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Le Rouge et le Blanc, ou le Fil d'Ariane d'un voyageur naturaliste

Tradition, par Ernst Jünger

26 Juin 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Lettres

Ernst Jünger et Carl Schmitt, en barque, devant le château de Rambouillet (1941).

Ernst Jünger et Carl Schmitt, en barque, devant le château de Rambouillet (1941).

Tradition

 

par Ernst Jünger

 

 

Tradition : pour une lignée dotée de la volonté de remettre en valeur le royaume du sang, c'est un mot féroce et beau. Que la personne singulière ne vit pas simplement dans l'espace. Qu'il fasse, au contraire, partie d'une communauté pour laquelle il doit vivre et, si l'occasion se présente, se sacrifier ; c'est une conviction que possède tout homme ayant le sens des responsabilités, et qu'il défend à sa manière avec ses moyens particuliers. L'individu n'est cependant pas lié à une communauté supérieure uniquement dans l'espace, mais, de manière plus significative mais invisible, également dans le temps. Le sang des parents bat fusionné avec le sien ; il vit au sein de royaumes et de liens qu'ils ont créés, gardés et défendus. Créer, garder et défendre : c'est l'œuvre qu'il recueille de leurs mains dans les siennes, et qu'il doit transmettre avec dignité. L'homme du présent représente le point d'appui ardent entre l'homme du passé et l'homme du futur. La vie clignote comme l'éclair ardent qui court le long de la mèche qui lie, unit, les générations, bien sûr, mais les maintient liées entre elles, du début à la fin. Bientôt, l'homme actuel sera également un homme du passé, mais pour lui conférer calme et sécurité, il faudra continuer à penser que ses actions et ses gestes ne disparaîtront pas avec lui, mais constitueront le terrain sur lequel les prochains, les héritiers, se réfugieront avec leurs armes et leurs instruments.

 

Cela transforme une action en un geste historique qui ne peut jamais être absolu ou complet comme une fin en soi, et qui, au contraire, s'articule toujours au milieu d'un complexe doté de sens et d'orientation par les actes des prédécesseurs et pointant vers le domaine énigmatique de ceux qui sont là et qui sont encore à venir. Sombres sont les deux versants, et on les retrouve ici et au-delà de l'action ; leurs racines disparaissent dans la pénombre du passé, leurs fruits tombent dans la terre des héritiers qui ne pourra jamais entrevoir qui agit, et qui est encore nourrie et déterminée par ces deux versants dans lesquels précisément se fondent leur splendeur intemporelle et leur suprême fortune. C'est ce qui distingue le héros et le guerrier du lansquenet et de l'aventurier : et c'est le fait que le héros puise sa propre force dans des réserves plus élevées que celles qui sont simplement personnelles, et que la flamme brûlante de son action ne correspond pas à l'éclair ivre d'un instant, mais au feu étincelant qui fusionne le futur avec le passé. Dans la grandeur de l'aventurier, il y a quelque chose de charnel, d'irruption sauvage, et certainement pas de privé de beauté, dans des paysages variés mais dans le héros se réalise ce qui est fatalement nécessaire, fatalement conditionné: il est l'homme authentiquement moral, et son sens ne repose pas seulement en lui-même, ni seulement dans son présent, mais il est pour tous et pour tous les temps.

 

Quel que soit le champ de bataille ou la position perdue sur laquelle il se trouve, quel que soit l'endroit où un passé est préservé et un avenir doit être combattu, aucune action n'est perdue. La personne singulière peut certes s'égarer, mais son destin, sa fortune et son épanouissement valent en vérité comme le coucher de soleil qui favorise un objectif plus élevé et plus vaste. L'homme privé de liens meurt, et son travail meurt avec lui, car la proportion de ce travail n'était mesurée qu'à lui-même. Le héros connaît son coucher de soleil, mais son coucher de soleil ressemble à ce rouge sang du soleil qui promet un matin plus beau et plus nouveau. Ainsi, nous devons également nous souvenir de la Grande Guerre : comme un crépuscule brûlant dont les couleurs déterminent déjà une aube somptueuse. Ainsi, nous devons penser à nos amis tombés au combat et voir dans leur crépuscule le signe de la réalisation, le plus dur assentiment dirigé vers la vie. Et nous devons rejeter, avec un mépris crasseux, le jugement des commerçants, de ceux qui soutiennent que tout cela a été absolument inutile, si nous voulons trouver notre fortune en vivant dans l'espace du destin et en coulant dans le mystérieux courant de sang, si nous voulons agir dans un paysage doté de sens et de signification, et ne pas végéter dans le temps et l'espace où, étant nés, nous sommes arrivés par hasard.

 

Non : notre naissance ne doit pas être une coïncidence pour nous ! Cette naissance est l'acte qui nous enracine dans notre royaume terrestre, qui, avec des milliers de liens symboliques, détermine notre place dans le monde. Avec elle, nous devenons membres d'une nation, au sein d'une communauté étroite de liens autochtones. Et à partir de là, nous allons à la rencontre de la vie, en partant d'un point solide, mais en poursuivant un mouvement qui a commencé bien avant nous et qui trouvera sa fin bien après nous. Nous ne parcourons qu'un fragment de cette gigantesque avenue ; sur ce tronçon, cependant, nous ne devons pas seulement transporter tout un héritage, mais être à la hauteur de toutes les exigences du temps.

 

 Et maintenant, certains esprits abjects, dévastés par la saleté de nos villes, se lèvent pour dire que notre naissance est un jeu de hasard, et que nous aurions pu naître, parfaitement, français comme allemands. Il est vrai que cet argument s'applique précisément à ceux qui pensent ainsi. Ce sont des hommes de hasard et de chance. Il est étrange pour eux que la chance réside dans le fait de se sentir nés par nécessité au sein d'un grand destin, et de constater les tensions et les luttes d'un tel destin qui est le leur, et avec lequel ils grandissent ou même périssent. De telles mentalités surgissent toujours lorsque le mauvais sort pèse sur une communauté sanctionnée par les liens de la croissance, et cela est typique d'elles (on attire ici l'attention sur la récente et tout à fait appropriée inclination de l'intellect à s'insinuer de façon parasitaire et nuisible dans la communauté de sang, et à y falsifier l'essence selon le raisonnement, c'est-à-dire par le concept à première vue correct de communauté de destin. Mais le Noir qui a été pris en flagrant délit de souffrance en Allemagne au début de la guerre, et qui a été enveloppé dans les cartes de pain rationné, fera également partie de la communauté de destin. Une communauté de destin, en ce sens, est constituée de passagers sur un navire à vapeur qui coule, très différemment de la communauté de sang : elle est constituée d'hommes sur un navire de guerre qui descend au fond avec le drapeau au vent.

 

L'homme national attribue une valeur au fait d'être né dans des frontières bien définies : il y voit avant tout un motif de fierté. Lorsqu'il franchit ces frontières, il ne s'écoule jamais sans forme au-delà de celles-ci, mais plutôt de manière à prolonger l'extension dans le futur et dans le passé. Sa force réside dans le fait qu'il possède une direction, et donc une sécurité instinctive, une orientation de base qui lui est conférée dans la dot avec le sang, et qui n'a pas besoin des lanternes mutables et vacillantes des concepts compliqués. Ainsi, la vie se développe dans une plus grande unité, et devient donc elle-même une, car chacun de ses instants renoue avec un lien doté de sens.

 

 Clairement défini par ses frontières, par des rivières sacrées, par des pentes fertiles, par de vastes mers : tel est le monde dans lequel la vie d'une lignée nationale s'imprime dans l'espace. Fondé sur une tradition et orienté vers un avenir lointain : c'est ainsi qu'il s'imprime dans le temps. Malheur à celui qui se coupe ses propres racines ! il deviendra un homme inutile et un parasite. Nier le passé, c'est aussi nier l'avenir et disparaître parmi les vagues fugaces du présent.

 

Pour l'homme national, en revanche, il reste un grand danger : celui d'oublier l'avenir. Posséder une tradition implique le devoir de vivre la tradition. La nation n'est pas une maison dans laquelle chaque génération, comme s'il s'agissait d'une nouvelle strate de corail, doit ajouter un plan de plus, ou dans laquelle, au milieu d'un espace prédisposé une fois pour toutes, il ne sert à rien de continuer à exister ni mal ni bien. On dira qu'un château, un palais bourgeois, a été construit une fois pour toutes. Mais bientôt, une nouvelle génération, poussée par de nouveaux besoins, voit l'obligation d'apporter des changements importants. D'autre part, le bâtiment peut finir par brûler dans un incendie ou être détruit, et un bâtiment rénové et transformé vient alors s'édifier sur les anciennes fondations. La façade change, chaque pierre est remplacée, et pourtant, lié à la lignée telle qu'elle est, il reste un sens de l'ensemble : la même réalité qu'au début. Peut-être peut-on dire que même pendant la Renaissance ou l'époque baroque, il y a eu une construction parfaite, et qu'un langage de formes valable pour tous les temps s'est arrêté là ? Non, mais ce qui existait alors reste en quelque sorte caché dans ce qui existe aujourd'hui. Et aujourd'hui, cela s'articule peut-être avec audace comme l'expression d'un sentiment dans les évaluations des énergies productives suprêmes, même si malgré tout une telle expression n'est pensable que sur le terrain stratifié de la tradition. Dans chaque ligne, dans chaque unité de mesure, vibre secrètement ce qui a été, et pourtant c'est le présent qui détermine le visage de l'ensemble, au point de nous élever et de nous entraîner dans le sentiment ainsi exprimé : voilà ce que nous sommes, voilà ce que nous sommes nous-mêmes ! Et il doit en être ainsi. De même, le sang de la personne singulière est mélangé par des milliers de courants de sang mystérieux, même si cette personne singulière n'est pas, pour cette raison, la somme de ses prédécesseurs, elle n'est pas seulement le porteur de leur volonté et de leur qualité, mais, selon une particularité claire et bien définie, elle est aussi elle-même. Et c'est également le cas pour ceux qui contemplent la forme que prennent la nation et l'État. Hier nous avions un empire, aujourd'hui nous avons une république, demain nous aurons peut-être encore un empire, et après-demain une dictature. Chacune de ces figures garde, comme un héritage invisible, plus ou moins caché dans la profondeur de son langage des formes, le contenu de ce qui est passé ; chacune d'elles a au contraire le devoir d'être en tout et pour tout elle-même, car ce n'est qu'ainsi que la force prendra toute sa valeur.

