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Le Rouge et le Blanc

Articles récents

Henry de Mesquen et la Chine

28 Juin 2013 , Rédigé par Béthune

Aujourd'hui 29 juin 2013, à 16H30, Radio Courtoisie rediffuse une émission d'il y a quelques années avec Henry de Lesquen, Président de Radio-Courtoisie, sur le thème: "Faut-il avoir peur de la Chine".Au bout de quelques minutes, on entend Lesquen, ou plutôt Mesquen, dire que Marco Polo a largement surestimé la Chine, puis,d'un ton méprisant, qu'il a eu lui-même l'occasion de se rendre à Pékin comme beaucoup de touristes et que "la Cité Interdite, avec son architecture en bois, ne soutient pas la comparaison avec une ville italienne de troisième ordre."

J'ai bien entendu tourné le bouton de la radio car je ne supporte pas et je n'ai jamais supporté d'entendre de telles âneries. Qu'on les rediffuse est pire. Rayer d'un mot l'histoire multimillénaire de la Chine, ses arts, ses lettres, ses religions et sa sagesse immémoriale (taoïsme), c'est toute l'ignorance, le chauvinisme arrogant et de ceux qui confondent l'histoire de l'Occident moderne avec l'histoire du monde. Le colonialisme français en a été pétri.

Comme on dit en Chine: "Celui qui parle ne sait pas, celui qui sait ne parle pas."

Henry de Mesquen a manqué une bonne occasion de se taire.

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Chine trois fois muette (Jean-François Billeter)

27 Juin 2013 , Rédigé par Béthune

De la place de la Chine dans le monde d'aujourd'hui.

 

Leçon inaugurale N°7

 

Institut universitaire d'études du développement (Genève)

 

http://graduateinstitute.ch/webdav/site/developpement/shared/developpement/362/itineraires%20IUED/IUED_ILI07_Billeter.pdf

 

"je tiens qu'on ne peut se faire une idée du présent, dans le monde, qu'en concevant ce présent comme un moment de l'histoire". (Introduction)

 

"Mon idée directrice est qu'à l'époque de la Renaissance s'est déclenchée une réaction en chaîne non maîtrisée. Cette réaction en chaîne a d'abord été locale, puis elle s'est étendue à l'Europe, puis au monde. Elle a d'abord eu des effets positifs, puis de plus en plus problématiques, puis de plus en plus désastreux. Elle se poursuit sous nos yeux." (Introduction)

 

" Il s'agit de la relation qui s'établit entre deux personnes quand l'une d'elles cède une marchandise à l'autre contre paiement." (Introduction)

 

(...) Tel est le degré de perversion auquel a mené dans l'histoire récente le développement aveugle, parce que non compris, de la raison économique. Notons que cette réaction en chaîne aboutit, à chaque étape, à une situation plus dangereuse et à une situation plus dangereuse et à un système de mensonge plus impénétrable". (Introduction)

 

(...) Qu'ils le veuillent ou non, les Chinois raisonnent aujourd'hui sur leur histoire, sur toute leur civilisation, au moyen de termes venus d'ailleurs. Parce que ces néologismes sont parfaitement chinois dans leur forme et font désormais partie du langage courant, ils constituent un obstacle invisible à l'intelligence du passé. Il en résulte un curieux mélange de familiarité et d'incompréhension. Le passé semble à portée, mais ne répond plus.

 

(...) Cette absence de rapport critique au passé chinois et au passé en général entraîne l'incapacité de critiquer le présent. Les Chinois ne sont pas en mesure de voir aujourd'hui, me semble-t-il, la réaction en  chaîne dans laquelle ils sont pris avec le reste du monde. Ils ne la voient pas, mais ils en ressentent durement les effets de dislocation. Ils sentent aussi qu'ils sont déphasés. Ils aspirent à faire de la Chine une puissance économique sur le modèle actuellement dominant, celui des Etats-Unis, mais ils s'aperçoivent qu'ils ont dans la compétition un retard peut-être irréparable. En outre, ils s'engagent dans cette voie au moment où l'emprise de plus en plus poussée de la pure logique économique crée, aux Etats-Unis surtout, des phénomènes d'appauvrissement, voire de perversion des rapports humains qui les font reculer et les rejettent vers ce passé chinois dont ils sont coupés.

C'est dans toute cette situation que je vois la cause de ce que j'ai appelé le mutisme de la Chine. (fin)

 

Il me semble même que la distance est plus grande que jamais entre ce paysan qui a accepté d'être le chef de son village "pour servir le parti, le peuple et les dieux" (dans un documentaire tourné par John Lagerwey) et les dirigeants politiques, les hommes d'affaires, la nouvelle classe moyenne qui sont en train de soumettre la Chine à la raison économique et qui seuls parlent en son nom dans le monde. (note Q).

