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Le Rouge et le Blanc, ou le Fil d'Ariane d'un voyageur naturaliste

Le Cardinal Mindszenty, par Jean d'Ormesson

25 Novembre 2018 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Le Cardinal József Mindszenty  né (József Pehm) le 29 mars 1892 à Csehimindszent (Autriche-Hongrie) et mort le 6 mai 1975 à Vienne.

Le Cardinal József Mindszenty né (József Pehm) le 29 mars 1892 à Csehimindszent (Autriche-Hongrie) et mort le 6 mai 1975 à Vienne.

Le Cardinal Mindszenty, par Jean d'Ormesson
Préface de Jean d'Ormesson aux Mémoires du Cardinal Mindszenty - Des prisons d'Hitler et de Staline... à l'exil. (La Table Ronde, Paris, 1974.

Préface de Jean d'Ormesson aux Mémoires du Cardinal Mindszenty - Des prisons d'Hitler et de Staline... à l'exil. (La Table Ronde, Paris, 1974.

Le Cardinal Mindszenty, par Jean d'Ormesson
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Une lettre de Jean-Claude Michéa à propos du mouvement des Gilets jaunes

23 Novembre 2018 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Le 21 novembre 2018

Chers Amis,

Juste ces quelques mots très brefs et donc très lapidaires – car ici, on est un peu débordés par la préparation de l’hiver (bois à couper, plantes et arbres à pailler etc.). Je suis évidemment d’accord avec l’ensemble de vos remarques, ainsi qu’avec la plupart des thèses de Lieux communs (seule la dernière phrase me paraît un peu faible en raison de son « occidentalisme » : il existe aussi, bien entendu, une véritable culture de l’émancipation populaire en Asie, en Afrique ou en Amérique latine !).

Le mouvement des « gilets jaunes » (bel exemple, au passage, de cette inventivité populaire que j’annonçais dans Les Mystères de la gauche) est, d’une certaine manière, l’exact contraire de « Nuit Debout ». Ce dernier mouvement, en simplifiant, était en effet d’abord une tentative – d’ailleurs encouragée par une grande partie de la presse bourgeoise – des « 10 % » (autrement dit, ceux qui sont préposés – ou se préparent à l’être – à l’encadrement technique, politique et « culturel » du capitalisme moderne), pour désamorcer la critique radicale du Système, en dirigeant toute l’attention politique sur le seul pouvoir (certes décisif) de Wall Street et des fameux « 1 % ». Une révolte, par conséquent, de ces urbains hypermobiles et surdiplômés (même si une fraction minoritaire de ces nouvelles classes moyennes commence à connaître, ici ou là, une certaine « précarisation ») et qui constituent, depuis l’ère Mitterrand, le principal vivier dans lequel se recrutent les cadres de la gauche et de l’extrême gauche libérales (et, notamment, de ses secteurs les plus ouvertement contre-révolutionnaires et antipopulaires : Regards, Politis, NP“A”, Université Paris VIII etc.). Ici, au contraire, ce sont bien ceux d’en bas (tels que les analysait Christophe Guilluy – d’ailleurs curieusement absent, jusqu’ici, de tous les talk-shows télévisés, au profit, entre autres comiques, du réformiste sous-keynésien Besancenot), qui se révoltent, avec déjà suffisamment de conscience révolutionnaire pour refuser d’avoir encore à choisir entre exploiteurs de gauche et exploiteurs de droite (c’est d’ailleurs ainsi que Podemos avait commencé en 2011, avant que les Clémentine Autain et les Benoît Hamon du cru ne réussissent à enterrer ce mouvement prometteur en le coupant progressivement de ses bases populaires).

Quant à l’argument des « écologistes » de cour – ceux qui préparent cette « transition énergétique » qui consiste avant tout, comme Guillaume Pitron l’a bien montré dans La Guerre des métaux rares, à délocaliser la pollution des pays occidentaux dans les pays du Sud, selon lequel ce mouvement spontané ne serait porté que par « une idéologie de la bagnole » et par « des gars qui fument des clopes et roulent en diesel », il est aussi absurde qu’immonde : il est clair, en effet, que la plupart des Gilets jaunes n’éprouvent aucun plaisir à devoir prendre leur voiture pour aller travailler chaque jour à 50 km de chez eux, à aller faire leurs courses au seul centre commercial existant dans leur région et généralement situé en pleine nature à 20 km, ou encore à se rendre chez le seul médecin qui n’a pas encore pris sa retraite et dont le cabinet se trouve à 10 km de leur lieu d’habitation. (J’emprunte tous ces exemples à mon expérience landaise ! J’ai même un voisin, qui vit avec 600 € par mois et qui doit calculer le jour du mois où il peut encore aller faire ses courses à Mont-de-Marsan, sans tomber en panne, en fonction de la quantité de diesel – cette essence des pauvres – qu’il a encore les moyens de s’acheter !) Gageons qu’ils sont au contraire les premiers à avoir compris que le vrai problème, c’était justement que la mise en œuvre systématique, depuis maintenant 40 ans, du programme libéral par les successifs gouvernements de gauche et de droite, a progressivement transformé leur village ou leur quartier en désert médical, dépourvu du moindre commerce de première nécessité, et où la première entreprise encore capable de leur offrir un vague emploi mal rémunéré se trouve désormais à des dizaines de kilomètres (s’il existe des « plans banlieues » – et c’est tant mieux – il n’y a évidemment jamais eu rien de tel pour ces villages et ces communes – où vit pourtant la majorité de la population française – officiellement promis à l’extinction par le « sens de l’histoire » et la « construction européenne » !).

Ce n’est donc évidemment pas la voiture en tant que telle – comme « signe » de leur prétendue intégration dans le monde de la consommation (ce ne sont pas des Lyonnais ou des Parisiens !) – que les Gilets jaunes défendent aujourd’hui. C’est simplement que leur voiture diesel achetée d’occasion (et que la Commission européenne essaye déjà de leur enlever en inventant sans cesse de nouvelles normes de « contrôle technique ») représente leur ultime possibilité de survivre, c’est-à-dire d’avoir encore un toit, un emploi et de quoi se nourrir, eux et leur famille, dans le système capitaliste tel qu’il est devenu, et tel qu’il profite de plus en plus aux gagnants de la mondialisation. Et dire que c’est d’abord cette gauche kérosène – celle qui navigue d’aéroport en aéroport pour porter dans les universités du monde entier (et dans tous les « Festival de Cannes ») la bonne parole « écologique » et « associative » qui ose leur faire la leçon sur ce point ! Décidément, ceux qui ne connaissent rien d’autre que leurs pauvres palais métropolitains n’auront jamais le centième de la décence qu’on peut encore rencontrer dans les chaumières (et là encore, c’est mon expérience landaise qui parle !).

