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Le Rouge et le Blanc

La forêt française entre privatisation et suicides. In memoriam Stéphane Rossi

5 Août 2011 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Qui aurait cru que la forêt domaniale française puisse être privatisée ? Qui aurait cru que des gardes forestiers, ces experts et ces amoureux de la forêt, de ses plantes et de ses animaux, ayant souvent choisi leur beau métier par vocation, se suicideraient un jour pour des questions de travail ? Qui aurait cru qu'un président français donnerait l'ordre de décimer la forêt nationale, patrimoine de tous les Français, constitué depuis le temps des rois ?

L'Etat a abandonné la souveraineté monétaire aux banques. L'Etat et les Français sont ainsi obligés de leur emprunter l'argent avec intérêt. C'est l'usure, condamnée dans l'Antiquité et sous la Chrétienté. Les banques sont devenues ainsi  les détentrices d'une énorme dette publique et privée. l'Etat est en quasi-faillite, beaucoup de  Français se sont appauvris et ont perdu leur travail. Pour se faire rembourser la dette et les intérêts de la dette, les "milieux financiers" exigent l'application de mesures d'économie dans l'ensemble du service public, le départ de nombreux personnels et un rythme de travail et des exigences de "rentabilité"  inhumains pour les autres. Le service public fonctionnant donc de plus en plus mal, les "milieux financiers" demandent sa privatisation. Le gouvernement vend alors aux banques et à la ploutocratie notre service public et notre patrimoine national. Les Français sont ainsi dépouillés de tout: travail, argent, biens personnels, service public, patrimoine national.

P.-O.C

 

Patrimoine
La France veut-elle privatiser ses forêts se débarrasser de l’ONF ?

Par Raphaël Baldos (14 juillet 2011)

dimanche 24 juillet 2011, par Comité Valmy

Trois suicides en un mois ont endeuillé l’Office national des forêts (ONF), qui gère un quart des zones boisées. Un mal-être social se répand chez les gardes forestiers alors qu’une note de la direction générale du Trésor suggère de privatiser en partie le service public de la forêt. Objectif de l’État : extraire toujours plus de bois dans un contexte où les réductions d’effectifs s’accentuent. Syndicats et communes forestières s’inquiètent. La forêt, ce n’est pas seulement des troncs découpés en planches : c’est aussi un lieu de préservation de l’environnement et de lien social.

Suite de l'article sur le site du Comité Valmy: link

 ONF: 2 nouveaux suicides

AFP Publié le 11/07/2011 à 18:00 Réactions (9) Deux gardes forestiers se sont récemment suicidés dans leur logement de fonction, la CGT-Forêt y voyant la conséquence de la réorganisation de l'office national des forêts (ONF). link

Automne.jpg

  La forêt de Rambouillet en automne (Butte de l'Epars)

Photo: Pierre-Olivier Combelles

 

 IN MEMORIAM STEPHANE ROSSI

 

Le poète naturaliste du Parc d'en Haut

 

Stéphane Rossi était un poète naturaliste qui avait élu domicile, dans les années 1980-1990, dans la maison forestière abandonnée du Parc-d'en-Haut, dans la forêt de Rambouillet, entre Saint Léger-en-Yvelines et Montfort- l'Amaury.

Grâce à lui, le Parc-d'en-Haut était devenu le rendez-vous des amoureux savants de la forêt de Rambouillet, ce royal vestige de l'antique Forêt des Carnutes. Parmi eux, des chercheurs du Muséum national d'Histoire naturelle, des collaborateurs du CORIF (Cercle des Ornithologues d'Ile-de-France) et les futurs membres du CERF (Centre d'Etudes sur Rambouillet et sa Forêt) dont il fut le fondateur.

Un soir, je m'en souviens (cela devait être en 1990 ou 1991), nous y avions admiré sa collection de bois de cerfs et conversé ensemble, au coin du feu, avec quelques amis de passage, avant d'aller guetter au bord d'une mare, à la pleine lune, le passage du renard... qui n'était pas venu, ayant affaire ailleurs ce soir-là.

