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Le Rouge et le Blanc

Articles récents

Algunas escolias de Nicolás Gómez Dávila

23 Mars 2015 , Rédigé par Béthune

Philippe Billé a été le premier Français à traduire et à publier sur internet* les écrits de Nicolas Gomez Davila**. Tous ceux qui ont eu la surprise de découvrir au début des années 2000 ce fin et intelligent écrivain moraliste colombien, frère moderne de Montaigne par la plume et le sang (ce qui désigne le territoire et la tour-librairie d'où il parle), lui doivent reconnaissance.

Nicolas Gomez Davila excelle à décrire le monde contemporain dans lequel nous vivons, mais il ne cherche jamais  à expliquer les causes de ce qu'il critique. C'est pourquoi il doit être compris aussi entre les lignes: c'est le "texte implicite" (texto implicito), titre de son oeuvre.

 

«Pour le progressiste moderne, la nostalgie constitue l’hérésie suprême».

 

"En ce siècle de foules transhumantes qui profanent tout lieu illustre, le seul hommage qu’un pèlerin respectueux puisse rendre à un sanctuaire vénérable est de ne pas le visiter."

   

"Pour le lecteur des historiens antiques, la guerre moderne est chose familière.

La guerre totale est la guerre que l’humanité a toujours connue.

Parvenir à soumettre la guerre, pendant quelques siècles, à certaines exigences morales et esthétiques, fut une entreprise miraculeuse et fragile.

L’homme actuel frémit devant les mêmes horreurs que l’humanité millénaire a contemplées avec une résignation angoissée."

 

"Les mémoires et les maximes semblent être des genres nettement aristocratiques."

 

"La civilisation moderne : cette invention d’ingénieur blanc pour roi nègre. "

 

"La civilisation est tout ce que l’université ne peut pas enseigner."

 
"La résistance est inutile quand tout se conjure dans le monde pour détruire ce que nous admirons. 
Il nous reste toujours, cependant, une âme intègre pour contempler, pour juger, et pour mépriser."

 
"La messe peut être célébrée dans des palais, ou des chaumières, mais pas dans des quartiers résidentiels."


"L’ineptie et la niaiserie du verbiage épiscopal et pontifical nous troubleraient, nous vieux chrétiens, si nous n’avions heureusement appris, depuis tout petits, à dormir pendant le sermon."

 

"Dieu a inventé les outils, le diable les machines."

 

"La magnificence de la cathédrale gothique cherche à honorer Dieu, la pompe du baroque jésuitique à attirer le public."

 

*******************************

* Studia davilana: link

** Escolios a un texto implícito (2 volumes, Bogotá, Instituto Colombiano de Cultura, 1977), Nuevos escolios a un texto implícito (2 volumes, Bogotá, Procultura, Presidencia de la República, Nueva Biblioteca Colombiana de Cultura, 1986), et enfin Sucesivos escolios a un texto implícito (Santafé de Bogotá, Instituto Caro y Cuervo, 1992; Barcelona, 2002).

Extrait d'un diaporama sur les 12 agglomérations les plus peuplées au monde.

Extrait d'un diaporama sur les 12 agglomérations les plus peuplées au monde.

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The Death Of The Pacific Ocean (Yoichi Shimatsu)

19 Mars 2015 , Rédigé par POC

Otarie (Otaria flavescens) morte sur la plage Lobos marinos, au bord du Pacifique, à une centaine de km au sud de Lima (Pérou). Photo: Pierre-Olivier Combelles, mai 2012. Cette année-là, un grand nombre d'animaux marins ont été trouvés morts sur les côtes du Pérou: otaries, petits cétacés, oiseaux marins. L'hécatombe continue: en janvier 2014, des centaines de dauphins sont trouvés morts sur les plages du Pérou (http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/southamerica/peru/10618536/Scientists-baffled-after-400-dead-dolphins-wash-up-on-Perus-beaches-p.html) et en novembre de la même année, 500 otaries sur une plage de Ancash, toujours au Pérou (http://www.rpp.com.pe/2014-11-23-policia-ecologica-halla-500-lobos-marinos-muertos-en-playa-de-ancash-noticia_744515.html). Bien entendu on peut accuser la pollution du littoral par les rejets des grandes villes côtières comme Lima (10 millions d'habitants), les produits chimiques de l'agriculture et de l'élevage industriels sur la côte, la contamination par les mines (mercure, cyanure, etc.) des rivières des Andes qui se jettent dans le Pacifique, les explosions sismiques sous-marines de l'exploration pétrolière, la sur-exploitation des ressources halieutiques et en particulier de l'anchois ("anchoveta", le poisson-fourrage). Mais le facteur "Fukushima" ne peut être écarté. De  toutes façons, il s'inscrit dans l'ensemble des nuisances à l'environnement qui sont la conséquence du "développement" des pays riverains du Pacifique (Amérique du nord, Amérique centrale, Amérique du sud, Asie, Océanie) qui pratiquent la même économie libérale et qui sont liés par de multiples traités de libre-échange, actuels ou en cours (TPP).

Otarie (Otaria flavescens) morte sur la plage Lobos marinos, au bord du Pacifique, à une centaine de km au sud de Lima (Pérou). Photo: Pierre-Olivier Combelles, mai 2012. Cette année-là, un grand nombre d'animaux marins ont été trouvés morts sur les côtes du Pérou: otaries, petits cétacés, oiseaux marins. L'hécatombe continue: en janvier 2014, des centaines de dauphins sont trouvés morts sur les plages du Pérou (http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/southamerica/peru/10618536/Scientists-baffled-after-400-dead-dolphins-wash-up-on-Perus-beaches-p.html) et en novembre de la même année, 500 otaries sur une plage de Ancash, toujours au Pérou (http://www.rpp.com.pe/2014-11-23-policia-ecologica-halla-500-lobos-marinos-muertos-en-playa-de-ancash-noticia_744515.html). Bien entendu on peut accuser la pollution du littoral par les rejets des grandes villes côtières comme Lima (10 millions d'habitants), les produits chimiques de l'agriculture et de l'élevage industriels sur la côte, la contamination par les mines (mercure, cyanure, etc.) des rivières des Andes qui se jettent dans le Pacifique, les explosions sismiques sous-marines de l'exploration pétrolière, la sur-exploitation des ressources halieutiques et en particulier de l'anchois ("anchoveta", le poisson-fourrage). Mais le facteur "Fukushima" ne peut être écarté. De toutes façons, il s'inscrit dans l'ensemble des nuisances à l'environnement qui sont la conséquence du "développement" des pays riverains du Pacifique (Amérique du nord, Amérique centrale, Amérique du sud, Asie, Océanie) qui pratiquent la même économie libérale et qui sont liés par de multiples traités de libre-échange, actuels ou en cours (TPP).

