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Le Rouge et le Blanc, ou le Fil d'Ariane d'un voyageur naturaliste

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À propos de la Soeur Juana Inés de la Cruz et de son "Poème à Tonantzin" (Sor Juana Inés de la Cruz: Poema a Tonantzin)

13 Juin 2022 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Mexique, #Religion, #Poésie, #Sor Juana Inés de la Cruz

Gracias a Doña Maria Poumier para citarla y hacerla conocer:

https://plumenclume.org/blog/820-la-fin-du-regne-de-medee

Soeur Juana de la Cruz (1648/1651 - 1695, Mexique) par Miguel Cabrera (détail), 1750. Religieuse et femme de Lettres mexicaine.

Soeur Juana de la Cruz (1648/1651 - 1695, Mexique) par Miguel Cabrera (détail), 1750. Religieuse et femme de Lettres mexicaine.

https://es.wikipedia.org/wiki/Sor_Juana_In%C3%A9s_de_la_Cruz

"Elle a passé son enfance entre Amecameca, Yecapixtla, Panoaya - où son grand-père avait une hacienda - et Nepantla. Elle y a appris le nahuatl auprès des habitants des haciendas de son grand-père, où l'on cultivait le blé et le maïs. Le grand-père de Sor Juana est mort en 1656, et sa mère a donc repris les rênes des fermes. Elle a également appris à lire et à écrire à l'âge de trois ans, en prenant des leçons avec sa sœur aînée en cachette de sa mère. Elle a rapidement développé un goût pour la lecture et l'écriture.

Visite de l'hacienda Panoaya: https://www.youtube.com/watch?v=dwAkChy6jXk

Elle prend rapidement goût à la lecture, car elle découvre la bibliothèque de son grand-père et se passionne pour les livres. Elle apprend tout ce qui est connu à l'époque, c'est-à-dire qu'elle lit les classiques grecs et romains et la théologie du jour. Sa soif de savoir était telle qu'elle a essayé de persuader sa mère de l'envoyer à l'université déguisée en homme, car les femmes n'étaient pas autorisées à y assister. On raconte que lorsqu'elle étudiait une leçon, elle se coupait un bout de cheveux si elle ne l'avait pas apprise correctement, car il ne lui semblait pas juste que la tête soit couverte de beauté si elle manquait d'idées. À l'âge de huit ans, entre 1657 et 1659, elle a gagné un livre pour une loa* composée en l'honneur du Saint-Sacrement, selon son biographe et ami Diego Calleja. Il note que Juana Inés s'est installée à Mexico dès l'âge de huit ans, bien que des informations plus fiables indiquent qu'elle ne s'y est pas installée avant l'âge de treize ou quinze ans."

https://es.wikipedia.org/wiki/Sor_Juana_In%C3%A9s_de_la_Cruz

* Une loa était une courte pièce de théâtre en honneur à l'époque du Siècle d'Or espagnol.

Diego Rivera: "La gran Tenochtitlan". Peinture murale, Mexico (détail).

Diego Rivera: "La gran Tenochtitlan". Peinture murale, Mexico (détail).

I  
TLA YA TIMOHUICA
TOTLAZO ZIHUAPILLI
MACA AMMO, TONANTZIN
TITECHMOILCAHUILIZ
Si ya te vas
nuestra amada señora
no, madre nuestra
tú de nosotros no te olvides
II  
MA NEL IN ILHUICAC
HUEL TIMOMAQUILIZ
¿AMO NOZO QUENMAN
TIC MOTLALNAMICTIZ?
Aunque en el Cielo
mucho te alegrarás
¿no acaso alguna vez
Harás memoria?
III  
IN MOAYOLQUE MOCHTIN
HUEL MOTILINIZQUE
TLACA AMMO, TEHUATZIN
TIC MOMATLANILIZ
Todos tus devotos
podrán ser llevados arriba
y si no, Tú
con tu mano los alzarás
IV  
CA MITZTLACOMATI
MOTLAZO PILTZINTLI,
MAC TEL, IN TEPAMPA
XIC MOTLATLAUHTILI
Pues te quedó agradecido
tu amado hijo,
sea, pues, por la gente
suplícale
V  
TLACA AMMO QUINEQUI,
XIC MOILNAMIQUILI
CA MONACAYOTZIN
OTICMOMAQUITI
Y si no quiere
recuérdale
que tu carne
tú le diste
VI  
MOCHICHIHUALAYO
OQUIMOMITILI
TLA MOTEMICTIA
IHUAN TETEPITZIN
Tu leche
él bebió
ya si soñaba
también pequeñito
VII  
MA MOPAMPANTZINCO
IN MOAYOLCATINTIN
IN ITLA POHPOLTIN
TICTOMAC HUIZQUE
Que por tu mediación
tus devotos
los faltos de algo
nos haremos merecedores
VIII  
TOLATTACOL MOCHTIN
TIOLOLQUIZTIQUE,
ILHUICAC TIAZQUE,
TIMITZITTALIZQUE
Nuestros pecados todos
echaremos a rodar
al cielo iremos
te veremos
IX  
IN CAMPA CEMICAC
TIMONEMITILIZ
CEMICAC MOCHIHUAZ
IN MONAHUATILTZIN.
Donde para siempre
vivirás
para siempre se hará
tu mandato.

