Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Rouge et Blanc, ou le Fil d'Ariane d'un voyageur naturaliste

sciences

Des fourmis et des hommes

25 Novembre 2015 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Environnement, #Nature, #Sciences, #Société

La Fourmi n'est pas prêteuse, c'est là son moindre défaut.
La Fontaine, Fables: La Cigale et la Fourmi (1e fable du Livre I, 1668)

 

Les Fables de La Fontaine sont un chef-d'oeuvre de la littérature et de l'esprit français, mais certainement pas des sciences naturelles et de l'éthologie (science du comportement animal).

Les fourmis existent depuis plus de 100 millions d'années et on on connaît actuellement 12000 espèces. Vivant en colonies de parfois plusieurs millions d'individus, elles frappent, outre par leurs capacités physiques sans aucune mesure avec celles de l'homme*, par le haut degré d'organisation de leurs sociétés, où l'intérêt de l'individu se subordonne toujours à celui de la collectivité. C'est ce qu'on appelle l'"altruisme". Chez certaines espèces, les fourmis font un pont vivant pour traverser une étendue d'eau, celles d'en bas se noyant pour permettre aux autres de passer sur leurs corps. Chez certaines termites, les gardiennes de la colonie font exploser leur abdomen sur l'agresseur venu de l'extérieur, le couvrant du contenu visqueux et toxique de leur corps qui se coagule au contact de l'air et le paralyse. Ces fourmis kamikazes** agissent selon la nature et l'instinct, programmées pour la survie de leur communauté et de l'espèce.

Sacrifier sa vie personnelle pour celle de la collectivité à laquelle on appartient; voilà une chose qui n'est pas naturelle chez l'homme, cette espèce atypique de la planète Terre. On constate même que dans son évolution au sein de ce que les imposteurs appellent le "Progrès", il agit de plus en plus en sens inverse: l'individu sacrifiant les autres et son milieu naturel à son appétit de pouvoir et de richesse ou, plus simplement, comme prix de sa tranquillité.

Le sacrifice altruiste a existé néanmoins chez nous en Europe au temps de la chevalerie, au Japon d'autrefois, au temps des samouraï, dans l'Antiquité à Sparte, et parmi sans doute bien d'autres peuples de la terre***.

"Chacun chez soi, chacun pour soi": c'est la triste devise des sociétés humaines gouvernées par et pour les riches. Misère des autres, misère de la nature, solitude des hommes séparés des dieux protecteurs (les Kami du shintoïsme, cette religion des origines) qui veillaient sur l'ordre et l'équilibre du monde.

Les monstrueuses guerres et le terrorisme d'État modernes, l'exploitation suicidaire des richesses naturelles sont l'expression de l'hybris de cet animal fou qui se croit homme.


Pierre-Olivier Combelles

* On s'en rend compte en observant par exemple les fourmis traîner ou porter des fardeaux d'une taille considérable par rapport à la leur sur un sol forestier ou d'une prairie encombrés de végétation qu'elles escaladent sans même ralentir, ou parcourir en tous sens et en courant une roche verticale ou bien le tronc et les branches d'un arbre.

** De kami (divinité, esprit) et kazé (vent) en japonais.

*** Mahâkapi-Jâtaka (Jâtaka du singe magnanime): http://pocombelles.over-blog.com/article-mahakapijataka-79202909.html

 

Pour en savoir plus sur les fourmis:

Sciences en liberté. Une émission animée par Thierry Lode sur Radio Libertaire, lundi 23 novembre 2015 à 18H: http://www.radio-libertaire.net/

Vincent Perrichot (spécialiste de l'ambre du Crétacé, département de Géosciences/UMR 611 - Université de Rennes I): conférence sur l'origine et l'essor des fourmis: http://www.espace-sciences.org/conferences/mardis-de-l-espace-des-sciences/l-origine-et-l-essor-des-fourmis

et son article (parmi beaucoup d'autres) : https://geosciences.univ-rennes1.fr/spip.php?article1346

Article de La Recherche sur la sociabilité des fourmis: http://www.larecherche.fr/savoirs/dossier/fourmis-sont-elles-encore-froid-darwin-01-03-1997-89376

Fourmis dans un ambre fossile.