If some evil genius, a modern-day Captain Nemo, were to plan the extermination of life on Earth, there could hardly be a better spot for hatching this nefarious plot than Fukushima.

Yoichi Shimatsu

 

The Death Of The Pacific Ocean
Fukushima Debris Soon To Hit American Shores

By Yoichi Shimatsu
Exclusive To Rense.com
Hong Kong-Based Environmental Consultant
Former General Editor Japan Times Weekly In Tokyo
12-16-11

 

"An unstoppable tide of radioactive trash and chemical waste from Fukushima is pushing ever closer to North America. An estimated 20 million tons of smashed timber, capsized boats and industrial wreckage is more than halfway across the ocean, based on sightings off Midway by a Russian ship's crew. Safe disposal of the solid waste will be monumental task, but the greater threat lies in the invisible chemical stew mixed with sea water.
 
This new triple disaster floating from northeast Japan is an unprecedented nuclear, biological and chemical (NBC) contamination event. Radioactive isotopes cesium and strontium are by now in the marine food chain, moving up the bio-ladder from plankton to invertebrates like squid and then into fish like salmon and halibut. Sea animals are also exposed to the millions of tons of biological waste from pig farms and untreated sludge from tsunami-engulfed coast of Japan, transporting pathogens including the avian influenza virus, which is known to infect fish and turtles. The chemical contamination, either liquid or leached out of plastic and painted metal, will likely have the most immediate effects of harming human health and exterminating marine animals.
 
The toxic mess won't stop at the shoreline. Many chemical compounds are volatile and can evaporate with water to form clouds, which will eventually precipitate as rainfall across Canada and the northern United States. The long-term threat extends far inland to the Rockies and beyond, affecting agriculture, rivers, reservoirs and, eventually, aquifers and well water." (...)

Suite ce cet article sur Rense.com: http://www.rense.com/general95/death.htm

 

Fou varié (Sula variegata) mort sur la plage de Lobos marinos, au bord du Pacifique, à une centaine de km au sud de Lima. L'oiseau était en état d'inanition. De très nombreux  Fous ont été trouvés morts cette année-là sur les côtes péruviennes, sans explications officielles satisfaisantes. Em 2014, les oiseaux continuaient à mourir en grand nombre (http://www.rpp.com.pe/2014-06-21-lambayeque-piqueros-mueren-en-playas-de-santa-rosa-y-puerto-eten-noticia_702038.html) . Photo: Pierre-Olivier Combelles, mai 2012.

Fou varié (Sula variegata) mort sur la plage de Lobos marinos, au bord du Pacifique, à une centaine de km au sud de Lima. L'oiseau était en état d'inanition. De très nombreux Fous ont été trouvés morts cette année-là sur les côtes péruviennes, sans explications officielles satisfaisantes. Em 2014, les oiseaux continuaient à mourir en grand nombre (http://www.rpp.com.pe/2014-06-21-lambayeque-piqueros-mueren-en-playas-de-santa-rosa-y-puerto-eten-noticia_702038.html) . Photo: Pierre-Olivier Combelles, mai 2012.

Les rochers de la Playa Lobos Marinos à une centaine de km au sud de Lima, au bord du Pacifique. On peut y observer, outre des otaries, des fous variés, des pélicans thage, des sternes inca, des becs-en-ciseaux, des cormorans, des goélands, des dauphins et la rare loutre de mer. Photo: Pierre-Olivier Combelles (mai 2012).

Les rochers de la Playa Lobos Marinos à une centaine de km au sud de Lima, au bord du Pacifique. On peut y observer, outre des otaries, des fous variés, des pélicans thage, des sternes inca, des becs-en-ciseaux, des cormorans, des goélands, des dauphins et la rare loutre de mer. Photo: Pierre-Olivier Combelles (mai 2012).

 Ruines du temple de Pachacamac au bord du Pacifique, près de Lima. Il fut agrandi par l'Inca Tupac Yupanki à la fin du XVIe siècle, après sa grande expédition à l'Ile de Pâques, en hommage à Mamacocha (en quechua: mama: mère et cocha: lac, mer), l'Esprit-Divinité féminine des eaux et de la Mer, épouse du Dieu Viracocha. La mer (comme la montagne) était un espace sacré pour les Préhispaniques. Comment auraient-ils imaginé qu'on puisse un jour les piller, les détruire et les souiller ? Photo: Pierre-Olivier Combelles (2012).

Ruines du temple de Pachacamac au bord du Pacifique, près de Lima. Il fut agrandi par l'Inca Tupac Yupanki à la fin du XVIe siècle, après sa grande expédition à l'Ile de Pâques, en hommage à Mamacocha (en quechua: mama: mère et cocha: lac, mer), l'Esprit-Divinité féminine des eaux et de la Mer, épouse du Dieu Viracocha. La mer (comme la montagne) était un espace sacré pour les Préhispaniques. Comment auraient-ils imaginé qu'on puisse un jour les piller, les détruire et les souiller ? Photo: Pierre-Olivier Combelles (2012).

Après un long voyage et de nombreux détours dans le Pacifique nord, le long de la Californie, à travers l'Equateur et autour du Pacifique sud, une partie des eaux du courant japonais Kuroshio finit par se mêler au Courant de Humboldt. La radioactivité de Fukushima a-t-elle touché les côtes du Pérou ?

Après un long voyage et de nombreux détours dans le Pacifique nord, le long de la Californie, à travers l'Equateur et autour du Pacifique sud, une partie des eaux du courant japonais Kuroshio finit par se mêler au Courant de Humboldt. La radioactivité de Fukushima a-t-elle touché les côtes du Pérou ?

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Humanisme (Edward W. Saïd)

19 Mars 2015 , Rédigé par POC

Edward Wadie Saïd (Jérusalem, Palestine mandataire, 1er novembre 1935 - New York, 25 septembre 2003) enfant, à droite.

Edward Wadie Saïd (Jérusalem, Palestine mandataire, 1er novembre 1935 - New York, 25 septembre 2003) enfant, à droite.

