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Le Rouge et le Blanc

Femme (poème chinois du IIIe siècle)

25 Janvier 2013 , Rédigé par Béthune

Très belle jeune fille chinoise taoiste

 

 

Quelle tristesse d'être femme!

Rien sur terre n'a moins de valeur;

Les garçons, eux, se penchent à la fenêtre

Tels des dieux tombés des cieux.

Leur coeur embrasse les Quatre Océans,

La poussière et le vent de dix millions de lieues.

Mais nul ne se réjouit lorsque naît une fille.

D'elle la famille fait peu de cas.

Devenue grande, elle se cache dans sa chambre

Effrayée à l'idée de regarder un homme.

Personne ne pleure - sauf elle - lorsqu'elle quitte la maison.

Rapide comme le nuage quand s'arrête l'averse,

Elle baisse la tête, se compose un visage

Ses dents mordent sa lèvre rouge, elle salue, s'agenouille,

Son amour est bien loin plus loin que les étoiles.

L'héliotrope pourtant se tourne vers le soleil.

Son coeur est divisé comme le feu l'est de l'eau.

Mille maux l'accablent; son visage qui reflète

Le changement des ans porte amplement son âge.

Son Seigneur trouvera d'autres trésors.

Ceux qui, jadis, étaient comme l'arbre et son ombre

Sont maintenant éloignés comme Hu l'est de Ch'in*

Ou comme Ts'an l'est de Ch'en**.

 

 

* Deux noms de lieux.

** Deux étoiles.

 

Poème chinois du IIIe siècle, cité par Lawrence Durrell dans son livre "Le sourire du Tao" (Gallimard, 1982).

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