Stéphane Rossi aurait pu devenir un remarquable animateur au service de l'Office National des Forêts et de la SARRAF qui regroupe les propriétaires des forêts privées du massif de Rambouillet. Il n'en a pas été ainsi. La maison forestière du Parc-d'en-Haut, bien qu'abandonnée et laissée sans entretien par l'ONF, ne lui appartenait pas. Il a dû la quitter. Il a mis fin à ses jours le 13 décembre 2000. Qu'il repose en paix.

Deux poèmes de Stéphane Rossi:

 

NATURALISTE ? L'ADDITION !  

 

Au début, cela avait commencé
Par la lecture des grands auteurs
Puis par la découverte du terrain:
La joie de l'évasion
Et l'ivresse de la quête.

Tout lui était nouveau.
Au Passoir, il bondissait de joie
A la vue d'une couleuvre à collier.
A la source bleue, ce fut la rencontre
Avec le triton marbré.

Puis, les années passant,
Etonné de ne voir cette forêt
Aimée que pour ses chasses,
Il prit peur que disparaissent
Des lieux inconnus de tous.
Alors, il s'agita beaucoup
Réunionnant et conférençant
Ou notant et griffonnant
Sur des feuilles éparses
Les observations nocturnes et crépusculaires
Qu'il effectuait en forêt.
De peur d'oublier un détail
Il arpentait en diagonale et en carré
Son aire de répartition
Limitée pendant longtemps
A une journée de bicyclette.

Il savait qu'il n'aurait jamais le temps
Que de toute façon, la fin était proche
Il n'attendait pas de récompense
C'était pour lui une question de fidélité.

Parfois, il pensait, tel un archiviste,
Qu'une fois tout noté, analysé et synthétisé
Son devoir serait terminé
Et qu'il lui suffirait de le présenter
Aux gens sérieux,aux gens responsables
A ceux qui ont du crédit mais vivent à crédit.

Il savait qu'il était petit
Que face à tous ces gens importants
Qui avaient pris leur train de vie à grande vitesse
Il n'était rien.
Rien qu'un pauvre petit homme
Resté sur le quai de la gare
Pas à cause de valises trop lourdes
Mais à cause du sens de la visite.

Alors il notait, honnêtement
Ni plus, ni moins
Dans l'attente d'un projet dément
Autoroute ou grande rocade
Afin de pouvoir consciencieusement
Présenter la note...

 

Stéphane Rossi
Le Parc d'en haut
9 Novembre 1988
Oh15

 

FAITES DU CAFE
 

Pour venir, c'est simple
Bien sur, il faut un peu chercher
Mais un trésor sans sa quête
C'est comme une nuit sans étoiles
Une mare sans grenouilles...

Alors voilà:
Dans la direction du soleil couchant,
A une journée de marche,
De la très grande ville,
Il y a une grande forêt,
Dans cette grande forêt,
Comme dans toutes les forêts,
il y a des routes,
Des chemins et des sentiers.

Cherchez le long de ces chemins
Les rares maisons qui subsistent.
Si vous en trouvez deux proches
Reliées par un mur d'enceinte
Au bord d'une clairière
Entourée de grands chênes
Et si la cheminée fume
C'est qu'il n'est pas loin.
Si la porte est ouverte
C'est qu'il est tout prêt.

Quoique...
Un oiseau l'a peut-être distrait
Et qu'il est ailleurs...
Ou bien un essaim d'abeilles
L'aura emporté au loin.

Mais rentrez tout de même,
Entretenez le feu, faites du café.
Qu'il soit chaud quand il viendra.

A son retour
Laissez le parler
Car … force de vivre seul
Il est devenu bavard.

Mais ne lui demandez surtout pas
Pourquoi il vit là.
Il vous répondrait:
Pour le vent, la pluie et le froid
Mais aussi
Pour le chant des oiseaux
Le miel et les canards,
Pour le feu dans la cheminée,
Le renard dans la nuit
Et les visites des amis.

 


Stéphane Rossi
Le Parc d'en Haut
Le 6 Janvier 1988. 22h.
Des chemins et des sentiers.

 

Extrait su site "En souvenir de Stéphane Rossi": link

CERF: link

 

pdh_350

La Maison forestière du Parc-d'en-Haut, en hiver. 

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