"Par humanisme, je pense d'abord à la volonté qui poussait William Blake à briser les chaînes de notre esprit afin d'utiliser celui-ci à une réflexion historique et raisonnée. L'humanisme est également entretenu par un sentiment de communauté avec d'autres chercheurs, d'autres sociétés et d'autres époques; il n'existe pas d'humaniste à l'écart du monde. Chaque domaine est lié à tous les autres, et rien de ce qui se passe dans le monde ne saurait rester isolé et pur de toute influence extérieure. Nous devons traiter de l'injustice et de la souffrance, mais dans un contexte largement inscrit dans l'histoire, la culture et la réalité socio-économique. Notre rôle est d'élargir le champ du débat."

Edward W. Saïd, L'orientalisme (Préface 2003). Editions du Seuil, Paris (1978) 2003.

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Un voilier passe... (William Blake)

14 Mars 2015 , Rédigé par POC

La goélette Ripley devant la côte du Labrador, en 1833. John James Audubon garda toute sa vie, comme moi, la nostalgie de ce pays magique où nous nous retrouverons peut-être un jour. Crayons de couleur. Dessin par Pierre-Olivier Combelles (Sorata, Bolivie, 2001).

 

Un voilier passe…

 

Je suis debout au bord de la plage.
Un voilier passe dans la brise du matin,
et part vers l'océan.
Il est la beauté, il est la vie.
Je le regarde jusqu'à ce qu'il disparaisse à l'horizon.
Quelqu'un à mon côté dit : « il est parti ! »

Parti vers où ?
Parti de mon regard, c'est tout !
Son mât est toujours aussi haut,
sa coque a toujours la force de porter
sa charge humaine.
Sa disparition totale de ma vue est en moi,
pas en lui.

Et juste au moment où quelqu'un près de moi
dit : «il est parti !»
il en est d'autres qui le voyant poindre à l'horizon
et venir vers eux s'exclament avec joie :
« Le voilà ! »

C'est ça la mort !
Il n'y a pas de morts.
Il y a des vivants sur les deux rives.

 

William Blake (1757-1827)

Chants d'Innocence ; Le Mariage du Ciel et de l'Enfer ; Chants d'Expérience.

A diagramatic reconstruction of the ancient Sami world-view, showing the division of the world into Upper, Middle and Underworlds. Source:  Mulk, Inga-Maria & Tim Bayliss-Smith (2006) Rock Art and Sami Sacred Geography in Badjelánnda, Laponia, Sweden. Sailing Boats, Anthropomorphs and Reindeer. Archaeology and Environment 22 and Kungl. Skytteanska Samfundets handlingar 58, pp. 331-348. Umeå.

A diagramatic reconstruction of the ancient Sami world-view, showing the division of the world into Upper, Middle and Underworlds. Source: Mulk, Inga-Maria & Tim Bayliss-Smith (2006) Rock Art and Sami Sacred Geography in Badjelánnda, Laponia, Sweden. Sailing Boats, Anthropomorphs and Reindeer. Archaeology and Environment 22 and Kungl. Skytteanska Samfundets handlingar 58, pp. 331-348. Umeå.

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Baiser la joie qui vole

14 Mars 2015 , Rédigé par POC

Allegr'eau. Photographie par Evelyne Landau

Allegr'eau. Photographie par Evelyne Landau

Celui qui s'attache une joie

Détruit l'aile de la vie;

Mais celui qui baise la joie qui vole

Vit dans l'aurore éternelle.

 

William Blake (1757-1827)

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The use of the usefulness

14 Mars 2015 , Rédigé par POC

Epilobes (Epilobium angustifolium) dans une friche au bord de la route. Photo: LCHT/POC 2014.

Epilobes (Epilobium angustifolium) dans une friche au bord de la route. Photo: LCHT/POC 2014.

When Confucius visited Ch'u, Chieh Yu, the madman of Ch'u, wandered by his gate crying, "Phoenix, phoenix, how his virtue failed! The future you cannot wait for; the past you cannot pursue. When the world has the Way, the sage succeeds; when the world is without the Way, the sage survives. In times like the present, we do well to escape penalty. Good fortune is light as a feather, but nobody knows how to hold it up. Misfortune is heavy as the earth, but nobody knows how to stay out of its way. Leave off, leave off - this teaching men virtue! Dangerous, dangerous - to mark off the ground and run! Fool, fool - don't spoil my walking! I walk a crooked way - don't step on my feet. The mountain trees do themselves harm; the grease in the torch burns itself up. The cinnamon can be eaten and so it gets cut down; the lacquer tree can be used and so it gets hacked apart. All men know the use of the useful, but nobody knows the use of the useless!"

The Complete Works Of Chuang Tzu
Translated by Burton Watson

Section FOUR - IN THE WORLD OF MEN

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L'agriculture moderne en guerre contre la planète

11 Mars 2015 , Rédigé par POC

Pointes de flèches en obsidienne (sauf les deux en bas à gauche) trouvées dans le domaine de Pitunilla, dans la vallée du Tastamayo (Chumpi, Ayacucho, Andes méridionales du Pérou). Elles ont continué à être utilisées pendant tout le Néolithique, sans doute même encore à l'époque des Incas, pour chasser des animaux de grande taille comme les cervidés et les camélidés andins (guanacos, vigognes). Mais les chasseurs préhistoriques ont exterminé les grands animaux sauvages des Andes qui n'avaient pas peur de l'homme. Beaucoup d'espèces ont disparu, comme le Glyptodon, le Mégathérium ou les chevaux sauvages, ainsi que les grands super-prédateurs comme le tigre à dents de sabre. Les autres ont été domestiquées (lama, alpaga). Ces pointes de flèches antiques nous rappellent que si la femme était le pilier des sociétés agricoles traditionnelles, comme nous le signale une intervenante dans le film de Coline Serreau, c'est l'homme qui était le pilier des peuples chasseurs, pêcheurs et cueilleurs pendant tout le Paléolithique qui s'étend sur une durée beaucoup plus longue, depuis que les lointains ancêtres de l'homme, des Primates, quittèrent les arbres des forêts tropicales et sub-tropicales où ils vivaient de fruits, de feuilles et d'insectes, pour descendre à terre et chasser des animaux en groupe. Les Eskimos, descendants des Paléolithiques èmigrés à travers tout le nord de la Sibérie jusqu'à l'Amérique, pratiquaient encore l'infanticide des filles au début du XXe siècle, par nécessité. Mais les chasseurs nomades primitifs et les agriculteurs traditionnels vénéraient tous la Terre-Mère, la Pachamama des peuples andins...ou la Máttaráhkká des Sami (Lapons) de notre Eurasie. Photo: Pierre-Olivier Combelles, 2012.

