Le Rouge et le Blanc

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Le ministère de l'ignorance (Marc Hersant)

20 Octobre 2014 , Rédigé par Béthune

Les précédentes réformes des concours de recrutement des enseignants avaient pu choquer par leur « timide » prise en compte de la « réalité du métier ». Le symbole le plus fort de cette  « professionnalisation »  du recrutement était l'épreuve du dossier du CAPES qui avait vu des générations de futurs professeurs du secondaire se mettre à la « didactique » et apprendre à analyser, non des textes de philosophes ou d'écrivains, mais des pages de manuels ou des extraits de cahiers de textes. Mais à l'époque, il n'avait pas été question de réduire la part d'évaluation des connaissances disciplinaires : la « didactique » et sa langue de bois (j'en sais quelque chose : j'ai assuré la préparation à cette épreuve pendant dix ans) s'étaient simplement ajoutées aux concours existants, et formateurs et évaluateurs essayaient tant bien que mal, pour la plupart, de rattacher l'épreuve « maudite », méprisée par beaucoup de collègues, à une culture digne de ce nom.  Au CAPES de Lettres, la dissertation continuait à être l'exercice roi des épreuves d'admissibilité et l'explication de texte (qui s'apprête à disparaître) restait incontournable, à l'oral, pour prétendre devenir professeur de français. Il était bien temps de gémir, mais voici que se présente une réforme qui ne prend plus de gants, à l'image d'un « président » de  la République dédaignant ostentatoirement la Princesse de Clèves  et les études de Lettres Classiques. Elle se propose tout à la fois de réduire le niveau de savoir des enseignants, de saper les fondements de toute culture digne de ce nom chez les élèves, c'est-à-dire les futurs citoyens, et de démolir, dans le sinistre sillage de ce raz-de-marée déculturant, ce qui reste de prestige à une Université obscurément accusée de vouloir encore être un lieu de « savoir », de ne pas assez multiplier les liens avec le veau d'or de l'entreprise, de ne pas avoir assez de « prestige international » et de ne pas assez courtiser Shanghai. Du coup, les universitaires, pourtant habitués à avaler les couleuvres les plus épaisses, à regarder comme des vaches voient passer le train leurs étudiants lutter vainement l'an dernier contre la loi LRU, à « se mettre » docilement au LMD sans broncher, semblent vouloir enfin secouer leurs carcasses épuisées par leurs éventuelles ardeurs carriéristes : tant qu'il y avait un gâteau à se partager, le combat faisait rage. Mais s'il n'y avait plus rien à se déchirer – et la perspective devient tout à coup singulièrement proche – il faudrait peut-être enfin faire un petit quelque chose ? Il en serait temps, car le ministère de l'Education Nationale – ce n'est pas sa vocation, à ce que je sache -  vient de déclarer une guerre à mort à la culture, et notamment à ce qu'il convient d'appeler la culture  littéraire  ou  humaniste, et d'apporter une contribution majeure à l'édification du  monde  rêvé par les libéraux en général et par Nicolas Sarkozy en particulier : un monde d'ignorants humiliés regardant les absurdités « télévisuelles » jusqu'à la mort en pleurnichant sur leur « pouvoir d'achat » qui dégringole comme les flocons de neige, haïssant pour se consoler les « boucs émissaires » de Sarkozy, fonctionnaires en général, enseignants en particulier, réduits à rêver de « gagner des millions » dans des jeux absurdes pour faire partie des « élus » de la société de la bêtise triomphante, gavés de « forfaits illimités » vers le néant.

Mais revenons à notre « réforme », puisque c'est ainsi que, sur tous les fronts, le rouleau compresseur de la politique de droite intitule son travail de destruction des traditions (forcément mauvaises), des habitudes (qu'il faut toujours « secouer »), et de ce qui reste de comportements humains « normaux » (qu'il faut «moderniser » coûte que coûte) pour parvenir à l'idéal convoité, précédemment décrit.  Cette fois, les choses sont claires, et le pouvoir politique ne prend presque plus de précautions tant il est habitué à ne rencontrer que peu de résistance ou à considérer comme de vagues agitations impuissantes les « manifs » et les « pétitions ». Portés par une de ces puissantes vagues de boferie haineuse que la France connaît quelquefois, Xavier Darcos (agrégé de Lettres Classiques devenu destructeur des Lettres pour complaire à son maître) et l'élégante, souriante et très ambitieuse Valérie Pécresse essaient conjointement de porter l'ultime estocade à une Education nationale vouée à une rapide dissolution dans les lois du « marché » et à une Université avilie, humiliée, affublée d'une parodie d' « autonomie » alors qu'on ne l'a jamais traitée avec plus d'autoritarisme méprisant et de centralisme bureaucratique, mais qui semble toujours porter en son sein suffisamment d'ambitieux pour faire le « sale boulot ». Les informations n'arrivent qu'au compte-gouttes, mais le texte récemment publié sur le site du ministère (http://media.education.gouv.fr/file/10_octobre/15/1/nouveaux-concours-recrutements-des-professeurs_36151.pdf) donne suffisamment de « matière » à rogner pour qu'on s'en contente (pour l'instant). On aura rarement vu autant de cynisme et de rhétorique creuse pour faire passer l'insoutenable. La société des agrégés s'indigne et juge le projet « scandaleux ». Les sociétés d'historiens protestent et demandent « le report d'un an de la réforme ». Des universités s'affolent, dénoncent les contenus et demandent des délais. Des « littéraires » de renom prennent la plume pour annoncer dans le Monde la « mort des humanités ». Six présidents d'universités parisiennes adressent à Valérie Pécresse une lettre de protestation en parlant de « farce ».  Mais le gouvernement Sarkozy en a vu d'autres, et toutes ces gesticulations ne valent même pas dix secondes au journal de TF1. Zéro seconde, pour être précis. Il y a toujours quelques pédophiles à l'horizon, quelques bébés perdus, quelques sportifs au torse luisant, pour parler d'autre chose que de la « destruction massive » des valeurs de culture et, à vrai dire, des dernières valeurs « humaines » tout court : sujets qui, de toute façon, la cause est entendue, n'intéresseraient personne. Mais venons-en à ce fameux texte que je voudrais, comme on me l'a appris au temps de mes études, mais sur des supports plus « nobles », « expliquer ». Presque chaque mot est piégé et porte des menaces pires que ce qui est dit explicitement. Et pourtant, ce qui est dit explicitement suffit déjà à en finir avec tout ce que les dinosaures de la pensée continuent bravement à «défendre », quel que soit leur « bord », ou presque.  Le seul argument global est que la réforme vise à « mieux répondre aux besoins du ministère de l'Education Nationale », qui semblent être, à vrai dire, quand on lit la suite, d'étranges, d'extraordinaires « besoins » pour un ministère ainsi nommé ! (...)