 

 

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"Peut-être que la terre n'a plus besoin de l'homme ..." (Ernst Jünger)

23 Juin 2013 , Rédigé par Béthune

"C'est vrai que le temps rend spectateur. On prend ses distances. Depuis 1930, la politique m'a choqué. Je me suis éloigné d'elle. Je vois maintenant que nous assistons à une révolution de la terre elle-même. Et ce qu'on peut voir partout, ce sont des manifestations de cette révolution; les armes atomiques, la dévastation de la flore et de la faune. Peut-être que la terre n'a plus besoin de l'homme et qu'il ne lui est peut-être plus nécessaire."

Ernst Jünger, cité par Daniel Rondeau dans un article des années 2000 intitulé "Le Centurion de marbre".

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J.-M. Quatrepoint : « L'accord commercial transatlantique sera une catastrophe pour la France »

22 Juin 2013 , Rédigé par Béthune

Merci à l'ambassadeur Albert Salon qui m'a transmis cet article, de source inconnue.

 

Jean-Michel Quatrepoint est journaliste économique et essayiste

 

Vous affirmez que le futur accord commercial transatlantique de libre-échange (TTIP) sera nécessairement un marché de dupes. Pourquoi ?

Je pense que c’est, pour la France, l’un des sujets les plus importants des années qui viennent. Pour notre pays, c’est une question de survie.

Pour l’Europe, vous voulez dire…

Non, pour la France. Nous avons bien plus à perdre que beaucoup d’autres pays, car nous avons en propre une défense, une diplomatie, une langue dans le cadre de la francophonie…

Pour comprendre ce qui se joue, il faut considérer la genèse du TTIP et se demander pourquoi l’idée de cet accord, qui est ancienne mais avait été enterrée, ressort brutalement.

Il y a encore deux ou trois ans, on ne parlait plus que de la « Chinamérique ». On nous expliquait que la Chine et l’Amérique faisaient alliance, et que le centre du monde se déplaçait dans le Pacifique.

Mais il se produit un évènement qui entraîne un changement radical de la politique américaine. En décembre 2011, la Chine et le Japon signent un accord monétaire. Ils s’engagent à libeller une part de leur commerce bilatéral dans leurs monnaies respectives, en se passant du dollar. La banque de Chine autorise la banque du Japon à acheter des bons du Trésor chinois. Autrement dit, les Chinois commencent à tenter de faire du yuan une monnaie de transaction internationale, concurrente du dollar. Et le Japon, chasse gardée américaine, bascule dans le giron chinois, ce qui est un évènement majeur.

S’y ajoute un autre évènement : au même moment, la Chine inaugure son premier porte-avion. Les Américains s’avisent alors que dans cette « Chinamérique », les Chinois ne se contenteront pas de la seconde place…

C’est alors que ressurgit, étonnamment, la querelle sino-japonaise sur les iles Senkaku.

Vous sous-entendez que les Etats-Unis se sont arrangés pour raviver cette querelle ?

Je l’ignore, mais elle intervient à point nommé pour les Américains ! Car la tension entre Chine et Japon monte alors très violemment, ramenant le Japon dans le giron américain.

Lorsque Shinzo Abe arrive au pouvoir fin 2012, des manœuvres militaires communes nippo-américaines sont lancées dans le Pacifique. Puis Abe opère un virage radical dans la politique économique traditionnelle du Japon. Avec l’accord des Américains – qui obligeaient le Japon, depuis les accords du Plaza, à avoir une monnaie très forte – Abe fait fonctionner la planche à billets et le yen se dévalue.

Les américains utiliseraient donc le Japon contre le Chine ? Finie la « Chinamérique » ?

Oui : aujourd’hui et de récente date, les Américains tentent d’organiser un containment de la Chine. Cela se fait progressivement. D’abord, ils ont sorti la Birmanie du giron chinois. Ensuite, ils ont lancé un partenariat transpacifique - un marché commun - sans la Chine. Tout en multipliant les procédures antidumping contre la Chine, et en incitant leurs multinationales à relocaliser aux Etats-Unis une partie de leurs activités.

Après l’accord transpacifique à l’Est, pour revenir au centre du jeu mondial, il ne manque plus aux Etats-Unis qu’à relancer la vieille idée – qu’ils avaient eux-mêmes enterrée - du partenariat transatlantique à l’Ouest. Comme l’écrit Zaki Laïdi dans Le Monde, l’objectif des Américains est de « mettre en place deux mâchoires puissantes couvrant 60% du commerce américain, l’une avec l’Europe, l’autre avec l’Asie mais sans la Chine, et en plaçant la barre des négociations de l’accord partenarial transpacifique suffisamment haut pour dissuader Pékin d’y venir ».

Voilà donc Obama exhumant la vieille idée d’un partenariat transatlantique dans son discours sur l’état de l’Union en février 2013. Evidemment, comme on pouvait s’y attendre, Barroso et la Commission européenne lui emboitent le pas.

Le même Barroso dont Le Monde expliquait dans un récent éditorial qu’il a des intérêts personnels aux Etats-Unis…

… et qui rêve de se recaser, une fois son mandat à la Commission terminé, soit au secrétariat général de l’OTAN, soit à celui de l’ONU.