Pointes de flèches en obsidienne (sauf les deux en bas à gauche) trouvées dans le domaine de Pitunilla, dans la vallée du Tastamayo (Chumpi, Ayacucho, Andes méridionales du Pérou). Elles ont continué à être utilisées pendant tout le Néolithique, sans doute même encore à l'époque des Incas, pour chasser des animaux de grande taille comme les cervidés et les camélidés andins (guanacos, vigognes). Mais les chasseurs préhistoriques ont exterminé les grands animaux sauvages des Andes qui n'avaient pas peur de l'homme. Beaucoup d'espèces ont disparu, comme le Glyptodon, le Mégathérium ou les chevaux sauvages, ainsi que les grands super-prédateurs comme le tigre à dents de sabre. Les autres ont été domestiquées (lama, alpaga). Ces pointes de flèches antiques nous rappellent que si la femme était le pilier des sociétés agricoles traditionnelles, comme nous le signale une intervenante dans le film de Coline Serreau, c'est l'homme qui était le pilier des peuples chasseurs, pêcheurs et cueilleurs pendant tout le Paléolithique qui s'étend sur une durée beaucoup plus longue, depuis que les lointains ancêtres de l'homme, des Primates, quittèrent les arbres des forêts tropicales et sub-tropicales où ils vivaient de fruits, de feuilles et d'insectes, pour descendre à terre et chasser des animaux en groupe. Les Eskimos, descendants des Paléolithiques èmigrés à travers tout le nord de la Sibérie jusqu'à l'Amérique, pratiquaient encore l'infanticide des filles au début du XXe siècle, par nécessité. Mais les chasseurs nomades primitifs et les agriculteurs traditionnels vénéraient tous la Terre-Mère, la Pachamama des peuples andins...ou la Máttaráhkká des Sami (Lapons) de notre Eurasie. Photo: Pierre-Olivier Combelles, 2012.

Chasseurs préhistoriques d'Amérique du sud à l'affût devant un Glyptodon, une espèce disparue.

Chasseurs préhistoriques d'Amérique du sud à l'affût devant un Glyptodon, une espèce disparue.

Tigre à dents de sabre attaquant un Mégathérium

Tigre à dents de sabre attaquant un Mégathérium

Semailles à la ferme Pitunilla dans les Andes méridionales du Pérou, à 3000 m d'altitude. Avec l'arrivée des Espagnols au XVIe siècle, les taureaux et l'araire, puis maintenant le tracteur là où c'est possible, ont progressivement remplacé la chaquitacclla (bêche andine) héritée des anciens colons océaniens et de leurs ancêtres asiatiques. Le bétail introduit d'Europe (bovins, chevaux, ânes, cochons, moutons, chèvres: animaux aux pieds durs qui usent le sol des pentes -contrairement aux pieds mous des lamas et des alpagas-et qui tondent toute la végétation) est en très grande partie responsable, avec la déforestation, de l'érosion généralisée des Andes jusqu'à 5000 m d'altitude. Engrais: fumier ("guano") de cuyes (cochons d'Inde) et de poules (élevées en liberté) de la ferme et "guano" de molle (terreau très meuble de fruits et feuilles desséchés tombées de l'arbre Schinus molle); pas de pesticides. Irrigation: rivière et pluie. Cultures: plusieurs variétés de maïs, de pommes de terre, quinoa, kiwicha, blé, orge. La production est seulement pour la consommation personnelle et locale. Photo: Pierre-Olivier Combelles.

Semailles à la ferme Pitunilla dans les Andes méridionales du Pérou, à 3000 m d'altitude. Avec l'arrivée des Espagnols au XVIe siècle, les taureaux et l'araire, puis maintenant le tracteur là où c'est possible, ont progressivement remplacé la chaquitacclla (bêche andine) héritée des anciens colons océaniens et de leurs ancêtres asiatiques. Le bétail introduit d'Europe (bovins, chevaux, ânes, cochons, moutons, chèvres: animaux aux pieds durs qui usent le sol des pentes -contrairement aux pieds mous des lamas et des alpagas-et qui tondent toute la végétation) est en très grande partie responsable, avec la déforestation, de l'érosion généralisée des Andes jusqu'à 5000 m d'altitude. Engrais: fumier ("guano") de cuyes (cochons d'Inde) et de poules (élevées en liberté) de la ferme et "guano" de molle (terreau très meuble de fruits et feuilles desséchés tombées de l'arbre Schinus molle); pas de pesticides. Irrigation: rivière et pluie. Cultures: plusieurs variétés de maïs, de pommes de terre, quinoa, kiwicha, blé, orge. La production est seulement pour la consommation personnelle et locale. Photo: Pierre-Olivier Combelles.

Chaquitaclla, la bêche andine, héritage des anciens colons océaniens arrivés en radeaux et en pirogues. Chemin de l'Inca de Huachon à Oxapampa, vers 3800 m d'altitude. Département de Pasco (Pérou). 2012. Photo: Pierre-Olivier Combelles

Chaquitaclla, la bêche andine, héritage des anciens colons océaniens arrivés en radeaux et en pirogues. Chemin de l'Inca de Huachon à Oxapampa, vers 3800 m d'altitude. Département de Pasco (Pérou). 2012. Photo: Pierre-Olivier Combelles

Travail collectif de retournement ("pachacuti" en quechua et en aymara) de la terre à la barre à mine (un outil de mineurs qui a remplacé l'antique chaquitacclla, la bêche andine) avec la communauté aymara de Laripata, pour semer ensuite des pommes de terre. A l'arrière-plan, l'Illampu (6421m), un des sommets de la cordillère des Andes boliviennes, côté amazonien. Plateau d'Apilpani, partie supérieure de Purani Churiquimbaya, au-dessus de Sorata (Dept. de La Paz) où Pierre-Olivier Combelles et Katia Humala Tasso avaient entrepris la réalisation d'un jardin botanique andin. Photo: Pierre-Olivier Combelles, 2001.

