Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le Rouge et le Blanc

Articles avec #lettres tag

Paul Léautaud

25 Novembre 2009 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Lettres

J'ai un faible pour Paul Léautaud. En fouillant dans un de mes cartons de livres, je viens de retrouver "Propos d'un jour" (Mercure de France, 1947), que je n'avais pas relu depuis une trentaine d'années. Il est toujours aussi amusant, et vrai:

"Méfiez-vous d'un écrivain qui a fait sa carrière sans rien demander à personne, et qui, à cinquante ans passés, n'est pas décoré. Ce ne peut être qu'un mauvais esprit, et dangereux."

"Un savant est un homme qui sait beaucoup de choses qu'il faudrait connaître beaucoup mieux que lui pour savoir s'il n'est pas un âne."

"Les professeurs sont faits pour les gens qui n'apprendraient rien tout seuls".

(Citant Sainte-Beuve): "Un membre de l'Académie écrit comme on doit écrire. Un homme d'esprit écrit comme il écrit."

"Je ne suis pas si sec qu'on pourrait le croire pour cela. Une action généreuse? Aussitôt mes yeux se brouillent d'émotion. je raconte souvent cette anecdote. je la tiens d'un jeune officier qui me rendait visite au Mercure pendant la guerre et qui avait été témoin du fait. Après une affaire assez sérieuse, on avait amené dans une ambulance un groupe de blessés, au nombre desquels un capitaine français fort endommagé et un soldat allemand qui nen menait plus large. Toute l'ambulance se précipitait vers le capitaine. Celui-ci, arrêtant tout le monde d'un geste: "Prenez le "Boche". Il est plus pressé que moi". je tire mon chapeau, de loin, à cet homme."

"Je donne mon salut à la mémoire des Vendéens qui se soulevèrent pour n'être pas soldats par force. Grand exemple donné par des hommes du véritable amour de la liberté. On ne reverra plus cela."

"Toi qui veux écrire, ne lis rien de bas comme esprit, de commun comme style, de servile comme idées, de populaire comme tendances. Cherche toujours haut et libre."

"Ce n'est pas la classe [NDLR: sociale] qui fait l'homme".

"Ecrire! Quelle chose merveilleuse! Deux individus associés en un seul: l'un, dont la plume  court au gré de son esprit, - l'autre, en même temps, qui surveille, juge, pèse, décide."

"Je ris de moi, le soir, enfermé dans ma chambre, assis à mon petit bureau, devant mes deux bougies allumées, de me mêler d'écrire, pour quels lecteurs, Seigneur! au temps que nous sommes."

C'est le charme de l'intelligence et de l'indépendance, deux qualités assez rares, surtout lorsqu'elles sont réunies. Cela fait pardonner bien des choses.



Lire la suite

Une goélette sous les fleurs (St-John Perse)

22 Novembre 2009 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Lettres

"Pendant l'enfance du poète, aux Antilles, une goëlette fut déposée par un cyclone au milieu de son île natale. Elle s'y trouva bientôt transformée en corbeille de fleurs. C'est ce bâtiment recouvert par la végétation tropicale qui est décrit dans Pour fêter une Enfance, II:

Et aussitôt mes yeux tâchaient à peindre
un monde balancé entre des eaux brillantes,
connaissaient le mât lisse des fûts, la hune sous les feuilles, et les guis et les vergues, les haubans de liane,
où trop longues, les fleurs
s'achevaient en des cris de perruches.

Roger Caillois, Poétique de St-John Perse, Gallimard, 1972.

Lire la suite

Nicolás Gómez Dávila, un moraliste marrane, comme son maître, l'humaniste catholique Michel de Montaigne ?

27 Septembre 2009 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Lettres

" La société libre n'est pas celle qui a le droit d'élire ceux qui la gouvernent, mais celle qui élit ceux qui ont le droit de la gouverner ". 
Nicolás Gómez Dávila  ("Escolias para un texto implicito")

 

Belle formule, belle pensée aristocratique, mais qui soulève quand même quelques objections.