La seule question que je me pose est donc de savoir jusqu’où un tel mouvement révolutionnaire (mouvement qui n’est pas sans rapport, dans sa naissance, son programme rassembleur et son mode de développement, avec la grande révolte du Midi de 1907) peut aller dans les tristes conditions politiques qui sont les nôtres. Car n’oublions pas qu’il a devant lui un gouvernement thatchérien de gauche (le principal conseiller de Macron est d’ailleurs Mathieu Laine – un homme d’affaires de la City de Londres et qui est, en France, le préfacier des œuvres de la sorcière Maggie), c’est-à-dire un gouvernement cynique et impavide, qui est clairement prêt – c’est sa grande différence avec tous ses prédécesseurs – à aller jusqu’aux pires extrémités pinochetistes (comme Maggie avec les mineurs gallois ou les grévistes de la faim irlandais) pour imposer sa « société de croissance » et ce pouvoir antidémocratique des juges, aujourd’hui triomphant, qui en est le corollaire obligé. Et, bien sûr, sans avoir quoi que ce soit à craindre, sur ce plan, du servile personnel médiatique français. Faut-il rappeler, en effet, qu’on compte déjà 3 morts, des centaines de blessés, dont certains dans un état très critique. Or, si ma mémoire est bonne, c’est bien à Mai 68 qu’il faut remonter pour retrouver un bilan humain comparable lors de manifestations populaires, du moins sur le sol métropolitain. Et pour autant, l’écho médiatique donné à ce fait effarant est-il, du moins pour l’instant, à la hauteur d’un tel drame ? Et qu’auraient d’ailleurs dit les chiens de garde de France Info si ce bilan (provisoire) avait été l’œuvre, par exemple, d’un Vladimir Poutine ou d’un Donald Trump ?

Enfin, last but not the least, on ne doit surtout pas oublier que si le mouvement des Gilets jaunes gagnait encore de l’ampleur (ou s’il conservait, comme c’est toujours le cas, le soutien de la grande majorité de la population), l’État benallo-macronien n’hésitera pas un seul instant à envoyer partout son Black Bloc et ses « antifas » (telle la fameuse « brigade rouge » de la grande époque) pour le discréditer par tous les moyens, où l’orienter vers des impasses politiques suicidaires (on a déjà vu, par exemple, comment l’État macronien avait procédé pour couper en très peu de temps l’expérience zadiste de Notre-Dame-des-Landes de ses soutiens populaires originels). Mais même si ce courageux mouvement se voyait provisoirement brisé par le PMA – le Parti des médias et de l’argent (PMA pour tous, telle est, en somme, la devise de nos M. Thiers d’aujourd’hui !) ; cela voudra dire, au pire, qu’il n’est qu’une répétition générale et le début d’un long combat à venir. Car la colère de ceux d’en bas (soutenus, je dois à nouveau le marteler, par 75 % de la population – et donc logiquement stigmatisé, à ce titre, par 95 % des chiens de garde médiatiques) ne retombera plus, tout simplement parce que ceux d’en bas n’en peuvent plus et ne veulent plus. Le peuple est donc définitivement en marche ! Et à moins d’en élire un autre (selon le vœu d’Éric Fassin, cet agent d’influence particulièrement actif de la trop célèbre French American Fondation), il n’est pas près de rentrer dans le rang. Que les Versaillais de gauche et de droite (pour reprendre la formule des proscrits de la Commune réfugiés à Londres) se le tiennent pour dit !

Très amicalement,
JC

Source: Les amis de Bartleby: https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2018/11/22/jean-claude-michea-une-lettre-a-propos-du-mouvement-des-gilets-jaunes%e2%80%89/#more-1561

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Une colère très politique, par Alain Benajam

22 Novembre 2018 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Parti de France, le mouvement de protestation populaire des Gilets jaunes s’étend. Des rassemblements contre une pression fiscale perçue comme inique ont eu lieu, non seulement en France, mais aussi en Belgique et en Bulgarie. La plupart des États membres de l’Union européenne poursuivent une hausse régulière de leurs prélèvements sociaux afin de payer une dette mystérieuse accumulée depuis les années 70.

Les Français semblent vouloir prendre en main leur propre destin et il y avait urgence. Le monde politico-médiatique ne pouvait plus rien pour lui que de lui lancer sa haine.

Il y a urgence car notre pays s’appauvrit à très grande vitesse selon une inexorable spirale déflationniste

La désindustrialisation de la France est massive, moi même ayant toujours travaillé dans l’industrie, je m’aperçois aujourd’hui que nombre de savoir-faire disparaissent avec les industries qui les supportaient et ce autant dans les industries mécaniques jadis fleuron de l’industrie française que dans les industries de l’électronique.

Une dette inique et inutile, obligatoirement appliquée à la France pour le rapport des intérêts qu’elle doit payer aux marchés financiers alourdit l’ensemble de la fiscalité française comme on le voit.

Il n’y a pas si longtemps la richesse française —et donc sa capacité de pouvoir supporter la dette— était soutenue par une florissante industrie. Celle-ci s’étant effondrée au profit de la Chine, ce ne sont plus que les classes moyennes qui doivent faire face à la pression financière. Dans le même temps la consommation s’écroule, les services de santé qui étaient parmi les meilleurs du monde sont également en passe de s’écrouler tout comme l’ensemble des services publics et du système éducatif.

Afin de parfaire la casse du système social français, un flot migratoire est organisé afin que des gens venant de toutes parts puissent sagement offrir leur force de travail à bas prix à la place des Français.

Les tenants du pouvoir, représentant en France le grand capital mondialiste et spéculateur, entretiennent une classe de « petit marquis » qui monopolise l’information et les médias en général. Celle-ci ne peut que déverser sa haine du peuple et ne proposer que la censure pour tenter d’endiguer les mécontentement.