Il veillera donc à satisfaire les principales puissances concernées par l’accord transatlantique, quitte à faire passer celui-ci au forceps. Il contentera prioritairement les Etats-Unis, l’Angleterre et l’Allemagne.

Qu’attend l’Angleterre du TTIP ?

C’est très simple : elle souhaite que la City puisse se développer davantage sur le marché américain d’une part, et, d’autre part, que son transport maritime bénéficie de l’accroissement du commerce sur l’Atlantique. Les Anglais partagent d’ailleurs ce dernier objectif avec le Danemark et avec la Suède.

Et l’Allemagne ?

Ce qui compte pour elle, c’est l’industrie. Les industriels allemands ont intérêt à cet accord transatlantique.

Actuellement, les droits de douane ont presque disparu entre l’Europe et les Etats-Unis. Ils ne dépassent pas 3%. En revanche, il y a des règles différentes, ce qu’on appelle les « normes non tarifaires ».

L’industrie automobile allemande produit déjà aux Etats-Unis, où elle possède des usines modernes, et bénéficie de coûts du travail plus faibles. Elle gagne beaucoup d’argent, en utilisant les normes américaines. Son but est donc d’obtenir une uniformisation des normes non tarifaires pour pourvoir exporter ces voitures des Etats-Unis vers l’Europe, voire vers l’Asie. Exportations qui se feraient alors en dollar, ce qui permettrait d’être totalement exempté des inconvénients d’un euro trop fort.

L’Allemagne espère, via ce partenariat, se redéployer. Elle n’espère plus rien tirer de l’Europe, où elle a déjà fait le plein. Elle y a pris toutes les parts de marché qu’il y avait à prendre, et cherche à se réorienter désormais hors de la zone euro, spécialement vers les pays émergents et les Etats-Unis.

Et les Etats-Unis, qu’est-ce qui les intéresse plus spécifiquement ?

L’agriculture, l’agroalimentaire, la santé, les industries de défense et les industries culturelles. Dans ces domaines, les normes non tarifaires européennes sont plus contraignantes. Ils attendent donc que nous alignions nos normes sur les leurs, et qu’on accepte, par exemple, leurs « poulets chlorés ».

Concernant les industries culturelles, ce qui les intéresse, c’est de pouvoir développer leurs géants de l’Internet, comme Google par exemple. Ils veulent pouvoir diffuser, sur leurs plateformes numériques, des biens culturels sans payer de TVA ou d’impôt sur les sociétés en Europe. Loin d’être un combat « réactionnaire » comme le dit Barroso, la bataille pour l’exception culturelle est une bataille pour le futur. Il nous faut absolument préserver nos patrimoines numérisés.

Sur ce dernier point, François Hollande a donc remporté une victoire…

Oui, une petite victoire. Toutefois, d’ores et déjà, le commissaire Karel de Gucht annonce que la Commission européenne se réserve le droit de remettre le sujet sur la table des négociations si elle l’estime nécessaire.

On voit bien poindre le danger : les ambitions des Anglais et celles des Allemands seront préservées lors des discussions avec les Etats-Unis. Mais il faudra donner des contreparties aux Américains. Et nos partenaires entendent bien que ce soient les Français qui les donnent en renonçant à défendre leurs propres intérêts !

L’exception culturelle, ce sera un peu comme les traités européens : vous dites « non », vous fermez la porte, mais ça revient par la fenêtre ! Cet accord sera une catastrophe pour la France, qui y perdra tout ce qui demeure : industries culturelles, agriculture, agroalimentaire et industries de défense.

N’y a-t-il donc rien à gagner ?

Que voulez-vous qu’on gagne ? Le libre-échange, ce n’est jamais « gagnant-gagnant ».

Depuis le début de cette affaire, on fait tourner les supposés « modèles ». On nous explique que l’accord euro-américain va créer 400 000 emplois de part et d’autre de l’Atlantique. Que ça va générer 119 milliards de dollars pour de PIB supplémentaire pour l’Union européenne, et 95 milliards pour les Etats-Unis. Mais ces chiffres sont fantaisistes. Ils viennent de nulle part !

L’attitude allemande reste paradoxale. Si l’accord transatlantique est conclu, la Chine se sentira exclue. Or l’Allemagne est soucieuse de ses relations avec Pékin. Comment va-t-elle concilier cela ?

L’Allemagne ménagera la chèvre et le chou. Elle ménagera la Chine, mais elle désire le partenariat transatlantique, plus qu’elle ne souhaite faire progresser l’Europe.

Ne serait-ce que pour sa défense, l’Allemagne souhaite s’en remettre totalement à l’Amérique. C’est pour cela qu’elle n’a jamais voulu de l’Europe de la défense. L’Allemagne se vit comme une grande Suisse. Elle s’interdit d’avoir des ambitions militaires, non plus que diplomatiques. C’est un géant géoéconomique, mais en aucun cas géopolitique. En Europe, l’Allemagne a acquis, par le fait de la faiblesse de ses partenaires, une position de domination. Mais elle n’a jamais vraiment désiré ce leadership.

Que peut faire la France ?