 

Cela est également vrai en ce moment, pour chacun d'entre nous. Être héritier ne signifie pas être épigone. Et vivre dans une tradition ne signifie pas se limiter à cette tradition. Hériter d'une maison implique le devoir de l'administrer, et certainement pas d'en faire un musée. Les conseils des ancêtres seront ainsi préservés : Le royaume doit rester pour nous, (1) dit Luther, en déposant la pierre pour construire une église ; il savait bien qu'un royaume et un bâtiment, une force et son expression temporelle, ne sont pas la même chose. En vérité, le royaume doit rester pour nous, et c'est aussi vrai pour ce qui nous concerne, et une telle volonté de l'essentiel concerne aussi notre tradition royale : que nous puissions compter sur lui sous le toit d'une république avec la même sécurité que celle dont il peut bénéficier sous un empire. Ce qui importe vraiment, c'est que le grand courant de sang utilise tous les moyens et tous les dispositifs offerts par le temps. Si une confrontation est consommée avec les moyens d'une république ou avec ceux de l'annuaire, dans chaque cas, un seul et même résultat sera obtenu, à condition qu'un tel résultat soit atteint. À l'époque de l'arme blanche, il fallait vaincre à l'épée au temps des machines, avec des mitrailleuses, des chars, des essaims de bombes et des assauts au gaz. À l'époque patriarcale, une armée devait avoir foi dans la lutte pour son propre souverain et seigneur... à l'époque des masses, on peut se bercer d'illusions en affrontant la mort au nom de tout progrès de nature civile ou économique. Ses propres idées, sa propre foi et sa propre moralité sembleront changer en fonction de l'illumination des réflexions des âges. Précisément : il faudra les changer, et cela ne dépendra pas, bien sûr, de ses propres opinions particulières, de ses questions singulières ou de ses objectifs contingents, mais du fait que toute la force de ces idées, la foi et la morale, devra être réalisée dans le royaume du Reich.

 

Nous avons nous aussi le devoir de viser une telle réalisation. Nous devons nous aussi chercher à mettre au service du Reich les expériences effrayantes léguées à l'État moderne, à nous débarrasser de l'étreinte de l'intellect qui pense selon des calculs et à lui superposer, à l'extrême degré d'oscillation, jusqu'au dernier fragment de fer, les lois du sang. Ce n'est qu'alors que nous vivrons la tradition. Nous en sommes encore loin. Et c'est précisément l'ostentation des formes extérieures de la tradition, typique de la jeunesse d'aujourd'hui, qui constitue le signe d'un manque de force intérieure. Ne vivons pas dans un musée, mais dans un monde actif et hostile. Ce n'est pas une tradition renaissante que le vieux célibataire se montre peint sur son propre paquet de cigarettes, ou ce qui est exposé dans la décoration en noir et blanc imprimée sur chaque cendrier et sur les bretelles. Ce n'est rien d'autre que de la propagande au sens détérioré du terme, car, de même, les formes de propagande de mauvais goût sont en grande partie nos défilés, les fêtes commémoratives et les journées d'honneur : du kitsch clownesque, bon seulement pour conquérir quelque sympathisant.

 

Préparez-vous à une nouvelle bataille de Rosbach (2), qui sera menée selon les formes les plus authentiques de notre époque, et alors l'ancienne, de là-haut, sera à nouveau ressentie et extrêmement joyeuse. N'écrivez pas un nouveau roman de Frédéric [le Grand], mais le roman national de notre époque, pour lequel vous avez de la matière qui se déroule sous vos yeux, aussi variée que la vie elle-même. Ne vivez pas comme des rêveurs dans un temps perdu, mais cherchez à créer pour la République une force de choc et une puissance orientée selon le courant du sang ; ou bien, si cette République ne se laisse pas endurcir, brisez-la. Ne pas mijoter dans le souvenir de la baguette de Frédéric Guillaume Ier (3), qui était en effet indispensable en son temps, mais se rendre compte que les méthodes sociales dépendent du temps et qu'aujourd'hui tout est régi par la possibilité de trouver une cause capable d'impliquer le travailleur également sur le front national, comme cela s'est déjà produit dans d'autres pays.

 

Soyez dans tout et pour tout ce que vous êtes ; alors votre avenir et votre passé vivront au point d'appui, au point de combustion du présent et dans la joie la plus authentique de l'action. Vous aurez alors la véritable tradition vivante et non pas seulement son reflet scintillant, qui pourrait être projeté dans n'importe quel cinéma de la ville.

 

 

* * *

 

La Tradition a été publiée à l'origine dans le magazine Die Standarte (L'Étalon), une publication de l'organisation des anciens combattants appelée les Stahlhelm (Casques d'acier) : Die Standarte. Beiträge zur geistigen Vertiefung des Frontgedankens. Sonderbeilage des Stahlhelm. Wochenschrift des Frontsoldaten. Contribution à l'approfondissement de la réflexion du front. Supplément extraordinaire de l'hebdomadaire des soldats du front) Magdebourg, année 1, Nº 10 du 8 novembre 1925, p.2.

 

NOTES :

 

1) la quatrième strophe du célèbre chant ecclésiastique de Luther, intitulée Ein feste Burg, dit : "Une solide forteresse est notre Dieu, / une bonne défense et une arme. / Elle nous libère de tout besoin / qui nous frappe maintenant. / L'ennemi ancien et cruel aura de sérieuses raisons de le craindre ; / grande est sa puissance, et si grande sa ruse, / si redoutable son armure. / Vous n'aurez rien de semblable sur terre.
2)  : Le 5 novembre 1757, la victoire de l'armée prussienne, remportée sous le commandement de Frédéric le Grand sur les forces de combat unies des Français et de la marine impériale, largement supérieures en nombre, marque à Rosbach un tournant décisif dans la guerre de Sept Ans.
(3) : Frédéric Guillaume Ier (1688-1740), roi de Prusse de 1713 à 1740, exigeait de ses sujets la discipline et la soumission les plus rigoureuses, et il prit lui-même soin de les imposer personnellement au corps des officiers en utilisant la canne.

 

Les notes du texte appartiennent à Sven Olaf Berggötz, compilateur et éditeur de l'édition définitive du Politische Publizistik d'Ernst Jünger, 1919-1933 (2001, maison d'édition Klett-Cotta, Stoccarda, Allemagne).

Sven Olaf Berggötz, né en 1965 à Karlsruhe, enseigne les sciences politiques et l'histoire des idées au département de sciences politiques de l'université de Bonn

 

Traduction: Pierre-Olivier Combelles

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Serge de Radonège et Séraphin de Sarov

23 Juin 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #religion

L'icône de la Trinité, peinte par Andrei Roublev au XVe siècle. Galerie Tretiakov (Moscou).

L'icône de la Trinité, peinte par Andrei Roublev au XVe siècle. Galerie Tretiakov (Moscou).

Saint Serge Radonège (1313-1392), protecteur de la Russie, pays de  forêts et dont l'ours est le symbole.

Saint Serge Radonège (1313-1392), protecteur de la Russie, pays de forêts et dont l'ours est le symbole.

"Alors que ses frères s’étaient mariés, Barthélémy resta célibataire, exprimant son désir de devenir moine. Après le décès de ses parents, son frère aîné, veuf, devint moine au monastère de Khotov. Barthélémy, qui souhaitait une profonde solitude, convainquit Étienne de rechercher un endroit qui conviendrait à la vie ascétique. Ils cheminèrent dans les forêts, puis trouvèrent un endroit approvisionné en eau et éloigné des chemins battus, à dix verstes de Radonège et de Kotov. Là, ils bâtirent une cabane, avec une chapelle qu’ils dédièrent, en se rappelant les paroles du starets, à la Sainte Trinité, ce qui était une innovation. C’est là qu’il reçut la tonsure monastique avec le nom de « Serge ». Il avait alors vingt-quatre ans (1337). Son frère Étienne quant à lui, partit peu de temps après au Monastère de la Théophanie de Moscou.

Serge demeura ermite dans cette solitude durant trois ans, avec pour seuls livres le psautier et les Évangiles, et pour seul voisinage les animaux sauvages de cette forêt, au nombre desquels les loups et ours n’étaient pas rares. Un de ces ours devint d’ailleurs un habitué de l’ermitage, Serge lui donnant un peu de son pain de temps à autre."

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_de_Radonège

Saint Séraphin de Sarov (1754-1833)

Saint Séraphin de Sarov (1754-1833)

"От юности Христа возлюбил еси блаженне, и Тому единому работати пламенне вожделев, непрестанною молитвою и трудом в пустыни подвизался еси, умиленным же сердцем любовь Христову стяжав, избранник возлюблен Божия Матере явился еси. Сего ради вопием ти: спасай нас молитвами твоими, Серафиме, преподобне отче наш."

