Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le Rouge et le Blanc

Articles récents

Les biocarburants provoquent des famines par Klaus Faissner (Horizons et Débats)

13 Novembre 2013 , Rédigé par Béthune

Les biocarburants provoquent des famines

par Klaus Faissner *

L’essence rapportant plus que les vivres, de plus en plus de firmes se mettent aux plantes «énergétiques» produisant des «biocarburants». Ce qui accroît la pauvreté et le nombre des champs de plantes transgéniques. Dont le pollen va polluer les semences non transgéniques. Les firmes concluent de puissantes alliances et achètent des instituts universitaires entiers. Et pourtant ce qui à l’avenir peut assurer nos déplacements, ce n’est pas l’agriculture, mais une voiture électrique efficace.
«Tout cela n’a rien à voir avec les énergies renouvelables, mais sert à prolonger l’économie pétrolière» déclare l’Américain Eric Holt-Gimenez du «Food First Institute». «Des investissements mondiaux massifs dans le biodiesel et le bioéthanol résolvent certains problèmes – mais ceux de l’industrie agroalimentaire et des transgènes, des banques et des politiciens» selon l’ex-collaborateur de la Banque mondiale. Par exemple, les petites raffineries d’éthanol créées par des agriculteurs ont été achetées par Archer Daniel Midland, l’une des plus grosses firmes agro-
alimentaires mondiales. D’énormes raffineries d’éthanol jaillissent du sol, pour le plus grand bonheur des instituts financiers. Quant aux politiciens, plus besoin de préparer les électeurs à réduire leur consommation: on parle désormais d’un «OPEP de l’éthanol» sud-américain.
C’est surtout l’industrie du génie génétique qui se frotte les mains à la vue du débat sur le climat: elle escompte que les plantes énergétiques rencontreront beaucoup moins de résistance que l’autorisation d’alimentation humaine ou animale génétiquement modifiées. Ce que Monsanto et Cie oublient toutefois de préciser, c’est que les plantes énergétiques transgéniques se dispersent tout autant que les plantes transgéniques vi­vrières. On pourrait ainsi faire entrer la pollution transgé­nique des plantes vivrières par la petite porte, et permettre une percée définitive des manipulations génétiques. Sans compter que les carburants sont produits à partir des trois plantes les plus manipulées génétiquement, et de loin: le colza, le maïs et le soja.
Un recours illimité aux manipulations transgéniques et aux traitements chimiques ouvre des perspectives de profit presque sans précédent. Et il y a longtemps que la poli­tique peut compter sur l’industrie: l’UE veut couvrir d’ici à 2020 10% de ses besoins en carburants avec des «biocarburants», le Brésil espère que l’éthanol issu de ses plantations de betteraves sucrières concurrencera l’OPEP, et dans des pays tels que la Malaisie la forêt pluviale recule au profit des plantations de palmiers à huile dont les fruits doivent remplacer le diesel.
Même dans la très anti-transgénique Au­triche des politiciens défendent ouvertement les manipulations génétiques sur les plantes énergétiques: «Et si nous voulons vraiment tirer quelque chose de la biomasse, là – et là seulement – il faut envisager les plantes transgéniques», a par exemple déclaré Wilhelm Molterer,1 un «vieux de vieille de l’ÖVP». L’ex-commissaire européen à l’agriculture, Franz Fischler, qui, non content de présider le Forum écosocial (!) européen, est aussi membre de l’IPC (cf. chapitre 9) en amont de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), en a encore rajouté: «Sans vouloir jouer les prophètes, je dois me déclarer convaincu que nous serons contraints de recourir aux biotechnologies vertes», écrit-il dans le contexte du changement climatique.2 Parlant des manipulations génétiques en agriculture, il ac­cuse les Autrichiens de «traîner une mentalité de jardins ouvriers» et d’être «complètement schizophrènes». Mais la véritable schizophrénie, c’est de vouloir combattre le changement climatique au moyen des manipulations génétiques. Jusqu’ici aucune plante transgénique à usage commercial n’a fourni de meilleurs rendements que les plantes classiques, bien au contraire: les plantes transgéniques sont souvent plus sujettes aux maladies que les autres et constituent donc la première cause de mauvaises récoltes. L’extension des manipulations génétiques nous menace donc plutôt du «plus grand désastre écologique de tous les temps» selon les mots du Prince Charles d’Angle­terre à l’été 2008.3

Les firmes collaborent entre elles

Il y a des profits colossaux à la clé. Les brevets sur les plantes vont remplacer «l’or noir». Rien d’étonnant à ce que de grandes firmes pétrolières, automobiles, agroalimentaires et spécialisées dans les manipulations génétiques pratiquent un rapprochement: VW avec Archer Daniels Midland Company (ADM), l’une des plus grosses firmes transforma­trices de produits agricoles; ADM avec le géant du génie génétique, Monsanto; Monsanto avec BASF; DuPont et BP; BP et Toyota; Daimler Chrysler et Renault, Royal Dutch Shell, Sasol, Chevron, Neste Oil et Volkswagen. Syngenta projette de cultiver un maïs transgénique exclusivement destiné à la production d’énergie. Les organisations environnementales et de consommateurs exigent surtout que l’on recherche si les maïs dit génétiquement modifiés à l’amylase peut provoquer des allergies, puisque ce dernier peut aussi passer dans l’alimentation.
Pour prévenir les résistances, l’industrie essaie de plus en plus de mettre la main sur la science. L’exemple le plus flagrant est fourni par le géant pétrolier BP qui a conclu en novembre 2009 – entre autres – un accord avec l’Université de Berkeley en Californie pour «la recherche d’énergies durables» – un contrat pour lequel BP a versé la somme incroyable de 500 millions de dollars. C’est de loin la plus grosse contribution jamais fournie à la recherche publique de toute l’his­toire des USA. Les plantes destinées à pro­duire des biocarburants doivent – dans le jargon des spécialistes en relation publique – être «optimisées» par des modifications génétiques, et on emploiera pour la transformation en carburants des enzymes provenant de microorganismes transgéniques. «Je suis convaincu que toutes les plantes utilisées par les hommes seront un jour des plantes transgéniques» – une citation de Chris Somerville, futur directeur de l’institut pour l’énergie et les sciences biologiques qui va être créé dans le cadre du contrat avec BP.

«De la prostitution»