A première vue, il s’agit d’une simple opposition entre la démocratie, qu'il déteste, et l’aristocratie.

Mais Nicolás Gómez Dávila  écrit " élit ".

Objection: dans la vie, choisit-on ceux qui ont le droit de nous gouverner ?

 

1) Un père de famille est-il élu par ses enfants pour avoir le droit de les gouverner ? Doit-il être choisi par eux ? Non, évidemment. Un père de famille gouverne ses enfants parce qu’il est le père. Sa nature crée son droit. On appelle aussi cela le droit divin, surtout lorsque le père ou la mère reconnaissent qu’ils secondent l’œuvre de Dieu et qu’ils obéissent à son autorité supérieure. La force crée le droit. Le droit n’est pas la justice.

 

2) Une société est une association, c'est à dire un groupement de personnes physiques ou morales qui s’unissent volontairement afin de défendre certains intérêts ou  de poursuivre certains buts, et seulement dans cette finalité. Les membres d'une société élisent ceux qui vont la diriger. C'est pourquoi une famille n'est pas une association ni une société, un peuple non plus, ni même une nation (cf Bonald), car ses membres n'en font pas partie par choix, mais parce qu'ils sont nés dans cette condition.

3) Toute élection est un choix entre égaux en droits.

 

Nicolás Gómez Dávila  écrit aussi : "libre".

"Libre" rime donc pour lui avec "élection". " La société libre est celle qui élit "… Il place la liberté dans le choix, dans l’élection, et donc dans l’égalité. De qui ? De ceux qui ont le droit de gouverner et qui ne peuvent être la totalité du peuple, mais une partie, c'est à dire l'aristocratie.

S'il donne au terme "société" son sens courant, moderne (et erroné) de "peuple", pourquoi n'a t-il pas quand même écrit: "La société n'est pas celle qui a le droit d'élire ceux qui la gouvernent, mais celle qui obéit à ceux qui ont le droit de la gouverner ?"
Pour Nicolas Gomez Davila, un enfant qui obéit à son père qu’il n’a pas choisi, un sujet qui obéit à son seigneur ou à son roi,  un chrétien qui obéit à son Seigneur Jésus-Christ, Dieu fait homme, sont-ils vraiment libres ?
Pour lui, peut-on, doit-on servir librement une autorité supérieure légitime que l'on n'a pas choisie?
Il semblerait que non.
Sa "scolie" n'est-elle pas un sophisme, finalement ?

Qui est vraiment Nicolas "Gomez" "Davila", l'aristocratique Montaigne colombien du XXe siècle ? Un marrane ?


"Je n'ai jamais reçu bien quelconque de la libéralité des rois, non plus que demandé ni mérité, et n'ai reçu nul paiement des pas que j'ai employé à leur service (...) Je suis, Sire, aussi riche que je me souhaite" (Montaigne)

 

Béthune

 

Lire la suite

Les Portugais (Paul Bazirguian)

11 Juillet 2009 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Lettres

"Il m'a semblé, là-bas, que bien des Portugais ne semblent pas attendre "l'irréalité dun miracle" comme le dit assez curieusement l'auteur. Ils savent que le miracle a eu lieu. Le miracle est celui d'un peuple demeuré pur quand régnaient aux frontières: la révolution, le matérialisme marxiste, la corruption. Pour ces Portugais, noblement pauvres, le miracle n'est-il pas d'avoir sauvegardé la paix intérieure, l'union nécessaire, et cette culture chrétienne qui leur a permis de garder depuis des siècles un contact plus fraternel (que d'autres peuples n'ont su entretenir) avec des populations africaines. Et cette blanche Fatima, déserte et nue sous le beau ciel m'a semblé comme la cible très pure choisie par l'éclair divin pour se manifester à des yeux d'enfants."

Paul Bazirguian

(écrit en marge du livre: "Portugal, pays de conquérants, par André  Petit. Connaissance du monde, 1960.