Cela faisait très longtemps qu’un divorce aussi profond ne s’était pas creusé entre les élites intellectuelles et médiatiques et le peuple de France.

Le peuple de France a ainsi perdu confiance dans tout ce qui paraît être une institution, voyant même en elle une ennemie.

Le mouvement des « Gilets jaunes » se voulant apolitique au sens politicien du terme, alors qu’il est très politique au sens citoyen du terme, a rejeté l’appui de syndicats et de parti politiques déconsidérés. Il tape pourtant juste et fort contre la fiscalité inique, fiscalité dont la source est justement la dette, non pas la dette en soi qui est virtuelle, mais les intérêts qui doivent en être payés. Ce mouvement est inédit car utilisant un nouveau modèle d’organisation sociétale, le réseau et ses supports que sont les réseaux sociaux.

Que peut faire le pouvoir d’autre que de la répression et de la censure ? Il ne peut baisser les taxes sans faillir devant les marchés financiers, un modèle de faillite comme celui de la Grèce se met en place. Mais les Français accepteront-ils de subir le même sort que les Grecs. Cela n’est pas si sûr. Ce qui nous est proposé, c’est une normalisation dans une tiers-mondisation. Après avoir connu la prospérité à l’issue des « 30 glorieuses », les Français accepteront-ils de subir une paupérisation dont les limites sont insondables ?

Des hommes politiques nouveaux vont ils émerger de cette révolte ? Un système politique nouveau va t-il également en émerger car celui qui nous affecte nous a conduit directement au désastre.

Le peuple de France doit arracher le pouvoir à l’oligarchie mondialiste et à ses représentants « français ».

Cela ne sera pas simple, mais nous somme le peuple et celui-ci, uni, ne peut être vaincu.

Il est évident que tout ceci ne fait que commencer et la juste colère populaire ne peut s’éteindre.


Alain Benajam

Chef d’entreprise

Président de Réseau Voltaire France.

Réseau Voltaire | Paris (France) | 21 novembre 2018

Source: http://www.voltairenet.org/article204031.html

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Michel Onfray: "Le message clair des Gilets Jaunes à BHL"

21 Novembre 2018 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Dessin: Quino

Dessin: Quino

A l’heure où la France pauvre et modeste des Gilets jaunes fait savoir ses difficultés à se nourrir, à se loger, à se vêtir et son impossibilité d’offrir des sorties, des loisirs ou des vacances à ses enfants, Carlos Ghosn, grand patron français (mais aussi brésilien et libanais, il a la triple nationalité), se fait arrêter au Japon parce qu’il fraude le fisc… Pauvre chéri: il ne gagnait que 16 millions d’euros par an! Il lui fallait bien mettre un peu d’argent de côté s’il voulait survivre un peu…

   J’y vois un symbole de la paupérisation induite par ce libéralisme que Mitterrand fait entrer dans la bergerie française en 1983 avec les intellectuels médiatiques du moment, Nouveaux Philosophes en tête. Des pauvres de plus en plus pauvres et de plus en plus nombreux, puis des riches de plus en plus riches et de moins en moins nombreux: voilà ce qu’est la paupérisation. L’Empire maastrichtien est la créature des clones de Carlos Ghosn qui paupérisent à tour de bras. Macron est l’un d’entre eux.

   Les journalistes des médias dominants clament partout que le message des Gilets jaunes est confus, invisible, illisible, divers, diffus, multiple, contradictoire: non, il ne l’est pas. Il est même très clair: ce que dénoncent les Gilets jaunes, c’est tout simplement cela: la paupérisation.

(...)

Michel Onfray

Lisez la suite sur le site de Michel Onfray: https://michelonfray.com/interventions-hebdomadaires/le-message-clair-des-gilets-jaunes-a-bhl
 

"Il ne faut jamais prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont." Les Inconnus (devise de l'agence de publicité s'occupant de la campagne d'un candidat aux élections).

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"Bornéo, une île dévastée" par André Vltchek

17 Novembre 2018 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

(...)

Bornéo est aujourd’hui synonyme d’exploitation minière et forestière, ainsi que de terribles plantations qui ont déjà cannibalisé la majeure partie de son territoire. Rien n’y est produit, tout en a été extrait.

Les gens perdent leurs terres. Ils perdent leur santé, voire la vie. Le monde est en train de perdre ses « poumons » – les forêts tropicales – ou plus précisément, il les a déjà perdus tout autour de cet archipel vampirisé.

Capitalisme dérégulé, corruption morale et financière, entreprises multinationales sans freins, c’est une triste, voire une horrible réalité du pays, qui a totalement perdu ses racines.

Bornéo, semble-t-il, vit ses derniers jours. Toute l’Indonésie est proche de la fin, mais il est considéré comme « politiquement incorrect » de le mentionner en Occident, en particulier dans les médias grand public. Après tout, l’Indonésie est en train de se ruiner pour que l’Occident puisse prospérer. C’était comme ça pendant le colonialisme, et c’est de nouveau comme ça depuis le coup d’État militaire soutenu par les États-Unis en 1965.

Je travaille fébrilement à Bornéo : je filme, j’écris et je photographie. D’autres sont à mes côtés, essayant de m’aider. Allons-nous accomplir quelque chose ? J’espère que nous le ferons. Il le faudra bien, sinon, ici et ailleurs, tout sera fini, privatisé, commercialisé et finalement détruit.

Je travaille également en Afghanistan, au Moyen-Orient et dans plusieurs pays d’Afrique en ruines. Tout ici, à Bornéo, semble extrêmement familier. Est-ce vraiment la paix qui règne ici ? J’en doute fort. Pour moi, cela ressemble à une guerre, à une guerre extrêmement brutale. Cela ressemble à une guerre de tous contre tous, une guerre des peuples contre la nature, contre tous les êtres vivants et toutes les espèces ; une guerre contre les forêts et les rivières, et même contre la vie elle-même.

On dirait un cauchemar néocolonialiste. C’était autrefois le plus bel endroit d’Asie, aujourd’hui il est meurtri, carbonisé et dans une douleur terrible. Mais il respire encore ; il est vivant. Et ce qui est vivant vaut toujours la peine de se battre pour le sauver.