Source de l'illustration et page de Vincent Perrichot sur le site de Geosciences de l'université Rennes I: https://geosciences.univ-rennes1.fr/spip.php?article1130&lang=en

Mono no aware. En japonais: la sensation de l'éphémère, l'empathie envers les êtres.

Mono no aware. En japonais: la sensation de l'éphémère, l'empathie envers les êtres.

Lire la suite

Carl von Linné: Voyage en Laponie

27 Novembre 2007 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Exploration, #Europe, #Sciences


"O ENS Entium miserere mei

 
Après avoir été, le 2 mai, choisi par la Société Royale des Sciences pour aller en Laponie et y décrire les trois Regna Naturae, je préparai mes affaires et m’habillai de la manière suivante. Les vêtements étaient donc un petit paletot en tissu de Västergötland, sans ourlets, à courts revers et col de velours ; des pantalons de cuir collants, une perruque à catogan, un bonnet à capuchon en fibre, des demi-bottes aux pieds. Dans un petit sac de cuir tanné long d’une demi-aune et un peu moins large, muni de boucles sur un côté pour le porter sur soi, il y avait une chemise, deux paires de manchettes, deux paletots de nuit, encrier, plumier, microscope, longue-vue, un chapeau avec voilette pour se protéger des moustiques ; ce procès verbal. Un tas de papier broché pour mettre des plantes, les deux in-folio, un peigne, mon Ornithologie, Flora Upplandica et Characteres generici. J’avais un couteau de chasse au côté et un petit fusil entre la cuisse et la selle ; une canne octogonale sur laquelle les mensurae étaient indiquées. Un portefeuille en poche avec le passeport de la chancellerie d’Uppsala et la recommandation de la Société.
Le 12. Avec ceci je quittai la ville d’Uppsala le 12 mai 1732."

Carl von Linné, Voyage en Laponie. Traduction de P.A. Gette. Café, Editions de la Différence, 1983. 
 
Lire la suite

La vocation du naturaliste-explorateur, par Alexandre de Humboldt

25 Novembre 2007 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Exploration, #Sciences

poppig2.jpeg


"Le désir que nous avons de contempler certains objets ne dépend pas seulement de leur grandeur, de leur beauté et de leur importance: il se rattache, dans chacun de nous, aux émotions fortuites de notre jeunesse, à nos premières préférences pour telle ou telle occupation, à l’impatience qui nous fait tendre vers les choses lointaines et rechercher les accidents d’une vie agitée. Ces désirs prennet d’ailleurs d’autant plus de force qu’il y a moins de chances de les voir jamais s’accomplir. Le voyageur jouit par avance du moment où la Croix du Sud et les Nuées de Magellan qui tournent autour du pôle Antarctique, où les neiges du Chimborazo et les colonnes de fumée qui s’échappent des volcans de Quito s’offriront pour la première fois à ses regards sur l’océan Pacifique, Les jours qui réalisent de tels voeux marquent dans la vie des époques dont le souvenir est ineffaçable; ils excitent en nous des sentiments dont la raison n’a pas à exprimer la vivacité. Dans l’impatience où j’étais d’embrasser l’océan Pacifique du haut de la chaîne des Andes entrait pour quelque chose l’intérêt avec lequel j’avais écouté, étant encore enfant, le récit de l’expédition accomplie par Vasco Núñez de Balboa, l’heureux aventurier qui, devançant Francisco Pizarro, et Francisco Pizarro, et le premier des Européens, put contempler des hauteurs de Quaregua, dans l’isthme de Panama, la partie orientale de la mer du Sud. Les rives couvertes des roseaux de la mer Caspienne, à l’endroit où je la vis pour la première fois, ne sont assurément pas pittoresques; et cependant cet aspect me causa d’abord un vif plaisir, parce que je me souvenais que dans mon enfance, lorsque je parcourais des yeux une carte de géographie, la forme de cette mer intérieure m’avait particulièrement attiré. Les sentiments éveillés en nous par les premières impressions de l’enfance et par les hasards qui naissent des relations de la vie deviennent souvent, lorsqu’ils prennent dans la suite une direction plus sérieuse, l’occasion de travaux scientifiques et d’expéditions lointaines." 
Alexandre de Humboldt

Relation historique du Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent, fait en 1799, 1800, 1801, 1802, 1803 et 1804 par A. de Humboldt et A. Bonpland, réd. Par A. de Humboldt, 3 vol. Paris, 1825.
Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5