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Rouge et Blanc, ou le Fil d'Ariane d'un voyageur naturaliste

Les Pléïades chez les Jivaros Achuar (Ph. Descola)

20 Décembre 2011 , Rédigé par Béthune

pleiades

 

Or, il y a un corps céleste qui combine de façon exemplaire un trajet aérien et un trajet aquatique selon l’axe est-ouest, ce sont les Pléïades. En effet, lorsqu’elles disparaissent dans le ciel vers l’occident à la mi-avril, elles tombent à l’eau en amont, provoquant des crues dans la descente vers l’aval, pour réapparaître finalement en juin dans la route céleste, juste au-dessus de l’horizon oriental.

Cette révolution aquatico-céleste que les Pléïades accomplissent ponctuellement chaque année est la répétition cosmique du voyage initial d’un groupe d’orphelins dont un mythe nous donne le récit . Les variantes diffèrent sur les circonstances de la naissance des enfants, mais elles s’accordent toutes sur les conditions de leur ascension dans le ciel.

Les orphelins, appelés Musach, vivaient avec des parents adoptifs et, comme c’est souvent le cas chez les Achuar en pareille circonstance, ils se sentaient malheureux et délaissés dans leur foyer d’adoption. Ils formèrent donc le dessein de s’enfuir et fabriquèrent pour cela un  radeau en bois de balsa. Choisissant un jour où leurs parents adoptifs étaient partis en forêt, les orphelins provoquèrent une crue de la rivière et s’embarquant sur le radeau qui commença rapidement à dériver vers l’aval ; mais revenu sur ces entrefaites de son expédition en forêt, le père adoptif, nommé Ankauaji, aperçut le radeau au loin sur la rivière ; il décida alors de rattrapper les orphelins dans sa pirogue pour les ramener à la maison. La poursuite dura plusieurs jours et les orphelins réussissaient toujours à conserver une faible avance sur Ankuaji. Les enfants finirent par arriver à la jonction de la rivière et de la voûte céleste et ils s’élancèrent dans le ciel en grimpant sur des bambous wachi. Peu de temps après, Ankuaji les suivait par la même voie.

Les Musach sont devenus les Pléïades, leur radeau est maintenant la constellation d’Orion (uturim) tandis qu’Ankuaji (littéralement l’œil du soir) mène toujours sa vaine et éternelle poursuite sous la forme de l’étoile Aldébaran.

En dehors d’Orion, des Pléïades et d’Aldébaran, les Achuar ne nomment qu’un très petit nombre de corps célestes : le soleil (etsa, aussi appelé nantu), la lune (kashi nantu, littéralement « le soleil de la nuit », Castor et Pollux (tsanimar, littéralement « la paire » , la Voie Lactée (yurankim, « nuage » ou charapa nujintri, « œufs de tortue ») et enfin Antarès (yankuam) . Toutes les étoiles dotées d’un nom propre sont proches de la ligne de l’écliptique, les autres corps stellaires indifférenciés recevant le nom générique de yaa.

Philippe Descola, La nature domestique, 1986.

 

Philippe Descola était Directeur d’études au Laboratoire d’Anthropologie sociale de l’EHSS en  1994.

 

L'alignement P.A.M.S. (Pléïades Aldébaran Mages Sirius) dans l'hémisphère nord. Dans l'hémisphère austral, comme en Amazonie, il est dans l'autre sens: Sirius est en haut et les Pléïades en bas.

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