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Le Rouge et le Blanc, ou le Fil d'Ariane d'un voyageur naturaliste

Justice et peine de mort (R.L. Bruckberger)

31 Janvier 2011 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Les homme n’auraient pas connu le nom de justice, si ces choses n’étaient pas. 

 

Héraclite d'Ephèse, Fragment 23

 

Extrait de l'article d'Itinéraires N°43 par Yves Daoudal: "La peine de mort", sur de l'essai de R.L. Bruckberger: "Oui à la peine de mort" (Plon, 1985)

 

Fondamentalement, comme toujours, il faut rendre leur sens aux mots. D’abord à celui de justice. Face à la « rêverie de justice » d’un Badinter, « une justice sans coercition, une justice sans châtiment », le père Bruckberger donne « la conception de saint Louis ». L’exercice de la justice fait par­tie intégrante de la souveraineté : « endommager la justice, c’est corrompre la souveraineté ». « La justice c’est rendre à chacun son dû. » Elle comprend la munificence (récompen­ser le mérite) et la vengeance (châtier le crime).

Et c’est à une véritable réhabilitation du juste concept de vengeance que se livre le père Bruckberger. « La vengeance s’exerce en infligeant une peine et un châtiment proportionnés au détriment. Et voici le point capital : dans l’exercice de la vengeance, ce qui importe le plus, ce n’est pas la peine infligée, c’est l’état d’âme de celui qui exerce la vengeance. » Si son intention est de faire mal au criminel, elle est évidemment illé­gitime, car elle relève de la haine. « Le vengeur ne doit avoir en vue que le bien général de la société dont il a la charge. (…) Comme la guerre, la vengeance n’est légitime que pour un plus grand bien. » Abolir la peine de mort, c’est affaiblir considéra­blement le bras vengeur de la justice, et donc l’État, et « encore les assises mêmes de la civilisation ».

Le père Bruckberger n’hésite pas à prendre en considéra­tion ce qu’on peut considérer comme le plus élevé des arguments abolitionnistes, tel qu’il a été formulé par Ca­mus : « Sans innocence absolue, il n’est pas de juge su­prême. » Bruck répond simplement que si ce juge suprême existait nous serions tous condamnés à mort, et que, préci­sément, nous sommes tous condamnés à mourir… Ce n’est pas là le problème. La personne humaine est au-dessus de l’État. L’État n’a justement pas à être juge suprême, juge des consciences. La peine de mort ne se justifie que par des raisons relatives, « tenant beaucoup aux circonstances, mais à des circonstances malheureusement impérieuses ». La jus­tice absolue est impossible. L’imaginer, c’est vouloir se met­tre à la place de Dieu. Et là l’utopie devient criminelle. Quand l’homme se met à la place de Dieu ça finit mal : « Les régimes communistes sont les régimes les plus meur­triers de l’histoire, précisément parce qu’ils se prétendent innocents, porteurs de la justice absolue. A cause de la même prétention, ils sont aussi les plus menteurs. »

La « justice absolue » sur la terre des hommes est donc une fausse piste. Et le père Bruckberger nous indique, ma­gnifiquement, la voie royale de la sagesse traditionnelle cou­ronnée par le christianisme. A partir du mythe d’Œdipe, il montre comment les Grecs anciens avaient une conception cosmique de la justice, opposée à notre conception individua­liste étriquée. Oedipe, parricide et incestueux sans le savoir, serait aujourd’hui acquitté. Mais il a conscience d’avoir gra­vement perturbé l’ordre de l’univers, et il se châtie lui-même pour ses crimes. Car le châtiment est purificateur, il rétablit l’ordre cosmique et réintègre le criminel dans cet ordre.

Les Hébreux, poursuit le père Bruckberger, avaient plus que les Grecs encore « le sentiment que chacun d’entre nous est responsable de l’ordre cosmique ». Chacun d’entre nous perturbe cet ordre par son péché.

Chacun d’entre nous est responsable « de l’ordre cosmique tout entier, aussi bien spi­rituel que matériel, aussi bien invisible que visible », et c’est cela qui fonde sa dignité, une dignité « unique, incompara­ble, proprement divine ».  

 

Commentaire: La peine de mort est la clef de voûte qui, dans la justice, assure l'ordre de la vengeance dont parle le P. Bruckberger. Clef de voûte, parce que de toutes les peines, c'est elle qui est incompressible, irréversible, définitive, absolue. Contrairement à toutes les autres qui peuvent faire l'objet de remises, de diminutions, etc. La peine de mort est une peine absolue, les autres sont relatives. Supprimée, c'est la justice dans son ensemble qui tombe dans le relativisme.

B.

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