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Rouge et Blanc, ou le Fil d'Ariane d'un voyageur naturaliste

Pachacuti

23 Septembre 2012 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles


Motif pachacuti manta péruvienne petit

 

Pachacuti est un mot quechua (langue indigène des Andes du Pérou, de Bolivie, d’Equateur et d’une partie de la Colombie, l'ancien Tawantinsuyu des Incas) qui veut dire : retournement, désordre, chaos. Il est formé de pacha : terre, espace et cuti : action de retourner, par exemple la terre avec la chakitaqlla, la bêche andine.

Pris dans un sens plus général, symbolique, il désigne le désordre, le chaos. L’Inca Pachacutec, père de Inca Tupac Yupanki, reçut ce nom pour régner dans la période de désordre qui suivit la révolte des Chancas et l’invasion de la capitale, Cuzco (le Nombril).

Dans l'Amérique préhispanique et dans la mentalité indigène, l'espace-temps, l'histoire ne sont pas linéaires mais cycliques. A une période d'ordre suit une période de chaos, liées elles-même à l'alternance du hanan (haut) et du hurin (bas), adaptation andine au dualisme des cultures du Pacifique (Asie, Océanie, Amérique) symbolisé par le yin-yang.

Dans l’ornementation andine, pachacuti est un motif stylistique traditionnel : un S couché. On le trouve par exemple tissé sur les mantas, carrés de toile ornés de bandes de couleur parallèles, servant aux femmes à porter les enfants ou des objets sur le dos.

 

  Motif pachacuti manta péruvienne

Motif stylistique pachacuti, en forme de S couché, sur une manta bolivienne. Photo: P.O.C.

 

Après le désordre du Tawantinsuyu causé par la rivalité d’Atahuallpa et de Huascar, du supplice et de l'exécution d’Atahuallpa par les Espagnols (1533), de la défaite des Incas et de la déception de ces peuples qui avaient cru que leurs vainqueurs à la peau blanche et barbus arrivés par la mer étaient les messagers du dieu Viracocha (« écume de la mer »), chargés de restaurer avec lui l'ordre du Monde, le Pérou est toujours dans le chaos, le désordre, le pachacuti.

Le règne de l’Argent, de l'Usure et du soit-disant Progrès ont mené le monde au chaos, à une forme extrême de pachacuti. Ce que Joseph Schumpeter a nommé "la destruction créatrice" pour justifier le Capitalisme. Des voix s’élèvent un peu partout pour dénoncer le viol des peuples et de notre Mère la Terre (Pachamama en quechua et aymara; whenua en maori, qui signifie également terre et placenta) et pour rétablir les coutumes ancestrales.

Dans la pensée des peuples indigènes de l'Amérique et du Pacifique, le passé est "ce qui est devant nos yeux et qui nous relie à la Création par les Traditions" et que le Futur est "ce qui est invisible, inconnu parce que situé derrière nous". Pays corrompu, faible et asservi, pourvu d'énormes richesses naturelles, le Pérou tourne le dos aux leçons de son passé, à ses peuples indigènes (Ñaupa machu, les ancêtres), à la raison et à ses devoirs.

Pachacuti, c’est le retournement. Ce qui est en haut se retrouve en bas et ce qui est en bas se retrouve en haut.

Le Pérou n'est pas Lima, monstrueuse mégapole de 10 millions d'habitants, siège du gouvernement et de l'oligarchie la plus vile du monde (Humboldt l'a dit avant moi). C'est un vieux pays et ses peuples indigènes venus du Pacifique et de la lointaine Asie sont les héritiers d’une longue histoire et d'une grande sagesse. Tout a une fin et un commencement. Les Pléiades et le Soleil ne se couchent jamais sans une espérance.

Pierre-Olivier Combelles

 

Motif pachacuti manta péruvienne petit

 

 

Qoyllur Rit'i, la Fête préhispanique du retour des Pléiades et du Nouvel An (Cuzco, Pérou). Elle est commune à tous  les peuples du Pacifique (Matariki chez les Maori de Nouvelle-Zélande/Aotearoa). Source: internet.

 

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