Elle doit s’interroger : veut-elle garder une diplomatie et un outil de défense autonomes, ceux-là mêmes qui ont permis, par exemple, l’intervention au Mali, et permettent d’avoir une politique ouverte vers l’Afrique et le monde arabe  ?

Ou veut-elle abandonner sa défense aux Américains, sa diplomatie à Bruxelles et son industrie à l’Allemagne, pour devenir simplement une vaste place touristique, vendant deux ou trois produits de luxe ?

C’est la réponse à ces questions qui conditionnera l’attitude française dans les négociations transatlantiques.

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Dunderklumpen !

17 Juin 2013 , Rédigé par Béthune

 


 

 

Dunderklumpen ! est un extraordinaire film d'animation suédois (1974) de Pehr Âhling qui raconte les aventures d'un enfant et de personnages d'animation la nuit de la saint Jean, le 21 juin, où le soleil ne se couche pas..

J'avais vu ce film  la télévision, par hasard, dans les années 1980. J'avais gardé le souvenir de l'enfant qui poursuivait un énorme brochet (vrai, filmé) dans une rivière. Est-ce que je confonds avec un autre  film ou bien est-ce celui-ci, qui est coupé dans la version internet ?

POC

 

Hela den klassiska filmen från 1974. 
En unik svensk saga där de tecknade figurerna möter verkligheten. Dunderklumpen bor alldeles ensam i en mycket enslig trakt i Jämtlandsfjällen. En midsommarkväll när han känner sig som mest ensam ger han sig ut för att söka efter vänner.
Han hittar dem bland Jens dockor och mjuka djur. De heter Pellegnillot, Lejonel, Dockan och En-Dum-En. Han blåser liv i de nya vännerna och tar med dem och en skattkista ut på äventyr. Jens tar upp jakten på Dunderklumpen tillsammans med sin pappa Beppe. Hjälp får de av Blomhåret som kan flyga och av jätten Jorm. De stöter också på andra spännande figurer som elaka Enöga, Elvira Fattigan och Humlan. Skattkistan visar sig innehålla saker som för barn är värdefullare än pengar att äga.
Uppladdad med tillstånd från filmskaparna


Article Wikipedia sur Dunderklumpen !link

Fiche technique de Planète Jeunesse: link


 

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Le retour des Pléiades

15 Juin 2013 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Pleiades hemisphere sud

 

Les Pléiades (dans l'hémisphère sud)

 

 

Les Pléiades qui avaient disparu à l'ouest, le soir, depuis le 24 avril, sont réapparues à l'est, juste avant le lever du soleil, le 9 juin après 37 jours de chaos (pachacuti*, en quechua et en aymara).

Dans les Andes, le 9 juin est la fête  du retour des Pléiades, de l'agriculture, du Nouvel-An et des morts. C'est la fameuse fête de Qoyllur Rit'i (Oncoymita), célébrée chaque année sur un névé à l'est du Cuzco, entre la cordillère orientale des Andes et l'Amazonie. Les Andes sont hanan ( le haut) et l'Amazonie qui est hurin (le bas), est en même temps la contrée des ancêtres (ñaupa machu), les peuples chasseurs-cueilleurs primitifs. Dans la culture et la cosmologie duale et cyclique des peuples indigènes du Pérou, hanan et hurin sont les équivalents géographiques et verticaux du yin et du yang asiatiques.

Après la conquête espagnole, l'Eglise catholique a converti Qoyllur R'iti (Oncoymita), comme toutes les autres fêtes et cérémonies préhispaniques, en fête chrétienne, en l'assimilant à celle de Corpus Christi, dont la date est mobile.

La même fête du retour des Pléiades, à des dates proches, existe encore de nos jours dans les îles du Pacifique, où elle est appelée Matariki en maori. Nous savons, notamment par les pierres à cupules du Néolithique**, que les Pléiades jouaient un rôle central dans la cosmologie des peuples européens et il est probable qu'elles avaient la même signification symbolique qu'en Amérique du sud et en Océanie.

Pour que l'homme renoue avec le passé, qui est l'espace-temps connu, avec le cosmos et avec lui-même, car il n'est qu'une partie de la nature, il faudrait que le retour des Pléiades redevienne la grande fête universelle qu'elle était autrefois.

Mais est-ce encore possible ? Aujourd'hui, en 2013, la plupart des hommes naissent, vivent et meurent dans les villes. Ils ne connaissent pas ou presque pas les étoiles parce qu'elles sont cachées par la pollution lumineuse et qu'elles ne jouent plus aucun rôle dans leur activités quotidienne ou annuelles, comme c'était le cas dans les sociétés agraires et auparavant, de chasseurs-cueilleurs. link

 

La Terre vue de l'espace, la nuit. Les villes brillent dans l'obscurité (Wikipedia:Pollution lumineuse)

 

Encore plus que dans les Andes, c'est au cours de mes séjours prolongés sur la Basse Côte-Nord du Québec, sur la côte, où les villages sont distants de 60 km en moyenne et dans l'intérieur des terres (nutshîmit, en montagnais) où il n'y en a plus aucun sur des milliers et des milliers de kilomètres, que j'ai vu les nuits les plus noires de ma vie, plongé dans la forêt de conifères, la taïga; où je campais. Des nuits où l'obscurité était si épaisse qu'on oubliait presque l'existence même de la lumière. Obscurité que les aurores boréales illuminaient parfois de leur féérie verte, rouge, jaune ou orange. Il fallait sortir de la forêt pour découvrir, au bord du lac (voyageant en canot avec les Montagnais, nous campions toujours au bord des lacs), la splendeur du ciel étoilé où brillaient Sirius, Orion, Aldébaran, les Pléiades, Cassiopée et la Grande Ourse.