Andre Vltchek

Source et texte complet: http://www.afrique-asie.fr/genie-plastique-dafrique/

André Vltchek: "Revolutionary Optimism, Western Nihilism". Review by David William Pear (The Guardian): https://off-guardian.org/2018/08/08/revolutionary-optimism-western-nihilism-by-andre-vltchek-a-book-review/

André Vltchek: Japon : Hashima – L’histoire brutale de l’île la plus hantée sur terre: http://www.afrique-asie.fr/japon-hashima-lhistoire-brutale-de-lile-la-plus-hantee-sur-terre/

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La “crise des migrants” et le poids des structures, par Bruno Guigue

16 Novembre 2018 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Mercredi 26 septembre 2018

Ce qu’il est convenu d’appeler « la crise des migrants » est un phénomène à multiples facettes, mais il est rarement étudié en profondeur. Le commentaire dominant décrit les flux de population et les dilemmes qu’ils entraînent, mais on se garde bien d’indiquer la puissance des mécanismes qui les produisent. On préfère commenter la conjoncture plutôt qu’analyser les structures. Comme s’il fallait enfouir sa tête dans le sable, le rapport de causalité entre pauvreté et migration est le parent pauvre d’une couverture de la crise qui privilégie les querelles franco-françaises entre « mondialistes » et « populistes ». Si l’on prend la peine de s’y attarder, pourtant, on voit que cette crise résulte d’un état du monde dont les pays riches sont bénéficiaires, qu’elle est l’effet visible de l’échange inégal et qu’on n’y comprend rien si l’on ignore le poids des structures.

Pour commencer l’analyse, on peut partir d’un paradoxe : curieusement, ceux qui s’indignent de « l’invasion migratoire » sur le sol français ne voient aucun inconvénient à ce que la France soit présente militairement dans onze pays africains et que ses entreprises y fassent la pluie et le beau temps. Cette attitude a quelque chose de fascinant, parce qu’elle traduit une vision du monde où certains jouissent de privilèges dont on se demande s’ils sont déterminés par la race, le climat ou la latitude. Les relations entre la France et ses anciennes colonies africaines, en effet, n’ont rien d’une collaboration idyllique entre des nations souveraines, et l’histoire coloniale a tissé un réseau multiforme de dépendances dont les Africains se seraient volontiers passés si on leur avait demandé leur avis avant de les coloniser.

Parce qu’elles relèvent des structures, ces dépendances multiples, contrairement à une certaine doxa néocoloniale, s’exercent toujours au présent. Leur principal effet est de vider de sa substance l’indépendance nationale chèrement acquise lors des combats de la décolonisation. Un pays dont le PIB est inférieur au chiffre d’affaires d’une entreprise française, par exemple, jouit d’une souveraineté nominale, et non d’une souveraineté réelle. Et lorsqu’il faut négocier un contrat d’exploitation minière, l’ancienne métropole exerce une influence exorbitante sur les décisions politiques locales. La France défend ses intérêts, dira-t-on, et c’est bien naturel. Mais la question se pose de savoir si l’influence française est respectueuse des intérêts de ses partenaires. Edouard Philippe en sait quelque chose. Le contrat entre le consortium nucléaire Areva et le gouvernement du Niger a été signé alors qu’il était responsable des relations publiques du groupe. Jugé scandaleusement léonin - au profit d’Areva -, cet accord fut dénoncé par de nombreuses organisations nigériennes et il contribua à l’effervescence qui conduisit à une nouvelle révolte touareg en 2012 dans toute la région sahélienne.

Cette révolte provoqua la décomposition du pouvoir malien jusqu’à un coup d’Etat militaire qui fut le prélude à l’intervention militaire de la France dans le cadre de l’opération Serval, en janvier 2013. Depuis cette date, la présence militaire française au Sahel a généré deux effets pervers : le discrédit de gouvernements locaux incapables d’assurer la sécurité des populations et la croissance exponentielle des attentats terroristes dans toute la région. En théorie, la présence militaire française était censée juguler la terreur. Dans les faits, elle a progressé au même rythme, l’une justifiant l’autre. C’est pourquoi de nombreux Africains se demandent, à juste titre, si l’intervention de la France n’est pas le problème au lieu d’être la solution, et si la terreur n’est pas un alibi justifiant une présence armée qui coïncide étrangement avec de solides intérêts miniers.

Bref, les discours officiels ont beau répéter qu’on n’est plus au temps des colonies, il y a davantage de militaires français en Afrique en 2018 qu’au lendemain des indépendances en 1960. Ce retour à une situation quasi-coloniale passe comme une lettre à la poste dans l’Hexagone. Sa coïncidence avec la crise des migrants a pourtant de quoi laisser perplexe, d’autant qu’elle s’accompagne d’une singulière corrélation que personne n’a relevée : les pays d’Afrique aujourd’hui les plus pauvres sont ceux où l’armée française est la plus présente. Actuellement, la France mène des opérations militaires dans quatre pays africains : le Mali, le Niger, le Tchad et la République centrafricaine. Or trois de ces pays ont l’indice de développement humain (IDH) le plus faible du continent. Il s’élève à 0,352 pour la Centrafrique, 0,353 pour le Niger et 0,396 pour le Tchad. Quant au Mali, avec 0,442, son IDH est supérieur à celui des pays précités, mais il est largement inférieur à celui de la plupart des pays africains.

On rappellera que l’indice du développement humain est un indice synthétique combinant le PIB/habitant, le taux de scolarisation et l’espérance de vie. Inventé pour l’ONU par l’économiste indien Amartya Sen, il permet de mesurer le niveau de développement global d’un pays. A titre d’exemple, l’IDH le plus élevé du continent africain est celui de l’Algérie (0,745), pays qui a conquis sa souveraineté de haute lutte en affrontant l’armée française durant la guerre de libération (1954-1962). A l’opposé, le pays ayant l’IDH le plus faible (0,352) est la République centrafricaine, où l’armée française est omniprésente. Même si la corrélation est frappante, la présence des troupes françaises n’explique pas la pauvreté. Mais les pays africains de l’aire francophone qui ne parviennent pas à décoller, manifestement, sont le terrain de jeu d’une puissance néo-coloniale qui les maintient dans la dépendance et corrompt leurs dirigeants pour en exploiter les ressources minières. La présence militaire française est à la fois le symbole de cette dépendance et l’instrument de sa perpétuation.