"Dès ta jeunesse tu as aimé le Christ, ô bienheureux, et désirant avec ardeur ne servir que Lui seul, tu as accompli des exploits au désert par la prière continuelle et le labeur, par la tendresse de ton cœur tu as acquis l’amour du Christ, et tu es devenu l’élu bien-aimé de la Mère de Dieu, c’est pourquoi nous te clamons : sauve-nous par tes prières, vénérable Père Séraphin."

Tropaire chanté lors de l'office de canonisation de Séraphin de Sarov, en présence du Tsar Nicolas II, en 1903.

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Vadim Tsyganov : Pseudo-paradoxe, ou encore, la Russie ne peut pas être comprise par l'intellect. (Club d'Izborsk, 22 juin 2020)

22 Juin 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Club d'Izborsk (Russie)

Vadim Tsyganov : Pseudo-paradoxe, ou encore, la Russie ne peut pas être comprise par l'intellect.

22 juin 2020.

 

https://izborsk-club.ru/19513

 

 

 

J'aime les amendements à la Constitution. Je vais aller voter. Oui, c'est vrai.

 

Parce que je comprends qu'on ne peut pas faire de vagues. À notre époque, chauffée à blanc, il est facile de pousser la Russie à la révolution. La pseudo-pandémie a montré l'impuissance et l'incapacité des autorités à prendre des décisions adéquates. Le pirate de l'air et les médias et réseaux sociaux payants se sont révélés dénués de sens et ont aggravé la situation.

 

Le pays a perdu Pâques, le jour de la Victoire et de brillantes perspectives. Tout nous a été enlevé : la foi, l'espoir et l'amour. En général, tout ce qui nous a permis de nous maintenir à flot et de nous unir en tant que nation.

 

Nous sommes maintenant des gens vraiment malheureux, et une personne malheureuse est capable d'actions très imprudentes. Mais la principale chose qui s'est passée, c'est que nous avons eu une révélation. Je parle de la grande majorité.

 

Nous comprenons que toutes les ressources ne nous appartiennent pas. Que les roubles avec l'aigle bicéphale sont des papiers d'entreprises étrangères sous les enseignes "Sber" et "CB". L'or est expédié hors du pays par échelons, les capitaux sont acheminés à l'étranger par voie fluviale. Le pouvoir vole le pays. C'est le sommet de la pyramide mondiale, complètement détaché des gens. Ces gens sont des étrangers, ils sont dans une autre réalité, où il n'y a pas de place pour la conscience et l'âme. Ils n'ont plus qu'une seule tâche et un seul objectif : rester au pouvoir à tout prix, puis faire reculer la population dans les chiffres et la pauvreté avec une force renouvelée. Ce pouvoir anti-populaire n'est plus capable de faire autre chose.

 

Et ho-ro-shi-e-e... chacun d'entre eux... sauf un. Ce pouvoir anti-populaire ne doit pas rester éternellement ! Il faut que cela disparaisse.

 

Et maintenant, la chose la plus importante. Après la défaite de l'URSS pendant la Guerre Froide, les Américains nous ont donné leur gouvernement et ont rédigé la Constitution pour nous. En fait, nous sommes devenus une colonie, ou plutôt un territoire de pillage, ce qui se produit encore aujourd'hui.

 

Ce dont les médias les plus courageux, les blogueurs, les anciens et les nouveaux opposants comme Mikhalkov, Platochkine et Navalny ne parlent pas maintenant. Ils ne parlent pas de la chose la plus importante - ce dont nous sommes privés par la Constitution et, en substance, la chose la plus importante: que la Russie a toujours été forte. L'esprit russe nous a été volé.

 

C'est l'esprit qui a toujours été notre arme la plus puissante. Et cet esprit étonnant est formé par l'IDÉOLOGIE !

 

C'est l'idéologie qui est le fondement de toutes nos victoires. C'est l'idéologie qui crée l'homme fort et ardent. C'est pour cela que les gens vivent, créent et meurent.

 

Souvenez-vous de l'URSS. Souvenez-vous de la grande Russie tsariste. A la Mère Patrie ! A Staline ! Au Tsar et à la Patrie ! Tout le meilleur que nos ancêtres ont créé de tous temps, nous devons nous unir et le prendre en compte. Ce faisant, veillez à vous appuyer sur les commandements fondamentaux : ne pas tuer, ne pas voler et aimer. C'est de cette idéologie dont nous avons besoin, et non d'amendements. Et c'est alors que la Foi, l'Espoir et l'Amour seront entre nous, liés par l'esprit russe, que le Pays sera sauvé et que beaucoup d'âmes seront sauvées.

 

Maintenant que la Russie est sous le couvert de la Mère de Dieu, cela signifie qu'il y a un miracle, contrairement à ce monde fou. Et l'autorité que nous avons méritée, et c'est pourquoi j'irai voter... Je prierai et je m'en remettrai entièrement à la volonté de Dieu : comme Dieu le veut, il en sera ainsi. De plus, ils disent que le résultat du vote est déjà connu. Je pense qu'ils seront trompés, comme toujours.

 

Mais c'est le Seigneur qui régnera.

 

 

Vadim Tsyganov

Vadim Borisovich Tsyganov (né en 1963) - producteur, poète, artiste, créateur et directeur de "L'atelier créatif de V. Griganov. Tsyganova". Il est l'auteur de monuments à Saint-André l'Apôtre à Sébastopol et aux îles Kouriles, l'auteur de la croix orthodoxe de Poklonnogo installée dans le tractus de Ganina Yama, dans le monastère des porteurs de la Sainte Passion royale, l'auteur du monument à Alexandre Nevski à Kaliningrad. Expert du Club d’Izborsk.

 

Traduit du russe par Le Rouge et le Blanc.

Vadim Tsyganov : Pseudo-paradoxe, ou encore, la Russie ne peut pas être comprise par l'intellect. (Club d'Izborsk, 22 juin 2020)
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Dmitri Egorchenkov : Les Américains croient sincèrement que le chaos est le combustible de nos jours. (Club d'Izborsk, 22 juin 2020)

22 Juin 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Club d'Izborsk (Russie)

Dmitri Egorchenkov : Les Américains croient sincèrement que le chaos est le combustible de nos jours.

22 juin 2020.

 

https://izborsk-club.ru/19512

 

 

 

L'utilisation des points douloureux de la société et du chaos permet de mettre en place des "révolutions de couleur" Cette technologie a fait ses preuves et est maintenant arrivée aux Etats-Unis, a déclaré Dmitri Egorchenkov, directeur de l'Institut d'études et de prévisions stratégiques (ISIP) de l'UPP, lors de l'émission "Soirée avec Vladimir Soloviev" le 13 juin sur la chaîne de télévision Russia-1.

 

Il a noté que la "révolution de couleur" signifie la technologie de destruction du régime d'État, sa démolition ou le coup d'État.

 

Selon Dmitri Egorchenkov, l'un des aspects importants de cette technologie est la nécessité d'arracher le bloc de pouvoir aux autorités et à la population de diverses manières. Il suffira de discréditer et de faire basculer la situation à l'intérieur du bloc de pouvoir lui-même et de faire basculer l'état psychologique des employés des forces de l'ordre.

 

Il a cité comme exemple d'action Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants du Congrès américain, qui a exigé une liste des agents de la force publique qui travailleraient dans les rues. L'expert note que c'est un exemple d'intimidation de tous les membres des forces de sécurité aux États-Unis, de la police au FBI.

 

Dmitri Egorchenkov a déclaré que ceux qui utilisent la technologie des "révolutions de couleur" étudient attentivement toutes les couches de la société, toutes les contradictions qui y existent, et commencent à actualiser et à tordre ces "points douloureux".

 

Le chaos et la pagaille deviennent l'outil principal dans ce cas.

 

"Dans l'une des récentes séries américaines, une belle phrase a été dite : "Le chaos est le carburant de notre journée." Les Américains croient sincèrement que le chaos est le combustible de nos jours. Ils l'ont utilisé partout dans le monde, la technologie du chaos dans les régions est significative, ils l'ont maintenant apportée à eux-mêmes", a-t-il déclaré.

 

L'expert a noté que le Parti démocrate américain pense qu'il sera capable de gérer ce chaos, et il en doute fortement.

 

Dmitri Egorchenkov

Dmitri Alexandrovich Egorchenkov (né en 1980) - Directeur de l'Institut d'études stratégiques et de prévisions de la PFUR. Membre permanent du Club d'Izborsk.

 

Traduit du russe par Le Rouge et le Blanc.

Dmitri Egorchenkov : Les Américains croient sincèrement que le chaos est le combustible de nos jours. (Club d'Izborsk, 22 juin 2020)
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Valery Korovin : Les Nenets se battent pour le dernier bastion de leur identité (Club d'Izborsk, 22 juin 2020)

22 Juin 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Club d'Izborsk (Russie)

Valery Korovin : Les Nenets se battent pour le dernier bastion de leur identité.

22 juin 2020.

 

https://izborsk-club.ru/19510

 

 

En mai 2020, la procédure d'unification des deux régions - la région d'Arkhangelsk et le district autonome des Nenets (NAO) - a été lancée. Il semble que la question de la fusion de ces deux territoires arctiques ait déjà été résolue. Le 13 mai, les dirigeants de la région d'Arkhangelsk et le NAO ont signé un mémorandum d'intention, ayant prévu le référendum. Mais fin mai, il a été reporté pour une durée indéterminée. La région la moins peuplée de Russie, avec seulement 44 000 habitants, a pu bloquer cette association en lançant des protestations. Tout cela dans le contexte de la délégation de pouvoirs aux régions pour introduire des mesures de quarantaine et parler d'une plus grande autonomie des régions.