Bien qu’ils n’aient pas réussi à empêcher la fondation de l’«Institut BP», la résistance des professeurs, des autres membres du personnel et des étudiants à cette convention a été et reste très forte. Le professeur Ignacio H. Chapela a traité l’affaire de «prostitution». «Ces organismes (génétiquement modifiés) ne sont pas l’image de la science. S’ils représentent quelque chose, c’est notre incapacité en tant que scientifiques à avouer que notre compréhension des organismes vivants et de l’écologie de notre planète reste largement insuffisante.» Poursuivant son discours incendiaire il exposa que «bien que nous ayons investi le tiers d’un siècle de recherches et plus de 350 milliards de dollars dans ces fatras, nous sommes toujours mieux à même de prévoir une tornade et nous savons mieux contrôler un incendie de grande ampleur que des organismes génétiquement modifiés. Et nous avons eu depuis la preuve qu’ils représentaient une catastrophe scientifique, sans parler de leurs conséquences environnementales et sociales.»
Les plantes énergétiques, surtout transgéniques, ne sont pas utiles à l’homme, mais aux firmes exclusivement. L’Europe ne dis­pose en outre pas de surfaces arables en quantité suffisante pour couvrir ses besoins en carburants. Restent les pays pauvres, qui perdent ainsi des terres dont ils ont un besoin urgent pour se nourrir. Les plantations de palmiers à huile peuvent en outre induire des catastrophes: «Nous avons pu prouver que ces plantations et le brûlage des forêts pluviales et des tourbières dégagent du CO2 en quantité plusieurs milliers de fois supérieure à ce que permettra d’économiser l’huile de palme produite. Et donc le bilan climatique est désastreux» déclare Florian Siegert, de l’Université de Munich.4
Ce qu’il nous faut, ce sont des gens «simples», qui ont du bon sens, et non des gourous. Il s’avère de plus en plus que ce sont précisément les politiciens, ces «sauveurs de l’humanité» autoproclamés, qui font office en réalité de sauveurs de l’industrie du transgénique: en 1996, lorsque les premières plantes génétiquement manipulées ont été commercialisées aux USA, Al Gore était vice-président depuis plusieurs années déjà. Avant les élections présidentielles de 2000, il a déclaré sur son site que les produits génétiquement modifiés «accroissent les rendements, permettent d’éviter certaines maladies et diminuent le recours à des pesticides, engrais et autres intrants.» Le temps lui a donné tort. S’il était élu président, «il continuerait à soutenir financièrement la recherche agricole et à combattre les restrictions commerciales imposées par l’étranger, basées sur la peur et le protectionnisme» – des menaces proférées en direction de l’UE.5 Gore peut dormir sur ses deux oreilles: devenu Président, George W. Bush a repris ce combat. Gore encaisse 170 000 dollars pour chacune de ses conférences qui consistent le plus souvent en un plaidoyer en faveur des biocarburants et servent donc indirectement le génie  génétique.6

Déportation et mort

Tandis que les agrocarburants rendent plus riches encore les quelques-uns qui le sont déjà, ils plongent massivement dans la misère les pays pauvres: par centaines de milliers de petits propriétaires brésiliens ou colombiens ont déjà été chassés pour faire place à de gigantesques plantations de canne à sucre ou de soja. En 2006, rien qu’au Brésil, environ 40 000 familles ont été chassées ou déplacées par force hors de leurs terres, selon la Pastorale chrétienne œcuménique (CPT).7 Le boom de l’éthanol y aurait contribué. Le quotidien britannique «The Guardian» fait état de 200 000 travailleurs immigrés, véritables «esclaves de l’éthanol» qui à travers le pays travaillent dans les plantations de canne à sucre pour 100 dollars par mois8. Ceux qui se refusent à vendre leur terre peuvent être en danger de mort. En juin 2007, le journal britannique «Sunday Times» rapportait l’assassinat du Colombien Innocence Dias, victime des paramilitaires.
Aujourd’hui poussent sur ses terres les palmiers à huile de la firme Urapalma, produc­trice de biocarburants. «Dias est mort parce que le monde devient écologique», commentait le journal britannique9. Devant cette évolution, la résistance s’accentue: par dizaines, des organisations allemandes de protection de l’environnement et d’aide au développement ont exigé de leurs représentants, dans une lettre à la Commission à l’environnement du Bundestag, «de ne favoriser en aucun cas l’industrie agroénergétique, mais de se battre pour de véritables économies d’énergie.»10 Dans un article paru dans le «Correio Braziliense», Frei Betto, le théologien de la libération brésilien bien connu, s’est montré choqué de l’euphorie nationale et internationale déchaînée par les biocarburants, car il les considère comme des «carburants de la mort».11 C’est ainsi que le chef de l’Etat, Lula da Silva, a investi plusieurs milliards d’euros dans le détournement partiel du Rio São Francisco pour irriguer des monocultures de biocarburants au Nord-Ouest du pays – aux dépens des populations indigènes traditionnelles vivant du et au bord du São Francisco.
Selon Frei Betto, la récente frénésie de l’éthanol a déjà contraint les Brésiliens à dépenser, pour se nourrir, trois fois plus d’argent au cours du premier semestre 2007 que l’année précédente. Mais aucun des gouvernements ardents partisans de l’éthanol ne met en question les transports individuels. Selon Betto «Comme si les profits de l’industrie automobile étaient tabou, inattaquables.»

Pleins gaz vers la voiture électrique

Faudra-t-il renoncer à l’automobile, si nous n’avons plus le choix qu’entre le couple essence/diesel et les biocarburants? Un simple calcul le prouve: il faut au moins changer de technologie. Une voie semble possible: «abandonner le moteur à combustion inefficace, pleins gaz sur la voiture électrique.» Et alors on peut passer entièrement à des énergies renouvelables: un hectare de panneaux photovoltaïques suffit à alimenter 300 voitures pendant un an, alors qu’un hectare de colza ne couvre même pas les besoins de deux voitures. La raison qui empêche de recourir à cette alternative logique, c’est que les voitures électriques ne nécessitent plus de stations-service, mais seulement des prises de courant. Les firmes perdraient tout leur pouvoir, les gens devenant d’un seul coup indépendants: il leur suffirait d’une installation photovoltaïque sur le toit, d’une batterie et d’une voiture électrique. La technique est au point depuis longtemps, et pratiquement toutes les firmes automobiles ont annoncé qu’elles peuvent mettre sur le marché des voitures électriques confortables. Maintenant, il s’agit d’exercer une pression politique pour abandonner complètement les moteurs à combustion.
Autres avantages de la voiture électrique:
–     pas de gaz d’échappement
–     presque silencieuse
–     moins de 2 euros aux 100 km de consommation électrique
–     indépendance
–     assure la paix: pas de guerre pétrolière
–     contribue à créer un monde plus juste: plus d’exploitation des pays pauvres.
–     Tous les pays utilisent leurs propres sources d’énergie (renouvelables).
Pour que le monde vive en paix, chaque pays doit être autosuffisant sur le plan alimentaire (alimentation animale incluse) et en énergie. «Neutralité alimentaire et énergétique» pourrait être la formule magique de demain. De même qu’un pays neutre au plan militaire n’a pas le droit d’en attaquer un autre, un pays neutre sur le plan alimentaire et énergétique ne peut en exploiter un autre.    •
Informations supplémentaires: info@gentechnikverbot.at
(Traduction Horizons et débats)

1     «Kurier» du 19 août 2007
2     «Der Standard» des 8 et 9 septembre 2007, page 20
3     «Daily Telegraph» du 12 août 2008 www.telegraph.co.uk/earth/main/jhtml?xml-/earth/2008/08/12
4     ARD-Politmagazin [magazine politique d’ARD, 2e chaîne publique allemande, ndlt] «Report München» de mars 2007 www.br-online.de/daserste/report/archiv/2007/00372
5     www.algore2ààà.com/agriculkture/agr_agenda2.htmlaur; www.organicconsumers.org/ge/presonbiotech.cfm
6     Raggam, Feissner: «Zukunft ohne Öl» (Un avenir sans pétrole, ndlt), Stocker-Verlag 2008
7     www.regenwald.org/regenwaldreport.php7artids223
8     «The Guardian» du 9 mars 2007: www.guardian.co.uk/international/story/0«2029908,00.html
9     www.focus.de/wissen/wissenschaft/klima/tid-6666/biokraftstoffe_aid_64512.html
10     www.regenwald.org/news.php?id=766
11     www.regenwald.org/news.php?id=760

