Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Rouge et le Blanc

A propos du chant des grillons de Masahiko Fujiwara (Kokka no hinkaku)

8 Novembre 2012 , Rédigé par Béthune

Le Pavillon japonais au Jardin botanique de Montréal

 

 

(…) He recounts, for example, how a visiting American professor, on hearing the sound of crickets, asks Fujiwara: “What’s that noise?” Fujiwara is appalled. Doesn’t the professor realise he is listening to music, something obvious to any Japanese? How, he wonders, can we have lost a war to these imbeciles?

“When we listen to that music we hear the sorrow of autumn because winter is coming,” he tells me. “The summer is gone. Every Japanese feels that. And, at the same time, we feel the sorrow of our life, our very temporary short life.” (…)

Fujiwara cedes some ground, but is ultimately unrepentant. “One professor of a Tokyo university, using some electronic apparatus, concluded that all Japanese listen to insects as music because we listen with the right hemisphere of our brain and westerners listen with the left hemisphere.” (…)

 

Extrait d’une entrevue du Pr. Masahiko Fujiwara avec David Pilling (Financial Times, 2007). Masahiko Fujiwara, mathématicien, est l'auteur du livre Kokka no Hinaku (La Dignité de la Nation), célèbre au Japon.

 

*******************************

 

Je ne suis jamais allé au Japon, mais j’ai toujours aimé et admiré l’art japonais, l’architecture  -qu’elle soit princière, religieuse ou populaire-, la poésie, la peinture, la calligraphie, l’art merveilleux des jardins, le raffinement et le sérieux de la technique (sabres, étoffes, céramique, laque), la politesse exquise, la sagesse des disciplines martiales et des arts du bouquet et du thé du Japon. Chacun de ces arts étant un , c’est-à-dire une Voie (Tao, en chinois) conduisant à la sagesse.

Je n’oublierai jamais le jour où, assis à la table de la bibliothèque du pavillon japonais du Jardin botanique de Montréal, au Québec, seul dans la salle, occupé silencieusement à consulter un ouvrage sur l’architecture japonaise, je vis entrer devant moi un petit groupe de visiteurs japonais. En me voyant, ils s’inclinèrent pour me saluer. Ils firent le tour de la pièce et en ressortant, ils s’inclinèrent encore. Je leur rendis à nouveau  leur salut en souriant.  Un peu plus tard, ce fut un groupe de Canadiens Blancs qui entrèrent (je précise Blancs, car il y a toutes les races au Québec aujourd’hui, y compris, si l’on peut dire, les Autochtones, Indiens et Esquimaux, en général très polis). Ils ne firent pas attention à moi, pas plus que si j’avais été un fauteuil vide ou un lampadaire et passèrent bruyamment autour de la table, sans même ouvrir ni regarder un livre.

Je réfléchis alors profondément à ce qui venait de se passer. Pour les Japonais, j’étais un être vivant, un homme, j’existais, j’avais droit à un salut. Je leur en étais reconnaissant. Leur brève et discrète présence fut un intense moment de bonheur, dont je me souviendrai toute ma vie. Mais pour ces grossiers et ignorants Canadiens Blancs, je n’existais pas et n’existerai jamais.

La politesse, comme la noblesse, est une distinction. Distinguer, c’est voir, c’est remarquer les êtres et les choses selon leur nature et selon leur rang. Louis XIV retirait toujours son chapeau pour s’adresser à une femme, fût-elle une simple jardinière. A table, son chapeau blanc orné de plumes était tout graisseux des saluts qu’il faisait à chaque instant.

Quand on écoute le chant des grillons comme une musique et que cette musique nous remplit de nostalgie parce qu’il annonce l’hiver qui viendra, et nous rappelle la brièveté de la vie, alors on remarque et on honore aussi l’étranger assis silencieusement dans la pièce où on entre, sans bruit, et qu'on quittera, avec un autre salut, pour ne plus jamais se revoir.

La politesse est un art mais c’est aussi un , une Voie, un chemin vers la sagesse. Quoi de plus sage en effet que de donner tant de valeur à des êtres et à des choses à la fois si petits et si nécessaires : un étranger inconnu, la musique des grillons, quelques instants dans la salle d’une bibliothèque qu'on visite ?

C'est pourquoi nous nous interrogeons sur la monstruosité des crimes commis par les Japonais contre les étrangers, en particulier les Chinois, durant les guerres de l'impérialisme japonais depuis la fin du XIXe siècle et 1945, qui leur ont valu la haine des autres peuples du Pacifique link link. La révolution Meiji et la perte de la véritable sagesse dans le nationalisme en sont vraisemblablement les causes.

Le grand marin français Eric de Bisschop, se trouvant à Honolulu pour la construction de son catamaran Kaimiloa avec lequel il réalisa la traversée Hawaii-Cannes à la voile (1937-38), n'écrivait-il pas: " Les cannibales de Papouasie, si civilisés dans leurs rapports avec nous, les Japonais des îles Marshall si sauvages" (Kaimiloa - D'Honolulu à Cannes par l'Australie et le Cap à bord d'une double pirogue polynésienne. Plon, Paris, 1939) ?

On peut légitimement se demander si, finalement, les épouvantables bombardements nucléaires de Hiroshima et Nagasaki n'ont pas été un châtiment à ces crimes, comme le désastre de la centrale nucléaire de Fukushima link est la conséquence de l'amour immodéré de l'argent.

 

Pierre-Olivier Combelles

 

Une cérémonie du thé par Joy Mari Sato (Sojyu): link

 

"Le Japon militariste est un produit des Américains". Conférence du Cdt Pierre-Henri Bunel, ancien officier des Renseignements francais, sur l'américanisation et la globalisation, dans laquelle il parle du Japon et de la Chine: 

 

 

 

 

ARTE:  Le massacre de Nankin (1937): http://www.youtube.com/watch?v=tqdAOOM3X6s

 

 

 

Partager cet article

Repost 0