 

Pierre-Olivier Combelles

 

*Pachacuti dédigne l'action de retourner la terre avec la chaquitaccla (bêche indigène) pour mettre en haut ce qui était en bas et en bas ce qui était en haut. représenté par une sorte de 8 à l'horizontale, il symbolise le chaos et la conception cyclique du temps, alternance de périodes d'ordre et de chaos. C'est l'équivalent du yin-yang, dont le symbole est pratiquement le même. Oncoymita est le vrai nom de la fête des Pléiades;il signifie la période de maladie (oncoy:maladie, mita: règne, période en quechua).

** Marcel Baudoin, La préhistoire des étoiles: les Pléiades au Néolithique. In Bulletins et Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, VIe Série, Tome 7, fascicule 1, 1916. pp. 25-103. Disponible sur internet sur le site Persée.

 

 

Motif pachacuti manta péruvienne petit

 

Motif "pachacuti" sur une manta bolivienne moderne

 

 


 

Le symbole du yin-yang

 

"Un coup de yin, un coup de yang, c'est le tao"

 

 

 

 

 

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Le gouvernement de la France occupée réforme le CAPES de Lettres classiques

5 Juin 2013 , Rédigé par Béthune

 

Parce que le CAPES de lettres classiques a été hier remplacé par un CAPES de lettres « à option lettres classiques » ; parce que le latin et le grec qui partent, c'est la langue française qui meurt un peu, l'agrégé de lettres modernes – treize ans de latin quand même – que je suis reprend ci-dessous, sans l'assortir du moindre commentaire, le prémonitoire et très bel article qu'avaient publié dans Le Monde, en août 2010, quelques-uns de ses éminents collègues de lettres classiques : « Langues anciennes, cibles émouvantes ».

 


« La stratégie visant à éradiquer le grec et le latin de l'école publique entre dans sa phase terminale, avec la suppression programmée du Capes de lettres classiques, concours principal pourvoyeur des professeurs de langues anciennes dans les collèges et lycées de France. Membres du jury de ce défunt concours, nous avons devant nous ce qui semble devoir être la dernière génération de professeurs de grec et de latin.

« Il y aura, dès le mois de novembre, un Capes de lettres classiques flambant neuf, sans latin ni grec... Tout au plus les candidats auront-ils à se fendre de quelques bribes de versions, comme nos collègues de lettres modernes traduisent parfois un peu d'anglais. Fi des explications de Virgile, Horace, Sénèque, Cicéron, Euripide, Eschyle, Platon... Place au contrôle de l'éthique du fonctionnaire et à l'épreuve reine : le commentaire d'une photocopie de manuel scolaire...

« Aucune autre discipline n'a eu droit à un traitement aussi privilégié ; partout ailleurs, la réforme des concours a tout de même laissé debout quelques épreuves qui permettent encore de vérifier la compétence des candidats dans la discipline qu'ils s'apprêtent à enseigner ; partout... sauf en langues anciennes. Aucune volonté politique établie, aucune logique de rentabilité, aucun impératif économique...

« Une commission de réforme des concours se réunit en petit comité ; un inspecteur général y représente les lettres, négocie les nouvelles épreuves, sans latin ni grec ! Chagrin de notre inspecteur : "Je fis ce que je pus pour vous pouvoir défendre..." Le ministre valide, pas de risque de professeurs ou de gamins dans la rue pour sauver Homère et Tacite, et d'un trait de plume des disciplines entières disparaissent des écrans de contrôle, sans le début du commencement d'une justification.

« Un peu d'histoire : depuis trente ans, des "hommes de progrès", plutôt bien représentés au sein du ministère, et de son inspection générale des lettres en particulier, luttent contre ces fléaux de l'élitisme, du conservatisme et de l'inutilité que constitueraient le grec et le latin. Aucune fracture droite-gauche à chercher : les pragmatiques comme les révolutionnaires y trouvent leur compte.

« Ils avaient d'abord voulu agir sur la demande (les élèves et leurs familles), en proposant des horaires stimulants (latin pendant le déjeuner, grec le mercredi après-midi), des innovations audacieuses (seconde, première et terminale regroupées en une seule classe), la technique dite du "supermarket" ("Alors on vous propose la classe sportive, ou la classe numérique, ou la classe européenne, ou la classe musique, ou la classe d'excellence artistique, ou la classe sciences de l'ingénieur, ou alors du latin...").