Marc Hersant, maître de conférences en littérature française du XVIII° siècle, Université Bordeaux III

Source et suite du texte: http://www.fabula.org/actualites/le-ministere-de-l-ignorance-nationale-par-marc-hersant_26915.php

Sur le même sujet et sur ce blog, le philosophe Michel Serres: http://pocombelles.over-blog.com/2014/10/michel-serres-la-societe-prefere-son-argent-a-ses-enfants.html

et Jean-Claude Michéa: L'enseignement de l'ignorance (extrait):

Pourquoi la même politique éducative catastrophique, poursuivie sans trève depuis quarante ans par la droite et la gauche, ne trouve-t-elle jamais fin ? Pourquoi l’alternance politique en essuie-glace n’a-t-elle strictement aucun effet sur l’école, sinon la relance éperdue des mêmes principes qui détruisent le savoir et la culture ? Parce que droite et gauche s’entendent ici comme larrons en foire, à partir de leur complicité de fond quant à la nécessité de la systématisation du « libéralisme ». L’incompréhension profonde dont fait preuve notre temps à l’égard de la liberté le conduit à engager une lutte à mort avec un ennemi absolu du « libre-arbitre » : la culture.

On constate de façon évidente le progrès de l’ignorance, à la fois comme défaut de savoir structuré, de capacité théorique élémentaire, et comme manque de sens critique, de jugement moral autonome.

Or l’ignorance des élèves ne constitue pas un dysfonctionnement, mais est un élément nécessaire et une condition du développement de nos sociétés modernes.

Pour comprendre ceci, il faut réaliser que notre modernité se définit par la systématisation du capitalisme. L’Économie politique veut ordonner la vie humaine de façon purement « rationnelle », sur le modèle de la mécanique newtonienne, à partir de l’hypothèse du Marché autorégulateur.

C’est le dogme capital de la doctrine libérale : laissé à lui-même, le Marché nous conduirait au Bonheur. Les réformes veulent donc supprimer tout ce qui lui fait obstacle, dans les lois, et aussi dans les mœurs.

Il faut donc (re)faire de l’homme ce qu’il est : un individu parfaitement « libre », c’est-à-dire parfaitement égoïste et ignorant. Aucune valeur absolue (affective ou morale, l’attachant à une terre et des hommes ou à des principes) ne doit venir entraver le calcul des valeurs d’échange.

Si le capitalisme a pu se développer jusqu’à présent, être viable voire émancipateur, c’est en conservant une sphère d’action limitée, et en sachant s’appuyer sur les réserves de sociabilité des communautés traditionnelles. Mais vouloir rendre son règne absolu, vouloir supprimer tout ce pour quoi l’homme est capable de sacrifier son intérêt, c’est vouloir en finir avec la culture, avec l’homme. L’histoire de cette volonté est pourtant celle des trente dernières années.
Pour créer l’homo œconomicus que veut la théorie, il faut donc que l’École cesse de transmettre des principes théoriques et moraux « archaïques », qu’elle en finisse avec la culture classique et les humanités.

En France, Mai 68 permet la destruction de tout ce qui pouvait résister au capitalisme. Les naïfs libertaires offrent au cynisme libéral la fin ridicule des valeurs qui ne sont pas d’échange, des autorités qui ne sont pas boursières. Ils offrent au système capitaliste l’élément anthropologique qui lui manquait en instituant le règne du consommateur, porté par la seule immédiateté de ses désirs.

Les réformes de l’école, dictées par les institutions internationales et les multinationales, fournissent ainsi à l’économie :
- une minorité d’excellence, où les enfants de l’élite continuent d’être éduqués de façon valable (i.e. où la valeur de la discipline et l’autorité du savoir conservent tout leur sens) ;
- un ensemble de cadres d’exécution, formés pour des routines dépendant du contexte technologique, se réadaptant grâce aux stages et didacticiels de l’enseignement continu ;
- mais pour les 4/5 de la population, voués à être inutiles économiquement, et dont on doit pourtant assurer la gouvernabilité, tout savoir serait inutile ou dangereux. Il convient donc d’enseigner l’ignorance, ce qui ne va pas de soi. Les professeurs en particulier doivent être rééduqués ; soumis aux gardes rouges des « sciences de l’éducation », ils doivent renier leur savoir, et devenir les animateurs d’une « École-Lieu de vie » grande ouverte à la société civile, à ses pulsions, ses intérêts, ses modes publicitaires.

Gauche libertaire et Droite libérale se donnent la main d’une façon qui n’est qu’apparemment paradoxale pour répondre aux exigences des soixante-huitards et du patronnat, et dans les programmes la culture littéraire « bourgeoise » cède la place à la lecture de publicité. En fait, c’est bien la Gauche et son obsession du mouvement, qui est le mieux à même d’en finir avec la transmission des principes et valeurs du passé, i.e. avec l’éducation. Elle nous abandonne ainsi, décomplexés, invertébrés, au marketing du présent.
La crise actuelle de l’École consiste en une situation contradictoire, où elle est encore, selon le modèle républicain, le lieu de transmission de valeurs non capitalistes, mais aussi déjà le produit trentenaire des réformes libérales-libertaires qui ont pour but d’éradiquer ces valeurs.