Lire la suite

Sur l'air de Castor (Béthune)

13 Juin 2009 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Lettres

 Extaits de l'anthologie spartiate "Sous l'air de Castor" par Béthune (1999-2004)

 



 

 L'AIR DE CASTOR

 

XXXIII. Quand leurs troupes étaient sous les armes en présence de l'ennemi, le roi, après avoir sacrifié une chèvre, ordonnait à tous les soldats de mettre des couronnes sur leur tête, et aux musiciens de jouer sur la flûte l'air de Castor. Lui-même entonnait le chant qui était le signal de la charge. C'était un spectacle aussi majestueux que terrible, de les voir marcher en cadence, au son de la flûte, sans jamais rompre leurs rangs, sans donner aucun signe de crainte, et aller d'un pas grave et d'un air joyeux affronter les plus grands périls.

 

Plutarque. Lycurgue, Les vies des hommes illustres. Trad. Ricard, 1840.


 
http://fr.wikipedia.org/wiki/Dioscures

 


 

LE MODE DORIQUE

 

(43) M. Dacier traduit ainsi : "  Cléomène voulait ramener la police de Sparte à ce mode si sage du ton dorien inventé par Lycurgue. " Il fait allusion aux modes de musique, parmi lesquels on comptait le dorique, mode simple et grave, auquel il compare la discipline de Lacédémone, et dont il dit que Lycurgue était, sous ce TOMBEAU DES HOPLITES SPARTIATES ... (Ricard, introduction des Vies des hommes illustres de Plutarque)

 

AUX THERMOPYLES


Étranger, va dire aux Lacédémoniens qu'ici nous gisons, obéissant aux ordres.

Simonide de Kéos, après 480

TOMBEAU DES SPARTIATES A PLATEES

 

Ceux-ci parèrent leur chère patrie d'éternelle gloire avant de s'envelopper du bleu nuage de la mort.

Morts ils ne sont pas morts. La vertu éclatante les fait monter là-haut hors de la demeure d'Hadès.

 

Simonide, après 479

 

 

SPARTE ETAIT SUPERIEURE A ATHENES (THUCYDIDE)

 


 A supposer que Sparte soit dévastée et que seuls subsistent les sanctuaires et les fondations de ses édifices, les générations qui viendraient dans un lointain futur douteraient fort, je pense, que sa puissance réelle eût été à la hauteur de son prestigieux souvenir. Et pourtant, les deux cinquièmes du Péloponnèse sont directement soumis à son autorité et son hégémonie s'exerce sur l'ensemble de la péninsule, ainsi qu'au dehors sur un grand nombre de cités alliées. Néanmoins, parce qu'il n'y a pas d'agglomération centrale, parce que les sanctuaires et les monuments sont modestes, parce que, comme c'était autrefois le cas dans toute la Grèce, les Lacédémoniens vivent disséminés en bourgades, on pourrait croire que Sparte n'était qu'une puissance de second ordre. Qu'Athènes en revanche vienne à subir le même sort, le spectacle qu'offriraient les vestiges de cette ville ferait croire que sa puissance était double de ce qu'elle est en réalité

 

Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, I, p. 699.

 

 

 

LA SUPERIORITE DES SPARTIATES ETAIT PLUS INTELLECTUELLE QUE MILITAIRE

 

" L'ancienneté et la multiplicité des sciences sont plus grandes en Crète et à Lacédémone que dans le reste de la Grèce, et il s'y trouve un plus grand nombre de savants. Ils s'en défendent, et font semblant d'être ignorants, pour ne pas donner à connaître qu'ils l'emportent sur les Grecs du côté du savoir, et pour ne faire sentir leur supériorité que dans l'art de la guerre, persuadés que si l'on connaissait ce qu'ils sont, on voudrait suivre leur méthode ; ils la cachent donc, et par ce moyen ils ont fait prendre le change à des étrangers qui les veulent imiter... Les Lacédémoniens sont parfaitement bien élevés dans les sciences et dans les belles-lettres ; de sorte que si l'on veut lier conversation avec quelqu'un de leurs citoyens, fût-ce le dernier de tous, on pourra lui trouver d'abord un air de grossièreté dans le discours ; mais ensuite, quand il entre dans la matière, il s'énonce avec une dignité, une précision, une finesse, qui rendent ses paroles comme autant de traits perçants... Sur cela, quelques anciens avaient déjà compris, et les modernes le reconnaissent, que la maxime des Lacédémoniens est de s'attacher à la philosophie beaucoup plus qu'aux exercices du corps. On a senti que le talent de la parole, porté à ce point, n'appartient qu'à des hommes parfaitement instruits ".

