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Le Rouge et le Blanc, ou le Fil d'Ariane d'un voyageur naturaliste

Plutarque: trois dicts des Lacédémoniens à propos des enfants et des jeunes gens

14 Septembre 2011 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Comme le mercure* corrompt les métaux avec lesquel il est en contact, et particulièrement l'or, notre époque vile avilit tout ce qu'elle touche, en commençant par les mots. Rétablir le sens des mots dans la langue parlée et écrite doit donc devenir la première tâche.

Il en est ainsi de l'amour, agapê, qui pouvait unir des jeunes hommes ou des hommes adultes à des jeunes gens. L'agapê, c'est l'amour et l'amitié par le cœur, pas pour le corps, avec un sens moral, spirituel: une admiration et un attachement vrais, sincères et profonds. C'était exactement le contraire de l'"homosexualité", présentée aujourd'hui comme naturelle et légitimée et défendue par la loi comme un "droit", encouragée par les États "démocratiques", et qui permet en même temps d'organiser la répression contre tous ceux qui ne sont pas d'accord.

Dans l'Antiquité, on enseignait aussi aux enfants et aux jeunes gens à révérer les Anciens. C'est le contraire aujourd'hui: l'État marchand divise la société, dresse les jeunes contre les adultes, les hommes contre les femmes, les "homos" contre les "hétéros", les "Blancs" contre les autres, flatte et pervertit les enfants lorsqu'elle ne les a pas tués dans le sein de leur mère par la contraception ou l'avortement.

* Mercure était le dieu du commerce et des voleurs chez les Romains.

Pierre-Olivier Combelles

 

p. 228 Il leur était permis d'aimer les enfants de bonne & gentille nature, mais abuser de leurs personnes était tenu pour chose très infâme, comme de gens qui en aimaient le corps & non pas l'âme : de sorte que qui en était accusé, en demeurait noté d'infâmie pour toute sa vie. La coutume était que les vieux demandaient aux jeunes quand ils les rencontraient, où ils allaient, & quoi faire, & les tançaient qu'ils faillaient à répondre, ou s'ils allaient bâtissant des excuses : & qui ne tançait celui qui commettait quelque faute en sa présence, était sujet à la même réprehension que celui qui avait failli, même celui qui se courrouçait ou montrait de prendre à mal quand on le reprenait, en était reproché et désestimé.

p. 228 Et fallait que les jeunes hommes révérassent non seulement leurs propres pères, & se rendissent sujets à eux, mais aussi qu'ils portassent révérence à tous autres vieilles gens, en leur cédant le dessus, & se détournant d'eux par les chemins, en se levant de leurs sièges au-devant d'eux, & s'arrêtant quand ils passaient : & pourtant un chacun commandait non seulement comme aux autres villes à ses propres enfants, à ses propres serviteurs, & disposait de ses propres biens, ains aussi à ceux de son voisin, ne plus ne moins que aux siens propres, & s'en servait comme de choses communes entre eux, afin qu'ils en eussent soin chacun comme de leurs propres. Et pourtant si un enfant ayant été châtié par un autre l'allai rapporter à son père, c'était honte au père s'il ne lui donnait encore d'autres coups : car par la commune discipline de leur pays, ils s'assuraient, que un autre n'avait rien commandé qui ne fût honnête à leurs enfants.

p. 228 Ils étudiaient aussi à composer de belles chansons, & non pas moins à les chanter, & y avait toujours en leurs compositions ne sait quel aiguillon qui excitait le courage, & inspirait aux cœurs des écoutants un propos délibéré & une ardente volonté de faire quelque belle chose. Le langage était simple, sans fard ni affèterie quelconque, qui ne contenait autre chose que les louanges de ceux qui avaient vécu vertueusement, & qui étaient morts en la guerre pour la défense de Sparte, comme étant bienheureux, & le blâme de ceux qui par lâcheté de cœur avaient résisté à mourir comme vivant une vie misérable & malheureuse : ou bien c'étaient promesses d'être à l'avenir, ou bien vanteries d'être présentement gens de bien, selon la diversité des âges de ceux qui les chantaient : car y ayant ès fêtes solennelles & publiques toujours trois danses, celle des vieillards commençant disait,

Nous avons été jadis

Jeunes, vaillants, & hardis.

Nous le sommes maintenant,

A l'épreuve à tout venant.

Et nous un jour le serons,

Qui bien vous surpasserons.

Les chants mêmes, à la cadence desquels ils ballaient, & marchaient en bataille au son des flûtes quand ils allaient choquer l'ennemi, étaient appropriés à inciter les cœurs à la vaillance, à l'assurance, & au mépris de la mort : car Lycurgus s'étudia à conjoindre l'exercice de la discipline militaire avec le plaisir de la musique : afin que cette véhémence beliqueuse mêlée avec la douceur de la musique, en fut tempérée de bon accord & harmonie, & pourtant ès batailles, avant le choc de la charge, le Roi avait accoutumé de sacrifier aux Muses, afin que les combattants eussent la grâce de faire des choses glorieuses & dignes de mémoire. Mais si quelqu'un voulait outrepasser un seul point de la musique ancienne, ils ne le supportaient pas : tellement que les Ephores condamnèrent à l'amende Terpander, assez grossier à l'antique, mais le meilleur joueur de cithre de son temps, & qui plus prenait de plaisir à louer les faits héroïques.

Les dicts des Lacédémoniens. In: Les Oeuvres morales et mêlées de Plutarque. Traduction d'Amyot. Imprimerie de François Estienne, 1582 (in-folio). Bibliothèque de Pierre-Olivier Combelles.

http://pocombelles.over-blog.com/article-32438199.html

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