Les manifestations étudiantes récurrentes reflètent cette crise. Elles sont couramment analysées comme des révoltes à l’encontre de la systématisation capitaliste. Mais c’est peut-être ne pas voir à quel point les réformes ont déjà en grande partie accompli leur œuvre, et produit le nouveau jeune, parfait consommateur, aux récriminations intéressées.

En effet la destruction de l’École s’accompagne, de façon plus efficace encore, d’un dressage anthropologique orchestré par les médias et les industries de loisir. Une « culture jeune » s’impose dans les esprits qui uniformément se veulent les hédonistes rebelles prônés par les multinationales du « tittytainment ». Si par malheur le capitalisme est déjà parvenu à produire à un degré suffisant l’homme nouveau conforme à sa vision, si nous en sommes bien au point où « la domination spectaculaire a pu élever une génération pliée à ses lois » (Debord), si la boucle de l’ignorance s’est refermée sur nous, et que les charlatans sont parvenus à transformer le réel suffisamment pour qu’il corresponde à leurs dogmes absurdes, alors le vrai aura bien été un moment du faux, et toute résistance est devenue illusoire.

http://reminisens.files.wordpress.com/2010/09/enseignement.jpg

 

LA PLOUTOCRATIE NE VEUT PAS DE CITOYENS LIBRES, HONNÊTES ET QUI PENSENT, ELLE VEUT DES ESCLAVES INCULTES OU DES COMPLICES!

Aldebert von Chamisso

19 Octobre 2014 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

 

Armes des Chamisso: "d’argent à cinq trèfles posés en sautoir de sable, au chef, et deux mains dextre et senestre ren­versées posées, de même, à la pointe. Devise: Nunquam impune (jamais impunément).

Source de l'illustration: http://www.menouetsesvoisinsdargonne.fr/spip.php?page=imprimir_articulo&id_article=31

 

Ma patrie : je suis français en Allemagne et allemand en France, catholique chez les protestants, protestant chez les catholiques, philosophe chez les gens religieux et cagot chez les gens sans préjugés ; homme du monde chez les savants, et pédant dans le monde, jacobin chez les aristocrates, et chez les démocrates un noble, un homme de l’Ancien Régime, etc. Je ne suis nulle part de mise, je suis partout étranger – je voudrais trop étreindre, tout m’échappe. Je suis malheureux… Puisque ce soir la place n’est pas encore prise, permettez-moi d’aller me jeter la tête la première dans la rivière… *

Aldebert von Chamisso, poète, écrivain et naturaliste franco-allemand (30 janvier 1781, château de Boncourt, Ante - Berlin 21 août 1838)

* « Œuvre et vie d’Adelbert Von Chamisso, Sabine Parmentier, Cairn.info » [archive]

http://fr.wikipedia.org/wiki/Adelbert_von_Chamisso

Fundorte von Schädeln, die Chamisso sammelte.

http://chamisso-forum.blogspot.fr/2013/09/chamissos-schadel-ein-fund-in-berlin.html

Chamisso accompagna l'expédition de Kotzebue dans le Pacifique (1815-1918)


Aldebert von Chamisso: Rede des alten Kriegers Bunte-Schlange im Rate der Creek-Indianer.
           