 

La situation de l'échec de l'unification de la région d'Arkhangelsk et du district autonome des Nenets est tout à fait indicative, car elle révèle des contradictions systémiques dans la structure du système fédéral, que nous avons héritées de l'ère soviétique et qui, dans l'ensemble, n'ont pas été résolues depuis des décennies. La source du principal nombre de problèmes dans la question du système fédéral est la politisation artificielle, qui a été donnée aux sujets de notre État, suivant le modèle léniniste basé sur l'autodétermination des peuples en tant que nations politiques.

 

Le paragraphe correspondant de la Constitution - et nous sommes en train de modifier la Constitution, de la réécrire en long et en large - devrait être formulé comme suit : la Russie n'est pas un "pays multinational", mais un État traditionnel (une communauté multiethnique et multiconfessionnelle), créé (établi) par une famille de peuples et d'ethnies.

 

Cette approche empruntée à l'Occident, à l'Europe, qui s'y est formée sur la base de leur expérience politique européenne, s'est avérée totalement inadaptée aux réalités de l'État russe. Le président Vladimir Poutine l'a très justement définie comme une "bombe à retardement" pour l'État russe, mais le problème est tellement négligé et exige des changements si fondamentaux dans la structure de l'État qu'il est évidemment tout simplement terrible à aborder.

 

La solution systémique au conflit de la structure de l'État que nous avons depuis l'ère marxiste est la nécessité d'une séparation stricte des composantes politiques et culturelles (économiques, organisationnelles, traditionnelles) des entités constitutives de la Fédération de Russie. En d'autres termes, le point principal est de savoir s'il faut définir un sujet de la Fédération de Russie comme une forme d'organisation politique, qui est lourde de désintégration, ou non pas politique, mais culturelle, organique, c'est-à-dire la forme traditionnelle d'auto-organisation du sujet.

 

Pour simplifier encore plus : le sujet politique, dont la limite est la soi-disant "république nationale", ou non politique, c'est-à-dire le peuple ou l'ethnie, est la principale catégorie de l'État russe. Lénine pensait que l'ancien empire russe devait être découpé en républiques, à la manière européenne, par l'autodétermination en tant que nations politiques (à la suite des marxistes, Karl Kautsky et Otto Bauer les appelaient "nationalités"). Et, par exemple, Staline a insisté sur le principe de l'autonomie - non politique, mais en tant que formes ethnoculturelles qui constituent l'avenir, post-impérial, et, en fait, impérial, seulement sans les anciennes formes d'État monarchique. Lénine a exploré le plan de Staline pour reconstruire l'empire, uniquement sur des bases socialistes, et a bloqué cette option. Staline a été forcé de céder sous la pression de l'autorité léniniste, et plus tard a également suivi ce modèle léniniste, dont nous avons hérité.

 

Si l'on transpose cela aux conditions actuelles, en particulier à la situation d'unification des deux sujets - la région d'Arkhangelsk et les Nenets en tant que peuple, en tant que culture originale, en tant que langue, traditions, coutumes. Et l'autonomie même dans sa définition de base n'est rien non plus, car elle devrait représenter une forme d'existence apolitique d'une communauté organique, en l'occurrence les Nenets.

 

Mais en suivant les préceptes de l'Ilyich, le district autonome des Nenets, dans ses définitions statutaires, a été tellement politisé que, en fait, dès le début, il représente les rudiments de l'enregistrement politique, c'est-à-dire un certain premier pas vers l'autodétermination politique en tant que nation politique. Et il y a une grande différence entre un peuple et une nation : un peuple est une communauté organique (traditionnelle), et une nation est politique (non traditionnelle, mais dérivée des principes de la modernité).

 

Jugez par vous-même, la Charte du NAO à l'article 1 dit : "Le district autonome de Nenets (NAO) est un sujet égalitaire de la Fédération de Russie et possède sur son territoire la totalité du pouvoir d'État en dehors de la juridiction de la Fédération de Russie et [dans les limites] de ses pouvoirs sur les sujets de juridiction commune". En d'autres termes, l'ON ne relève de la compétence du FR que pour les questions de compétence conjointe, où les ON et les FR agissent ensemble, en même temps. Dans tous les autres domaines, le CEH possède "toute l'autorité de l'État en dehors de la juridiction de la Fédération de Russie".

 

Et c'est un okroug autonome, c'est-à-dire seulement les rudiments de la formation d'un État au sein de la Fédération de Russie, une sorte d'État-lumière, la première approche de celui-ci. Que dire des "républiques nationales" à part entière, qui ont non seulement leurs propres symboles d'État - le drapeau, les armoiries, l'hymne (tout cela est également vrai pour les autonomies, par exemple, l'ON), mais aussi leurs propres parlements, jusqu'à récemment des présidents et même des déclarations d'indépendance, avec tout ce qui en découle - souveraineté, indépendance, etc.

 

Une nation (laos) ou une ethnie est un ensemble de manifestations de l'identité collective, de la communauté organique, de la subjectivité culturelle, de l'indépendance linguistique, de la vie communautaire, c'est-à-dire qu'elle est une composante organique naturelle de la grande Russie, et qu'elle est notre valeur, l'essence et la base d'un État traditionnel. Mais le sujet politique est un défi à l'intégrité de l'État. Cette structure a été prise par Lénine en 1922 comme base pour la formation de notre État car Lénine, comme tous les marxistes européens, considérait les peuples et les ethnies comme un phénomène qui avait été surmonté. Il voit la formation de la classe prolétarienne par l'autodétermination des nations politiques. Et il ne voulait pas savoir que tout allait mal en Russie.

 

D'où la directive "autodétermination", avec toute la détermination des bolcheviks - "on leur a dit de s'autodéterminer, et d'essayer de ne pas s'autodéterminer. Vous n'êtes plus une nation ou une ethnie, mais une "nationalité", comme l'a légué le grand Kautsky ! Voici l'actuel NAO - il a été fondé le 15 juillet 1929 sous le nom d'okroug des Nenets (déjà sous Staline, mais selon le modèle de Lénine, car l'État soviétique lui-même a été formé par lui), de 1930 à 1977 - okroug national des Nenets. National, Karl ! C'est-à-dire la future nation politique, mais pour l'instant - la nationalité, qui est devenue plus tard une nation politique à part entière (elle était considérée comme un développement dans leur ère moderne), rejoindra la classe politique marxiste. Une classe de travail, bien sûr.

 

Dans le marxisme, et non comme en sociologie, la classe est une catégorie politique ; la classe ouvrière prolétarienne unit, comme le suggère la définition, les prolétaires. Mais pour s'y intégrer, il faut prendre la forme avancée d'une nation politique. Une nation est, du point de vue du marxisme, un ethnos archaïque - une relique de l'antiquité en général (quel pathos progressiste !). L'ethnie a été surmontée, et le peuple doit s'autodéterminer en tant que nation, c'est-à-dire devenir une unité politique, qui rejoint alors la classe. Il s'agit d'un certain modèle dogmatique marxiste, que nous avons hérité de la période du régime marxiste.

 

Mais il n'y a plus de marxisme depuis longtemps, et Modernisme lui-même est déjà sur la brèche. Et en général, toute cette structure de l'État par l'autodétermination des nations politiques est restée au XXe siècle, et nous portons toujours avec nous ce lest de la théorie marxiste-léniniste de l'organisation de l'État. Bien que tout cela n'ait pas répondu depuis longtemps à autre chose (l'idéologie marxiste est interdite par la Constitution, et avec elle, cependant, toute autre idéologie en général, sauf la libérale gagnante).

 

L'autonomie est, en théorie, une catégorie qui n'est pas politique, mais notre district autonome post-soviétique est, pour une raison ou une autre, une catégorie politique, contrairement à tout. Il est vrai qu'elle n'est pas encore une nation politique, mais elle est déjà à mi-chemin de sa formation. Cependant, tout n'est pas aussi clair.

 

Il y a aussi le revers de la médaille : la préservation de sa propre identité par une nation ou une ethnie. Autrement dit, les Nenets devraient pouvoir préserver leur identité, car, d'autre part, ils sont confrontés à la menace d'une nation politique civile entièrement russe, un certain creuset dans lequel ils devraient se dissoudre. Et la terreur d'une telle dissolution les pousse à l'extrême. Car aujourd'hui, il n'est possible d'échapper à la chimère libérale de la "nation politique civile de toute la Russie", de se cacher de la dissolution de celle-ci légalement que dans le cadre de sa propre région autonome ou, mieux encore, de sa république nationale.

 

Nos libéraux sont les apologistes de la formation d'une nation politique civile - un grand melting-pot où il n'y a pas d'ethnies, de peuples ou d'autres identités collectives, mais où il y a un citoyen, un Russe et... cela suffit. Vous êtes un citoyen, voici votre passeport russe. Et tout le reste ? "Allez, la relique, oublie ça."

 

Naturellement, les Nenets, comme d'autres peuples et ethnies de Russie, ne veulent pas se dissoudre dans ce creuset, surtout dans sa version libérale et post-moderne, dans cette décharge de postiers atomiques. Parce que l'homme fait de l'homme son identité, id : qui je suis est la principale question existentielle de l'existence, à laquelle l'homme cherche toujours une réponse. Et si une personne se considère comme un Nenets et qu'on lui dit : "Oublie ça, tu es russe" - alors elle commence à défendre son identité par tous les moyens. Il se battra pour son identité jusqu'au bout.