 

Platon, Protagoras. Cité par Ricard : Notes sur la vie de Lycurgue, in Plutarque : Vies des hommes illustres, p. 179.

 

 

 Passage intégral du Protagoras de Platon

 

" C'est en Crète et à Lacédémone, en effet, plus que nulle part ailleurs en Grèce, que le désir pour le savoir existe depuis le plus longtemps et est le plus répandu, et [342b] c'est également là, à cet endroit de la terre, qu'il y a le plus de sophistes ; mais ces peuples le nient, et feignent d'être ignorants, comme les sophistes dont Protagoras parlait tout à l'heure, afin de ne pas laisser transparaître qu'ils doivent au savoir leur supériorité sur les autres Grecs, et de faire croire qu'ils la doivent à leur art du combat et à leur courage : ils pensent en effet que les autres peuples se mettraient tous à pratiquer, eux aussi, le savoir, s'ils apprenaient que c'est à lui qu'ils doivent leur supériorité. Par cette dissimulation, ils abusent complètement les " laconisants " des autres cités - qui, pour les imiter, se déchirent les oreilles, [342c] s'enroulent les mollets de lanières de cuir, courent les gymnases et portent des manteaux courts, comme si c'étaient ces moyens-là qui assuraient aux Lacédémoniens la supériorité sur les autres Grecs. Les Lacédémoniens, eux, quand ils veulent s'entretenir librement avec les sophistes chez eux et en ont assez de les fréquenter en cachette, expulsent ces " laconisants " et tous les étrangers, quels qu'ils soient, qui se trouvent chez eux, afin de pouvoir fréquenter les sophistes à l'insu de étrangers, et ne permettent à aucun de leurs jeunes gens de se rendre dans [342d] d'autres cités - comme d'ailleurs les Crétois - , de peur qu'ils n'y oublient ce qu'ils leur enseignent. Et dans ces cités il n'y a pas que des hommes qui se fassent une haute idée de leur éducation, il y a aussi des femmes. Voici d'ailleurs la preuve que ce que je dis est vrai et que l'éducation lacédémonienne est la meilleure pour ce qui est de l'amour du savoir et des discours : que quelqu'un consente à fréquenter le plus ordinaire des Lacédémoniens, il le trouvera tout d'abord manifestement ordinaire dans la plupart des sujets abordés, [342e] puis, au cours de l'entretien, n'importe quand, il placera un mot bien frappé, bref et ramassé, décoché comme un trait redoutable, si bien que son interlocuteur donnera l'air de ne valoir guère mieux qu'un enfant. Eh bien, maintenant comme jadis, il y a des gens pour comprendre que " laconiser " consiste bien plus dans l'amour du savoir que dans l'amour de la gymnastique, parce qu'ils savent qu'il faut avoir reçu une parfaite éducation, pour être capable de prononcer de telles formules [343a] . Parmi eux il y a Thalès de Milet, Pittacos de Mytilène, Bias de Priène, notre Solon, Cléobule de Lindos, Myson de Khènè, et on leur ajoute un septième, le Lacédémonien Chilon. Tous étaient des partisans fervents, des amoureux et des disciples de l'éducation lacédémonienne ; et l'on se rend bien compte que leur savoir est de cet ordre, si l'on se rappelle les formules brèves, mémorables, prononcées par chacun d'eux lorsqu'ils se réunirent ensemble [343b] pour offrir à Apollon dans son temple de Delphes les prémices de leur savoir, et qu'ils écrivirent ces mots que tous reprennent : " Connais-toi toi-même " et " Rien de trop ".