Im Rat der Creek-Indianer ward der Bote
    Des Präsidenten Jackson vorgelassen;
    Der Brief, den er verlas, enthielt Gebote:
Die Landmark, welche diesseits sie besaßen
    Des Mississippi, sollten gleich sie räumen,
    Und der Entschluß blieb ihnen nur zu fassen.
Und starr und stumm beharrten, wie in Träumen,
    Die Oberhäupter, man vernahm noch lange
    Das Säuseln nur des Windes in den Bäumen.
Da hob sich aus der Männer erstem Range
    Der hundertjähr'ge waffenmüde Greis,
    Ein Nestor seines Volks, der Bunte-Schlange.
Er trat gestützt von Zweien in den Kreis,
    Und wie gespannt ein jeder auf ihn sah,
    Begann er seine Rede klug und weis':
Ihr, meine Brüder, höret selber ja,
    Was unsers großen Vaters Meinung ist;
    Er liebet seine roten Kinder ja.
Er ist sehr gut, – ihr, meine Brüder, wißt,
    Ich habe früher oft sein Wort vernommen –
    Er ist sehr gut, wohl ohne Falsch und List.
Wie erst vom großen Wasser er gekommen,
    Er war sehr klein, er trug ein rotes Kleid,
    Es mocht' ihm länger nicht im Boote frommen.
Der weiße Mann that unsern Brüdern leid;
    Er bat um Land, sein Feuer anzuzünden,
    Und wartete geruhig auf Bescheid.
Er wollte, gab er vor, uns bloß verkünden,
    Was vieles wir zu unserm Glücke brauchten;
    Wir aber wollten uns mit ihm verbünden.
Am Ufer des Savannah-Stromes rauchten
    Die Muskotshih's mit ihm die Friedenspfeife;
    Dort war's, wo in den Wind den Rauch sie hauchten.
Sie machten ihm ein Feuer an; die Steife
    Der Glieder wärmte da der weiße Mann;
    Sie gaben Land ihm, wo nach Wild er schweife.
Er war sehr klein; es feindeten ihn an
    Des Südens blasse Männer, die um Beute
    Sich wider ihn erhoben; Krieg begann.
Für ihn ergriffen uns're jungen Leute
    Den Tomahawk, und gaben ihn nicht bloß
    Dem Messer zu skalpieren, das er scheute.
Und wie darauf er, seines Feindes los,
    Sich unter uns erwärmet und genährt,
    Da wuchs er auf, da ward er riesengroß;
Da hat sein Tritt das Jagdrevier verheert,
    Da hat er überholt die fernsten Horden,
    Und Wald und Flur und See für sich begehrt.
Nach Süden reichte seine Hand und Norden,
    Und seine Stirne zu des Mondes Schild;
    Da ist er unser großer Vater worden.
Zu seinen roten Kindern sprach er mild, –
    Er liebt sie ja: geht weiter, weiter! hört!
    Sonst tret' ich euch, so wie im Forst das Wild.
Er stieß sie mit dem Fuße, unerhört!
    Den Oconih hinüber; dann zertrat er
    Die Gräber ihrer Väter ungestört.
Und immer war er unser großer Vater
    Und liebte seine roten Kinder sehr,
    Und ihnen wiederum zu wissen that er:
Ihr seid mir noch zu nah, entfernt euch mehr.
    Eins war, wie jetzt, schon damals zu bedauern:
    Es fanden Schlechte sich in unserm Heer.
Die sah man um der Väter Gräber trauern,
    Und finstern Sinnes schleichen in die Runde,
    Und um den Fußtritt unsers Vaters lauern.
Und ihre Zähne bissen eine Wunde
    In seinen Fuß; da liebt er uns nicht minder,
    Doch ward er bös' auf uns zur selben Stunde.
Da trieb er mit Kanonen uns geschwinder,
    Weil träg' er uns und ungelehrig fand:
    Und dennoch liebt' er seine roten Kinder.
Wie unsern großen Vater ich verstand,
    Am Tag er zu uns sprach im Zorne sein:
    Geht weiter abwärts, dort ist schönes Land;
So sprach er auch: dies Land soll euer sein,
    So lang' ihm nicht des Himmels Tau gebricht,
    So lang' es grünet in der Sonne Schein.
Gehöret hab' ich, was er heute spricht;
    Er spricht: das Land, das ihr zur Zeit bewohnet,
    Nicht euer ist es, es gehört euch nicht.
Durchkreuzt den Missisippi, drüben lohnet
    Das Wild dem Jäger, euch gehört der Ort;
    Wohnt dort, so lang' die Sonn' am Himmel thronet.
Wird unser großer Vater nicht auch dort
    Zu uns hinüberreichen? – Nein, er sagt,
    Er werde nicht, und Wahrheit ist sein Wort. –
Ihr Brüder, unser großer Vater klagt,
    Daß unsre schlechten Menschen ihn betrübt,
    Mit Mord an einen Weißen sich gewagt. –
Wo sind die roten Kinder, die er liebt?
    So zahlreich wie im Walde sonst das Laub,
    Wie kommt's, daß ihre Zahl wie Laub zerstiebt?
Ach! seinen weißen Kriegern sind zum Raub
    Gar viele worden, viele sind erschlagen,
    Und viele trat sein Fuß selbst in den Staub.
Ich habe, Brüder, weiter nichts zu sagen.

Aldebert von Chamisso

La tyrannie des riches dans les républiques (Thomas More, L'Utopie)

17 Octobre 2014 , Rédigé par Béthune

"Ce n'est pas tout. Les riches diminuent, chaque jour, de quelque chose le salaire des pauvres, non seulement par des menées frauduleuses, mais encore en publiant des lois à cet effet. Récompenser si mal ceux qui méritent le mieux de la république semble d'abord une injustice évidente ; mais les riches ont fait une justice de cette monstruosité en la sanctionnant par des lois.
C'est pourquoi, lorsque j'envisage et j'observe les républiques aujourd'hui les plus florissantes, je n'y vois, Dieu me pardonne ! qu'une certaine conspiration des riches faisant au mieux leurs affaires sous le nom et le titre fastueux de république. Les conjurés cherchent par toutes les ruses et par tous les moyens possibles à atteindre ce double but: Premièrement, s'assurer la possession certaine et indéfinie d'une fortune plus ou moins mal acquise ; secondement, abuser de la misère des pauvres, abuser de leurs personnes, et acheter au plus bas prix possible leur industrie et leurs labeurs. Et ces machinations décrétées par les riches au nom de l'État, et par conséquent au nom même des pauvres, sont devenues des lois."

Thomas More, l'Utopie (1516)

Michel Serres : " La société préfère son argent à ses enfants "

17 Octobre 2014 , Rédigé par Béthune

Pour vous qui affirmez n'être ni économiste ni financier et qui trouvez le discours économique trop envahissant, est-ce que cette crise a changé votre point de vue ?

 

Cette crise financière n'est qu'un des multiples feux rouges qui s'est allumé. Mais si on pense que c'est le seul, on se trompe. Citez-moi aujourd'hui, je vous prie, ce qui n'est pas en crise. Je suis universitaire ; j'enseigne dans de nombreuses universités dans le monde. L'université est en crise mondiale depuis vingt-cinq ans. La planète est en crise écologique ; tout le monde le sait. La santé, les hôpitaux sont en crise. Je ne vois pas de lieu de notre habitat qui ne soit pas dans une crise aussi considérable que celle que vous notez pour la finance et l'économie.

Est-ce que l'ampleur de la tempête de l'automne a modifié un peu votre vision ?

Si nous nous étions vus n'importe quand au cours des vingt-cinq dernières années j'aurais pu vous décrire l'ampleur de la tempête que subissent les instituteurs, les professeurs du secondaire et du supérieur. La génération a changé, le savoir a changé, la transmission a changé... Ce que nous avons subi dans l'enseignement est un tsunami de la même importance que ce que vous avez vécu dans la finance. La vôtre de crise a fait plus de bruit, mais la société n'a pas prêté au tsunami vécu par ses enfants une attention à la mesure de l'événement. Elle préfère son argent à ses enfants. Je me dis souvent que les gens ne se rendent pas compte de ce que vont être les prochaines générations adultes. Je vois l'importance de votre crise, les milliards en jeu, l'effondrement de certaines fortunes. Mais avez-vous conscience de l'effondrement des savoirs ? Il n'y a plus de latin, il n'y a plus de grec, il n'y a plus de poésie, il n'y a plus d'enseignement littéraire. L'enseignement des sciences est en train de s'effondrer partout.