 

Les Russes du Donbass se battent pour l'identité, les Russes de Transnistrie se battent pour l'identité. Une masse de personnes se bat pour que leur identité reste russe, pour rester Ossètes, Abkhazes, pour ne pas se dissoudre dans la nation politique géorgienne, pour rester Russes, pour ne pas devenir Moldaves ou "Ukrainiens" en passant par un hachoir à viande de "l'ukrainianisation" forcée.

 

Cette question de l'identité, de sa préservation est la plus importante. Mais il s'avère qu'aujourd'hui, la seule forme juridique permettant de préserver son identité est une région ou une république autonome, car les autres formes ne sont pas légalisées. Des catégories comme les personnes ou les ethnies sont interdites, mais ce sont les principales formes d'identité organique. Nous les mentionnons, mais ils ne sont pas légalement prescrits.

 

En même temps, dans une large mesure, une confusion délibérée est introduite par une utilisation libre et inexacte du concept de "personnes". Tout est appelé "peuple" dans le russe moderne et réformé. On appelle "peuple" : un groupe de personnes sous une fenêtre ; tous les Russes ayant un passeport russe sont également appelés "peuple". Nous disons : "peuple de Russie". Quel genre de peuple ? Il y a les Russes, il y a les Tatars, il y en a 150 autres, voire 200 autres peuple (dont la majorité sont des groupes ethniques), quels sont les gens que nous appelons les gens de Russie ? - Je m'en moque ! On va appeler tout le monde Russe. Non ! On s'en fiche, ce n'est pas comme ça. Qui je suis est la question clé et la plus importante.

 

L'ethnosociologie définit le concept de peuple (Laos) comme une chose très spécifique. Et il y a aussi l'ethnie - et ce n'est pas la même chose qu'une nation (le Laos). Oui, il y a aussi une nation. Il y a des citoyens de la Fédération de Russie. Et il y a une société civile, une société mondiale. Et il y a un groupe de personnes sous la fenêtre. Mais ce sont toutes des catégories différentes.

 

Les Nenets sont l'identité. Une personne se considère comme un Nenets, s'y tient, vit dans le cadre de sa tradition, parle sa propre langue, donc elle se battra pour elle, se battra et se défendra. Mais la notion d'ethnie ou de peuple (Laos) n'existe pas, ni dans la Constitution ni dans d'autres documents juridiques. Mais il existe un concept de "nationalité" et un concept de "république nationale", et il existe aussi une région autonome ou un district autonome. Si vous voulez préserver votre identité, vous devriez au moins avoir votre propre région autonome "de titre" ou un oblast autonome, mais il est certainement préférable d'avoir votre propre république, même si elle fait partie de la Fédération de Russie. Et là, nous verrons...

 

Mais tout cela - bonjour, l'effondrement de l'État ! C'est-à-dire qu'en termes ethnosociologiques précis, le problème devrait être formulé comme suit : le district autonome de Nenets est une catégorie politique, dangereuse pour l'intégrité de la Russie. Elle doit être éliminée. Mais les Nenets devraient être inscrits directement dans la Constitution, tout comme les autres peuples. Ensuite, le paragraphe correspondant de la Constitution - et nous sommes en train de modifier la Constitution, de la réécrire en long et en large - devrait être formulé comme suit : la Russie n'est pas un "pays plurinational", mais un État traditionnel (une communauté multiethnique et multiconfessionnelle), créé (établi) par une famille de peuples et d'ethnies.

 

Car le "plurinational" est composée de nombreuses "nationalités" - des nations politiques, c'est-à-dire des républiques nationales, et c'est de là que vient la force centrifuge qui déchire la Russie, une "bombe à retardement", inscrite directement dans la Constitution.

 

Ce n'est pas un État "multi-ethnique", mais un pays multi-ethnique, mais plutôt une puissance, dont les sujets sont les peuples et ethnies traditionnels de Russie. Et puis (dans une annexe quelconque) il faudrait énumérer tous les peuples et toutes les ethnoses de la Russie. Du plus grand, du peuple russe, au plus petit, aux Nenets, Hurans, Yukaghirs et deux cents autres peuples et ethnoses de différentes tailles et échelles de déplacement, grands et petits.

 

Ensuite, les droits des Nenets seront inclus dans la Constitution. Alors leur identité sera normative, légale, elle sera dans la loi, alors il n'y aura pas besoin de région autonome, parce que pourquoi une forme politique artificielle d'insistance sur leur existence, si les Nenets sont comme une donnée. Mais il s'avère maintenant qu'il n'y a pas de Nenets comme s'ils étaient sans autonomie, avec un nom qui a été donné au titre. Il y a les Russes, ou l'autonomie. Et bien sûr, ils se battent pour cela, car c'est le dernier rempart pour préserver leur identité.

 

 

Valery Korovin

http://korovin.org

Valery M. Korovin (né en 1977) - politologue russe, journaliste, personnalité publique. Directeur du Centre d'expertise géopolitique, chef adjoint du Centre d'études conservatrices de la Faculté de sociologie de l'Université d'État de Moscou, membre du Comité eurasien, chef adjoint du Mouvement eurasien international, rédacteur en chef du portail d'information et d'analyse "Eurasia" (http://evrazia.org). Membre permanent du Club d’Izborsk.

 

Traduit du russe par Le Rouge et le Blanc.

 

 

NDLR: Nenets ("homme") est le nom moderne des Samoyèdes, un peuple de la Sibérie arctique étudié jadis par Kai Donner.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nénètses

A propos des Nenets/Samoyèdes et du linguiste finlandais Kai Donner sur ce même blog:

http://pocombelles.over-blog.com/2020/06/kai-donner-les-problemes-de-la-christianisation-des-samoyedes-de-siberie.html

Valery Korovin : Les Nenets se battent pour le dernier bastion de leur identité (Club d'Izborsk, 22 juin 2020)
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Irnerio Seminatore: "Quel sera le nouveau visage de l’Europe post-Covid ?"

22 Juin 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Politique

Irnerio Seminatore: "Quel sera le nouveau visage de l’Europe post-Covid ?"

(...)

L’esprit de Sodome, béni par un souverain pontife satanique régnera sur le vieux continent servile et l’univers orthodoxe et slave s’opposera à la décadence de l’Occident, en troisième Rome,  et représentera le salut de la chrétienté, à nouveau croisée et vengeresse.

Un seul grand abus persistera, idéologique et démographique, l’abus égalitariste et mondialiste de la gauche radicale, l’arme rationnelle et trompeuse du génocide européen et de la fin du continent, celle de la cage globale, où la démocratie et la loi ont été mises dans les mains ensanglantées des hordes révolutionnaires des tiers-États continentaux, puis coloniaux, depuis 1789.

L’Égalité, dont se sont servis hier les laïcards républicains pour détruire la France séculaire et aujourd’hui les élites globalistes pour confiner, soumettre, traiter et uniformiser le mal.

Ainsi, le statut d’égalité formelle accordé, sans conquêtes civiles et politiques, aux revendications  insatiables de vagues de migrations indiscriminées, pervertira « l’european way of live », et le transformera, par la stratégie du terrorisme djihadiste, en dhimmitude et en welfarisme revendicatif permanents.

Le  fait démocratique et la religion de la tolérance seront ainsi dénaturés, par l’instauration d’un autoritarisme factice et d’une police de la pensée, à la contrainte sournoise et à la haine farouche de la civilisation européenne et française.

L’Europe du bloc germanique du Nord ne sera point sauvé par l’esprit comptable d’une technostructure sans âme, mais gardera, dans l’incubateur stratégique des inégalités et du métissage, un potentiel de révolte populaire indigène, différé et endormi, réprimé par les élites globalistes et atlantistes et pour finir, repoussé vers l’Est, pour provoquer la Russie de Poutine et ressortir des mythes archaïques, les images horrifiantes de Gog et de Magog.

À cette perspective d’Apocalypse, saint Jean avait déjà rassuré les croyants, en ravivant l’espoir, par son verbe biblique : « Le temps est proche! »

Irnerio Seminatore

Bruxelles  5 avril 2020

Source et article complet: 

https://ripostelaique.com/quel-sera-le-nouveau-visage-de-leurope-post-covid.html

Irnerio Seminatore: "Quel sera le nouveau visage de l’Europe post-Covid ?"
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Philippe Laporte: "la science est une vieille dame paralytique"

22 Juin 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

"Oui, la science est une vieille dame paralytique. Aujourd’hui, la spécialisation est telle que chacun semble éprouver quelque fierté à ne jamais sortir de son domaine de compétences de plus en plus étriqué. La science contemporaine n’est certes plus capable de produire de grands esprits universels comme celui de D’Arcy Thompson et c’est ce qui la tue. On dirait une cohortes de taupes avançant chacune dans une galerie qui en croise parfois une autre, mais ne voyant chacune que quelques centimètres autour d’elle.
Un fait me frappe particulièrement, c’est que les deux scientifiques qui ont le plus contribué aux avancées du dix-neuvième et du vingtième siècle, Charles Darwin et Albert Einstein, n’ont pas publié leurs travaux majeurs (L’origine des espèces et les théories de la relativité restreinte et générale) dans le cadre d’une activité professionnelle, mais en tant que travaux d’amateurs. Certes, les professionnels ont su s’en emparer et reconnaître la valeur de ces travaux, mais n’ont pas su les produire eux-mêmes. Pire, ils ne semblent pas s’être interrogés sur le fait qu’il ait fallu évoluer en dehors du système pour le faire avancer de façon décisive.
Et je pense que la situation n’a fait que s’aggraver depuis ces époques quand je constate la fantastique absence de discernement dont la science a su faire preuve plus récemment face à des travaux pourtant sérieux mais qui bousculaient un peu trop la routine des certitudes acquises, comme ceux de Jean-Pierre Maschi sur la pollution électromagnétique, ou ceux de Marie-Jeanne Koffmann, de Jordi Magraner et de Bernard Heuvelmans sur la survivance de néanderthaliens dans les montagnes du Caucase, du district de Chitral au Pakistan et du Viet-Nam au vingtième siècle*, ou encore face aux travaux d’Antoine Priore sur la thérapie du cancer. Et ce ne sont là que quelques exemples, il en existe malheureusement beaucoup d’autres.
C’est vrai que cela donne plutôt envie de se contenter de regarder les oiseaux."
 