* Extrait de l’ouvrage de Klaus Faissner: Wirbel
sturm und Flächenbrand. Das Ende der Gentechnik [Cyclones et incendies ravgeurs. Mort du génie génétique]. ISBN: 978-3-200-01749-8. Cf. analyse de livre à la page 4 de cette édition

«La faim est un problème de redistribution»

Questions au Professeur Jean Ziegler

Horizons et débats: Le génie génétique dans le domaine des cultures vivrières est censées aider à combattre la faim dans le monde. Qu’en pensez-vous?
Jean Ziegler: C’est faux. La faim est un problème de redistribution. Selon la FAO la terre pourrait aujourd’hui nourrir correctement 12 milliards d’êtres humains, avec une agriculture sans OGM.*
Le biodiesel doit réduire les émissions polluantes. Donc, il faut produire davantage de biocarburants et cultiver des plantes dont il dérive. Etes-vous d’accord?
Non. La production de biodiesel émet elle-même énormément de CO2.
Quelles conséquences cela entraîne-t-il pour la lutte contre la faim?
Les USA ont brûlé en 2009 plus de 150 millions de tonnes de maïs et des millions de tonnes d’autres céréales pour fabriquer des agrocarburants. Il s’en est suivi une explosion des prix des denrées alimentaires de base sur le marché mondial.
Le «Rapport sur l’agriculture mondiale» préconise un retour à la petite production agricole locale si l’on veut maîtriser le problème de la faim. Comment y arriver?
Par des réformes agraires et des investissements prioritaires dans les exploitations familiales (semences, engrais, irrigation, traction notamment)
Quel rôle jouent dans cette affaire l’OMC et des multinationales telles que Monsanto & Cie?
Un rôle entièrement négatif: Monsanto veut vendre ses brevets. L’OMC veut contraindre à une protection universelle des brevets et à une libéralisation totale.


*    OGM: organismes génétiquement modifiés

 

Source de cet article: Horizons et Débats (Suisse) N°9, 8 mars 2010:http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=2077

 

Sur le même sujet et dans la même revue Horizons et Débats:

Bioéthanol: réservoirs pleins et assiettes vides, par Reinhard Koradi, Dietlikon

http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=224

 

Lire la suite

Réflexions concernant la sécurité alimentaire par Ueli Maurer, Président de la Confédération helvétique (10 octobre 2013)

10 Novembre 2013 , Rédigé par Béthune

Réflexions concernant la sécurité alimentaire

par Ueli Maurer, Président de la Confédération, à l’occasion de l’ouverture de l’Olma, le 10 octobre 2013 à St-Gall


http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=4108

 

 

 

 

 

 

Lire la suite

Pour une réorganisation de l’architecture de la finance mondiale (Heinrich Wohlmeyer/Horizons et Débats)

8 Novembre 2013 , Rédigé par Béthune

Source: Horizons et Débats (Suisse) N°33, 4 novembre 2013: http://www.horizons-et-debats.ch/

 

«Le sénateur américain, Ron Paul, a fait le calcul devant ses concitoyens, que l’Etat serait sans dettes et qu’aucun citoyen n’aurait dû payer d’impôts sur le revenu si, depuis 1913 (établissement de la FED comme cartel des grandes banques avec les privilèges d’une banque centrale), l’élargissement de la masse monétaire correspondant à la croissance économique avait profité à la collectivité et non pas aux banques.»

Un effacement mondial de la dette est possible

– sans perte de richesse sociale

Pour une réorganisation de l’architecture de la finance mondiale

par Heinrich Wohlmeyer, docteur en droit et ingénieur agronome, Autriche

 

Les négociations sur un accord de libre-échange entre L’UE et les Etats-Unis ont été lancées par la Commission européenne et le Conseil de l’Union européenne. Apparemment l’Autriche les soutient, car les décisions ont été prises à l’unanimité, il n’y a pas eu de réserves émises ou de conditions posées par ses représentants. Pour justifier le lancement des négociations sans conditions préalables, on invoque des analyses financées par la fondation Bertelsmann promettant quelques centaines de milliers de postes dont la logique et l’importance sont difficiles à comprendre.
Cette situation doit mener à des réflexions approfondies. Avant de conclure un accord, il faut soigneusement analyser à qui l’on a à faire – notamment en ce qui concerne sa situation et ses intérêts. Puis, on fait le deux­ième pas en évaluant les avantages et inconvénients d’une interdépendance institutionnalisée plus étroite.

La crise de la dette américaine

La situation actuelle des Etats-Unis: les Etats-Unis sont simultanément au sommet de leur puissance militaire et d’une crise de la dette qu’il est quasiment impossible de financer. La dette fédérale s’élève à 17 billions de dollars américains (des trillions américains, c’est-à- dire 17 millions de millions!). Pour chaque dollar que l’Etat dépense, il doit emprunter 49 cents. La dette totale s’élève à 60 billions. Etant donné que le monde entier a pu prendre conscience de la situation, suite aux débats concernant le plafond de la dette, il réagit massivement. Un grand nombre de banques et de fonds se sont débarrassés des fonds du Trésor à court terme et les Etats asiatiques et sud-américains sont en train de fonder des banques fédératives et des fonds monétaires régionaux.

Effritement du rôle du dollar en tant que monnaie de référence mondiale

Cela veut dire que la garantie du dollar en tant que monnaie de référence mondiale, assurée jusqu’à présent par le Fond monétaire international (FMI) et le groupe de la Banque mondiale (BM), où les Etats-Unis disposent d’une minorité de blocage, est en train de s’effriter. En outre, il y a d’importantes économies nationales, notamment la Chine et le Japon, qui ont convenu de ne plus commercer en dollars, mais dans leurs monnaies nationales respectives. Lors de la réunion d’automne du FMI et de la Banque mondiale, le secrétaire du Trésor américain Jack Lew a mis en garde: «Nous ne pouvons pas partir de l’idée que notre réputation de refuge pour le monde de la finance est assurée.» Le conseiller en placement, Wealth Daily s’exprime de façon plus radicale: «Par la perte de la position de monnaie de référence mondiale, les Etats-Unis perdent la possibilité de créer de l’argent à leur gré afin de financer leurs déficits aux dépens du reste du monde.» En d’autres termes: à l’avenir, la prédominance des Etats-Unis n’est financièrement plus réalisable. C’est pourquoi il faut s’attendre à des réactions de panique et à des perceptions financières indirectes.

Exclure la concurrence – tentative de sauver la vie à crédit

Cela signifie l’assèchement des centres financiers par le chantage encouragé par les médias – comme le montre l’exemple de la Suisse; le démantèlement de la concurrence offshore en Chypre qui, pour tout initié, n’aurait pas pu se faire sans les données collectées par la CIA dont nous connaissons à présent les activités; la stigmatisation de tous les autres refuges offshore, à l’exception des américains (par exemple Delaware) et de ceux des «Juniorpartners» (colonies de la Couronne anglaise); les contraintes importantes, établies par le comité de Bâle pour la surveillance bancaire de la Banque des règlements internationaux, qui ne sont pas respectées par les Etats-Unis et qui créent des frais avant tout pour les petites banques européennes, ce qui rend leurs affaires non rentables (destruction à grande échelle des banques régionales au profit des grandes banques mieux maîtrisables); la publication des données financières en Europe sans réciprocité etc. Tout cela cible le reflux d’actifs financiers (rapatriement) par lequel on veut redonner une vie financière au dollar. Cependant cela n’aura du succès qu’à court terme. Car la balance commerciale est structurellement déficitaire depuis 1980 et le déficit de la balance des paiements courants depuis les années 90. Toutefois, la position de monnaie de référence permet à la plus grande économie nationale toujours et encore de vivre à crédit. C’est pourtant «une partie périlleuse». Le commentaire de l’agence de presse chinoise Xinhua: «C’est peut-être le bon moment de réfléchir à la construction d’un monde dé-américanisé.»