Si tu pars
Notre Dame bien-aimée/Tonantzin
non, notre mère
ne nous oublies pas.

Bien que dans le ciel
tu te réjouiras grandement
Ne serait-ce qu'une fois
te souviendras-tu un jour ?

Tous tes fidèles
peuvent être élevés
et sinon, toi
de ta main, tu les élèveras

Puisque qu'il te fut reconnaissant
ton fils bien-aimé,
par conséquent, pour le peuple
Implores-le

Et s'il ne veut pas
Rappelle-lui
que ta chair
Tu la lui as donnée

Ton lait
il l'a bu
Et il a rêvé
même  petit garçon

Que par ta médiation
tes fidèles
s'ils manquent de quelque chose
nous serons dignes

Tous nos péchés
s'effaceront
nous irons au paradis
nous te verrons

Là où pour toujours
tu vivras
pour toujours, il sera fait
selon ta volonté.

 

Trad. provisoire: POC

Explication grammaticale du poème écrit en nahuatl par la Soeur Juana Inés de la Cruz:

E. Fácil es deducir, que si NONANTZIN es mi amada madre, en TONANTZIN, TO significa nuestra (o nuestro).
F. Desde luego, la terminación -TZIN, ya antes abordada, es aquí de veneración. Véase también párrafos II: TEHUANTZIN= tú reverencial y amoroso; parráfo IV, PILTZINTLI, que significa hijito, hijillo; párrafo V, MONACAYOTZIN, que se conforma de MO=tu, NACATL=carne, YOTL=cualidad, esencia de, es decir, la esencia de tu venerada carne; TETEPITZIN, donde TEPITL es pequeño, chico, y la duplicación de la primera sílaba (abordaremos esto en otro machiotl) expresa un énfasis de intensidad (nótese la influencia muy probable del náhuatl en el chiquititito, del español mexicano-centroamericano) y el sufijo -TZIN añade amor, veneración. Significa, pues: amadísimo chiquitito; párrafo VII, MOPAMPATZINCO: MO = tu, PAMPA significa por, (a) causa, en otro modo: por tu causa, a causa tuya. En náhuatl es posible decir, pues, por tu venerable/muy amada causa; párrafo IX, MONAHUATILTZIN, aquí, MO nuevamente significa tu, NAHUATILLI se traduce como ley, regla, mandato, deber.

Source: http://comunidad.ulsa.edu.mx/public_html/publicaciones/onteanqui/b13/literatura.htm

La Vierge de Guadalupe. Selon la légende, la Vierge serait apparue à un indigène mexicain, Juan Diego Cuauhtlatoatzin,  à l'emplacement d'un temple à la déesse de la Terre-Mère Tonantzin détruit par les Espagnols. Aujourd'hui sa dévotion est générale en Amérique hispanique et s'étand même dans le monde, comme N.D. de Lourdes.

La Vierge de Guadalupe. Selon la légende, la Vierge serait apparue à un indigène mexicain, Juan Diego Cuauhtlatoatzin, à l'emplacement d'un temple à la déesse de la Terre-Mère Tonantzin détruit par les Espagnols. Aujourd'hui sa dévotion est générale en Amérique hispanique et s'étand même dans le monde, comme N.D. de Lourdes.

Une image de la Vierge de Guadalupe accrochée dans une boutique au Pérou. La dévotion à la V. de G. s'y répand beaucoup depuis quelques années. On voit son image reproduite sur les taxis, les camions, sur les boîtes de bougies, etc. Photo: Pierre-Olivier Combelles.