Les adversaires de l’accueil des migrants en France - et en Europe - soulignent que ces demandeurs d’asile n’ont rien de réfugiés politiques et qu’ils fuient la misère. Ce n’est pas faux, mais il faut ajouter que la politique des pays européens – dont la France – n’est pas étrangère à cette misère. On sait depuis les travaux du regretté Samir Amin combien les mécanismes de l’échange inégal forgés sous la colonisation ont été cyniquement perpétués au lendemain des indépendances. Qu’il s’agisse de l’extraversion de l’économie des pays du sud - vouée à la mono-exportation de matières premières ou de denrées agricoles - ou de la soumission des Etats au joug impitoyable de la dette publique - dénoncée avec justesse par Thomas Sankara - , ces mécanismes mortifères n’ont pas disparu. Au contraire, ils se sont amplifiés et raffinés avec le temps. Pour le monde développé - et pour la France qui a préservé en Afrique son « pré carré » -, la Côte d’Ivoire est un réservoir de cacao et le Niger un réservoir d’uranium. Le prix de ces marchandises est fixé par les rapports de force internationaux - les fameuses lois du marché -, et non par la philanthropie des puissances occidentales, encore moins par les autorités des deux Etats concernés.

Prétendre que les troupes françaises stationnent dans les pays du Sahel pour des motifs chevaleresques – « sauver la démocratie » ou « endiguer l’obscurantisme » - est parfaitement risible. Les dirigeants français se soucient fort peu du sort des milliers d’enfants africains contraints de travailler dans les plantations de cacao pour des planteurs pris à la gorge par des négociants qui imposent, à leur tour, les tarifs exigés par les trois multinationales qui se partagent le marché mondial du chocolat. Ils ne s’inquiètent pas davantage des équilibres fragiles de la société sahélienne où l’exploitation éhontée des gisements d’uranium sur des territoires utilisés par les Touaregs a jeté les ferments de la guerre civile, sans parler des effets catastrophiques de la destruction délibérée de l’État libyen. Les structures de l’échange inégal pèsent sur les populations africaines comme une damnation et les poussent à l’exil pour échapper à la misère. Et c’est en refusant de voir cette réalité aveuglante, en ignorant ce poids des structures héritées de l’ère coloniale, qu’on s’interdit de comprendre les ressorts économiques de la question migratoire.

Le drame, c’est que ces ressorts économiques, hélas, ne sont pas les seuls. Non seulement les pays du sud subissent les termes de l’échange inégal, mais ils font les frais de l’ingérence étrangère. Le cas le plus flagrant est la Syrie, où une guerre par procuration est orchestrée par les puissances occidentales alliées aux pétromonarchies du Golfe. Avant la guerre, la Syrie était un pays autosuffisant sur le plan alimentaire et en voie d’industrialisation, avec une population éduquée et bénéficiant d’un système de santé moderne. La « stratégie du chaos » y a importé des hordes de mercenaires dont le gouvernement syrien, au bout de huit ans de guerre (2011-2018), parvient à peine à se débarrasser. Destinée à abattre un Etat qui refusait d’obéir, l’intervention impérialiste a condamné à l’exil cinq millions de personnes. En France, ceux qui s’affligent de cet exode massif portent eux-mêmes la responsabilité de l’ingérence qui en est la cause. Avec des variantes, bien entendu : à droite, on s’indigne de l’invasion migratoire ; à gauche, on fait vibrer la corde humanitaire.

Mais la Syrie n’est pas un cas isolé. Les pays où menace la famine sont ceux d’où proviennent la plupart des réfugiés. Or la faim n’est pas une fatalité qui pèserait sur des contrées abandonnées des dieux. Dressée par l’ONU, la liste des pays où la situation alimentaire est la plus critique parle d’elle-même : le Yémen, le Nigéria, le Sud-Soudan. Dans ces pays, c’est l’intervention étrangère qui a provoqué le chaos. La guerre civile et le terrorisme y ont ruiné les structures étatiques, banalisant une violence endémique et provoquant l’exode des populations. Au Yémen, l’agression saoudienne sponsorisée par l’Occident a fait 10 000 morts depuis mars 2015. Elle a déclenché une monstrueuse épidémie de choléra et elle menace de famine 8 millions de personnes. Ce désastre humanitaire sans précédent n’a rien d’une catastrophe naturelle : comme le drame syrien, c’est une co-production des puissances occidentales et des pétromonarchies du Golfe.

Au Nigéria, la situation chaotique dans laquelle est plongé le nord-est du pays gangrène toute la région. Des millions de personnes, fuyant les violences du groupe Boko Haram, s’entassent dans des camps de réfugiés. Alimenté par la propagande saoudienne, le terrorisme défie cet Etat, le plus peuplé du continent, qui comptera 440 millions d’habitants en 2050. Depuis la calamiteuse destruction de la Libye par l’OTAN, l’Afrique sub-saharienne - incluant le Mali, le Niger, le Tchad et la République centrafricaine - est le terrain de chasse préféré des djihadistes. Au Sud-Soudan, la proclamation de l’indépendance, en 2011, a débouché sur une guerre civile où deux camps rivaux se disputent le contrôle des richesses énergétiques. Cet Etat sécessionniste enclavé, coupé du nord auquel l’opposa une interminable guerre civile, est le fruit de la stratégie américaine dans la région. Cette création artificielle visait à contrecarrer l’influence du Soudan, inscrit par Washington sur la liste des « Etats voyous ». Aujourd’hui, le Sud-Soudan est un champ de ruines : des dizaines de milliers de morts, trois millions de réfugiés, cinq millions de personnes qui souffrent de malnutrition.

