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Rouge et Blanc, ou le Fil d'Ariane d'un voyageur naturaliste

Redonner un sens à l'Histoire (Henri Eschbach)

5 Novembre 2010 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

 

Le mot est de M. Chevènement. Il rejoint sans le savoir la réflexion de Fustel de Coulanges disant qu'en France, l'Histoire est tellement défigurée qu'elle semble écrite par ses pires ennemis. Nos jeunes ne connaissent pas leur pays: ils ignorent qu'il n'y a pas un peuple où la civilisation soit aussi complète, malgré ses ombres, ses turpitudes et ses revers: la tradition humaine de la France est d'une variété infinie. Fille de la Méditerranée, héritière de Jérusalem, d'Athènes et de Rome, la France s'est faite dans le flux et le reflux des invasions barbares et l'ordre français est né à Reims il y a bientôt 1500 ans. Le temporel y est tellement lié au surnaturel qu'il est impossible d'expliquer la genèse de notre unité nationale en dehors de nos fondements religieux. Patrie de l' « honnête homme », la France est aussi la patrie de cet humanisme où les libres penseurs sont taillés dans le même bois que les croyants, où les révoltés emploient le même vocabulaire que les conservateurs. Nos pères n'ont jamais craint d'accueillir ce qui venait de l'étranger: les Croisades ont été l'occasion de rapports précieux entre chrétiens et musulmans. Nous n'avons pas à cacher à nos enfants les chefs d'oeuvre de notre histoire: ses saints, ses évêques administrateurs, bâtisseurs et éducateurs, ses institutions, ses moeurs, sa politesse et sa douceur de vivre, la place et le respect de la femme, la moralité des familles, son sens civique, sa hiérarchie sociale, la logique des penseurs, le génie des écrivains, le talent des artistes, ses oeuvres charitables, l'habitat, les communications, son agriculture, son commerce, son industrie, le tout couronné par les oeuvres de miséricorde, la formation des intelligences, la vie spirituelle. Berceau de la chevalerie, pays de l'amour courtois, patrie des libérateurs d'esclaves, de St Vincent de Paul comme de Ronsard, d'Ambroise Paré comme de Corneille, de Le Nôtre, de Couperin, même la Révolution française s'est réclamée de ce que Chesterton appelait: « les vertus chrétiennes devenues folles ». La supériorité du « goût français » va de Buffon, Lavoisier ou Pasteur à Ampère, Louis Lumière et même Brillat-Savarin. Cette civilisation n'est pas le fruit des efforts de quelques-uns, mais de la nation toute entière, personnifiée par sa classe moyenne, ses artisans, qui font son homogénéité sociale et sa richesse. Il suffit de regarder le sol de France vu d'avion: le travail de la terre y a été élevé au niveau d'un art. A côté des plus grands comme Laënnec ou Fresnel, Olivier de Serres ou Cuvier, il y a Sauria avec ses allumettes, Gay-Lussac et ses baromètres, Jacquart et ses métiers à tisser, Branly avec la TSF, Becquerel et Curie et la radioactivité. Les réussites industrielles sont innombrables. Aussi nos responsabilités d'aujourd'hui sont grandes et il nous faut chercher les voies de la renaissance. Le viel ennemi de l'homme, la subversion sous toutes ses formes, est à l'oeuvre et travaille à la division, la désagrégation, la remise en cause perpétuelle de tout, répandant la discorde et la haine, avec son vocabulaire de charlatan. La machine à casser la Société est annoncée en ces termes par Albert Camus: « Rien n'étant vrai ni faux, bon ou mauvais, la règle sera de se montrer efficace, c'est-à-dire le plus fort. Le monde alors ne sera plus partagé en justes et injustes, mais en maîtres et en esclaves ». Voilà l'avenir qu'on nous prépare. Il n'y a pas de domaine qui ne soit contaminé: l'Eglise, l'armée, les arts, l'enseignement, l'économie, la santé publique, les sciences, les moeurs... Voilà l'enjeu! De la forme donnée à la société découle et dépend le fait que les hommes respirent dans le cours de leur vie l'air sain et vivifiant des vertus morales ou le microbe morbide et souvent mortel de l'erreur et de la dépravation. Devant le déboisement social, il nous faut renouer les liens sociaux. Nous ne pouvons que répéter avec Jeanne d'Arc: « Plus il y aura de sang français ensemble, mieux cela vaudra ».

 

Henri ESCHBACH

 

La Lettre de la Chambre de Commerce du Jura N°85 (Novembre 1985)

Texte publié avec l'autorisation de l'auteur

 

Chef d'entreprise, Henri Eschbach a été pendant 17 ans le Président de la Chambre de Commerce du Jura.

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