« Mais tous ces efforts se révélèrent peine perdue. Il restait, à la rentrée 2009, un demi-million de petits néoréactionnaires qui s'entêtaient à vouloir étudier le grec et le latin dans les collèges et lycées de France. Plus grave : dans un contexte où les supposées élites se détournent massivement de l'étude des langues anciennes au profit d'options jugées plus modernes (classe européenne, cinéma, chinois...), le grec et le latin sont en train de devenir l'un des rares endroits où les élèves les plus fragiles peuvent bénéficier de ce grand luxe dans l'école d'aujourd'hui : du temps.

« Du temps pour comprendre l'orthographe des mots, la grammaire d'une langue, l'évolution d'une écriture, du temps pour l'essentiel. La diminution drastique des horaires de français dans le secondaire rend ces matières indispensables, du moins pour ceux qui ne peuvent apprendre le français là où on l'apprend désormais : non plus dans une classe, mais dans sa famille.

« Dans cette étoffe d'incohérence que constitue une journée de cours pour un lycéen d'aujourd'hui, le grec et le latin confèrent une unité à cet ensemble, notamment pour ceux qui n'ont personne autour d'eux pour les aider à s'orienter dans le dédale des filières et des options. Pouvoir retrouver l'étymologie de tel nouveau terme scientifique, tel symbole mathématique familier, tel mythe revu et corrigé par un auteur du XXe siècle, telle racine indo-européenne commune à l'allemand et à l'espagnol : ou comment une journée de cours s'ordonne autour d'une langue ancienne.

« Le grec et le latin, instruments de l'égalité des chances, vecteurs de réussite scolaire pour les plus démunis ! Il fallait agir ! Supprimer les élèves prendrait du temps, le plus simple est qu'ils n'aient plus de professeurs. Cette décision devenait d'autant plus urgente que commence à se dessiner aujourd'hui le bilan des "hommes de progrès" qui ont, depuis quelques décennies, la haute main sur l'enseignement des lettres.

« Un bac français où a désormais cours la notion de "compréhension phonétique" de la copie, des professeurs de langues vivantes, de sciences, bloqués dans leur progression par les lacunes abyssales des élèves en français, des universités instituant un peu partout des modules de rattrapage accéléré en grammaire et en orthographe pour les jeunes bacheliers, des élèves incapables de trouver les mots, prisonniers de codes langagiers qui font peut-être les délices des scénaristes et des publicitaires mais s'avèrent assez discriminants dans les entretiens d'embauche.

« Effectivement, mieux vaut que les élèves n'entendent pas trop parler de l'Athènes antique, où les hauts fonctionnaires étaient astreints à rendre compte de leur gestion au sortir de leur charge...

« C'est dire la responsabilité qui échoira à ces derniers jeunes professeurs de lettres classiques qui, dans un mois à peine, seront projetés dans les eaux troubles des classes de collège avec la lourde charge d'y faire exister le grec et le latin. C'est là-bas plus qu'ailleurs que ces matières devront apporter la preuve de leur légitimité et de leur nécessité. Ils nous trouveront à leurs côtés dans cette entreprise. Universitaires, formateurs, professeurs, c'est à ce combat-là que nous allons désormais consacrer toutes nos forces, loin des jurys de concours où nous laisserons à d'autres la délicate besogne d'abandonner l'étude des "poètes impeccables" pour le contrôle, plus inattendu, des "collègues impeccables".

« Car nous sommes convaincus qu'il y a plus que jamais en France une demande d'école, une demande d'exigence, d'ambition et de dépaysement, et que le grec et le latin sont les mieux placés pour y répondre. Dans un système qui ne fait qu'accroître les inégalités entre les familles, où l'on explique aux élèves boursiers : "On va vous faire passer des concours différents parce que vous êtes pauvres", dans un système qui abandonne, sans combattre, ses principes fondateurs aux établissements privés, nous ne comptons pas vraiment abdiquer "l'honneur d'être une cible". »


Michèle Gally, professeur des universités (Aix-Marseille) ;
Malika Bastin-Hammou, maître de conférences (Grenoble) ;
Emanuèle Caire, professeur des universités (Aix-Marseille)
Sabine Luciani, professeur des universités (Grenoble) ;
Bénédicte Delignon, maître de conférences à l'ENS (Lyon) ;
Anne de Crémoux, maître de conférences (Lille) ;
Danièle Sabbah, professeur des universités (Bordeaux) ;
Thomas Guard, maître de conférences (Besançon) ;
Anne-Marie Favreau-Linder, maître de conférences (Clermont-Ferrand) ;
Pascale Barillot, professeur de lettres classiques (Versailles) ;
Laure Echalier, maître de conférences (Montpellier) ;
Anne Vialle, professeur en classe préparatoire (Bordeaux) ;
Michèle Gueret-Laferte, maître de conférences (Rouen) ;
Augustin d'Humières, professeur de lettres classiques (Créteil).