Ce n'est pas une crise française celle-là non plus ?

Erreur colossale. J'enseigne aux Etats-Unis. L'effondrement est beaucoup plus important aux Etats-Unis. Tous les enseignements secondaires se sont effondrés. Tout le monde croit que c'est la faute de tel ministre. Elle a commencé en 1968 cette crise, elle était mondiale, elle reste mondiale. Vous voulez que je vous en donne une autre, de crise ? Nous étions 40 % d'agriculteurs parmi les actifs en 1900 et sur les 60 % autres combien de métiers étaient en liaison avec l'agriculture ? Aujourd'hui, en France, les agriculteurs sont moins de 4 %. C'est un autre tsunami gigantesque. Quand je suis né, nous étions un milliard et demi sur la Terre. Nous sommes sept milliards bientôt. Toutes ces crises ­débutent après la Seconde Guerre mondiale et commencent à se voir dans la décennie 1960-1970. Tout bouge en même temps : l'agriculture, la religion... Vatican 2, c'est l'amorce d'une crise formidable du catholicisme. On assiste à la précipitation des intégrismes dans la plupart des monothéismes. Il y a une crise du militaire. Il existe dans le monde une hyperpuissance - personne ne pourrait faire la guerre aux Etats-Unis - qui dépense 1.000 milliards pour une guerre contre un des pays les plus faibles du monde - l'Irak - et qui ne la gagne pas. C'est l'" Homo sapiens " qui s'est complètement transformé depuis cinquante ans. Ce n'est pas la société qui a changé, c'est la condition humaine. Regardez l'espérance de vie qui est passée en quelques générations de 30 ans à 75 ans. Beaucoup d'hommes atteignent la soixantaine sans avoir jamais souffert. Le corps a changé, le rapport à la nature a changé, le rapport à la naissance et à la mort a changé et rien n'a changé dans nos institutions politiques et économiques. Les institutions font comme si rien n'avait changé et vous ne voudriez pas que ce soit une crise ? Les politiques mais aussi les médias et les entreprises font comme si on était en 1950.

La faute à qui ?

C'est la faute des philosophes. Les philosophes n'ont pas vu l'ampleur des changements du monde. Pourquoi ? Parce qu'ils étaient engagés depuis Sartre dans la politique. On est pourtant dans une des périodes les plus passionnantes qu'on ait vécues. Je vois toutes les institutions comme vraiment des dinosaures

Notre actuel président est pourtant réputé moderne. Si on le compare au général de Gaulle par exemple. Qu'en pensez-vous ?

C'est la même chose. Je dirais même que le général de Gaulle était plus moderniste. Il a fait la Caravelle, la bombe atomique, le marché commun... Ce n'est pas parce que le piétinement est énervé que ce n'est pas un piétinement. Cela dit, je ne jette la pierre à personne ; il est extrêmement difficile dans une période comme celle-ci de voir la sortie. Je vois où on est mais je n'ai pas de solution à vous donner.

Après la crise de 1929, souvent évoquée à propos de la crise actuelle, il y a eu la montée des fascismes et la guerre. Vous exprimez souvent l'angoisse de la guerre dans vos livres.

J'ai écrit " La Guerre mondiale " pour pointer que la guerre que nous faisons aujourd'hui n'est pas une guerre entre les hommes mais la guerre que les hommes font au monde. Notre rapport à la planète est un rapport de terrorisme. Nous sommes en train de gagner cette guerre contre le monde, c'est-à-dire de la perdre.

Mais la guerre entre les hommes ? Vous semblez faire une grande confiance à l'idée que l'Europe nous protège.

Je suis né en 1930 d'un père gazé à Verdun et d'une mère qui a été la seule à se marier dans son collège parce que tous les fiancés possibles étaient morts. J'ai vécu 1936, 1940, la guerre d'Algérie, Suez.. Entre ma naissance et trente ans, ça a été la guerre, la guerre, la guerre... Mais, depuis, la France est en paix. Elle est en paix depuis plus de soixante ans, ce qui n'est jamais arrivé depuis la guerre de Troie. Je me souviens, à Stanford, un jour avant la guerre en Irak, j'avais découpé une photo d'un sommet de chefs de gouvernement que je montrais à mes étudiants : Bush junior, Blair et Aznar. Ces trois jeunes gens vont faire la guerre et ils n'ont jamais connu la guerre. C'est une nouveauté très importante.

Revenons à la guerre contre la planète qui commence à inquiéter beaucoup de monde.

Je crois que cette crise-là est vraiment nouvelle et que c'est elle qui va changer le monde. Si le changement passe quelque part, il va passer par là. C'est pour cela que j'ai beaucoup écrit là-dessus. Tout le monde a la conscience vive de l'importance du problème aujourd'hui.

Même aux Etats-Unis ?

Les Etats-Unis étaient en retard. Il y avait encore aux Etats Unis il y a deux ans des gens qui pensaient que l'écologie était un complot contre l'Amérique.

Quand vous en parlez devant vos étudiants aux Etats-Unis, vous avez des réactions très différentes de ce qu'elles sont en France ?

Quand on enseigne, il n'y a plus d'auditoires nationaux. C'est la composition du cocktail de nationalités qui varie...

Quand on vous lit, on a parfois l'impression que vous êtes favorable à la décroissance pour résoudre le problème...