Guerre, fraude mondiale ou effacement mondial de la dette?

Dans le domaine social, les tensions aug­mentent. L’écart entre les riches et les pauvres s’agrandit. Actuellement, un dixième de la population a besoin de bons de nourriture (food stamps) pour survivre.
La haute finance américaine qui, depuis 1913 est pourvue des privilèges d’une banque centrale et qui, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, a créé selon ses besoins une architecture financière internationale, domine toujours et encore les activités politiques et économiques en laissant derrière elle la trace d’un redéploiement intenable des revenus nationaux vers les revenus du capital au dépens du bien commun.
Une évaluation réaliste de la situation des Etats-Unis ne montre que trois voies de sortie de cette situation difficile: une (troisième) guerre mondiale, qui – comme dans le passé – légitimerait de continuer l’exploitation du monde; une «fraude mondiale» à l’aide d’une dévaluation massive du dollar («frauder» par un facteur 10?); ou un nouvel accord sur le statut de devise mondiale, ce qui impliquerait avant tout que la haute finance américaine renonce de manière coordonnée à recouvrer les dettes. Dans mon livre intitulé «Empörung in Europa – Wege aus der Krise» [Indignation en Europe – comment sortir de la crise] (cf. conclusion II), j’ai montré comment et pourquoi cela est faisable.

L’accord de libre-échange entre les Etats-Unis et l’UE – une étreinte mortelle?

Conclusion I: L’offre des Etats-Unis de créer un accord de libre-échange avec l’UE est comparable à l’étreinte d’un homme qui se noie. Cela est très souvent mortel pour les deux parties, si celui qui est menacé par l’étreinte (le sauveur) ne dispose pas de stratégie de sauvetage et si celui qui doit être sauvé n’accepte pas de coopérer à cette stratégie. Je reviendrai à ces conditions préalables à la fin.
D’abord une brève présentation des intérêts:
Etant donné que le reste du monde se dérobe de plus en plus à la domination financière américaine (cf. ci-dessus), l’Europe, toujours aisée et soumise, reste la seule région que les insatiables peuvent encore exploiter. L’introduction de satrapes de la haute finance dans les gouvernements et dans l’économie ainsi que l’établissement progressif d’une dictature financière de fait par ces intrus (cf. management de la BCE, MES et projet d’union bancaire) mettent en œuvre ces intérêts. Si tout cela continue, c’est la fin du modèle social européen (contrat social). La dernière analyse de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) montre où nous nous trouvons sur cette voie. Dans 52 des pays européens examinés, 43 millions de personnes ne peuvent plus se payer leur nourriture et 120 millions sont menacés de pauvreté.
Les Etats-Unis (ou plutôt la haute finance américaine) ont, depuis la Grande Guerre, massivement investi dans le complexe militaire. Précédant les Russes, les Etats-Unis sont le premier exportateur d’armes du monde et ils ont besoin de clients. C’est pourquoi l’encouragement à participer aux «règlements de conflits» par les armes et l’obligation des Européens de participer à la course à l’armement et à l’aide militaire sous leur commando (OTAN) font partie de la politique étrangère des Etats-Unis. Pourtant, un partenaire ayant besoin de guerres pour des raisons structurelles, représente plutôt un fardeau et un risque qu’un profit.
Un autre secteur important est l’agriculture. L’avant-dernier secrétaire d’Etat américain à l’agriculture l’a résumé de la façon suivante: «L’agriculture est le plus grand fournisseur de devises. L’Europe est notre marché d’avenir. Nous pouvons tout produire meilleur marché qu’eux. Si les riches Européens veulent absolument continuer à se payer leur agriculture non-rentable, qu’ils engagent des jardiniers-paysagistes bien payés. Mais nous, nous leur fournissons les produits alimentaires.» Dans une zone de libre-échange, cette stratégie sera gagnante. Nous devrions sacrifier la souveraineté ­alimentaire européenne, l’approvisionnement en cas de difficultés d’importation et notre agriculture développée à longue échéance.
En outre, dans une zone de libre-échange, il faudrait pour des raisons de compétitivité adapter les différentes normes sociales, écologiques et juridiques (p. ex. règles de la comptabilité, manière d’exposer les preuves, principe de précaution lors de l’application d’organismes génétiquement modifiés) à celles des Etats-Unis.
Les inconvénients d’un accord sans conditions préalables sont donc plus importants que les avantages.

Se libérer des griffes du monde de la finance présenterait des perspectives sensées

Que faudrait-il donc entreprendre pour que l’Europe puisse commencer à négocier avec bonne conscience et de bonnes perspectives d’avenir pour les deux parties?
La première mesure, et la plus importante, est que les Etats-Unis se libèrent «des griffes du monde de la finance»1 et acceptent un renouvellement de l’architecture de la finance mondiale. Cela est possible par la transformation de la FED en une banque nationale orientée vers le bien commun, l’abandon des créances, au moins partiellement, par les grands investisseurs, le retour à l’Etat du privilège de la création de monnaie ainsi qu’un accord monétaire mondial selon le modèle de la proposition d’une Union monétaire internationale (ICU) de l’année 1944, refusée à l’époque par les Etats-Unis.
Etant donné que les créances des gros investisseurs (oligarques financiers) ont été créées ex nihilo («fiat money»), on peut – dans le cadre d’un effacement de la dette mondiale – les réduire sans perte du niveau de vie de la société (implosion de la bulle). Le sénateur américain, Ron Paul, a fait le calcul devant ses concitoyens, que l’Etat serait sans dettes et qu’aucun citoyen n’aurait dû payer d’impôts sur le revenu si, depuis 1913 (établissement de la FED comme cartel des grandes banques avec les privilèges d’une banque centrale), l’élargissement de la masse monétaire correspondant à la croissance économique avait profité à la collectivité et non pas aux banques.
En outre, il faut exiger le consentement à un impôt international sur le chiffre d’affaires des capitaux pour financer les dépenses dans l’intérêt du bien commun et pour harmoniser l’imposition des gros capitaux.
Les Etats-Unis pourraient ainsi se réorganiser et redevenir un partenaire respecté de la politique et de l’économie mondiales sans devoir piller le monde et favoriser les guerres. Les propositions ci-dessus sont donc dans l’intérêt des deux parties.
Dans le commerce international, il faudrait avant tout appliquer les règles de la parité économique et du principe du pays de destination. Le libre accès au marché ne doit être accepté que si les standards écologiques et sociaux du pays destinataire sont respectés et si les taux de change reflètent la parité économique. Ce n’est qu’à ces conditions-là qu’un échange de marchandises et de services apportera une augmentation du niveau de vie.
Conclusion II: Si les Etats-Unis veulent changer de façon ordonnée leur rôle de policier et financier mondial autoproclamé – qu’ils ne peuvent plus maintenir – pour devenir un modèle de puissance mondiale internationalement respecté, fort et démocratique, ils auront besoin du soutien de l’Europe. Entre amis, il faudrait traiter et parler de tout cela ouvertement. Le temps est mûr et la situation est favorable. Ce nouvel ordre, qui pourrait à ce moment-là mener à une zone de libre-échange euro-américaine, doit se faire sous forme de partenariat coopératif et non pas selon la déclaration cynique chinoise précitée qui signifierait la démission pur et simple des Etats-Unis. Le futur gouvernement fédéral autrichien est appelé à faire sien ce modèle, à chercher des partenaires européens et à présenter ces propositions à la table de négociation, le cas échéant à l’aide de la menace d’un veto.    •
(Traduction Horizons et débats)

1    J’utilise ici les termes de J. G. Speth tirés de son livre «Der Wandel ist machbar. Manifest für ein neues Amerika», Editions Oekom, Munich 2013

Lire la suite

La forêt en héritage: déclaration de Francis Hallé et Hubert Reeves (Humanité & Biodiversité)

6 Novembre 2013 , Rédigé par Béthune

La forêt en héritage

Que la loi d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forêt la préserve !
 