 

Source: A la fortune du mot, blogue de Bruno Dewaele, champion du monde d'orthographe: link 

 

L'article reproduit sur le blog de Bruno Dewaele est illustré par cet excellent dessin tiré d'Astérix. Une remarque, quand même: on voit le druide Panoramix en train de préparer un chaudron de potion magique pour aider les gens de son village à combattre leurs ennemis: Romains, Vikings, Goths, etc. Mais le latin était-il la langue des Celtes et des Gaulois ? Non, c'étaient le gaulois et les langues celtiques, même si le Bretons qui avaient fui la Grande-Bretagne après sa conquête par les Saxons et qui s'étaient installés dans la Bretagne actuelle étaient déjà christianisés et romanisés. Des langues qui représentaient une culture et une pensée totalement différentes de celles des Romains.


La France moderne, qui agonise aujourd'hui, a été construite sur l'héritage gallo-romain, puis sur la Renaissance et sur la Révolution française, toutes deux inspirées aussi du monde gréco-latin (celui qui succéda aux Présocratiques, bien sûr). Le vieux fonds gaulois et celte a été constamment opprimé au cours des siècles, comme il l'est encore aujourd'hui par l'ordre politique et la culture judéo-américano-anglo-saxonne, qui est animée par une volonté d'hégémonie mondiale.

 

Le combat de ceux qui défendent la langue française est parfaitement légitime. Mais il ne doit pas nous faire oublier nos racines lointaines, car ce sont les seules qui peuvent nous permettre de survivre au Nouvel Ordre Mondial et nous rattacher en même temps au déplacement du centre politique et culturel mondial qui est revenu en Asie. L'Asie où les formes les plus anciennes de la spiritualité et de la religion de l'humanité, le taoïsme et le shintoïsme par exemple, survivent au modernisme qui envahit tout, même la Chine "trois fois muette" (J.-F. Billeter)*. Car ces sagesses immémoriales sont l'expression de l'ordre du monde lui-même, que les Gaulois et les Celtes respectaient et adoraient. Ainsi, face à la situation actuelle, nous devons renouer avec nos origines les plus profondes et nous rapprocher en même temps de tous les peuples de la terre que l'occidentalisme, -c'est-à-dire la société marchande et le règne de l'argent-, dans sa folie et son aveuglement, a voulu et veut toujours fondre dans le même moule artificiel.


En aymara (langue des indiens des hauts-plateaux de Bolivie et du Pérou autour du lac Titicaca) et en maori, le passé se dit " ce qui est devant nous, devant nos yeux et qui nous relie à la création" et le futur "ce qui est derrière nous, derrière nos yeux et que nous nous pouvons pas connaître". Il est probable que le même concept, exactement à l'opposé du concept occidental moderne du "progrès",  est ou était partagé par les autres Améridiens du Nord, du Centre et du Sud et, nous pouvons en en être sûrs, par les ancêtres des peuples européens*. Ce concept doit revenir au coeur de la pensée de l'homme.


Maintenant, pour revenir au nouveau CAPES de Lettres classiques, il faut dire que l'anglais est la langue officielle de l'UE et de l'Alliance Atlantique, antichambres d'un projet d'Etat mondial, comme le latin a été la langue officielle des peuples romanisés. A terme, il faut que l'anglais supplante les langues nationales dans les Etats européens. Mais comme le spanglish qui a pris naissance en Amérique du nord, il serait possible qu'une nouvelle langue naisse des décombres du français et de la domination de l'anglais. Sans parler de l'arabe...

Une autre option intelligente serait de développer, parallèlement au meilleur français, l'enseignement du russe, du grec, du chinois et du maori dans les établissements scolaires français...

 

P.-O.C

 

* Jean-François Billeter, Chine trois fois muette (Editions Allia). Lire et relire aussi les ouvrages de Simon Leys sur la terreur atroce du maoïsme en Chine (Les habits neufs du Président Mao; La forêt en feu, Essai sur la culture et la politique chinoises link).

** L'homme est présent en Europe depuis 500.000 ans au moins. L'héritage gréco-latin date de 7.0000 ans et son application politique en Gaule de 2000 ans seulement. En Chine, le système impérial, avec la belle devise taoïste "WU WEI" (Non-agir) inscrite sur le trône des souverains jusqu'au dernier d''entre eux, a duré jusqu'en 1920.


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L'Ordre de Notre-Dame de la Merci - La Orden de la Merced

31 Mai 2013 , Rédigé par Béthune

Image illustrative de l'article Ordre de Notre-Dame-de-la-Merci

 

 

"Ils entreprirent d'instituer un Ordre pour la Délivrance des Captifs...se livrant soi-même plus d'une fois pour la délivrance d'un grand nombre"

 

(Office de Notre-Dame de la Merci) 

 

 

 

 

 

L'Ordre des Mercédaires, encore appelé Ordre de Notre-Dame-de-la-Merci (en latin : Ordo Beatæ Mariæ Virginis de Redemptione Captivorum), est un ordre religieux catholique fondé par le languedocien Pierre Nolasque pour racheter les chrétiens captifs des pirates maures et réduits en esclavage.