Je ne sais pas, je ne suis pas sûr, mais j'ai envie de vous parler de la disparition des dinosaures. On adore discuter des raisons pour lesquelles les dinosaures sont morts. Mais c'est tout simple : ils ont disparu parce qu'ils croissaient. C'est leur taille qui les a tués. La vie ne peut pas excéder une certaine taille. On meurt de croissance. Montesquieu se demande quelles sont les causes de la décadence des Romains. Mais c'est tout simple. Les Romains ont été victimes de leur grandeur. La taille de l'Empire romain est devenue telle qu'il ne pouvait que s'effondrer. Dans l'économie, je ne sais pas, mais, dans la vie, croissez, croissez, vous périrez. C'est " Le Lion et le Moucheron " de La Fontaine. Le lion ne peut rien contre le moucheron. Une autre intuition sur notre rapport à la nature. Dans l'histoire des sciences, on voit bien qu'il y a des disciplines qui forment le centre de gravité du savoir à un moment donné. Avant, c'était la mécanique ; maintenant, ce sont les sciences du vivant. Demain, l'économie sera centrée sur les sciences du vivant et pas sur la mécanique. Cela, je peux le dire. Dépêchez-vous de changer vos investissements.

Vous accordez beaucoup d'importance au droit. Notre monde a beaucoup de problèmes de régulation : finance, droits d'auteur sur Internet...

Dans une société, il y a des zones de droit et des zones de non-droit. La forêt était jadis une zone de non-droit infestée de malandrins et de voleurs. Un jour, pourtant, un voyageur traversant la forêt de Sherwood constata que tous les voleurs portaient une sorte d'uniforme ; ils portaient tous un chapeau vert et ils étaient sous le commandement de Robin Hood. Robin, qu'est-ce que ça veut dire ? Celui qui porte la robe du juge. Robin incarne le droit qui est en train de naître dans un lieu où il n'y avait pas de droit. Toutes les lois qu'on veut faire sur les droits d'auteur et la propriété sur Internet, c'est de la rigolade. Internet est un lieu de non-droit comme la forêt dont nous parlions. Or un droit qui existe dans un lieu de droit n'est jamais valable dans un lieu de non-droit. Il faut que dans ce lieu de non-droit émerge un nouveau droit. Dans le monde de demain doit émerger un nouveau droit. Si vous voulez réguler le monde d'aujourd'hui avec le vieux droit, vous allez échouer, exactement comme on a fait sur Internet. Il faut attendre que dans la forêt d'Internet on puisse inventer un droit nouveau sur ce lieu de non-droit. Plus généralement, dans cette crise qui fait entrevoir un nouveau monde, ce n'est pas le droit ancien qui va prévaloir.

Vous avez écrit qu'il nous manque un droit de la Terre.

Oui, c'est cela que j'ai voulu dire en écrivant " Le Contrat naturel ". Pour avoir avec la planète non des relations de parasite mais des relations de symbiose, il faut passer contrat.

Vous n'imaginez pas une organisation internationale édictant ce nouveau droit ?

Je me souviens d'un dialogue avec l'ancien secrétaire général de l'ONU, Boutros Boutros-Ghali. Chaque fois que je parle de l'eau, me disait-il, mes interlocuteurs me répondent qu'ils ne sont pas là pour parler de l'eau mais pour défendre les intérêts du pays qu'ils représentent. Tant qu'il y aura des institutions intergouvernementales, la Terre ne sera pas représentée. Regardez ce qui se passe pour les poissons. Nous discutons des quotas de pêche avec les autres pays européens pour en avoir le plus possible. Pendant ce temps les poissons disparaissent. Les poissons n'ont pas la parole. Eh bien, moi, je suis pour cette utopie, que les poissons aient la parole. Je voudrais une institution mondiale qui représente l'eau, la terre, le feu... le vivant. Il faudrait des savants qui aient fait le serment de ne pas représenter un pays, une idéologie, une entreprise... et qui représentent les poissons et l'air et l'eau. Les institutions internationales aussi sont peuplées de dinosaures. On a envoyé un politique pour représenter la France pour les pôles ! Vous rendez-vous compte ? J'aime beaucoup Michel Rocard mais il connaît les pôles comme moi le coréen.

Finalement, vous nous avez peu cité La Fontaine que vous aimez tant le faire. La situation économique ne s'y prête pas ?

Le patron d'une très grande banque française qui est mon ami m'a invité à déjeuner il y a quelque temps. Il était très ennuyé par cette crise. " Ecoute, lui dis-je, que les Américains aient fait tous ces prêts aventureux, je le comprends ; ils n'ont jamais appris à l'école "La Laitière et le pot au lait". Mais, toi, tu le sais que le pot va tomber de la tête à un certain moment. Pourquoi ta banque a-t-elle pris des risques pareils alors que tu le sais par coeur ? " Toutes les bulles crèvent. " La Laitière et le pot au lait ", c'est un raisonnement financier parfait. Elle raisonne exactement comme un golden boy."

Source: http://www.lesechos.fr/info/inter/300371103-michel-serres-----la-societe-prefere-son-argent-a-ses-enfants--.htm

Et merci à Anne Kling qui a mis cette entrevue sur son site: http://france-licratisee.hautetfort.com/entretiens/

Paul Léautaud: un aristocrate de l'esprit

17 Octobre 2014 , Rédigé par Béthune

« Pourquoi faire part de nos opinions ? Demain, nous en aurons changé. » (juillet 95)

« Je suis toujours resté dans mon coin. Je n'ai fréquenté ni les cafés littéraires ni les salons. Je suis critique dramatique et quand je vais au théâtre je ne connais personne et bien peu de gens me connaissent. Je ne vais jamais déjeuner ni dîner en ville, au milieu de gens qui recherchent la société des gens de lettres. (...) Cela m'a sauvé des compliments et de la vanité. Cela m'a sauvé aussi de la gravité et du danger de me prendre au sérieux, convaincu de mes mérites. De même que ma sauvagerie et mon isolement m'ont conservé ma liberté d'esprit, elles m'ont aussi préservé de la sottise de l'esprit. » (30.01.23)

« Cela m'a rappelé ce que m'a dit une fois Vallette, un jour que nous parlions politique (pour employer un mot commode). « Au fond, vous êtes un aristocrate. Tous vos faits et gestes, vos façons d'agir, le prouvent. » C'est vrai tout au moins dans le domaine des choses de l'esprit. » (01.03.24)