Pour compléter ce sinistre tableau, il faudrait ajouter, bien entendu, le résultat catastrophique des invasions de la Somalie (1992), de l’Afghanistan (2001) et de l’Irak (2003) par les troupes de l’oncle Sam, avec leur moisson de massacres et de destructions à grande échelle au nom de la « démocratie » et des « droits l’homme ». Il faudrait aussi dresser le bilan des embargos meurtriers décrétés par un Occident vassalisé par Washington contre des pays qui refusent de lui obéir, de Cuba à l’Irak, de la Syrie à l’Iran et au Vénézuéla. L’embargo, c’est l’arme des riches contre les pauvres, l’instrument cynique des pays développés qui interdisent aux autres de se développer à leur tour en les coupant des circuits commerciaux et financiers internationaux. Avec la destruction par voie militaire et la déstabilisation par la terreur importée, l’étranglement économique par l’embargo est la troisième arme figurant dans la panoplie de l’ingérence occidentale. Les milliers de Vénézuéliens qui fuient aujourd’hui leur pays agressé par les puissances occidentales avec la complicité de la bourgeoisie locale sont les dernières en date des victimes de cette guerre économique menée par les dirigeants des pays riches contre les populations des pays pauvres.

Il suffit de regarder une carte pour voir que l’exode des miséreux de la planète est le fruit amer des politiques occidentales. La « crise des migrants » dont se repaissent les médias est une coproduction à laquelle participent trois séries d’acteurs : les prédateurs néo-coloniaux des pays d’accueil, les élites corrompues des pays d’origine et les mafias esclavagistes des pays de transit. Aucune explication mono-causale ne pourra exonérer les uns ou les autres de leur responsabilité. Mais tant que sévira l’échange inégal, le poids des structures contribuera à creuser l’écart entre les riches et les pauvres. On préfère généralement ignorer la partie immergée de l’iceberg, mais il serait temps de s’y intéresser. Les migrants sont les laissés-pour-compte d’un monde inégal, et la seule solution au problème est de faire en sorte qu’il le soit de moins en moins. La crise migratoire est un signal d’alarme. Elle rappelle l’urgence du développement pour des pays qui sont à la traîne parce qu’ils sont mal gouvernés, parce que les pays riches en pillent les ressources et parce qu’ils n’exercent qu’une souveraineté factice. La Chine, l’Inde, de nombreux pays d’Asie s’en sortent, au contraire, parce qu’ils ont rompu les chaînes de la dépendance.

En Europe, ni le rejet des migrants dont une certaine droite a fait son fonds de commerce, ni leur accueil à bras ouverts revendiqué par la gauche humanitaire ne constituent une solution au problème. L’idéologie identitaire et l’idéologie humanitaire sont les deux faces du dieu Janus, et elles expriment un aveuglement gémellaire. Elles se confortent mutuellement, nourrissant une surenchère stérile qui conduit tout le monde dans l’impasse. L’affrontement médiatique entre « mondialistes » et « populistes » est un théâtre d’ombres destiné à masquer les véritables enjeux de la crise et à occulter le poids des structures. Les identitaires ignorent les causes de l’inégalité du monde, tandis que les humanitaires ne voient pas qu’ils se contentent d’en gérer les effets. Or une addition de vues partielles permet rarement d’y voir clair, et il est vraiment urgent de dépasser cette fausse alternative.

Contre ce double aveuglement, il faut rappeler la formule de Spinoza : « Ni rire, ni pleurer, mais comprendre ». Pas plus que l’égoïsme, la compassion ne suffit à faire comprendre ce qui se déroule sous nos yeux. Stimulée par l’aiguillon de la misère, l’immigration de masse n’est dans l’intérêt de personne. Ce n’est ni une chance ni une calamité, mais un problème dont le Nord et le Sud sont co-responsables, et qu’il faut affronter en cessant d’en ignorer les causes. La question du sauvetage des naufragés ne devrait même pas se poser, tant la réponse est évidente. Mais l’éthique de la responsabilité doit relayer l’éthique de la conviction. La meilleure chose qu’on puisse souhaiter à ceux qui traversent la Méditerranée en cédant au mirage occidental est de contribuer au développement de leur pays. On sait très bien quels intérêts sert le discours sans-frontiériste : ceux qui exigent l’accueil massif des migrants entendent bénéficier grassement de cet échange inégal avec les pays du sud. Le patronat allemand, pour ne citer que lui, se réjouit de l’arrivée d’une main d’œuvre malléable qui constitue, selon la formule de Marx, « l’armée de réserve du capital ».

Non que la société idéale soit une société close et que la fermeture des frontières soit une solution au problème. Mais la souveraineté ne se monnaye pas. L’aspiration d’un Etat à conserver le contrôle de ses frontières est parfaitement légitime, et c’est d’ailleurs ce que font tous les Etats, sauf ceux de l’Union européenne qui ont accepté dans le cadre de « l’espace Schengen » de repousser ce contrôle aux frontières extérieures de l’Union - contradiction aujourd’hui devenue explosive, et dont il n’est pas sûr que l’UE sorte indemne. On ne peut s’en tirer à bon compte en stigmatisant ceux qui, en Italie ou en Hongrie, ont décidé de restreindre l’accès au territoire national. Comme disait Aristote, « on ne va tout de même pas délibérer pour administrer les affaires des Scythes », ce peuple lointain à qui les Grecs auraient trouvé ridicule de vouloir imposer quoi que ce soit. Lorsqu’on est pour la souveraineté, il faut l’être jusqu’au bout, et admettre qu’un Etat décide de ses affaires à sa façon, même si ce n’est pas la nôtre. Que chacun assume ses responsabilités, et les vaches seront bien gardées. Ce n’est pas l’Italie qui a décidé de détruire la Libye, ni de soutenir les terroristes en Syrie. La crise des migrants est le miroir des turpitudes occidentales, mais il faut reconnaître que Paris, Londres et Washington se taillent la part du lion. « Nos guerres, leurs morts », dit-on, et ce n’est pas faux. « Nos guerres, leurs réfugiés », faudrait-il ajouter. Ou mieux encore : « Nos guerres, nos réfugiés », car c’est chez nous qu’ils viennent dans le vain espoir d’un avenir meilleur.