 

C'est l'un des deux ordres rédempteurs dont la mission principale était de délivrer des mains des pirates barbaresques les chrétiens en captivité. Le premier, chronologiquement, est l'Ordre des Trinitaires ou Ordre de la Très-Sainte-Trinité pour la Rédemption des captifs. Quelques années plus tard, en 1218 à Barcelone, Pierre Nolasque, encouragé par son confesseur, le dominicain Raymond de Penyafort, avec l'appui du roi Jacques Ier d'Aragon, fonda l'Ordre des Mercédaires ou Ordre de Notre-Dame-de-la-Merci. Dans le monde hispanophone où il est le plus répandu, il porte le nom de Orden Real y Militar de Nuestra Señora de la Merced y la Redención de los Cautivos plus connu sous le nom de Orden de la Merced. Aujourd'hui, les deux ordres aident tous les captifs au sens large, visitant notamment les prisonniers et les malades.

 

(extrait de Wikipedia: link)


 

Marie Noël: Les Chants de la Merci (Crès 1930, Stock 1939, Poésie/Gallimard, 2003, toujours disponible).

 

A tous ceux-là qui très loin sont captifs

Dans le silence; aux âmes enchaînées

Par la longueur des muettes années

En nul ne sait quels abîmes plaintifs;

 

 

 

A SUIVRE...


 

 


 
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L'église orthodoxe russe condamne le "mariage" homosexuel et soutient les manifestants français

28 Mai 2013 , Rédigé par Béthune

Evoquant le "mariage" avec les personnes du même sexe avec le secrétaire général du Conseil de l'Europe, le patriarche Cyrille de Moscou a déclaré que "pour la première fois dans toute l'histoire du genre humain, le péché est justifié au moyen de la loi."


L'article du 23 mai 2013 sur le site orthodoxie.com: link

 

La loi de l'Etat français, refusée par le peuple français dans sa majorité, correspond à une politique de la Commission européenne (et plus en amont bien sûr à une politique mondialiste), qui a déjà adopté le concept et le terme de "gender" en remplacement de "sexe" link. Lire les innombrables documents de l'UE parlant de "equality of gender" etc.


Discours de Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne, Commissaire à la Justice de l'UE, le 17 mai 2013: The Commission's actions are making LGBT rights a reality: link

 


 

Manif Pour Tous Paris 21 avril 2013 Photo POC

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L'homme et la nature (Jacques Brosse)

21 Mai 2013 , Rédigé par Béthune

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Conclusion

 

 

Ainsi donc, après le triomphe de l'Eglise, il n'y eut plus qu'un seul arbre que l'on pût vénérer, celui, équarri, sur lequel mourut le Rédempteur. Tous les autres cultes étaient prohibés, et l'on a vu le zèle que mirent à les extirper les évangélisateurs.

A un système cosmique complexe et articulé, fondé sur la diversité, la complémentarité mutuelle, qui avait été celui du "paganisme", succéda un monothéisme dogmatique, intolérant et manichéen. Au nom de la distinction du Bien et du Mal, et par réaction contre l'ancien état d'esprit, l'âme fut séparée du corps et l'homme de la nature. L'âme appartenant de droit à Dieu, la nature comme le corps s'en trouvèrent nécessairement reéprouvés. Puisqu'ils incitaient à la tentation, ils ne pouvaient être que les instruments du diable, l'antique Serpent de l'arbre de la connaissance, responsable de l'expulsion de l'Eden.

Avec une admirable profondeur, Claude Lévi-Strauss a défini cette position qui est encore, souvent à notre insu, la nôtre:"Malgré les nuages d'encre projetés par la tradition judéo-chrétienne pour la masquer, aucune situation ne paraît plus tragique, plus offensante pour le coeur et l'esprit, que celle d'une humanité qui coexiste avec d'autres espèces sur une terre dont elles partagent la jouissance, et avec lesquelles elle ne peut communiquer. On cpomprend que les mythes refusent de tenir cette tare de la création pour originelle, qu'ils voient dans son apparition l'événement inaugural de la condition humaine et de l'infirmité de celle-ci*."

Ainsi, en effet, se trouva rompu un équilibre vital, fondé sur la communion de tous les êtres vivants; de cette rupture, nous subissons aujourd'hui les ultimes conséquences. D'ouverte qu'elle était jadis, l'humanité s'est de plus en plus renfermée sur elle-même. Cet anthropocentrisme absolu ne peut plus voir, hors de l'homme, que des objets. La nature tout entière s'en trouve dévaluée. Autrefois, en elle tout était signe, elle-même avait une signification que chacun, en son for intérieur, ressentait. Parce qu'il l'a perdue, l'homme d'aujourd'hui la détruit et par là se condamne.

 

* Claude Lévi-Strauss et Didier Eribon, De près et de loin, Editions Odile Jacob, Paris, 1988, p. 193.

 

Jacques Brosse, Mythologie des arbres, Payot, Paris, (1989) 1993, pp. 321-322.

 


 

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