Philippe Laporte, réponse au commentaire d'un lecteur.
 
 
* NDLR: LES NEANDERTHALIENS RELIQUES,  DES PYRENEES AU PAKISTAN, par Michel Raynal
 
Philippe Laporte est l'auteur de l'ouvrage "L'érotisme et le mensonge de Freud".
 
 
Consulter aussi sur ce même blog:
 
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Nikolay Starikov : cinq raisons de soutenir les amendements à la Constitution (Club d'Izborsk, 21 juin 2020)

22 Juin 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Club d'Izborsk (Russie)

Nikolay Starikov : cinq raisons de soutenir les amendements à la Constitution

21 juin 2020.

 

https://izborsk-club.ru/19503

 

 

Un vote sur les amendements constitutionnels aura lieu le 1er juillet. Comment voter ? Les modifications sont apportées à un très grand nombre d'articles, il est très difficile pour une personne ordinaire de les comprendre. C'est pourquoi, dans une série d'articles, nous parlons de raisons simples et claires de voter "OUI" pour les amendements à la Constitution.

 

La première raison de soutenir les amendements à la Constitution est l'interdiction de la double citoyenneté et des comptes à l'étranger pour les candidats à des postes supérieurs dans le pays, les fonctionnaires et les agents de l'État.

 

La deuxième raison de dire "OUI" est le peuple russe, la fixation de son statut d'État dans la Constitution.

 

La troisième raison de soutenir les amendements à la Constitution est l'interdiction de violer l'intégrité du territoire russe et même d'appeler à de telles actions.

 

La quatrième raison de soutenir les amendements à la Constitution est la formulation claire et explicite "Le mariage est l'union d'un homme et d'une femme".

 

La cinquième raison de soutenir les amendements à la Constitution est la priorité du droit russe sur le droit international.

 

L'article 79 a été modifié :

 

Il est devenu : "La Fédération de Russie peut participer à des associations interétatiques et leur transférer une partie de ses pouvoirs conformément aux traités internationaux de la Fédération de Russie, à condition que cela n'entraîne pas de restrictions des droits et libertés de l'homme et du citoyen et ne soit pas en contradiction avec les fondements de l'ordre constitutionnel de la Fédération de Russie. Les décisions des organes interétatiques adoptées sur la base des dispositions des traités internationaux de la Fédération de Russie dans leur interprétation, qui sont contraires à la Constitution de la Fédération de Russie, ne peuvent être exécutées dans la Fédération de Russie.

 

(C'était : "La Fédération de Russie peut participer à des associations interétatiques et leur transférer une partie de ses pouvoirs conformément aux traités internationaux, si cela n'entraîne pas de restrictions des droits et libertés de l'homme et du citoyen et ne contredit pas les bases de l'ordre constitutionnel de la Fédération de Russie").

 

http://duma.gov.ru/news/48045/

 

Une notion telle que la priorité du droit international sur la législation nationale est totalement absente et n'a jamais été présente dans les Constitutions des pays dits "développés". Il n'existe pas de telles formulations en Allemagne, en France, en Belgique. En Grande-Bretagne, il n'y a pas de constitution du tout, aux États-Unis, où il y a une constitution, il n'y a pas non plus de tels passages, et en même temps les États-Unis, au contraire, étendent leurs lois à l'ensemble du globe (ils punissent et arrêtent les entreprises de quelqu'un d'autre pour avoir appliqué leurs sanctions !)

 

La nécessité et la priorité de la mise en œuvre des directives adoptées à l'étranger est un élément d'influence extérieure et un outil inconditionnel pour limiter la souveraineté de l'État.

 

Le temps est venu de s'en débarrasser. Pour toute personne saine d'esprit, il serait étrange que les décisions du comité d'habitation ou de l'association des propriétaires aient préséance sur les décisions du conseil de famille en matière d'interdiction de consommation d'alcool, de punition des enfants pour désobéissance, d'achat de meubles ou de lieu de vacances.

 

La réforme constitutionnelle en cours est la première étape vers la pleine souveraineté de l'État. Elle sera certainement suivie de la suivante.

 

Cette fois, les fondements de l'ordre constitutionnel ne sont pas affectés. Selon la Constitution, les chapitres 1, 2 et 9 de la loi fondamentale ne peuvent être modifiés par un vote des députés. Il est nécessaire de convoquer une assemblée constitutionnelle, et une loi à ce sujet n'a pas encore été adoptée.

 

Par conséquent, l'article 15 restera dans notre Constitution pour uniformiser le libellé dont l'article 79 sera modifié.

 

Voici le texte du paragraphe 4 :

 

"Les principes et normes généralement reconnus du droit international et les traités internationaux de la Fédération de Russie font partie intégrante de son système juridique. Si un traité international de la Fédération de Russie établit des règles autres que celles prévues par la loi, les règles du traité international s'appliquent.

 

http://duma.gov.ru/news/48045/

 

Résumons :

 

Tous les amendements apportés à la Loi fondamentale sont décrits et formalisés dans la loi "sur les amendements à la Constitution de la Fédération de Russie". Voici la réponse à la question - pourquoi ne pas voter sur chaque amendement séparément, mais sur tous en même temps (le texte complet des amendements peut être lu ici).

 

Cela a sa propre logique. Les amendements introduits dans différents articles et paragraphes modifient l'équilibre des pouvoirs, changent les pouvoirs des fonctionnaires et redéfinissent la configuration du pouvoir de l'État. Dans une telle situation, voter sur chaque modification de texte, se mettre d'accord séparément sur l'apparition (disparition) de mots individuels, de nouveaux articles et de changements dans les pouvoirs des différentes autorités, signifie inévitablement être lié aux détails de la législation. En même temps, la non-acceptation (par exemple) d'une modification du texte peut rendre l'acceptation d'autres modifications sans signification. En d'autres termes, les citoyens de Russie sont confrontés à une réforme constitutionnelle complexe proposée par le chef de l'État. Dans le même temps, il a été souligné une fois de plus que "si les amendements ne sont pas soutenus par les résultats du vote, ils n'entreront pas en vigueur.

 

C'est probablement la raison de l'agitation furieuse qui a conduit à ne pas soutenir les amendements, à voter contre eux ou à ne pas aller au vote du tout. Ce n'est pas nouveau. Les mêmes forces politiques qui aujourd'hui appellent les électeurs à se comporter de cette façon, et auparavant, dans une situation complètement différente, faisaient campagne soit pour un boycott du vote, soit pour un vote contre celui-ci. Comme auparavant, les ultra-libéraux et les gauchistes sont favorables au boycott et votent contre.

 

Seules deux catégories peuvent s'élever contre la souveraineté d'un État, et pas seulement contre ses capacités, mais contre la nécessité de résoudre ses propres problèmes urgents :

 

les spéculateurs politiques et les démagogues ;

des opposants ouverts à l'État russe.

Il existe également une troisième catégorie, celle des personnes qu'ils pourront abattre.

 

 

Nikolai Starikov

https://nstarikov.ru

Nikolai Viktorovich Starikov (né en 1970) - célèbre écrivain, publiciste. Fondateur et dirigeant de l'organisation publique « Patriotes de la Grande Patrie" (Défense aérienne). Membre permanent du Club d’Izborsk

 

Traduit du russe par Le Rouge et le Blanc.

Nikolay Starikov : cinq raisons de soutenir les amendements à la Constitution (Club d'Izborsk, 21 juin 2020)
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Alexander Notin : Un monde après une étrange pandémie (Club d'Izborsk, 20 juin 2020)

20 Juin 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Club d'Izborsk (Russie)

Alexander Notin : Un monde après une étrange pandémie.

20 juin 2020.

 

https://izborsk-club.ru/19502

 

 

La pandémie de coronavirus montre des signes de déclin. C'est exact : il ne descend pas vraiment. Ici et là, nous entendons et voyons des indices transparents d'épidémies régionales de mutations virales ou nous parlons de la "deuxième vague". Nous entendons ces allusions à une possible escalade des événements récents non seulement en Russie, mais partout ailleurs.

 

Mais cette pandémie semble étrange pour de nombreuses raisons. Tout d'abord, il ne s'agit pas d'une pandémie, si nous ne nous appuyons pas sur les définitions formelles de l'OMS, mais sur une base strictement scientifique de la médecine réelle, où chaque concept, y compris les pandémies, est consacré à des critères stricts et à des limites statistiques. Il est encore plus facile de lire les documents du Rospotrebnadzor, où vous ne trouverez aucune référence à cette étrange pandémie.