À l’échelle mondiale, les causes identifiées de la dégradation et de la destruction des  forêts sont la surexploitation du bois et l’extension de cultures, y compris de cultures d’arbres (eucalyptus, palmiers à huile…).

Le problème ne se pose pas en ces termes dans notre pays où nul ne restreint la  forêt à une addition d’arbres à abattre.

Les forêts le la France hexagonale ou des Outre-mer, millénaires ou centenaires, les forêts, publiques ou privées, les forêts ont toutes dans leur cœur des trésors. Et les plus récentes sont la promesse de joyaux futurs car elles s’enrichissent en prenant de l’âge.

Elles sont toutes de talentueux orchestres de la nature. Le bruissement des feuillages est une musique de fond pour les cris et chants d’animaux…
Les forêts française, denses ou linéaires, productrices de bois, de main d’œuvre et de revenus financiers, doivent l’être aussi de biodiversité, alors elles seront durables et de haute qualité ajoutant de vertes pépites aux trésors initiaux. Le productivisme et les pépites d’or jaune ne peuvent, pour l’humanité, rivaliser avec l’or vert et la biodiversité des forêts primaires, celle de Guyane par exemple, qui protège les ressources en eau, abrite une flore et une faune faisant vivre des populations autochtones. Le pire des dommages causés au sol y est l’orpaillage.

Le film de Luc Jacquet, bientôt à l’écran, est un hymne à la forêt tropicale. Sa sortie est, sans le vouloir, tout-à-fait opportune à la veille d’une loi d'avenir pour l'agriculture,l'alimentation et la forêt. Toutes les parties prenantes sont invitées à aller au cinéma pour cette plongée dans un univers forestier à nul autre pareil.

L’association Humanité & Biodiversité propose ensuite de donner une base législative aux Réserves biologiques, ces réservoirs de biodiversité dont l’existence est une valeur sûre, de créer enfin le premier parc national en forêt de plaine, d’associer la future Agence française de la biodiversité à la mise en place et au contrôle des programmes stratégiques forestiers, de veiller à la préservation de la biodiversité dans les chartes forestières déjà prévues dans une loi antérieure, la loi d’avenir ne peut pas faire de la production de bois son unique préoccupation. 

Humanité & Biodiversité ne peut fermer les yeux sur les forêts du reste du monde et surtout celles des pays dont nous importons du bois… Si une exploitation durable des bois d’oeuvre d’une forêt tropicale est théoriquement possible - c’est d’ailleurs ce que font les ethnies forestières comme les Amérindiens en Amazonie - l’exploitation industrielle actuelle est loin d’imiter la régénération naturelle.

Le dossier qui sera présenté contient bien d’autres propositions. Le seul intérêt défendu est celui de la biodiversité.

Par Hubert Reeves, Président de Humanité & Biodiversité, et Francis Hallé, Botaniste, défenseur des forêts primaires

 

Source: http://file:///C:/Documents%20and%20Settings/KATIA/Mes%20documents/T%C3%A9l%C3%A9chargements/TRIBUNE.%20Hubert%20Reeves%20et%20Francis%20Hall%C3%A9%20appellent%20%C3%A0%20d%C3%A9fendre%20la%20for%C3%AAt%20-%20Sciences%20et%20Avenir.htm

 

Site de Humanité é Biodiversité: http://www.humanite-biodiversite.fr/

Site de Hubert Reeves: http://www.hubertreeves.info/

 

Bande-annonce officielle du film "Il était une forêt": http://www.youtube.com/watch?v=9F35_biuX1o

Lire la suite

Le film de Francis Hallé "Il était une forêt" sort le 13 novembre !

3 Novembre 2013 , Rédigé par Béthune

 

"Il était une forêt", le film du botaniste Francis Hallé et de Luc Jacquet (La marche de l'empereur) sur les forêts tropicales humides sort sur les écrans le 13 novembre. Il a été tourné au Gabon et au Pérou (Parc national du Manu).

J'ai eu la chance de voir le film en avant-première hier soir  5 novembre au cinéma Gaumont-Marignan, avenue des Champs-Elysées. C'est une merveille d'amour, de beauté et d'intelligence à la louange des arbres et des forêts primaires, berceau de l'espèce humaine et qui abritent l'essentiel de la biodiversité terrestre: 70% des espèces végétales et 80% des espèces vertébrées.

C'est extraordinaire de voir à Paris, une ville où il y a trois cents ans, les meilleurs esprits et les meilleurs coeurs de la société française se réunissaient pour converser sur l'homme et écrire ces chefs-d'oeuvre d'intelligence et de courtoisie humanistes que sont La Princesse de Clèves et les Maximes de La Rochefoucauld, une oeuvre d'art et de science consacrée aux forêts primitives, l'univers matriciel le plus étranger à l'homme moderne depuis le Néolithique et surtout depuis la romanisation et la christianisation de la Gaule il y a deux mille ans, et le plus combattu par lui.

C'est pourquoi le film "Il était une forêt", fruit de toute une vie de recherches et d'amour de Francis Hallé est une révolution, au plein sens du terme: un retour aux origines.

Pierre-Olivier Combelles

 

Présentation et bande-annonce du film:

http://www.wild-touch.org/projet/la-foret-des-pluies/

 

Entretien du Monde avec Francis Hallé et Luc Jacquet (12 novembre 2011): http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/11/12/pour-la-folle-beaute-des-dernieres-forets-primaires_3512113_3244.html

 

Dès les premiers jours de notre arrivée à la Nouvelle-Guinée, cette terre de promission des naturalistes, nous aperçûmes les paradisiers-émeraudes volants dans ces vieilles forêts, filles du temps, dont la sombre profondeur est peut-être plus magique et le plus pompeux spectacle qui puisse frapper les regards d’un Européen..

René-Primevère Lesson

 

20614817

Lire la suite

La "société du marché" américaine contre l'homme (Balz Kling/Horizons et Débats)

3 Novembre 2013 , Rédigé par Béthune

Extrait de l'article "Plan d'études 21: davantage de tests américains, de "société du marché" et de démantèlement de la démocratie, par Balz Kling, docteur ès philosophie.

Horizons et Débats (Suisse), N°31/32, 28 octobre 2013: http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=4088

 

(...)