Travail collectif de retournement ("pachacuti" en quechua et en aymara) de la terre à la barre à mine (un outil de mineurs qui a remplacé l'antique chaquitacclla, la bêche andine) avec la communauté aymara de Laripata, pour semer ensuite des pommes de terre. A l'arrière-plan, l'Illampu (6421m), un des sommets de la cordillère des Andes boliviennes, côté amazonien. Plateau d'Apilpani, partie supérieure de Purani Churiquimbaya, au-dessus de Sorata (Dept. de La Paz) où Pierre-Olivier Combelles et Katia Humala Tasso avaient entrepris la réalisation d'un jardin botanique andin. Photo: Pierre-Olivier Combelles, 2001.

"Les pesticides sont issus de la guerre, les fertilisants sont issus de la guerre, la conception de l'agriculture comme une guerre contre la planète, est issue de la guerre. Tout cela doit être rejeté comme une aberration du siècle dernier. Nous devons commencer ce siècle en  retrouvant la sagesse ancienne qui nous apprenait comment vivre avec la terre."

Vandana Shiva, Physicienne (Inde)
Prix Nobel alternatif 1993
Association de défense des petits paysans indiens

Visionnez sur Youtube le film de Coline Serreau

Solutions locales pour un désordre global

https://www.youtube.com/watch?v=9MVKE3HbC98

Un film que tout le monde devrait avoir vu.

Les "pueblos jovenes" (favellas) s'étendent à perte de vue dans le désert autour de Lima, la capitale mégapole du Pérou: 10 millions d'habitants, le tiers de la population du pays (1 285 220 km2), la plupart sont des paysans descendus des Andes. Photo: Pierre-Olivier Combelles, 2012.

 

Faune et flore d’une vallée de la cordillère des Andes méridionales du Pérou par Pierre-Olivier Combelles et Katia Kusiqoyllur Humala-Tasso. Le Courrier de la Nature, numéro 226, mai-juin 2006) : 24-31.

Nouvelles du Pérou et de Pitunilla (2006-2014) par Pierre-Olivier Combelles (botaniste, écrivain, président de l’Institut andin d’études ethnobiologiques). Le Courrier de la nature (Société nationale de protection de la nature), N°283, mai-juin 2014 : http://www.snpn.com/spip.php?article2064

Le Jardin botanique Purani-Churiquimbaya par Pierre-Olivier Combelles. Le Courrier de la Nature, N°188 (Novembre-Décembre 2000) : 34-39.

La maca, une culture d’altitude millénaire, par Katia Kusiqoyllur Humala-Tasso et Pierre-Olivier Combelles.  Pour la Science N° 311 (septembre 2003) : 25-29.

 

Bandeau A moi Bethune

Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France

et les véritables mines et trésors du Pérou.

Maximilien de Béthune, duc de Sully, ministre du roi de France Henri IV.

Pitunilla et la vallée du Tastamayo vus de Huallywa, vers 3000 m d'altitude (Ayacucho, Andes du sud du Pérou). Au premier plan: maguey (Agave americana). Au second plan et au loin, les arbres sont des molle (Schinus molle, Anacardiaceae). Protégés à Pitunilla, ils devraient recouvrir toute la région à cette altitude. L'érosion par le surpâturage est visible sur les montagnes alentour. Photo: Pierre-Olivier Combelles, décembre 2012.

Pitunilla et la vallée du Tastamayo vus de Huallywa, vers 3000 m d'altitude (Ayacucho, Andes du sud du Pérou). Au premier plan: maguey (Agave americana). Au second plan et au loin, les arbres sont des molle (Schinus molle, Anacardiaceae). Protégés à Pitunilla, ils devraient recouvrir toute la région à cette altitude. L'érosion par le surpâturage est visible sur les montagnes alentour. Photo: Pierre-Olivier Combelles, décembre 2012.

Le Tastamayo (en quechua: tasta: une sorte d'arbre, Escallonia sp., une Verbenacée, et  mayo: rivière, torrent) à Pitunilla, pendant la saison des pluies (avril 2012). Au premier plan, avec des houppes blanches: Cortaderia riuduscula, une Poacée sauvage que l'on retrouve cultivée pour l'ornement dans les jardins d'Occident. La mine Breapampa a prévu d'exploiter le versant "Pocagallo" d'où naît le Tastamayo. Photo: Pierre-Olivier Combelles.

Le Tastamayo (en quechua: tasta: une sorte d'arbre, Escallonia sp., une Verbenacée, et mayo: rivière, torrent) à Pitunilla, pendant la saison des pluies (avril 2012). Au premier plan, avec des houppes blanches: Cortaderia riuduscula, une Poacée sauvage que l'on retrouve cultivée pour l'ornement dans les jardins d'Occident. La mine Breapampa a prévu d'exploiter le versant "Pocagallo" d'où naît le Tastamayo. Photo: Pierre-Olivier Combelles.

A quelques kilomètres de Pitunilla, au sommet de la montagne de Chumpi qui est le "château d'eau" de toute la région, la mine d'or Breapampa (Newmont-Buenaventura) exploitée depuis 2012, avec traitement du minerai par lixiviation, au cyanure. L'économie agricole de la région est détruite, et les sols, les cours d'eau et les nappes phréatiques contaminés. C'est la monstruosité de l'extractivisme, en plein boom au Pérou. Avant l'arrivée des Espagnols, les montagnes étaient sacrées.

A quelques kilomètres de Pitunilla, au sommet de la montagne de Chumpi qui est le "château d'eau" de toute la région, la mine d'or Breapampa (Newmont-Buenaventura) exploitée depuis 2012, avec traitement du minerai par lixiviation, au cyanure. L'économie agricole de la région est détruite, et les sols, les cours d'eau et les nappes phréatiques contaminés. C'est la monstruosité de l'extractivisme, en plein boom au Pérou. Avant l'arrivée des Espagnols, les montagnes étaient sacrées.

"Ce que la communauté demande, c'est qu'on respecte au moins la tête de bassin versant". " Le problème, c'est que où diable était la tête de bassin versant ?"

"Ce que la communauté demande, c'est qu'on respecte au moins la tête de bassin versant". " Le problème, c'est que où diable était la tête de bassin versant ?"

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La dignité des humbles

10 Mars 2015 , Rédigé par Béthune

La plus grande faute du monde moderne n'est pas d'avoir incendié les châteaux, mais d'avoir rasé les chaumières. Ce qu'on voit s'effacer, au fil du XIXe siècle, c'est la dignité des humbles.