 

Non moins surprenant est le fait que la psychose générale et la neurasthénie globale n'étaient pas dues à une létalité élevée - elle est juste comparable et même inférieure à celle de la grippe habituelle et 10 fois moins que les valeurs habituelles de la pneumonie - et bien plus à l'hystérie des médias, à une seule symbolique effrayante - masques, gants, lignes rouges, signalisations de distance sociale, etc. Cependant, nous devons rendre hommage au réalisateur-producteur de cette pièce : inventé au lieu du terrorisme, le coronavirus, qui touche le plus douloureux de l'humanité - la peur de la mort, a instantanément mis le monde entier sur les rails. Les victimes de cette production étaient des universitaires et des travailleurs, des politiciens et des femmes au foyer. Il n'est pas moins étrange qu'à ce jour, nous soyons tous tombés rapidement et amicalement, nous les fiers contemporains du XXIe siècle, au niveau du bétail muet, acceptant des formes illégales d'auto-isolement et des amendes pour ses violations. Quelle est la prochaine étape ? Qu'est-ce que notre monde a préparé pour une étrange pandémie, et que devons-nous attendre de ses organisateurs ?

 

La première chose qui attire l'attention est la préparation des élites mondiales pour les prochaines phases de resserrement du contrôle total sur la population mondiale, de la plus petite à la plus grande, partout et sans la moindre exception. Sauf pour ceux qu'ils aiment. Nous assisterons à une multiplication terrifiante des moyens de contrôle vidéo à chaque étape, forçant encore plus les différentes bases de données numériques comme le registre unique numérique de la population russe, dont la loi a été signée avec force par le président Vladimir Poutine le 6 juin dernier.

 

Nous assistons à la diversification de ce contrôle pour inclure les nanotechnologies et les technologies génétiques. Comment ne pas rappeler la récente instruction présidentielle de Rosneft, représenté par Igor Sechin, de développer une base de données génétiques commune de la population russe avec le Centre Kurchatov ? Il n'est plus facile de "compter et numériser", c'est une introduction aux profondeurs les plus intimes de chacun de nous, où aucun pouvoir n'a jamais percé ou même tenté de percer auparavant. On ne peut que deviner la raison de cette ruée. Pourquoi des questions aussi délicates et importantes sont résolues en privé, sur un mode pour ainsi dire "manuel" et sans le moindre soupçon d'un large débat public. Et encore une chose. Quelles conséquences terribles et imprévisibles pour tous et chacun d'entre nous ce piratage arbitraire peut-il avoir sur la "boîte de Pandore" génétique ? D'autant plus que, à en juger par l'ordre de Poutine, il ne s'agit pas seulement de créer un fonds et une base uniques de matériel génétique, mais aussi d'une mystérieuse "correction". Et, peut-être, tout n'est pas si mal et sans espoir ? Peut-être le Seigneur nous laisse-t-il traverser ces chagrins, en commençant par une étrange pandémie et en continuant avec des menaces de vaccination continue, de puçage, etc. pour parvenir à notre réveil général d'un sommeil complaisant et léthargique. Nous pouvons déjà constater que les élites franchissent clairement et sans cérémonie la ligne rouge du droit, tant national qu'international. Ils ne sont plus enclins à revenir sur nos opinions ou nos objections. Les décisions sont prises d'un seul coup, comme on dit. Je ne vois aucune indication que ces tactiques des élites puissent changer pour le mieux dans un avenir proche, sans pression du ciel ou d'en bas, du peuple.

 

Il est également encourageant de constater que les élites néolibérales elles-mêmes, de l'Amérique au Japon en passant par la Chine, sont assises sur un volcan en éruption. La tectonique du monde est en hausse. Et il semble qu'une étrange pandémie soit devenue un facteur important de son accélération. Aujourd'hui, il est trop tôt pour imaginer quels changements géopolitiques, régionaux et nationaux résulteront de cette tectonique. Il est possible que la Russie obtienne la plus rare, peut-être la dernière chance de rompre les ancres de la dépendance semi-coloniale à l'égard de l'Occident. Acquérir la souveraineté tant attendue, revenir sur la voie principale du développement spirituel et séculier, en s'appuyant sur sa grande langue, son histoire, sa culture et ses traditions, sur ses innombrables richesses qui n'ont pas encore été restituées au peuple, et surtout - sur Dieu, dont nous ne pouvons pas nous passer.

 

 

Alexander Notin

http://pereprava.org

Alexander Ivanovich Notin - personnalité publique russe, historien, diplomate. Responsable de la communauté culturelle et éducative "Le Chemin". Chef du groupe d'investissement Monolith, assistant du gouverneur de la région de Nijni-Novgorod V.P. Shantseva. Membre permanent du Club d'Izborsk.

 

Traduit du russe par Le Rouge et le Blanc.

Alexander Notin : Un monde après une étrange pandémie (Club d'Izborsk, 20 juin 2020)
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Kai Donner: Les problèmes de la russification et de la christianisation des Samoyèdes de Sibérie.

19 Juin 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Exploration

Kai Reinhold Donner (1889-1935)

Kai Reinhold Donner (1889-1935)

"Vous n'apprendrez jamais à comprendre les plus fines nuances de la vie et à offrir votre enthousiasme et votre amour à ceux que vous étudiez, si vous ne les recherchez pas de votre propre chef".

 

Kai Donner 1915:212)

 

 

Le linguiste et explorateur finlandais Kai Donner effectua deux voyages dans le territoire samoyède, le premier de 1911 à 1913, visitant le Selkup (Samoyèdes Ostiaks) et le second en 1914, faisant des recherches parmi les Khamassin, un groupe Samoyède presque éteint dans les Monts Sayan.

 

(...)

Dans de nombreux cas, les Samoyèdes ont déposé des plaintes contre des Russes qui s'étaient installés illégalement sur leur territoire et l'arbitre a généralement tranché en faveur des Samoyèdes. Il est également arrivé que des fonctionnaires vendent des droits de location sur des bancs de sable appartenant au Samoyède et lorsque ce dernier chasse avec force les loueurs illégaux, une plainte n'a jamais été déposée auprès des autorités ; c'est une preuve suffisante que la situation était illégale. Cette lutte politique dans les petites choses se développe progressivement au détriment des plus faibles, et les Samoyèdes devront probablement bientôt céder. En disant tout cela, je ne veux en aucun cas donner l'impression qu'il est juste que les indigènes, en possédant des territoires anormalement lâches qu'ils n'utilisent même pas, entravent le progrès de la civilisation. Mais je crois que les deux parties auraient intérêt à ce que les choses soient arrangées de telle sorte que les Samoyèdes conservent également la possibilité de gagner leur vie comme avant et de continuer leur mode de vie habituel. Les circonstances actuelles les obligent à abandonner prématurément leur existence nomade et à se tourner vers des métiers qu'ils ne peuvent ni ne veulent exercer. Ces édits obligatoires ne font que contribuer à l'extermination rapide d'un peuple, qui a en effet habité pendant des centaines, voire des milliers d'années des territoires considérés comme les plus déserts et les plus stériles de Sibérie. 

On n'en a pas dit assez à ce sujet. Il faut tenir compte d'un autre élément important, à savoir les prêtres et les pratiques religieuses. Les Samoyèdes du district de Narym sont officiellement des chrétiens orthodoxes baptisés sans exception.Il n'en reste pas moins que l'on peut tout aussi bien les appeler païens, car ils adorent en fait, même en secret, les dieux de leurs pères, et les chamans remplissent leur mission sacerdotale avec beaucoup plus de succès que n'importe quel prêtre orthodoxe. Pour plusieurs raisons, il est très difficile pour les Samoyèdes de comprendre que le christianisme, dans sa forme orientale, est quelque chose de mieux que leur propre culte. Cela est dû principalement au manque d'instruction, les prêtres ne prennent pas le temps et ne sont pas en mesure de rendre leur doctrine compréhensible pour les Samoyèdes. Une telle instruction devrait nécessairement être dispensée dans la langue des indigènes, mais aucun des clercs ne parle cette langue. L'église orthodoxe compte également un grand nombre de saints, devant les images desquels les Russes disent leurs prières et allument des bougies en cire et qu'ils décorent de fleurs. Le Samoyède croit que ces images représentent des dieux et des esprits, ce que beaucoup de Russes croient probablement aussi ; il pense que les prières sont dirigées vers l'image et considère les lumières comme des sacrifices.  Mais il possède lui-même un grand nombre d'images de ses dieux vers lesquelles il se tourne pour faire ses prières et ses sacrifices. Dans son ignorance, il pense qu'il peut contacter l'esprit de l'eau ou de la forêt avec plus de succès que Saint Nicolas, qui lui est totalement inconnu, ou d'autres saints tout aussi inconnus.Il ne comprend pas pourquoi l'ecclésiastique déclare que ses images sont des diables et pourquoi les images russes devraient être des "dieux" ; "car tous ont été faits de la main des hommes", dit-il. Le commandement chrétien de ne pas voler et leurs autres commandements le laissent indifférent. Car un vrai Samoyède n'a jamais pensé à voler et il n'a jamais réfléchi à deux fois quand il fallait soutenir les pauvres et les affamés de sa communauté, qui est organisée de façon presque communiste.

Comme il y a un manque de médecins, il ne faut pas s'attendre à ce qu'un Samoyède affronte calmement la détérioration de son état ou même la mort, sans utiliser le seul moyen dont il dispose, l'aide du chaman. On dit que la foi fait des miracles et c'est pourquoi il arrive souvent que le chaman réussisse à guérir un malade sans autre moyen que la foi qu'il lui inculque, ce qui bien sûr arrive aussi dans la pratique des vrais médecins.Enfin, les Russes de Sibérie sont également assez superstitieux et il existe certains arts magiques et certains rites et coutumes magiques que les Samoyèdes leur ont directement empruntés. Souvent, le prêtre russe exerce sa profession presque en bloc parmi les indigènes en bénissant collectivement une fois par an à un certain endroit, dans l'église du village, les restes terrestres de tous ceux qui sont morts depuis la dernière fois. il ne le fait jamais sur une seule tombe et, à ma connaissance, presque aucun d'entre eux ne visite jamais les lieux de sépulture des indigènes. Il leur applique également la pratique des marchands et gagne de l'argent en refusant, comme je l'ai vu moi-même, de marier de pauvres Samoyèdes pour moins de 75 roubles.  Dans de telles conditions, il est évident que les Samoyèdes préféreront à l'avenir leur propre religion à toute autre.