Pensée de «marché» utilitaire contre Etat de droit et orientation selon le bien commun

L’image des USA comme libérateurs nobles de l’Europe de la «dictature brune» et «rouge» et comme pays exemplaire de la liberté, de la franchise culturelle et des droits de l’homme a été, politiquement et historiquement démystifiée comme chimère depuis longtemps. Depuis que les USA ont pu s’imposer, après la Première Guerre mondiale, comme grande puissance, ils ont adopté toutes les allures d’un empire qui opère politiquement à l’échelle mondiale et produit aussi sur le plan de la politique intérieure peu de valeurs de culture démocratique.6 Il est connu que les inégalités entre pauvres et riches ont toujours fait partie intégrante du système des Etats-Unis et que ce n’est qu’une très petite minorité pour qui la légende «du plongeur au millionnaire» peut au mieux devenir vraie. Au plus tard depuis la politique «néolibérale» de Ronald Reagan (USA) et de la jeune associée Margaret Thatcher (GB) dans les années 1980, qui ont «libéré» le «capital» international des régulations qui ont été créées par la communauté internationale après la Seconde Guerre mondiale pour la garantie des relations internationales égales et pacifiques, le monde occidental s’est mué de «sociétés avec une économie de marché» à des «sociétés du marché» – comme l’a caractérisé le philosophe et professeur à l’Université de Harvard, Michael Sandel, dans son dernier livre, «What Money can’t buy. The moral limits of markets». Ce processus est souvent caractérisé aujourd’hui par le terme de l’«économisation de la société». De pures «sociétés du marché» se caractérisent par le fait que tous les domaines de la société, public compris, sont dominés par les lois du «marché». Sandel démontre que le principe de «marché», qui est basé sur la compétition, la concurrence et l’efficacité, doit toujours rester obligé au bien commun dans une société que l’on peut qualifier comme «basée sur la morale»; et que le principe du marché ne devrait être d’aucune importance dans les domaines de la vie publique, dans lesquels il y a les valeurs de la coopération, de la solidarité, de la garantie de biens publics comme la formation et la santé pour tous. La pensée du «marché» mènerait sans lien moral à la corruption du principe du bien commun et même à la destruction de la démocratie, car il y a une destruction du «contrat social» – le souci et la responsabilité de l’un pour l’autre en tant que communauté. Par ces révélations, Sandel souligne la raison d’être des questions critiques mentionnées ci-dessus que Michael Schoenenberger a posées dans son article à l’adresse des «créateurs du Plan d’études 21» (au sujet de la corruption et du niveau misérable de l’enseignement).
Dans une «société de marché», comme elle existe de manière prononcée aux Etats-Unis, les principes d’Etat de droit et l’orientation selon le bien commun perdent leur priorité absolue. L’Etat se retire ici de manière essentielle de sa responsabilité sociale et il laisse à l’initiative privée du particulier de protéger seul son bien-être. Si les hommes se retrouvent dans la nécessité aux USA, l’Etat américain ne se sont pas responsable de leur venir en aide. Cette conception de la société s’appuie sur une éthique utilitaire qui élève expressément l’«utilité» au rang de la maxime la plus haute. L’«utilité» est une idée subjective et par conséquent relative, elle peut être interprétée alors différemment selon le cas; des valeurs générales dans le sens de la compassion humaine (la tolérance, le respect envers la personne, la responsabilité mutuelle, la «charité» etc.) n’ont guère de l’importance. La devise qui résulte de l’utilitarisme du «marché libre» est la lutte individuelle pour l’existence (faussé de manière euphémique comme «liberté»), dans laquelle pour le «plus zélé», le bonheur serait gracieux, ce qui fait qu’il se sent dans le droit de ne pas avoir à partager son succès, selon le slogan: «The Winner takes it all.» Les autres, les «loosers», auront les mains vides et doivent s’attribuer à eux-mêmes de ne pas avoir atteint davantage. C’est pour cette raison qu’un développement en direction de la société américaine signifie l’adieu graduel aux valeurs du bien commun, de la solidarité avec les faibles et de l’égalité de droit générale dans la démocratie jusqu’à une «lutte existentielle» à la façon d’un darwinisme social dans la «société du marché» totale. Ceci mène dans tous les domaines du service public à un système de deux ou trois classes de citoyens. L’accès à une bonne formation exige «des investissements élevés» que juste une seule classe (plutôt petite) peut se permettre.

«L’orientation selon les compétences» rompt avec la tradition d’éducation et de culture humaniste de l’Europe

Il s’avère que la conception de l’homme qui est en vogue dans la société américaine d’aujourd’hui, est celle du «homo oeconomicus» dont l’essence est uniquement marquée par la prétention, ou mise en avant de soi-même, dans une «société d’arrivistes». Cette anthropologie profondément réductionniste se reflète aussi dans la manière dont la pratique scolaire américaine fonctionne principalement: la responsabilité du processus de formation – pour l’apprentissage et le développement de la personnalité – n’est pas confiée aux professeurs qui sont en mesure par leurs compétences pédagogiques et didactiques acquises de soutenir et de stimuler chaque élève, et de l’encourager individuellement et comme partie d’une communauté de la classe (ceci est qualifié d’«orientation selon le in-put»), mais cette responsabilité incombe à un système de contrôle relatif à la gestion («orientation selon le out-put»). Ce dernier implique:
1)    des tests de comparaison, qui exigent des standardisations méticuleuses des performances scolaires mesurables,
2)    une «gestion de qualité» qui est basée sur un «controlling» permanent de l’école par les élèves, les parents, les collègues, la direction de l’école, les entreprises de certification professionnelles, etc. ainsi que
3)    une conception de l’enseignant comme facilitateur et à la rigueur comme animateur, mais en aucun cas comme médiateur et personne d’orientation pédagogique, de sorte que les élèves sont renvoyés complètement à eux-mêmes et doivent «organiser» et «présenter» leur apprentissage eux-mêmes
pour ne mentionner que quelques éléments centraux de ce modèle. Chacun n’est responsable ici que de soi-même et de son propre succès ou échec, exactement comme c’est aussi le cas dans la «société du marché» plus tard. Des attraits pour s’investir – comme élève, mais aussi comme professeur – ne peuvent être créés, selon la conception de l’homme comme «homo oeconomicus», que par la compétition ou les récompenses etc.; ils ne sortent pas d’une propre pulsion ou d’un intérêt (motivation intrinsèque). La vraie pédagogie est obsolète dans ce modèle. En conséquence, on cherche aujourd’hui plutôt des économistes d’entreprise comme proviseurs au lieu des professeurs expérimentés avec leur crédibilité offrant un lieu d’accueil pour des problèmes et des questions scolaires exigeantes.
A la différence de cette conception de l’école, dépourvue d’une théorie pédagogique mûre et d’une anthropologie humaine scientifiquement différenciée, l’Europe dispose d’une longue tradition de formation basée sur des fondements philosophiques solides. Elle repose sur une compréhension interpersonnelle et dialogique de l’éducation. Cette conception «personnelle» ou «humaniste» de l’éducation et de la formation considère une relation portée par la confiance relationnelle, par la capacité pédagogique et didactique et par la compétence en la matière comme le noyau de l’apprentissage entre l’élève et le professeur et du développement scolaire entier. En conséquence, beaucoup d’importance a été accordée à la formation de la personnalité des enseignants et à la formation professionnelle (in-put) dans la formation des enseignants en Europe, et l’on a transmis au professeur un degré élevé de responsabilité et d’autodétermination au travail de formation jusqu’à aujourd’hui. C’est pourquoi chez nous, les Européens, la liberté des méthodes d’enseignement et des moyens d’enseignement a toujours été un bien hautement estimé et protégé. La conception de la formation humaniste implique la conviction que la personne enseignante doit être mise en mesure de se focaliser sur la situation concrète et toujours individuelle de ses classes, sur la dynamique sociale et sur leurs personnalités et, lors du choix des contenus, d’apporter les œuvres, les sujets et les devoirs, de permettre à ses élèves le plus de développement possible aux niveaux personnel et technique ainsi que de l’élargissement d’horizon.
Comparé à la conception de l’éducation européenne, on ne peut qu’évaluer l’enseignement américain comme un appauvrissement incroyable et une suppression de l’exigence du développement de la personnalité de la plupart des élèves; le véritable travail pédagogique, reposant sur un dialogue relationnel différencié entre le professeur et l’élève ou de la classe, est littéralement ôté aux enseignants et il est réduit à un genre d’activité d’administration où tout est déjà déterminé bureaucratiquement: manuels, exercices, formes d’enseignement, contrôles de succès etc.