Nicolás Gómez Dávila

 

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"The need to be open to the world"

4 Mars 2015 , Rédigé par POC

Ivan Illich. Entretien télévisé (en francais, sous-titrage en anglais) avec Jean-Marie Domenach (1972). Capture d'écran (https://vimeo.com/6694847) "Curieux du monde, inquiet du monde, amoureux des hommes et des dieux, Ivan Illich naît à Vienne en 1926 sur la terre d'Europe, fragile et instable. Il lui faut être un peu partout, là où le permet son origine juive. Il apprend huit langues, s'adresse aussi à Dieu et devient prêtre, évêque, puis renonce à la hiérarchie pour être toujours le voyageur en quête de justice et de vie. Comme les cristaux qu'il a aussi étudiés, sa parole est faite de paillettes anguleuses, géométriques où l'histoire, la philosophie et la science éclosent en un apparent désordre avant de prendre forme : des étoiles de pensées.On peut certes croire à d'autres soleils ou révérer des astres morts et les lumières d'Illich peuvent ne paraître que de lointaines nébuleuses. Un certain regard est, ce soir, celui d'un astronome de l'humain."6

Ivan Illich. Entretien télévisé (en francais, sous-titrage en anglais) avec Jean-Marie Domenach (1972). Capture d'écran (https://vimeo.com/6694847) "Curieux du monde, inquiet du monde, amoureux des hommes et des dieux, Ivan Illich naît à Vienne en 1926 sur la terre d'Europe, fragile et instable. Il lui faut être un peu partout, là où le permet son origine juive. Il apprend huit langues, s'adresse aussi à Dieu et devient prêtre, évêque, puis renonce à la hiérarchie pour être toujours le voyageur en quête de justice et de vie. Comme les cristaux qu'il a aussi étudiés, sa parole est faite de paillettes anguleuses, géométriques où l'histoire, la philosophie et la science éclosent en un apparent désordre avant de prendre forme : des étoiles de pensées.On peut certes croire à d'autres soleils ou révérer des astres morts et les lumières d'Illich peuvent ne paraître que de lointaines nébuleuses. Un certain regard est, ce soir, celui d'un astronome de l'humain."6

Autoportrait à la manière des miniatures persanes. Aquarelle. Pierre-Olivier Combelles, vers 1975.

Autoportrait à la manière des miniatures persanes. Aquarelle. Pierre-Olivier Combelles, vers 1975.

"May- I ask what the fasting of the mind is?"
Confucius said, "Make your will one! Don't listen with your ears, listen with your mind. No, don't listen with your mind, but listen with your spirit. Listening stops with the ears, the mind stops with recognition, but spirit is empty- and waits on all things. The Way gathers in emptiness alone. Emptiness is the fasting of the mind."
Yen Hui said, "Before I heard this, I was certain that I was Hui. But now that I have heard it, there is no more Hui. Can this be called emptiness?"
"That's all there is to it," said Confucius. "Now I will tell you. You may go and play in his bird cage, but never be moved by fame. If he listens, then sing; if not, keep still. Have no gate, no opening,  but make oneness your house and live with what cannot be avoided. Then you will be close to success.
 "It is easy to keep from walking; the hard thing is to walk without touching the ground. It is easy to cheat when you work for men, but hard to cheat when you work for Heaven. You have heard of flying with wings, but you have never heard of flying without wings. You have heard of the knowledge that knows, but you have never heard of the knowledge that does not know. Look into that closed room, the empty chamber where brightness is born! Fortune and blessing gather where there is stillness. But if you do not keep still - this is what is called sitting but racing around.  Let your ears and eyes communicate with what is inside, and put mind and knowledge on the outside. Then even gods and spirits will come to dwell, not to speak of men! This is the changing of the ten thousand things, the bond of Yu and Shun, the constant practice of Fu Hsi and Chi Ch'u. How much more should it be a rule for lesser men!"

Chuang Tzu. Translated by Burton Watson. Section FOUR - IN THE WORLD OF MEN

Shaman Hamatsa. Les Hamatsa étaient une société secrète des Kwakwaka'wakw (Kwakiutl) de Colombie britannique, étudiés par Franz Boas ("The Social Organization and the Secret Societies of the Kwakiutl Indians", 1897). Photographie par Edward S. Curtis.

Shaman Hamatsa. Les Hamatsa étaient une société secrète des Kwakwaka'wakw (Kwakiutl) de Colombie britannique, étudiés par Franz Boas ("The Social Organization and the Secret Societies of the Kwakiutl Indians", 1897). Photographie par Edward S. Curtis.

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Davi Kopenawa: Les Yanomami et le "Peuple de la marchandise"

26 Février 2015 , Rédigé par POC

"Le monde non-Indien vit d’une manière très différente que celle des peuples indigènes, les gens de la ville en particulier. Ils pensent que le mieux c’est d’avoir la croissance, de construire de plus grandes maisons, d’avoir de plus en plus d’habitants. Ils veulent que les autres voient ce qu’ils créent et le regardent avec admiration. Mais à quoi sert de construire des immeubles de plus en plus grands si on ne prête pas attention à la Terre ? Les gens de la ville utilisent la terre, les pierres, le sable, l’huile, le gaz, le pétrole, la technologie pour construire leurs villes. Ils continuent à détruire, tout cela parce que cela les maintient riches. Mais les villes ne rendent les gens ni heureux ni en bonne santé. C’est une déception et quand je rêve je vois une planète malade." Davi Kopenawa. Photo: le quartier résidentiel de Casuarinas, au sud de Lima, au Pérou (la mégapole compte aujourd'hui dix millions d'habitants). Photo: P.-O. Combelles (2012).

"Le monde non-Indien vit d’une manière très différente que celle des peuples indigènes, les gens de la ville en particulier. Ils pensent que le mieux c’est d’avoir la croissance, de construire de plus grandes maisons, d’avoir de plus en plus d’habitants. Ils veulent que les autres voient ce qu’ils créent et le regardent avec admiration. Mais à quoi sert de construire des immeubles de plus en plus grands si on ne prête pas attention à la Terre ? Les gens de la ville utilisent la terre, les pierres, le sable, l’huile, le gaz, le pétrole, la technologie pour construire leurs villes. Ils continuent à détruire, tout cela parce que cela les maintient riches. Mais les villes ne rendent les gens ni heureux ni en bonne santé. C’est une déception et quand je rêve je vois une planète malade." Davi Kopenawa. Photo: le quartier résidentiel de Casuarinas, au sud de Lima, au Pérou (la mégapole compte aujourd'hui dix millions d'habitants). Photo: P.-O. Combelles (2012).