Parce que les prêtres brûlent et détruisent les temples et les images sacrées des indigènes et traitent leurs sentiments religieux avec mépris, ils s'attirent une amertume croissante et suscitent la méfiance ; deux phénomènes qu'il sera difficile d'éradiquer à nouveau. Mais cette incompréhension totale du concept religieux et de la croyance héritée des autres est après tout le propre des pionniers de l'église chrétienne dans le monde entier, car sinon ils n'iraient jamais prêcher leur foi, mais se contenteraient d'essayer de semer les graines d'une culture supérieure. Ils semblent penser que sans être blessé spirituellement, un peuple peut soudainement renoncer à sa plus haute possession et tout aussi rapidement déserter son passé à un moment où déjà beaucoup de choses nouvelles ont été introduites dans sa vie quotidienne par l'avancée de la culture. Les efforts des missionnaires ont été en partie couronnés de succès ailleurs, où ils ont également érigé des écoles, des hôpitaux et des institutions similaires, mais comme tout cela fait défaut en Sibérie, il ne faut pas s'étonner que les missions là-bas aient visiblement et complètement échoué.

Dans certaines régions du district de Narym, plus haut sur l'Ob, la lutte religieuse a été couronnée de succès, en ce sens que la plupart des Samoyèdes y ont adopté le même point de vue que la plupart des Russes. Ils ont abandonné leur propre religion, sans en acquérir une nouvelle, ce qui a des conséquences encore plus tristes. Ils sont devenus religieusement indifférents et ne se donnent pas la peine d'acquérir une nouvelle forme de religion. Au niveau de leur culture, c'est une grande erreur et on ne peut pas suffisamment déplorer le fait que, par la faute des autres, ils ont perdu la seule chose qui, d'un point de vue moral, aurait pu les élever et les aider.

De ce qui précède, il est facile de voir qu'ils ont eu du mal à s'aider eux-mêmes dans cette compétition inégale ; mais ce n'est pas en soi une raison suffisante pour laisser une tribu se ruiner et s'éteindre. Je reviendrai donc sur ce sujet plus tard et tenterai de découvrir d'autres aspects, peut-être plus importants, de ce processus fatidique. Cela montrera encore plus clairement comment le sort des vraiment pauvres et misérables Samoyèdes est devenu ce qu'il est aujourd'hui et quelle forme il prendra à l'avenir.

(...)

 

Kai Donner, Parmi les Samoyèdes en Sibérie. Traduit par Pierre-Olivier Combelles.

 

 

A propos de Kai Donner (et du maréchal Mannerheim, libérateur et président de la Finlande, dont il fut l'aide de camp) sur ce même blog:

 

Kai Reinhold Donner (1889-1935) et le Maréchal Mannerheim,

http://pocombelles.over-blog.com/article-kai-reinhold-donner-1889-1935-par-aurelien-sauvageot-85345885.html

The Samoyed and Nature (Kai Donner)

http://pocombelles.over-blog.com/2016/08/the-samoyed-and-nature-kai-donner.html

Joakim Donner et Juha Janhunen (éds.) : Kai Donner, Linguist, ethnographer, photographer

http://pocombelles.over-blog.com/2020/02/joakim-donner-et-juha-janhunen-eds.kai-donner-linguist-ethnographer-photographer.html

La haine des Russes chez les indigènes de Sibérie (Kai Donner)

http://pocombelles.over-blog.com/2015/10/la-haine-des-russes-chez-les-indigenes-de-siberie-kai-donner.html

La mort des Samoyèdes (Kai Donner)

http://pocombelles.over-blog.com/2015/08/la-mort-des-samoyedes-kai-donner.html

Eloge du pin cembro (Pinus cembra) par Kai Donner

http://pocombelles.over-blog.com/article-ra-63234384.html

"Chaque homme dans le rang monte la garde de la patrie" (Maréchal Mannerheim)

http://pocombelles.over-blog.com/2018/12/chaque-homme-dans-le-rang-monte-la-garde-de-la-patrie-marechal-mannerheim.html

Shaman  de Tym et son tambour magique.  Son costume est décoré avec des images métalliques de divinités et d'animaux. Photographie: Kai Donner in: "Parmi les Samoyèdes en Sibérie".

Shaman de Tym et son tambour magique. Son costume est décoré avec des images métalliques de divinités et d'animaux. Photographie: Kai Donner in: "Parmi les Samoyèdes en Sibérie".

A travers la neige épaisse. L'homme en raquettes, devant,  ouvre un chemin à  travers la neige avec son renne. Photo de Kai Donner extraite de son ouvrage "Parmi les Samoyèdes en Sibérie".

A travers la neige épaisse. L'homme en raquettes, devant, ouvre un chemin à travers la neige avec son renne. Photo de Kai Donner extraite de son ouvrage "Parmi les Samoyèdes en Sibérie".

Hutte samoyède en cours d'installation ou de démontage. Photographie: Kai Donner.

Hutte samoyède en cours d'installation ou de démontage. Photographie: Kai Donner.

"Des preuves convaincantes ont été avancées (entre autres, la présence des mêmes noms pour certaines espèces d'arbres) que le peuple finno-ougrien n'habitait pas légèrement à l'ouest du centre de l'Oural ou loin au nord autour de Perm. Il faut bien sûr supposer que même à cette époque, c'est-à-dire deux ou trois mille ans avant notre ère, ils erraient loin, puisqu'ils vivaient de la chasse et de la pêche. Mais puisqu'ils étaient originaires des territoires mentionnés, il ne fait aucun doute que les Samoyèdes vivaient dans des territoires adjacents.  À l'heure actuelle, il est impossible de déterminer de quel côté de l'Oural ils vivaient. Mais il est certain qu'ils ont établi des contacts avec les peuples altaïens dans les premiers temps, et qu'ils ont été progressivement attirés vers le nord et dispersés dans toutes les directions par ceux-ci. Selon les premiers rapports concernant les Samoyèdes, ils vivaient déjà en l'an 1000 dans les toundras inhospitalières. Depuis lors, ils ont été condamnés à s'y perdre et à s'éteindre en raison de l'avancée constante de la nouvelle menace, celle dont nous sommes si fiers mais qu'ils ne peuvent pas digérer, et que l'on appelle communément la culture occidentale."

Kai Donner, Parmi les Samoyèdes en Sibérie, introduction. Traduit par Pierre-Olivier Combelles.

Kai Donner en 1916

Kai Donner en 1916

"Kai Donner était le fils du professeur (plus tard sénateur) Otto Donner, lui-même un philologue réputé. Kai Donner a étudié la philologie finno-ougrienne à l'université d'Helsinki à partir de 1906. En 1909, il a étudié à Cambridge sous la direction de James Frazer, A.C. Haddon et W.H.R. Rivers en même temps que son contemporain le plus connu, Bronisław Malinowski.
L'étude des peuples finno-ougriens de Sibérie est devenue une partie importante des "sciences nationales" - philologie et ethnologie finno-ougriennes, études du folklore et archéologie - qui ont vu le jour en réponse à l'intérêt pour les "racines" nationales qui a suivi le "Réveil national" du milieu du XIXe siècle. Kai Donner avait décidé très tôt qu'il voulait suivre les traces du pionnier philologue et explorateur M.A. Castrén (1813-1852) et étudier les peuples qui vivaient au-delà de l'Oural. Lors de son premier voyage (1911-1913), il a parcouru les hauts plateaux de l'Ob et la plus grande partie du Yenisei. Son deuxième voyage l'a conduit dans l'Ob, l'Irtych et le haut Yenisei. Vivant avec les peuples Nenets et Khant, Donner a étudié non seulement la langue mais aussi le mode de vie et les croyances de ses hôtes. Son récit de voyage, "Bland Samojeder i Sibirien åren 1911-1913, 1914" ("Parmi les Samoyèdes de Sibérie dans les années 1911-1913, 1914"), a été imprimé pour la première fois en 1915.
Pendant la Première Guerre mondiale, Donner a été actif dans le mouvement d'indépendance finlandais qui envoyait secrètement des jeunes hommes en Allemagne pour recevoir une formation militaire en vue d'une lutte armée pour l'indépendance de la Russie impériale. Trahi par la Okhrana en 1916, il s'est enfui en Suède et a vécu là-bas et en Allemagne comme réfugié jusqu'en 1918. Pendant la guerre civile finlandaise, Kai Donner a servi comme aide de camp du général Mannerheim.
Dans les années 1920 et au début des années 1930, il est l'un des dirigeants les plus influents du mouvement de droite Lapua. De langue maternelle finno-suédoise, il s'est opposé à la persécution des suédophones, qui était couramment soutenue par les Finlandais conservateurs au cours de ces décennies.
Il est le père de l'homme politique et producteur de films finlandais Jörn Donner et du géologue Joakim Donner. Il est enterré dans le cimetière de Hietaniemi à Helsinki".

Traduction: Pierre-Olivier Combelles.

Photographies de l'expédition de Kai Donner sur la rivière Ket en 1912

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