 

Platon, Protagoras, trad. Frédérique Ildefonse, GF Flammarion, 1997, pp. 114-116.

  

En fait, c'est en Crète et à Lacédémone que l'amour du savoir est le plus répandu chez les Grecs et c'est là que, sur la terre, il y a le plus grand nombre de sophistes. Mais ces gens-là le nient et se déguisent en ignorants, afin que la supériorité de leur savoir, par rapport au reste des Grecs, n'apparaisse pas avec éclat (comme pour les sophistes dont parlait Protagoras) ; visant au contraire à passer pour supérieurs en fait de courage au combat, dans la pensée que, une fois connu le terrain propre de leur supériorité, c'est sur ce terrain là, le terrain du savoir, que porterait l'effort de tous. De fait, en gardant secrète la supériorité en question, ils abusent complètement les " laconisants " qui existent dans nos cités. Ceux-ci se font leurs imitateurs, en s'arrachant les oreilles, et en se ceignant le poignet d'une bande de cuir, en pratiquant avec zèle les exercices gymniques, en portant des pèlerines courtes : avec l'idée que c'est par là précisément que les Lacédémoniens l'emportent sur le reste des Grecs ! Les Lacédémoniens, de leur côté, quand ils souhaitent converser librement avec les sophistes qu'ils ont chez eux et que déjà ils s'impatientent d'avoir à converser avec eux en cachette, ils procèdent à l'exclusion des étrangers, aussi bien de ceux qui " laconisent " que de tout autre en visite chez eux ; conversant ainsi avec leurs sophistes à l'insu des étrangers. En outre, ni eux, ni les Crétois non plus ne permettent à aucun jeune homme de s'en aller dans les autres pays, pour éviter qu'ils n'y désapprennent ce qui leur a été enseigné dans le leur. D'autre part, chez ces peuples, ce ne sont pas seulement les hommes qui ont une haute idée de la culture qu'ils ont reçue, ce sont aussi les femmes.

Or, voici comment vous pourriez reconnaître que je dis vrai et que les Lacédémoniens sont élevés on ne peut mieux par rapport à la philosophie et à l'art de parler : c'est que, si l'on veut s'entretenir avec le moins distingué des Lacédémoniens, on commencera par lui trouver le plus souvent une évidente pauvreté de parole ; puis ensuite, au hasard de la conversation, il aura décoché un propos qui compte, court et bien ramassé, à la façon d'un habile lanceur de javelot, au point que son interlocuteur fait l'effet de ne pas valoir mieux qu'un enfant ! Aussi n'a-t-il pas manqué de gens, de nos jours comme dans le passé, pour avoir conscience que " laconiser ", c'est aimer le savoir, bien plus qu'aimer les exercices du corps, se rendant compte en effet que la capacité d'énoncer de semblables propos est le fait d'un homme dont la culture a été parfaite. Au nombre de ces hommes étaient Thalès de Milet, Pittacos de Mytilène, Bias de Priène, notre Solon, Cléobule de Lindos, Myson de Khênè, et le septième d'entre eux, disait-on, Chilon de Lacédémone. Tous ils étaient des zélateurs, des amoureux, des disciples de la culture lacédémonienne ; et, que leur sagesse ait été de même sorte, ce qui le ferait comprendre, ce sont les courtes et mémorables sentences formulées par chacun d'eux et dont, au jour d'une commune réunion, ils vinrent faire offrande à Apollon, comme des prémices de leur sagesse, dans son temple de Delphes, avec ces inscriptions universellement célèbres : " Connais-toi toi-même " et " rien de trop ".

 Platon, Protagoras, trad. Léon Robin, Gallimard/NRF, coll. La Pléiade, 1950.