Chasseur-guerrier Yanomami d'Equateur avec ses magnifiques parures de fête (et son disque labial), en visite dans une autre communauté. Capture d'écran du documentaire: http://www.dailymotion.com/video/xvqds1_yanomami-guerriers-de-l-amazone_travel

Chasseur-guerrier Yanomami d'Equateur avec ses magnifiques parures de fête (et son disque labial), en visite dans une autre communauté. Capture d'écran du documentaire: http://www.dailymotion.com/video/xvqds1_yanomami-guerriers-de-l-amazone_travel

"Davi Kopenawa est une voix très écoutée de la cause Yanomami. En 1992, durant le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, il obtient du gouvernement brésilien la reconnaissance légale de la Terra indigena Yanomami, un vaste territoire réservé à l'usage exclusif des siens, dans l'extrême nord-est de l'Etat d'Amazonas au Brésil. Chaman et porte-parole Yanomami, il est reconnu au Brésil et dans le monde comme un des plus grands leaders amérindiens à la pointe du combat pour la protection de la forêt amazonienne.

Son combat contre "les ressorts de la logique prédatrice du peuple de la marchandise", décrit dans le livre , La Chute du ciel (Plon, coll. Terre humaine), coécrit avec l'anthropologue français Bruce Albert, s'est forgé au fil de ses pérégrinations dans le territoire Yanomami et après le choc de la perte de nombreux membres de sa famille, décimés par les maladies infectieuses propagées par les Blancs." (Olivier Curry, LeMonde.fr)

Ecoutez ce que dit Davi Kopenawa: http://www.lemonde.fr/ameriques/video/2013/09/26/nos-fils-ne-seront-plus-yanomami_3485621_3222.html

 

A lire également sur ce blog: http://pocombelles.over-blog.com/2014/02/the-world-is-ill-shaman-davi-kopenawa-yanomami.httml

Yanomami, guerriers de l'Amazone: un remarquable documentaire filmé sur les Yanomami du Venezuela décimés par les maladies et les malheurs apportés par les chercheurs d'or et les colons: http://www.dailymotion.com/video/xvqds1_yanomami-guerriers-de-l-amazone_travel


Alors que la coupe du monde bat son plein au Brésil, le shaman Yanomami Davi Kopenawa parle à Liam J. Shaughnessy du monde, différent, où il habite, dans les profondeurs de la forêt amazonienne ; un monde d’esprits lumineux, de savoirs ancestraux et d’harmonie avec la nature. Un monde en danger.
Les yeux tournés vers le Brésil pour une dose du « jeu magnifique », c’est aisément qu’on oublie que pour la plupart des Brésiliens, la coupe du monde n’est rien de plus qu’un décor onéreux.
Davi Kopenawa fait partie de ceux-là. Davi Kopenawa, un chaman révéré du peuple Yanomami de l’Amazonie brésilienne, ardent défenseur des droits des indigènes du monde entier – le dalaï-lama de la forêt tropicale, est un homme à cheval entre deux mondes très différents.
Pendant les qualifications pour la coupe du monde, Davi parti sur les routes afin d’alerter sur les menaces de plus en plus importantes qui pèsent sur l’Amazonie, pour ses ressources – le pétrole, les minerais, la terre, l’hydroélectricité.
Avec l’aide de Survival International, j’ai pu m’entretenir avec lui via Skype depuis son premier arrêt, à San Francisco – pour parler football, chamanisme et esprit de l’histoire.