Bruno Guigue

Source: http://www.palestine-solidarite.org/analyses.bruno_guigue.260918.htm

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L'Espagne, par Ramón María del Valle-Inclán

11 Novembre 2018 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

L'Espagne, par Ramón María del Valle-Inclán

Pour en savoir plus sur le grand homme qu'a été Valle-Inclán, carliste (Parti carliste) et Républicain:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ram%C3%B3n_Mar%C3%ADa_del_Valle-Incl%C3%A1n

 

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"Le général de Castelnau, l’anti-Pétain que Macron aurait dû honorer" par Régis de Castelnau (9 novembre 2018)

10 Novembre 2018 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Le général Edouard de Castelnau

Le général Edouard de Castelnau

« Parlons de moi, il n’y a que ça qui m’intéresse », disait Pierre Desproges. Cette citation me revient à l’esprit à ce moment où s’achève la commémoration du centenaire de la Très Grande guerre. Je mesure dans l’agitation qui accompagne cette marche vers le 11 novembre à quel point ce que nous vivons depuis maintenant un peu plus de quatre ans, me touche bien au-delà de ce que j’aurais imaginé. Cela entre en résonance de façon parfois douloureuse, toujours émouvante avec ce qui relève de l’intime, de l’enfance, de l’éducation et du rapport à la France.


Itinérance d’un enfant gâteux

Je m’en suis expliqué. Et à l’approche de ce 11 novembre 2018 qui allait clôturer ces quatre années de commémoration, je n’éprouvais pas l’envie ni le besoin d’intervenir à nouveau. Considérant que la façon dont ces commémorations étaient conduites était peut-être discutable – comment pouvait-elle ne pas l’être – mais que cela ne justifiait pas de participer à des débats ou des polémiques aussi justifiées soient-elles pour certaines. Pour ma part, la conviction de l’importance de la place de la tragédie dans la mémoire de notre peuple, me rassure sur les ressources de celui-ci. Et c’est là l’essentiel.

Mais il se trouve que l’actualité immédiate produit divers télescopages par lesquels la dimension et le vécu familial reviennent au premier plan. Emmanuel Macron, avec cette capacité presque grandiose à être systématiquement à côté de la plaque, a déclenché une réaction contre lui en forme de tsunami et transformé son « itinérance mémorielle » en chemin de croix. Faisant référence au « grand soldat », il a rendu au militaire Philippe Pétain un hommage du type de ceux de ses prédécesseurs. Il a reçu la foudre, et pour plusieurs raisons. Tout d’abord, sa parole de chef de l’État est complètement disqualifiée. Et sa faiblesse politique et son narcissisme l’empêchent de sortir de la nasse. Il pourrait dire : « Il fait jour à midi » que ce serait aussitôt une tempête qui lui répondrait : « non il fait nuit, à cause des heures sombres ». Ensuite, le problème Pétain est insoluble, car le séparer en deux parties, comme l’avait fait Charles de Gaulle, est aujourd’hui impossible. Sa place dans la mémoire collective est d’abord et avant tout celle de ce qu’il est, un traître antisémite.


D’un « grand soldat » l’autre

Pour ma part, Philippe Pétain est « la triste enveloppe d’une gloire passée portée sur le pavois de la défaite pour endosser la capitulation et tromper le peuple stupéfait », statuait Charles De Gaulle, le 18 juin 1941. Il est ensuite et aussi le traître qui fera délibérément le choix de l’ennemi y compris dans ses aspects les plus ignobles. Il n’y a qu’un tarif pour cette trahison, un poteau dans les fossés de Vincennes et 12 balles, fussent-elles symboliques comme ce sera le cas pour lui. Mais la question de ses mérites militaires dans la Première Guerre mondiale relève aujourd’hui du débat et de la recherche historique. Emmanuel Macron aurait dû éviter de se prendre pour De Gaulle et ne pas s’en mêler, mais nous savons désormais d’expérience qu’il ne comprend pas grand-chose.

Lorsque je parle du retour de la dimension familiale, je pense au surgissement dans l’opinion publique à ce moment de la figure de mon arrière-grand-père, Édouard de Castelnau, qui méritait plus que tout autre d’être élevé à la dignité de maréchal de France. Et ce surgissement se fait comme le symbole contraire de celui de Pétain. Claude Askolovitch (!) le résume très bien dans un tweet en forme de commentaire sur la polémique Pétain : « Pensée au général de Castelnau, qui sauva en 14 l’armée de Lorraine, qui perdit trois fils dans la Grande guerre, dont la République ne fît pas un maréchal car il était trop catholique, et qui condamna Pétain en 1940 et encouragea la Résistance. A propos de ‘grands soldats’… »

Et l’aspect étonnant de cette forme d’intronisation comme contre-modèle de celui qui l’avait nommé à Verdun le 23 février 1916, c’est qu’elle est absolument justifiée.


L’armistice du 11 novembre, une erreur nécessaire

Les historiens s’accordent à considérer à la fois sa stature, l’importance de son rôle, l’ampleur de ses sacrifices, et le caractère injuste de la mesquinerie politicienne dont il eut à souffrir. Mais il y a plus. On sait peu aujourd’hui, compte tenu de l’importance de cette fin des hostilités sonnée sur la terre de France en cette 11e heure du 11e jour du 11e mois de cette année 1918, que le 13 novembre la IIe armée française commandée par Édouard de Castelnau devait lancer en Lorraine l’offensive pour permettre de rentrer sur la terre de l’ennemi. Et le mettre complètement à genoux. Je suis de ceux qui pensent que l’armistice du 11 novembre était inévitable pour mettre fin au cauchemar, qu’il est difficile d’en faire le reproche à ceux qui l’ont voulu. Mais l’Histoire a montré ensuite, comme l’avait analysé Castelnau dès ce moment-là que c’était une erreur stratégique majeure. Son territoire inviolé, son armée rentrant à peu près en bon ordre, la légende du coup de poignard dans le dos pouvait naître en Allemagne et amener aux conséquences funestes que l’on sait. Vingt ans plus tard, cette erreur allait, en un sens, coûter les 60 millions de morts de la Deuxième Guerre mondiale. Entre les deux guerres, chaque fois qu’il appelait à la méfiance et à la vigilance vis-à-vis de l’Allemagne on le traita de Cassandre et de belliciste. Un parlementaire lui lancera même à la face : « Mon général, trois fils, ce n’est pas assez ? »

Lorsque surviendra l’effondrement de 1940, âgé de 90 ans, il désavouera l’armistice et l’instauration de l’État français, auquel il refusera son soutien. Deux de ses petits-fils et deux de ses petits-neveux en âge de porter les armes rejoindront, avec son approbation, les armées de la France combattante et participeront aux combats pour la Libération. Noël de Mauroy sera tué dans les Vosges en novembre 1944 ; Jean de Castelnau dans son char, en décembre, en rentrant dans Strasbourg ; Urbain de La Croix, le petit-fils orphelin qu’Édouard avait élevé, sera tué en janvier 1945 au passage du Rhin. Gérald de Castelnau, mon père, le dernier des quatre sera grièvement blessé. Eh oui, il faut croire que le destin avait décidé que pour le service de ce pays, trois fils ce n’était pas assez. Pendant ce temps, Philippe Pétain poursuivait jusqu’au bout, jusque tout en bas, le chemin de ses trahisons.