 

 

LA REPUBLIQUE DE LYCURGUE

 

XLV. [...]Cependant l'objet principal de Lycurgue n'avait pas été de laisser sa ville en état de commander aux autres : persuadé que le bonheur d'une ville, comme celui d'un particulier, est le fruit de sa vertu et de l'harmonie de tous ses membres, il la régla et la disposa de manière que les citoyens, toujours libres et se suffisant à eux-mêmes, se maintinssent aussi longtemps qu'il serait possible dans la pratique de la vertu. C'est aussi sur ce fondement qu'élevèrent leurs plans de république Platon, Diogène, Zénon, et tous ceux dont les ouvrages sur cette matière ont mérité les éloges ; mais ils n'ont laissé que des écrits et des discours ; et Lycurgue, dont nous n'avons ni discours ni écrits, a réellement établi une république inimitable. Convainquant d'erreur ceux qui prétendent que le sage, tel qu'il est défini par les philosophes, ne peut pas exister, il leur a fait voir une ville entière soumise aux règles de la philosophie ; et par-là il a surpassé à juste titre la gloire de tous ceux qui ont établi des républiques parmi les Grecs.

 

Plutarque, Vies des Hommes illustres, Lycurgue. Trad. Ricard, Vol. 1, pp. 170-171.

 

 

SPARTE, ENNEMIE DE LA DICTATURE

 

18. Par la suite, à Athènes et dans le reste de la Grèce, où de nombreuses cités avaient connu, avant même Athènes, le régime tyrannique, la plupart des tyrans furent renversés par les Spartiates. A l'exception des tyrans de Sicile, il n'en resta plus un seul. Sparte avait été, à la suite de l'établissement des Doriens actuels, en proie à des luttes civiles qui durèrent plus longtemps que dans aucune autre ville que nous connaissions. C'est pourtant chez elle que le règne de la loi s'instaura le plus tôt et elle ne connut jamais la tyrannie. Un peu plus de quatre siècles se sont écoulés jusqu' à la fin de la Guerre du Péloponnèse, sans que sa constitution ait été modifiée. C'est ce qui a fait sa force et ce qui lui a permis d'intervenir dans les affaires des autres cités.

Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, I, p. 704.

 

 

EXIGENCES DES SPARTIATES ENVERS LEURS ALLIES

 

19. Les Lacédémoniens régnaient sur leurs alliés sans exiger d'eux aucun tribut, mais ils veillaient, avec le souci de leur seule commodité particulière, à maintenir chez eux des principes oligarchiques.

 

Thucydide, La Guerre du Péloponnèse.

 

 

LA VERITABLE CAUSE DE LA GUERRE DU PELOPONNESE

 

23. Mais la cause la plus vraie, celle qui fut la moins mise en avant, se trouve selon moi dans l'expansion athénienne, qui inspira des inquiétudes aux Lacédémoniens, et ainsi les contraignit à se battre.

 

Thucydide, La Guerre du Péloponnèse.



DISCOURS DE PAUSANIAS : LACEDEMONE DECIDE DE S'OPPOSER A L'HEGEMONIE ATHENIENNE

 

 

120. S'il est vrai, en effet, qu'une politique pacifique sied à un peuple dont on respecte les droits, un peuple vaillant, quand il se trouve lésé, renonce à la paix et se bat tout en restant prêt à traiter à la première occasion favorable. Il ne se laisse pas griser par le succès de ses armes, mais il n'est pas non plus épris des douceurs de la paix, au point de laisser attenter à ses droits. Celui qui, attaché à ses aises, hésiterait à se battre, serait bien vite privé, en restant passif, des jouissances d'une vie facile, c'est à dire des raisons mêmes qui le font hésiter. En revanche, celui en qui les succès guerriers éveillent l'appétit de conquête, ne voit pas qu'il se laisse séduire par une assurance trompeuse. Car, si l'on a souvent pu réussir dans des entreprises insensées, parce qu'on a trouvé devant soi un adversaire plus malavisé encore, il est bien plus fréquent de voir des entreprises en apparence raisonnables échouer lamentablement. C'est que l'assurance que l'on ressent lorsqu'on forme un projet, ne se retrouve jamais au même degré quand on se trouve engagé dans l'action. A l'heure, en effet, où l'on suppute les chances de succès, on ne court aucun risque, tandis que, dans l'action, la peur est là, qui nous prive de nos moyens.

