté vers l’Occident a été remplacé par un ordre politique fondé sur l’islamisme. Ce «tournant islamique» en Iran ne peut être compris que si l’on étudie l’histoire de l’Iran aux XIXe et XXe siècles sous le signe de l’hégémonie coloniale et postcoloniale de l’Occident. La voie iranienne est une voie indépendante et ne se fonde pas sur une «hiérocratie». L’Iran tente une expérience islamique qui s’efforce de trouver, en accord avec la population, une synthèse entre la foi traditionnelle et la modernité globalisée – et cela est démontré par les réformes politiques et économiques mises en place.
La démocratie est «plutôt étrangère»3 dans les pays du monde islamique, et donc aussi en Iran, comme l’écrivait Arnold Hottinger, expert de l’islam et auteur récemment décédé. Mais la richesse culturelle et historique de l’Iran montre des approches et des points de contact importants, dont la révolution islamique de 1979. Hottinger explique: «La République islamique combine dans sa Constitution deux principes de base contradictoires, d’une part celui de la souveraineté populaire, s’exprimant par les élections populaires du président et des parlementaires, d’autre part celui de la théocratie s’exprimant par un comité de hauts fonctionnaires religieux nommés à vie.»4 Si l’on observe le chemin que l’Europe a pris pour arriver à la démocratie, il est facile d’en mesurer les difficultés et les contradictions. L’Iran a déjà pris des mesures importantes vers davantage de démocratie. Selon Hottinger, «l’islamisme a contribué dans de nombreux pays musulmans à une prise de confiance des populations qui se voient davantage comme protagonistes des événements politiques – dans de nombreux cas pour la première fois depuis la lutte de libération contre les colonialistes. Pour cette raison, il est possible que la mobilisation islamiste puisse – dans certains cas heureux – se transformer en une mobilisation démocratique. L’une des leçons possibles à tirer des premiers succès de l’islamisme, notamment contre le shah d’Iran, est que le peuple, s’il sait ce qu’il veut, pourrait faire avancer le processus politique selon sa volonté.»5


Les bons offices de la Suisse


La visite récente du conseiller fédéral Ueli Maurer en Arabie saoudite est la bienvenue. Outre les questions économiques, il évoqua également les bons offices de la Suisse. Depuis la révolution islamique, la Suisse représente les intérêts américains en Iran et vice-versa. L’Arabie saoudite a maintenant suggéré une série de pourparlers avec l’Iran, alors que leurs relations sont hostiles. Le Pakistan et l’Irak veulent servir de médiateurs. Il faut espérer que la diplomatie discrète de la Suisse et la bonne volonté des acteurs impliqués de la région contribueront à instaurer la confiance nécessaire et à reprendre la voie du «dialogue entre les cultures». Il serait souhaitable que l’Iran et la région du Moyen-Orient le fassent dans l’esprit du poète national persan Saadi, qui a écrit au XIIIe siècle ces vers ornant le hall d’entrée du siège de l’ONU à New York: 

«L’attachement»


Etroitement unis, les hommes sont tissés
De la même étoffe de Création qui les élève.
La vie apporte-t-elle à l’un d’eux la douleur.
Les autres l’aident à porter sa souffrance.
Ô toi qui ne connais pas de compassion
Pour tes semblables,
Tu es indigne de ta qualité d’être humain!6

(Traduction Horizons et débats)


1    www.unric.org. Uno-Jahr des Dialoges zwischen den Kulturen
2    idem.
3    Hottinger, Arnold. Gottesstaaten und Macht­pyramiden. Demokratie in der islamischen Welt. Zürich 2000, p. 11
4    idem., p. 402
5    idem., p. 445
6    Gol-o-Bolbol (Rosen und Nachtigall). 
Ausgewählte Gedichte aus zwölf Jahrhunderten, übertragen aus dem Persischen von Purandocht Pirayech. Teheran 2017, p. 48.

Reproduit avec l'aimable autorisation de Horizons et Débats:

https://www.zeit-fragen.ch/fr/numbers/2019/no-24-12-november-2019/promoting-dialogue-among-civilisations.html

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"Etroitements unis, les hommes sont tissés..." (Saadi)

12 Novembre 2019 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Saadi dans un jardin. Miniature attribuée à Govardhan.

Saadi dans un jardin. Miniature attribuée à Govardhan.

Etroitement unis, les hommes sont tissés

De la même étoffe de Création qui les élève.

La vie apporte-t-elle à l’un d’eux la douleur?

Les autres l’aident à porter sa souffrance.

Ô toi qui ne connais pas de compassion

Pour tes semblables,

Tu es indigne de ta qualité d’être humain!

 

Saadi

 

 

Ces vers du poète national persan du XIIIe siècle ornent le hall d'entrée du siège de l'ONU à New York.

 

Traduction: Horizons et Débats (Suisse)

 

https://www.zeit-fragen.ch/fr.html

 

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