« Je ne sais plus comment je suis venu à parler ensuite de la Russie, où voilà maintenant qu'on apprend au peuple la notion de la Patrie et la nécessité de mourir pour elle, ce que j'ai dit en éclatant de rire, rappelant combien j'ai dit, dès le premier jour, que la Révolution russe, c'est la Révolution française, la pre­mière voulant bolcheviser l'univers, tout comme la seconde voulait porter la liberté à tous les peuples. » (02.09.27
« Comme j'ignorais que Albin Michel habite Bourg-la-Reine, je dis à Vallette : « Ah ! il habite Bourg-la-Reine ? - Oui. Pour le bon air. Et le dimanche, il chasse le sanglier. Il en a même tué trois dimanche dernier. - Curieux tout de même, ces gens placides, ces petits bourgeois comme vous et moi, qui trouvent ainsi du plaisir à aller tuer. » Pas de réponse de Vallette. Moi je le dis carrément d'Albin Michel et ses pareils : Imbéciles ! » (21.01.30)

« Il n'y a rien à espérer. La bassesse humaine est sans bornes. La cruauté, la bêtise également. Voici ce que je lis dans Le Soir d'avant-hier samedi. Un film sur la guerre Japon-Chine. Des avions laissent tomber des bombes qui éventrent des gens, incendient des quartiers entiers et des gens applaudissent. Pas même le réflexe qui fait qu’on pense à soi en pareille circonstance. Encore moins alors la pitié des victimes. » (29.02.32)

« Je le dis souvent, je le disais encore ce matin à René Dumesnil : on ne vivrait plus si on ne s'arrêtait pas de penser à tout ce qui se passe de cruautés, bêtes et hommes, sur la surface du globe. » (23.11.36)
« Arrêtée là, une sorte de fourgon d'où j'entends, en m'approchant, des aboiements de chiens. Je devine aussitôt ce que c'est. Le trottoir obstrué. Je descends sur la chaussée, et je remonte sur le trottoir, à l'extrémité du camion. On en descend des chiens, tenus à la chaîne, qu'un garçon de laboratoire, reconnaissable à sa blouse blanche, prenait pour les emmener dans le bâtiment. (...) Je me suis arrêté : « Bandits. Si c'est possible de faire un pareil métier ! Bandits ! Vous êtes des bandits. Je tiens vos savants pour plus bas que des apaches. Bandits ! » J'ai repris mon chemin. Après dix pas, je suis revenu, et j'ai recommencé, plus virulent, plus indigné encore. » (12.01.37)

« (...) j'ai été conquis aux Vendéens, aux Chouans, par leur guerre de liberté, sur laquelle j'ai lu bien des ouvrages. S'il m'était possible d'aller finir ma vie quelque part dans un coin tranquille, ce serait en Bretagne ou en Vendée, alors que je ne dépenserais pas dix francs pour aller dans le Midi, bor­delais ou provençal. De même qu'il n'y a qu'un pays au monde que j'aurais voulu voir : l'Angleterre. D'où cela me vient-il ? (21.03.40)


« (...) la guerre consiste uniquement à faire s’entretuer de pauvres diables qui n'en peuvent mais, et qu'on pousse à la tuerie à moitié ivres, et le gendarme derrière eux avec son revolver pour les faire avancer. Je l'amène finalement à mon point de vue : la seule attitude pour des gens comme nous : silence, méfiance et mépris.
Il paraît que Gide a écrit au gouvernement pour offrir ses services pour la propagande. Ce serait joli, la propagande de ce protestant homosexuel, entortillé et pervers. [démenti du journaliste le 24.10, invention du journaliste.] » (17.10.39)

Non seulement je ne suis pas démocrate. Non seulement je ne suis pas pour l'égalité (qui, au reste, n'existe pas), mais je suis pour les privilèges. » (18.07.41)
 

Extrait de l'anthologie et MERCI à Loïc Decrauze: http://paul-leautaud.blogspot.fr/2009/05/constantes-du-caractere.html

Itsumo Nando Demo [ いつも何度でも ] Aria finale du Voyage de Chihiro d'Hayao Miyazaki

12 Octobre 2014 , Rédigé par POC

Yumi Kimura chante l'aria finale du film d'Hayao Miyazaki: Le voyage de Chihiro:

http://www.youtube.com/watch?v=pOq6nWd5XFI

Paroles: Kakku Wakako

Musique: Kimura Yumi

 

Yondeiru mune no dokoka okude
Itsumo kokoro odoru yume wo mitai
Kanashimi wa kazoekirenai keredo
Sono mukô de kitto anata ni aeru

Kurikaesu ayamachi no sono tabi hito wa
Tada aoi sora no aosa wo shiru
Hateshinaku michi wa tsuzuite mieru keredo
Kono ryôte wa hikari wo idakeru

Sayonara no toki no shizuka na mune
Zero ni naru karada ga mimi wo sumaseru
Ikiteiru fushigi shindeyuku fushigi
Hana mo kaze mo machi mo minna onaji

Yondeiru mune no dokoka okude
Itsumo nando demo yume wo egakô
Kanashimi no kazu wo iitsukusu yori
Onaji kuchibiru de sotto utaô

Tojiteyuku omoide no sono naka ni itsumo
Wasuretakunai sasayaki wo kiku
Konagona ni kudakareta kagami no ue ni mo
Atarashii keishiki ga utsusareru

Hajimari no asa no shizuka na mado
Zero ni naru karada mitasarete yuke
Umi no kanata ni wa mô sagasanai
Kagayaku mono wa itsumo koko ni
Watashi no naka ni mitsukerareta kara

 

Elle m'appelle, cette voix, tout au fond de mon coeur
Je voudrais ne rêver que de rêves qui m'exaltent
J'ai traversé des océans de tristesse
Mais je sais que sur l'autre rive, je te rencontrerai sûrement