Le système américain n’est pas une option – il est temps de renvoyer cette camelote à l’expéditeur

La question de savoir si la population suisse accepterait ce développement, une fois que les buts et les conséquences réels seraient exposés et qu’un débat public honnête sur ce sujet serait mené, est sans doute rhétorique. Les conséquences sont trop évidentes. Ainsi, l’enseignement, qui a joué un rôle essentiel dans le développement de la prospérité suisse et le fonctionnement d’une culture politique vivante «d’en bas» et qui le fait toujours, devrait abandonner son action éprouvée et pédagogiquement solide en faveur d’un concept américain inspiré par l’économie d’entreprise? Il ne faut pas oublier qu’aux USA, les écoles publiques livrent déjà depuis longtemps des résultats désolants et que le travail de l’enseignant ne jouit d’aucune estime sociale; à ce sujet, il y a un dicton qui a fait le tour des USA: «If you can do something, then do it. If you can’t, then teach.» C’est pour cette raison qu’il faut rappeler à nouveau la question de Michael Schoenenberger, posée aux faiseurs du Plan d’études 21, à savoir si chacun a vraiment réalisé où le voyage doit mener: «Que fait-on pour que les expériences négatives faites aux USA ne soient pas fatalement répétées ici?» De même, son autre question, à savoir celle concernant la suppression des «effets corrupteurs (en raison de la comparaison publique et du «ranking»/classement) sur les directions de l’école et les enseignants», est de la plus grande actualité; dans la phase de consultation actuelle concernant le Plan d’études 21, on doit insister sur la réponse aux deux questions. La «société du marché» américaine a déjà aujourd’hui «eu des répercussions» sur beaucoup de domaines de la société suisse, et elle a changé le caractère des fonctions publiques en ce sens que l’argent, le prestige, la concurrence et les tendances à se profiler sur le marché du service public etc. ont constamment reçu plus de poids que le souci du bien commun des citoyennes et citoyens.
La question qui s’ensuit est de savoir pourquoi ce «changement culturel» dégénératif selon l’exemple américain se retrouve de plus en plus dans tout l’enseignement suisse sans avoir dû faire face, jusqu’à présent, à un débat démocratique aux Parlements ou lors d’un référendum. Cette question demande une réponse claire. Elle sera discutée en détail dans des contributions supplémentaires.     •
(Traduction Horizons et débats)

1    «Bologna-Reform «Bologna ist nicht an sich besser», Die Zeit du 19/12/12
2    ibid.
3    Bieber, Tonia/Martens, Kerstin (2011): The OECD Pisa Study as a Soft Power Education? Lessons from Switzerland and the US. In: European
Journal of Education 46 (1), 101–116
4    «Der Lehrplan 21 als typisches Kind seiner Zeit», NZZ du 13/8/13
5    En 2009, l’EPF a publié une étude présentant un classement (ranking) des lycées germanophones
en rapport avec le succès aux études de leurs bacheliers (à l’EPF après la première année
universitaire).
6    A l’occasion de l’hommage mondial du discours légendaire de Martin Luther King «I had a dream», il y a 50 ans (le 28 août 1968), tout le monde a pu voir qu’à ce moment-là, les relations sociales dans la société américaine étaient encore complètement marquées par la violence raciste.

(encadré)

Un empire informel dont le centre de gravitation se trouve uniquement à Washington

«Dans son étude sur ‹L’hégémonie américaine et la reconstruction de la science en Europe après la guerre›, le professeur américain d’histoire, de technologie et de société au Georgia Institute of Technology rend attentif à un facteur central de la politique étrangère des Etats-Unis face à l’Europe: il s’agissait de créer une nouvelle sorte de régime hégémonique, un empire informel, basé sur l’accord, qui se développe en ‹coproduction› et dont le centre de gravitation se trouve uniquement à Washington. Pour cela, il ne fallait ‹pas seulement la collaboration active des élites nationales qui partageaient les ambitions économiques, politiques et idéologiques des Etats-Unis et qui disposaient de suffisamment de légitimité et de pouvoir pour forcer ceux qui pensaient différemment à accepter leurs idées du chemin que l’Europe devait prendre. Il fallait également la modification subtile de l’identité européenne, une implantation progressive des normes américaines et de leurs méthodes›.»
John Krige. American Hegemony and the Postwar Reconstruction of Science in Europe, The MIT Press, Cambridge 2006, p. 255.
(Traduction Horizons et débats)

Lire la suite

L'Argentine malade des pesticides de Monsanto

30 Octobre 2013 , Rédigé par Béthune

Argentine link health problems to Monsanto agrochemicals

 

By MICHAEL WARREN and NATACHA PISARENKO

The Associated Press

Sunday, October 20, 2013
(Published in print: Monday, October 21, 2013)

 

http://www.concordmonitor.com/home/8991746-95/argentines-link-health-problems-to-monsanto-agrochemicals

Lire la suite

Encore quelques scolies de Nicolas Gomez Davila

26 Octobre 2013 , Rédigé par Béthune

2002. Le cynisme n'est pas une marque de subtilité, mais d'impuissance.

2017.L'équivoque de la Révolution française n'est pas l'exception à la règle.

Les révolutionnaires sont seulement les troupes légères qui dégagent le terrain, la bourgeoisie est l'infanterie de ligne qui l'occupe.

On appelle bourgeoisie toute classe révolutionnaire possédante.

1883. Devant les esprits vraiment grands nous ne nous sentons jamais humiliés, mais mystérieusement en accord.

1878. L'homme croit que quelque chose  peut durer, parce que, enfant, il voit tout durer.

1862. Un pays industrialisé est un pays où les rivières ne noient pas, mais empoisonnent, celui qui s'y baigne.

1827. Dans quelque société qu'il naisse, l'écrivain est toujours un étranger.

La propriété des instruments de production est la seule garantie de la liberté. Disons, même si c’est excessif : qui n’a pas de terre, n’a pas de liberté (traduction: Philippe Billé)

(107) Prêche-t-on les vérités dans lesquelles on croit, ou les vérités dans lesquelles on croit que l’on doit croire ?

(221) Le premier pas de la sagesse consiste à admettre, avec bonne humeur, que nos idées peuvent très bien n’intéresser personne.

(230) En ce siècle de foules transhumantes qui profanent tout lieu illustre, le seul hommage qu’un pèlerin respectueux puisse rendre à un sanctuaire vénérable est de ne pas le visiter.

(237) Dénigrer le progrès est trop facile. J’aspire à la chaire d’arriération méthodique.

(258) La résistance est inutile quand tout se conjure dans le monde pour détruire ce que nous admirons.

 Il nous reste toujours, cependant, une âme intègre pour contempler, pour juger, et pour mépriser.

(352) Une société aristocratique est celle où le désir de la perfection personnelle est l’âme des institutions sociales.