Ma voie se trouve dans la forêt
Le football aide les gens à oublier cela, et en ce sens c’est une chose magnifique. Mais je n’aimerais jamais cela parce que ma voie se trouve dans la forêt.
Les Brésiliens rêvent de gagner, c’est cela que le gouvernement brésilien veut montrer au monde, pas les autres choses.
–          Quelles autres choses?
Ce qui se passe en Amazonie, les gens ne le voient pas parce que c’est loin de chez eux mais il y a de nombreux problèmes sur nos terres et dans nos communautés. Il y a des mineurs d’or, des éleveurs de bétails, des chasseurs – toutes sortes de gens envahissent notre terre, causant des dommages et détruisant les animaux et la forêt.
Et il y a des activités minières importantes. Des nouvelles arrivent concernant une demande importante pour cela.
Si nous voulons vivre bien, nous devons apprendre à dialoguer tous ensemble.
En effet, les ambitions du gouvernement brésilien d’ouvrir d’immenses bandes de l’Amazonie ancienne aux activités minières et hydroélectriques sont de sérieuses menaces pour la forêt et ses peuples.
Le Brésil, ainsi que le reste du monde, fait face au challenge de gestion d’avancées matérielless pour les populations urbaines florissantes tout en tenant compte des réalités du changement climatique et des dégradations environnementales. Mais existe-t-il une alternative ? Pouvons-nous apprendre des savoirs indigènes de Davi et des Yanomami ?
Je crois que les gens de la ville peuvent apprendre de nos coutumes et de notre façon de considérer la terre. Les leaders des villes et des forêts doivent se rassembler et se comprendre d’avantage afin que nous puissions montrer notre voie aux gens de la ville, parce que la nôtre est un chemin de survie pour la planète entière.
Il doit y avoir un dialogue sur la nature et l’esprit de la Terre. L’Ouest parle de progrès mais il s’agit d’un progrès basé sur la destruction, sur l’extraction des richesses de la Terre – ce qui entraine des combats et des guerres. Si nous voulons vivre bien nous devons dialoguer tous ensemble.
Les anciens gouvernements sont maintenant dépassés et oubliés, et il y a de nouveaux politiciens, donc c’est un nouveau chemin que nous empruntons. Nous, les gardiens de la forêt devons dialoguer avec les Blancs et ils doivent nous consulter en retour. »
Quand je rêve, je vois une planète malade.
Pour beaucoup, ce progrès économique et technologique représente le cœur de l’histoire humaine. Avec une population grandissante, quelle alternative y a-t-il au développement et à l’utilisation des ressources naturelles ?
Le monde non-Indien vit d’une manière très différente que celle des peuples indigènes, les gens de la ville en particulier. Ils pensent que le mieux c’est d’avoir la croissance, de construire de plus grandes maisons, d’avoir de plus en plus d’habitants.
Ils veulent que les autres voient ce qu’ils créent et le regardent avec admiration. Mais à quoi sert de construire des immeubles de plus en plus grands si on ne prête pas attention à la Terre ?
Les gens de la ville utilisent la terre, les pierres, le sable, l’huile, le gaz, le pétrole, la technologie pour construire leurs villes. Ils continuent à détruire, tout cela parce que cela les maintient riches. Mais les villes ne rendent les gens ni heureux ni en bonne santé. C’est une déception et quand je rêve je vois une planète malade.
Nous devons protéger la Terre.
Nous devons veiller sur la Terre, voilà l’objectif des peuples indigènes. Vivre en paix et vivre bien – et ce n’est pas basé sur l’exploitation et l’extraction des ressources de la Terre.
Ce n’est pas nécessaire de tout extraire de la Terre, laissez-nous œuvrer pour la santé et le bonheur plutôt. Si les Yanomami n’œuvraient pas pour la forêt et ses richesses, la ville les aurait rasées il y a longtemps.
Les nouvelles générations de politiciens sont à l’écoute de votre message?
Les grands politiciens sont tous complices, chaque région, chaque territoire, tous les gouvernements du monde sont alliés. Ce n’est pas juste au Brésil mais aussi aux Etats-Unis, en Europe, partout.
Et de cette alliance provient l’exploitation, ils veulent juste exploiter. Ils ne sont intéressés que par la marchandise. Ils veulent juste s’accaparer, extirper les richesses naturelles de la Terre.
Pour eux, nous ne sommes qu’un tout petit groupe d’individus.
Alors où est le problème? Est-ce seulement une question d’impératif économique ou est-ce un problème plus profond?
Pour les peuples indigènes il semble que les autorités de tous les pays se sont égarées, ils sont sur d’autres voies. Leur voie suit une politique de destruction de la nature et de son sous-sol et l’extraction de minerais précieux, comme l’uranium pour leurs machines de guerre.
Guidés par les Esprits
Quelles perspectives votre chamanisme vous offre-t-il dans ce combat entre la ville et la foret ?
Davi se penche vers la camera. Je vais vous parler du Shapiri Chamanique – les anciens esprits du chamanisme Yanomami.
Les Shapiri ne sont pas comme les esprits des églises et des religions des Blancs, ils sont les esprits lumineux de la forêt et de la Terre.
Mais il vous faut étudier pour connaître les Shapiri. Vous devez passer un mois en Yaqoana, à attendre que les esprits se rapprochent. Pendant cette période vous ne devez presque pas manger et boire, et vous devez garder un silence absolu – pas de bruit.
Après cela vous entrez dans une phase de rêve, et quand cela commence les Shapiri arrivent dans la lumière, et avec eux une grande maison. Et bien que les Shapiri soient petits ils ont la force de transporter cette immense maison, qui semble flotter dans l’air, comme la Lune.
C’est ainsi que nous apprenons des esprits. Et il existe beaucoup d’autres peuples avec leurs propres traditions de chamanisme. Mais vous devez souffrir pour être un chaman. C’est processus long et difficile.
Cela sonne comme un cliché…
Pour des Occidentaux, entendre parler de Yaqoana et de voyage dans le monde des esprits est devenu, au fil des ans, une sorte de cliché. Un morceau simplifié de l’histoire des « savoirs ancestraux » qui réduit les traditions en platitudes gravés sur des bibelots pour magasins touristiques.
Le véritable chamanisme est totalement interdit au Royaume-Uni – par le décret de 2005 “Drugs Act” qui criminalise la cueillette et la consommation de champignons anglais endémiques (magic mushrooms).
Davi, est-ce que le fait que le monde moderne soit profondément aliéné du genre de chamanisme que vous décrivez peut expliquer les problèmes qu’ont nos sociétés à cohabiter avec la nature?
Nos anciens nous racontent qu’à la création du monde, au début des temps, les non indien utilisaient aussi le Yaqoana. Mais par la suite ils créèrent des écoles et oublièrent leurs traditions. Les anciens disent que vos peuples, par le passé, se sont perdus en chemin, mais qu’avant vous utilisiez les mêmes médecines que nous, et qu’elles étaient importantes pour vous.
Et à mesure que vous perdiez vos traditions, vous avez commencé à développer d’autres médecines, des médecines qui n’étaient plus basées sur les forces de la Nature. Nous, les Yanomami, sommes les derniers gardiens de ces traditions, dans les profondeurs du Brésil, et nous essayons d’expliquer cela aux non-Indiens afin qu’ils comprennent mieux.
La voie de la connaissance, de la Planète Terre.
Si vous venez dans mon village, vous verriez ce que le chamanisme est vraiment. Vous comprendriez qu’il ne s’agit pas d’être drogué. Cela n’a rien à voir.
Être un chaman vous permet d’accéder à une grande lumière. A travers les esprits chamaniques vous découvrez la voie de la connaissance, et de la Planète Terre. Nous avons gardé cela et ne voulons pas le perdre. Grace à ce processus nous soignons les femmes, les enfants et les anciens dans nos communautés, lorsqu’ils tombent malade.
Et nous régulons les forces de la Nature. Quand il fait trop chaud, qu’il pleut trop, ou qu’il y a trop de vent, ou que la marée monte, nous les chamans veillons là-dessus, afin que l’équilibre de l’univers se maintienne. Vous aviez ces connaissances, dans le monde non-indien, mais vous les avez perdues.

Source originale de l'entrevue: http://www.theecologist.org/Interviews/2441048/ours_is_a_path_of_survival_for_the_whole_planet.html#

Source de la traduction francaise: http://lesmoutonsenrages.fr/2014/08/20/entretien-avec-un-chaman-yanomami/

Les analyses de James Petras sur la politique économique et sociale et sur l'extractivisme au Brésil, et en général:

Brazil: President Rousseff Declares War on the Working Class:  http://petras.lahaine.org/?p=2017

El capitalismo extractivo de Evo, Cristina, Ollanta, Correa, Dilma y Chávez: http://servindi.org/actualidad/75080

Dis-Accumulation on a World Scale: Pillage, Plunder and Wealth: http://petras.lahaine.org/?p=2015

Yanomami, une guerre d'anthropologues. Un film documentaire du réalisateur brésilien José Padilha (2010) https://www.youtube.com/watch?v=rZ_76XcFaGY

http://fr.wikipedia.org/wiki/Yanomami_:_une_guerre_d%27anthropologues

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