Macron l’amnésique

Alors, Édouard de Castelnau, l’anti-Pétain, le contre-exemple ? C’est l’évidence, et Claude Askolovitch l’avait bien vu, peut-être en partie involontairement. Voyez-vous, Monsieur le président de la République, une fois de plus vous avez voulu faire le malin, en étalant maladroitement votre absence de sens politique et votre ignorance historique. Mais la référence à ce « grand soldat » là, dont vous n’aviez probablement pas la moindre connaissance, n’apparaît pas seulement à cause de vos errances mémorielles, mais aussi à cause de ce que vous voulez faire à la France. Ce rappel intervient alors même que vous annoncez votre projet d’armée européenne avec l’Allemagne avec cette justification sidérante « pour faire face à la Russie qui est à nos frontières ». Pardon ? On rappellera pour mesurer l’inanité de cette formule que Paris et Moscou sont séparés par 2800 km et pas moins de quatre grands pays. Et pendant que vous vous moquez ainsi du monde, on apprend l’existence de discussions pour une mise en commun de la dissuasion nucléaire française et du partage du siège de la France au conseil de sécurité de l’ONU. Êtes-vous inconscient au point de faire ainsi de la France une cible privilégiée de la Russie, qui n’a rien demandé et qui ne nous menace en rien ? Pour faire plaisir à l’Allemagne avec laquelle nous avons des intérêts à ce point divergents. Vous entendez donc pousser encore un peu plus loin la soumission à l’Union européenne sous direction allemande ? Mettre en cause dans ces proportions l’indépendance de la France ?

Philippe Pétain trahissait sa patrie en promulguant ses ordonnances antijuives avant même que les Allemands l’aient demandé. Et il faisait tout pour mettre les ressources de son pays au service de l’Allemagne nazie dans la guerre immonde qu’elle menait. Il ne faut pas l’oublier, il avait un projet politique, celui d’une France abaissée dans une Europe dominée par l’Allemagne. Ce projet-là, et toute proportion gardée, ce serait donc aussi le vôtre ?

Mais ce sera non, Monsieur Macron ! Comment voulez-vous que nous l’acceptions ? Nous le refuserons d’abord parce que c’est l’intérêt de notre pays, et que vous êtes en train de l’abîmer et de lui faire prendre des risques inconsidérés. Mais nous le refuserons aussi parce que nous avons de la mémoire, et en particulier celle des sacrifices de ceux de 14-18 et de 39-45.

Et cela aussi nous oblige.

Régis de Castelnau

Avocat, ancien vice-Président du Syndicat des avocats de France, Président d'honneur de l'Association française des avocats conseils des collectivités, Auteur de nombreux ouvrages, dont "Le fonctionnaire et le Juge pénal"

(9 Novembre 2018)

Source: http://www.lasyntheseonline.fr/idees/justice_droit_et_societe/general_de_castelnau_comme_un_anti-petain,31,7184.html

Sur le même sujet:

Pétain, la vie d’un salaud et la persistance des ordures, par Jacques-Marie Bourget (10 novembre, 2018)

http://www.afrique-asie.fr/petain-la-vie-dun-salaud-et-la-persistance-des-ordures/

France-Maurice Audin: Du déni de réalité en guise de politique mémorielle, par René Naba

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.rene_naba.160918.htm

Une anecdote sur la personnalité du général Edouard de Castelnau:

"Jamais après la guerre, le général de Castelnau ne s’élèvera contre ces détournements opérés au profit de la légende de Joffre ou de Pétain. Sans doute accordait-il beaucoup plus de valeur à ce témoignage qu’il recevra de la part de Jean Tocaben, jeune officier ayant combattu à Verdun et qui publie en 1920, un livre de souvenirs préfacé par André Tardieu57. Cet ouvrage contient une page vécue qui démontre bien l’image dont bénéficiait le général de Castelnau dans la troupe, chez les soldats du front : « Nous montions à Verdun. Nous pataugions dans les flaques de la route, lamentable troupeau. Une auto corne derrière nous, auto d’état-major, évidemment, limousine bien close où quelque officier fringant des bureaux va nous jeter à la face l’insulte des paquets de boue… Or il advint une chose insolite : la voiture, au lieu de rouler en trombe en nous éclaboussant, tardait à nous dépasser… Derrière moi, au lieu du piétinement mou de la horde, je percevais subitement comme l’ébauche d’une cadence. Qu’y avait-il donc ? Comme je tournais la tête, la voiture arrivait près de moi, roulant avec une lenteur inattendue, et, dans cette voiture, il y avait, debout, penché vers la portière ouverte, un général, la main au droit du képi à feuilles d’or, et surtout, la figure apitoyée, ses yeux portant sur nous un regard d’une tristesse infinie !… C’était le chef suprême après Joffre, Castelnau, le général aux trois fils morts, combattants comme nous, qui, de toute son âme, nous saluait… Je compris pourquoi mes hommes, d’eux-mêmes, rectifiaient l’allure et marquaient le pas. »

Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89douard_de_Curi%C3%A8res_de_Castelnau

 

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Georges Brassens parle de l'uniformisation de la langue française (INA)

8 Novembre 2018 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

" Georges BRASSENS s'entretient, à domicile, avec Jean-Pierre CHABROL. Il parle de la langue, de sa constitution, du danger de son uniformisation. On voit un photographe au début de l'entretien et plusieurs des photos qu'il a prises durant l'entretien (sur un extrait de chanson de BRASSENS). "

Visionnez ici la vidéo de l'INA: http://www.ina.fr/video/I04075258

 

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