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Le Rouge et le Blanc, ou le Fil d'Ariane d'un voyageur naturaliste

Hommage au sultan Saladin

6 Janvier 2011 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

683px-Saladin, Jerusalem

Statue de Saladin, devant la citadelle ou Tour de David, à Jérusalem

 

"Son chevaleresque adversaire [de Richard Coeur de Lion], le sultan Saladin, qui unissait, lui aussi, à, la gloire des armes le mérite d'avoir (et depuis longtemps) favorisé cette détente, avait dû se contenter également d'un demi-succès. Sans doute jouissait-il dans tout le monde islamique du prestige incomparable que lui avait valu la reconquête de Jérusalem, mais après avoir, dans la journée du Hattîn, touché de si près à la victoire totale, il avait connu les jours sombres d'Acre et de Jaffa et, tout en conservant à l'Islam la mosquée d'Omar, dû rétrocéder aux chrétiens la côte palestinienne. Il est vrai aussi que sa générosité, son humanité profonde, sa pitié musulmane sans fanatisme, cette fleur de libéralisme et de courtoisie qui ont émerveillé nos vieux chroniqueurs, ne lui valent pas dans la Syrie franque une moindre popularité qu'en terre d'Islam. En le fréquentant dans les circonstances les plus tragiques où l'homme se montre tout entier, les Francs avaient appris que la civilisation musulmane peut, elle aussi, produire des types d'humanité vraiment supérieurs, de même que les musulmans, un peu plus tard, devaient avoir une révélation analogue de la civilisation chrétienne en fréquentant saint Louis.

Mais tant de travaux et d'angoisse avaient épuisé le grand sultan. Il avait rêvé de profiter de la paix pour aller visiter sa belle terre d'Egypte qu'il n'avait pas revue depuis bien des années, surtout pour aller remercier Dieu au pélerinage de la Mecque.  Il n'en eut pas le temps. Dans la nuit du 3 au 4 mars 1193 il mourut dans cette ville de Damas qu'il avait tant aimée et où se dresse aujourd'hui encore, grandiose et simple comme la foi musulmane elle-même, son tombeau."


"Si grande était l'admiration des Musulmans pour l'extraordinaire bravoure du grand Plantagenêt qu'en pleine bataille Mélik el-Adil, le voyant combattre sur un médiocre cheval déjà fourbu, lui avait envoyé un nouveau coursier. Fendant la foule des combattants, on avait vu arriver au galop et s'arrêter devant Richard un mamelouk conduisant deux magnifiques chevaux arabes, "car il n'était pas convenable au roi de combattre à pied". Quelques jours après la bataille, le roi étant tombé malade à Jaffa, Saladin lui envoya une fois encore des pêches et des sorbets à la neige de l'Hermon."

 

" Il y avait à Jérusalem deux vieillards francs, deux centenaires, qui avaient vu Godefroi de Bouillon. Saladin, ému de pitié, ordonna qu'on leur laissât finir leurs jours en paix et pourvut à leur entretien. Nous avons vu qu'il fit reconduire par une escorte d'honneur jusqu'à la côte les princesses Sybille de Jérusalem, Marie Comnène et Etiennette d'Outre-Jourdain. Envers les simples dames nobles il ne montra pas moins de courtoisie. une délégation de celles qui avaient perdu les leurs à la guerre était venue le trouver. "Quand il les vit, ils demanda qui elles étaient, et on lui dit que c'étaient les femmes et les filles des chevaliers qui avaient été tués ou pris en la bataille; et il demanda ce qu'elles voulaient; elles lui dirent que, pour Dieu, il eût pitié d'elles qui avaient perdu leurs barons morts ou en prison et leurs terres perdues, et qu'il leur donnât aide et conseil. Quand Saladin les vit pleurer, il en eut grand-pitié et leur dit de s'enquérir pour savoir si leurs seigneurs étaient vivants, et qu'autant qu'il en aurait en prison, il les ferait délivrer, et furent en effet délivrés ceux que l'on trouva. Après, il commanda que l'on donnât largement du sien aux dames et aux demoiselles qui étaient devenues veuves ou orphelines. On leur en donna tant qu'elles se louèrent à Dieu et au monde du bien que Saladin leur avait fait."

 

René Grousset, de l'Académie française: "L'épopée des croisades". Librairie Académique Perrin, Paris, 1939/1968

 

Ce n'est pas une surprise si le vice-président de Réseau Voltaire est un descendant de Saladin, l'émir Issa el-Ayoubi: link . Longue vie à lui.

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