(408) Le journalisme consiste à écrire exclusivement pour les autres.

(432) La civilisation moderne : cette invention d’ingénieur blanc pour roi nègre.

(444) La messe peut être célébrée dans des palais, ou des chaumières, mais pas dans des quartiers résidentiels.

(p 65) La propriété des instruments de production est la seule garantie de la liberté. Disons, même si c’est excessif : qui n’a pas de terre, n’a pas de liberté.

(p 101) L’adolescence obtient sans avoir désiré, la jeunesse désire et obtient, la vieillesse commence par désirer sans obtenir et finit par désirer désirer.

(p 169-170) Ceux qui croient trouver des arguments contre le catholicisme, et contre la religion en général, dans tous ces récits de vies de saints, évidemment malades et proches de certaines formes lugubres de démence, méconnaissent que rien ne justifie mieux la religion que ce singulier pouvoir de faire fructifier ces existences misérables, au lieu de les livrer à la triste stérilité d’un traitement scientifique dans une clinique aseptisée.

(p 172) Percevoir, contempler et connaître sont les degrés du plaisir.

(p 185-186) La campagne française comble de joie l’économiste impénitent. Richesse de la terre, incomparable fécondité du sol, et surtout admirable et minutieuse culture du terrain, qui ne laisse pas se perdre le plus petit recoin.

Ce spectacle m’accable. Malgré la beauté et la diversité dont la nature a doté ces paysages, l’homme a su leur imposer une monotonie énervante.

Les rectangles implacables des différentes cultures se succèdent docilement et s’étendent jusqu’à l’horizon. Les arbres alignés se cachent les uns derrière les autres, à égale distance, et font défiler leurs rangs au passage de l’automobile, avec un geste précis et mécanique de gymnaste. Si, tout à coup, nous trouvons un petit bois, il n’est pas difficile de deviner quel rôle pratique remplit cet apparent morceau de liberté oublié sur un sol soumis. Et les vignobles, les vignobles aux mystiques sarments, qui ont fini par envahir le paysage de leur sévérité industrielle.

Bientôt nous éprouvons le désir d’une pièce de terre stérile et libre, d’une terre préservée du labeur humain.

Cette campagne française fait pitié. Terre soumise et servile.

Nature que l’homme a asservie. Sol dompté, incapable de se révolter, plus semblable à une usine alimentaire qu’à la campagne rustique et sacrée que l’homme habitait jadis.

La richesse de la Pomone mythique se transforme en un immense entrepôt de grains et de légumes. La campagne de France n’est pas un jardin, c’est un potager.

Devant ce gigantesque déploiement d’aliments, je ne rêve que de landes stériles, de pitons glacés, de la tiède forêt de mes rivières andines.

Je ne sais d’où me vient cette répulsion. Sobriété innée, goût d’une certaine austérité janséniste, ou modération inévitable d’un ressortissant de pays pauvre? Ah! vieux terrains marécageux de Port-Royal, friches de Castille, ah! mes âpres collines.

Ce que la campagne française met en évidence, c’est la victoire définitive du paysan.

La tâche entreprise le 4 août 1789 et qu’illuminent de leurs feux symboliques les archives féodales incendiées, est enfin accomplie.

Terre entièrement cultivée, dans ses vallées et sur ses coteaux, sur les rives de ses fleuves, dans les étroits jardins de ses maisons comme dans ses vastes plaines, terre sur laquelle veille un immense amour paysan pour le sol qui le nourrit et le fait vivre. Ces lourdes moissons, ces feuillages lustrés, ces pampres qui préparent les grossesses de l’automne, sont l’effort implacable de millions de vies avides et laborieuses. Des vies qui, du matin au soir, travaillent sans relâche le sol qui enfin leur appartient et que plus rien ne protège de leur convoitise séculaire.

Un immense peuple d’insectes s’est répandu sur le sol de la France. Sa sueur le féconde et l’enrichit.

Ces champs exhalent comme la vapeur de la sueur paysanne.

Sur ces terres lumineuses, sur ces horizons doux et purs, sur la lente et molle courbe de ses collines, sur ce paysage d’intelligence et de grâce, de discrétion et de lucidité, règne une démocratie paysanne.

(209) L’écrivain réactionnaire doit se résigner à une célébrité discrète, puisqu’il ne peut plaire aux imbéciles.

(115) Le barbare ne fait que détruire ; le touriste profane.

(99) Dépeupler et reboiser – première mesure civilisatrice.

(72) Depuis l’invention de la radio, même l’analphabétisme ne protège plus le peuple contre l’invasion des idéaux bourgeois.

(71) Il y a de fausses théologies, mais il n’y a pas de fausses religions.

     La piété païenne d’un Xénophon, par exemple, brûle un encens acceptable au vrai Dieu.

(50) La révolution est une possibilité historique permanente.

     La révolution n’a pas de causes, mais des occasions dont elle profite.

(46) Ce que l’on a appelé droite, en ce siècle, n’a été qu’un cynisme opposé à l’hypocrisie de la gauche.

(183) La magnificence de la cathédrale gothique cherche à honorer Dieu, la pompe du baroque jésuitique à attirer le public.

(103) Le catholicisme, même pour le non-catholique, est plus qu’une secte chrétienne.

     Le catholicisme est la civilisation du christianisme.

(31) Ce que dit le réactionnaire n’intéresse jamais personne.

     Ni quand il le dit, car cela semble absurde ; ni au bout de quelques années, car cela semble évident.

(25) Dans les époques aristocratiques, ce qui a de la valeur n’a pas de prix ; dans les époques démocratiques, ce qui n’a pas de prix n’a pas de valeur.

(12) Mourir en exil est la garantie que l’on n’a pas été tout à fait médiocre.

 

(19) La lecture est une drogue inégalable car elle nous permet d’échapper, plus qu’à la médiocrité de nos vies, à la médiocrité de nos âmes.

 

Nicolás Gómez Dávila, Extraits de Notas (1954) et de Escolios I (1977) et des tomes 2  et 1 de Nuevos Escolios (1986). Traduction : Philippe Billé.

Source : http://davila.canalblog.com/

 

 

Lire la suite

Le palais de la reine

26 Octobre 2013 , Rédigé par Béthune

"L'aigle qui mangeait des singes" est un film documentaire du réalisateur britannique Fergus Beeley sur la Harpie, un rapace qui chasse les singes en Amazonie. Ce film est une merveille. La Harpie est certes un oiseau extraordinaire mais le personnage principal du film, est-ce bien la Harpie, reine majestueuse de la forêt amazonienne, ou plutôt l'arbre gigantesque qui lui sert de palais, sorte de Versailles multicentenaire qui abrite une multitude d'autres espèces animales et végétales ?

Visionnez le film sur Youtube: http://www.youtube.com/watch?v=Z12lRDRTSgA

Lire la suite

Devenir un avec la nature

17 Octobre 2013 , Rédigé par Béthune

"Voyageurs parmi les fleuves et les montagnes"

Peinture de Fan Kuan (范寬 990-1030)

 

Peintre des Song du Nord, Fan-kuan passa le reste de sa vie en ermite dans les montagnes du Shanxi. Dans l'univers asiatico-pacifico-américain, les montagnes sont le séjour des esprits.

Cette peinture célèbre est l'illustration du principe taoïste: "Devenir un avec la nature" (天人合一).

Source: http://www.theepochtimes.com/n2/arts-entertainment/chinese-painting-of-the-weekfan-kuan-5330.html

Lire la suite