122. Cette liberté, nous ne la défendons même plus pour nous ; nous laissons un Etat s'ériger en tyran, nous qui avons pour principe d'abattre tout despote régnant dans une cité particulière.

123. Vos ancêtres ne vous ont-ils pas appris à peiner pour conquérir la gloire ? Vous devez rester fidèles à leurs maximes, même s'il est vrai que vous avez quelque supériorité sur eux en richesse et en puissance. Car il serait impardonnable que la richesse vous fît perdre des avantages que la pauvreté vous avait fait acquérir.

 

Thucydide, La Guerre du Péloponnèse


 

 

 LES VERTUS DES SPARTIATES (DISCOURS D'ARCHIDAMOS)

 

84. A notre esprit méthodique, nous devons nos qualités guerrières et notre sagesse politique. Le sentiment de l'honneur est en effet inséparable de la maîtrise de soi, et la valeur guerrière inséparable de l'honneur. Si nous nous gouvernons sagement, c'est que nous ne recevons pas une éducation assez raffinée pour que nous méprisions les lois, mais une éducation rigoureuse qui nous rend trop raisonnables pour que nous leur désobéissions.

 

Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, I, p. 747.


 

 

 AGESILAS, ROI DE SPARTE : LA VERTU DE JUSTICE

 

XXVIII. Il ne cessait pourtant de répéter que la justice était la première des vertus ; que, sans la justice, la force n'est d'aucune utilité ; que si tous les hommes étaient justes, ils n'auraient pas besoin de la force. Et, comme un jour on disait de sa présence que le Grand Roi le voulait ainsi : "  Comment, répondit-il, serait-il plus grand que moi, s'il n'est pas plus juste ? ". Il pensait alors, avec autant de vérité que de noblesse, que la justice est la mesure royale sur laquelle on doit, pour ainsi dire, mesurer la grandeur.

 

Plutarque, Vie d'Agésilas, trad. Ricard, p. 500.

 

 

XLIII. Sparte, pendant l'espace de cinq cents ans qu'elle observa les lois de Lycurgue, dut à la sagesse de son gouvernement, et à la gloire qui en fut le fruit, l'avantage d'être la première ville de la Grèce. Les quatorze rois qui suivirent depuis ce législateur jusqu'à Agis, fils d'Archidamus, ne firent aucun changement à ces lois ; car l'établissement des Ephores, loin de relâcher les ressorts du gouvernement, ne fit que les tendre davantage ; il paraissait favorable au peuple, et servit à fortifier l'aristocratie.

 

Plutarque, Vie d'Agésilas, trad. Ricard.

 

 LE TEMPLE DE LA PEUR, A SPARTE

 

" Ils honorent la Peur, non qu'ils la croient nuisible, comme ces génies malfaisants qui sont en horreur ; mais parce qu'ils la regardent comme un des liens les plus puissants des sociétés politiques (...) Les anciens mêmes attachaient, ce me semble, l'idée de valeur , non à l'exemption de toute crainte, mais au contraire à la crainte du reproche et de l'infamie. Les hommes qui craignent le plus les lois sont les plus intrépides contre leurs ennemis... (...).

 

Plutarque, Agis et Cléomène, Vies des Hommes Illustres, trad. Ricard, p. 194.

 

 CLEOMENE, ROI DE SPARTE

 

 " S'il eut été possible d'exterminer, sans effusion de sang, ces pestes depuis longtemps introduites dans Lacédémone, le luxe, l'amour de la dépense, les dettes, les usures, et des fléaux plus anciens encore, les richesses et la pauvreté, je me serais cru le plus heureux des rois d'avoir pu, comme un sage médecin, guérir sans douleur les maux de ma patrie. Mais la nécessité où je me suis vu de recourir à des remèdes violents a son excuse dans Lycurgue lui-même, qui, n'étant ni roi ni magistrat, mais un simple particulier qui voulait agir en roi*, se rendit en armes sur la place publique et causa une telle frayeur a Charilaüs, que ce roi se réfugia au pied d'un autel. Mais ce prince, naturellement doux et attaché a sa patrie, partagea bientôt les sentiments de Lycurgue et adopta les changements qu'il proposait dans le gouvernement. La conduite de Lycurgue atteste donc qu'il est bien difficile de changer une constitution sans employer la violence et la crainte

 

Plutarque, Agis et Cléomène, Vies des Hommes Illustres, trad. Ricard, pp. 194-195.