Je suis ce voyageur qui répète les mêmes erreurs
Mais qui connaît le bleu du ciel pour l'avoir exploré à chaque chute
Le chemin semble long et interminable, mais je peux, de ces deux bras, étreindre la lumière

Mon coeur cesse de battre quand je te dis adieu
Mon corps vide et silencieux tend l'oreille vers le monde
Le merveilleux de la vie, le merveilleux de la mort
Les fleurs, le vent et les villes
Participent du même merveilleux

Elle m'appelle, cette voix tout au fond de mon coeur
Rêvons toujours les mêmes rêves aimés
Plutôt que d'énumérer la ritournelle des malheurs
Servons-nous des mêmes lèvres pour chanter joyeusement

Cette voix enfermée dans chaque souvenir
Continuons d'en écouter et d'en garder précieusement le chuchotement
Au-dessus du miroir brisé en mille morceaux
Des milliers de nouveaux paysages sont maintenant reflétés

A travers la fenêtre paisible du premier matin
Mon corps vide et silencieux va s'emplir d'une vie nouvelle
Plus besoin de chercher au-delà des mers
L'étincelle du bonheur est là, tout près
Je l'ai enfin trouvée,
Elle est au fond de moi

Source: http://www.nautiljon.com/paroles/kimura+yumi/itsumo+nando+demo.html

Le monde enchanté d'Evelyne Landau, par Pierre-Olivier Combelles (Le Courrier de la Nature N°285, septembre-octobre 2014)

10 Octobre 2014 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur Eau,

qui est très utile et très humble,

précieuse et chaste.

Saint François d'Assise, Cantique de frère Soleil ou des Créatures

 

Évelyne Landau est photographe. Elle a longtemps habité la ville où elle a photographiait, en noir et blanc, les paysages citadins, l'architecture, les jeux de la lumière sur les surfaces, les volumes et les décors urbains. En 1995, elle découvre l'Islande puis en 1998 les Rocheuses (Yukon). Émerveillée par les plantes et les lichens de la toundra, elle se met alors à la couleur pour photographier la nature.

De retour en France, elle s'installe à la campagne, dans un petit village des Yvelines. La curiosité et les sens en éveil, elle arpente la forêt de Rambouillet qui l'entoure, ici et maintenant. Évelyne photographie les arbres, les écorces, les insectes, les plumes délicates abandonnées par les oiseaux, posées sur le sol, parmi les plantes, comme des vêtements de prix. Mais ce qui la fascine le plus, c'est l'eau, présente partout dans cette forêt humide où les rus, les mares et les étangs abondent. (...)

Pierre-Olivier Combelles

 

Extrait de l'article: Le monde enchanté d'Evelyne Landau, Le Courrier de la Nature (revue de la Société Nationale de Protection de la Nature) N°285, septembre-octobre 2014: http://www.snpn.com/spip.php?article2066

Site d'Evelyne Landau: http://www.evya-photographe.com/

Remous, photographie par Evelyne Landau

Remous, photographie par Evelyne Landau

Patrick Modiano: le roi nu

10 Octobre 2014 , Rédigé par Béthune

Patrick Modiano n'a presque rien à dire, mais il le fait si bien qu'il en a fait toute une carrière, comme "le pantalon à une jambe" de Jacques Attali:

http://www.youtube.com/watch?v=H-VXWX-_CuM

Le  jury du Nobel s'est laissé convaincre à son tour et lui a décerné son prix de Littérature 2014.

Le vide couronne le vide.

A moins que la nomination de Patrick Modiano soit politique, parce qu'il s'appelle Modiano et que quand on s'appelle Modiano, on est forcément un génie ?...

Jean Rostand avait déjà écrit (je cite de mémoire): "Il y a ceux qui encensent les criminels: Jean Genet. Il y a ceux qui encensent ceux qui encensent les criminels: Jean-Paul Sartre. Il y a ceux qui couronnent ceux qui encensent ceux qui encensent les criminels: le jury du Prix Nobel."

Mystérieuse splendeur des choses vitales (Jean Rostand)

10 Octobre 2014 , Rédigé par POC

Mystérieuse splendeur des choses vitales. Beauté inimitable, inintelligible, impossédable..
Aimer, c'est ne pas pouvoir posséder.

(Carnet d'un biologiste, p.97, Stock, 1959)

 

Extrait de l'utilissime choix de pensées de Jean Rostand, ce grand biologiste, écrivain et moraliste francais: http://www.gilles-jobin.org/citations/?P=r&au=304

"Voyez mes frères, le printemps est venu..." (Sitting Bull)

8 Octobre 2014 , Rédigé par Béthune

"Voyez  Mes frères, le printemps est venu ; la terre a reçu l'étreinte du soleil, et nous verrons bientôt les fruits de cet amour! Chaque graine s'éveille et de même chaque animal prend vie. C'est à ce mystérieux pouvoir que nous devons nous aussi notre existence ; c'est pourquoi nous concédons à nos voisins, même à nos voisins animaux, le même droit qu'à nous d'habiter cette terre. Pourtant, écoutez-moi, vous tous, nous avons maintenant affaire à une autre race, petite et faible quand nos pères l'on rencontrée pour la première fois, mais aujourd'hui grande et arrogante. Assez étrangement, ils ont dans l'idée de cultiver le sol et l'amour de posséder est chez eux une maladie. Ces gens-là ont établi beaucoup de règles que les riches peuvent briser mais non les pauvres. Ils prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent. Ils revendiquent notre mère à tous, la terre, pour leur propre usage et se barricadent contre leurs voisins ; ils la défigurent avec leurs constructions et leurs ordures. Cette nation est pareille à un torrent de neige fondue qui sort de son lit et détruit tout sur son passage. Nous ne pouvons vivre côte à côte."

 

Discours  qui  aurait été prononcé par  Sitting Bull (Tatanka Iyotaka) en 1875
 

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