 

* Iliade, III, 431.



 SPARTE, C'EST l'EDUCATION

 
" Une dame du pays d'Ionie se glorifiait d'un sien ouvrage de tapisserie qu'elle avait fait au métier fort somptueux : mais une Laconienne lui montrant quatre siens enfants fort honnêtes & bien morigénés, Tels, dit-elle, doivent être les ouvrages d'une Dame de bien & d'honneur, & voilà de quoi elle se doit vanter & glorifier. "

 

Plutarque, Les dicts notables des Lacedemoniennes (Œuvres morales et mêlées), traduction par Amyot, 1582.

Lire la suite

Peuple

30 Mars 2009 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Lettres

Aimer le peuple est une vocation d'aristocrate. Le démocrate ne l'aime qu'en période électorale.

Une certaine façon dédaigneuse de parler du peuple dénonce le plébéien déguisé.

Nicolas Gomez Davila

Lire la suite

The noble unicorn...

27 Mars 2009 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Lettres



Tapisseries de la Licorne, Musée des Cloisters, New York


I stood in the Maytime meadows
by roses circled round
Where many a fragile blossom
Was bright upon the ground;
And as though the roses called them
And their wild hearts understood,
The little birds were singing
In the shadows of the wood.
The nightingale among them
Sang sweet and loud and long,
Until a greater voice than hers
Rang out above her song.
For suddenly between the crags,
Along a narrow vale
The echoes of a hunting horn
Came clear along the gale.
Ho blew that mighty horn,
I saw that he was hunting
The noble unicorn.
The unicorn is noble;
He keeps him safe and high
Upon a narrow path and steep
Climbing to the sky;
And there no man can take him;
He scorns the hunter's dart
And only a virgin's magic power
Shall tame his haughty heart.


From a medieval German folksong
Lire la suite

"De vostre beauté regarder..."

27 Mars 2009 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Lettres



Tapisseries de la Licorne, Musée des Cloisters, New York




De vostre beauté regarder,
Ma tresbelle, gente maistresse,
Ce n'est certes tant de lyesse
Que ne le sauriès penser.

Je ne m'en pourroye lasser
Car j'oublie toute tristesse
De vostre beauté regarder
Ma resbelle, gente maistresse.

Mais, pour mesdisans destourber
De parler de vostre jeunesse,
Il faut que souvent m'en délaisse,
Combien que je m'en puis garder
De vostre beauté regarder.


Charles d'Orléans, Rondeau VI


Lire la suite

De la magnanimité (Jacob Burckhardt)

25 Mars 2009 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Lettres

"La vertu la plus rare chez un personnage historique est la magnanimité. Elle consiste à savoir renoncer à certains avantages au profit de la moralité, à se modérer volontairement non seulement par habileté, mais par bonté naturelle, alors que la grandeur politique est égoïste de nature et désire exploiter tous les privilèges. L'on ne saurait exiger a priori de l'homme supérieur de posséder cette grandeur d'âme parce que, nous l'avons déjà dit, celui-ci n'est pas un modèle, mais une exception. La grandeur historique considère  comme son premier devoir de s'affirmer et de s'exalter; or la puissance n'a jamais rendu les hommes meilleurs. "

Jacob Burckhardt, Considérations sur l'histoire universelle. Editions Allia, Paris, 2001

Lire la suite

Fonction de l'intelligence, selon Nicolas Gomez Davila

23 Mars 2009 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Lettres

L'intelligence ne consiste pas à trouver des solutions, mais à ne pas perdre de vue les problèmes.

Nicolas Gomez Davila

Lire la suite
1 2 3 4 > >>