Une image de la Vierge de Guadalupe accrochée dans une boutique au Pérou. La dévotion à la V. de G. s'y répand beaucoup depuis quelques années. On voit son image reproduite sur les taxis, les camions, sur les boîtes de bougies, etc. Photo: Pierre-Olivier Combelles.

À propos de la Soeur Juana Inés de la Cruz et de son "Poème à Tonantzin" (Sor Juana Inés de la Cruz: Poema a Tonantzin)
Statue de Tonantzin, la déesse aztèque de la Terre Mère. Museo nacional de Intervenciones. Ville de Mexico.

Statue de Tonantzin, la déesse aztèque de la Terre Mère. Museo nacional de Intervenciones. Ville de Mexico.

Des déesses telles que la " Terre mère ", la " Déesse de la subsistance ", la " Grand-mère honorée ", le " Serpent ", la " Porteur de maïs " et la " Mère du maïs " peuvent toutes être appelées Tonantzin, car il s'agit d'un titre honorifique comparable à " Notre Dame " ou " Notre Grande Mère ". D'autres noms indigènes (nahuatl) incluent Chicōmexōchitl [tʃikˌoːmeˈʃóːtʃitɬ] (littéralement "Sept fleurs") et Chālchiuhcihuātl [ˌtʃaːɬtʃiʍˈsíwaːtɬ] (littéralement "Femme d'émeraude/de jade"). Une "Tonāntzin" était honorée lors de la fête mobile de Xōchilhuitl [ʃoːˈtʃíɬwitɬ].

https://en.wikipedia.org/wiki/Tonantzin

Grâce à l'apparition inventée de Notre-Dame de Guadalupe sur la colline de Tepeyac, où le temple de Tonantzin Coatlaxopeuh ("Notre-Dame" qui émerge de la région de la lumière comme l'Aigle du feu) avait été détruit par les prêtres espagnols, ceux-ci ont l'ont fait reconnaître aux indigènes, remplaçant ainsi culte "païen" immémorial par une superstition chrétienne. Le problème, c'est que celle-ci n'avait pas le même sens que le premier. Toute la dimension cosmique en était et en reste toujours absente. Mais comme les omniprésentes grottes de Lourdes, on voit fleurir maintenant partout l'image de la Vierge de Guadalupe...

À propos de la Soeur Juana Inés de la Cruz et de son "Poème à Tonantzin" (Sor Juana Inés de la Cruz: Poema a Tonantzin)

"Le Nican mopohua est un récit manuscrit rédigé en nahuatl des Apparitions mariales de la Vierge Marie au Mexique. Nican mopohua (qui peut être traduit ici par « Ici est narré ») n'est pas un titre mais correspond aux deux premiers mots du récit dont l'auteur serait Antonio Valeriano, un contemporain du voyant Juan Diego."

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nican_mopohua

https://fr.wikipedia.org/wiki/Juan_Diego_Cuauhtlatoatzin?tableofcontents=0

Éminente religieuse et femme de Lettres mexicaine, Sœur Juana Inés de la Cruz écrivait aussi en nahuatl, par amour pour cette langue si belle, semble t-il. Que savait-elle de l'histoire ancienne du Mexique, des Aztèques et des admirables civilisations indigènes et de leurs religions ? Il est troublant que dans ce poème à la Sainte Vierge, elle emploie le nom "Tonantzin" qui était celui de la déesse-mère aztèque, dont le culte se célébrait dans un temple situé sur une colline de Mexico, détruit par les Espagnols et remplacé par une église catholique. Les Espagnols ont christianisé tout ce qu'ils n'ont pas pu détruire des religions indigènes.

P.O.C.

Sur le même sujet et sur le même blog, consulter aussi:

https://pocombelles.over-blog.com/2022/02/une-tragique-meprise.html

https://pocombelles.over-blog.com/tag/mexique/

Sans oublier l'ouvrage, essentiel pour comprendre l'Amérique coloniale, du P. Ernesto Cardenal: "Homenaje a los Indios americanos" (1969):

https://www.persee.fr/doc/ameri_0982-9237_1988_num_3_1_931

Moi, ce que j'adore, de Sor Juana, outre les sonnets parfaits, c'est l'auto sacramental "el divino Narciso", avec Centeotl = Narcisse = Christ, qui nous nourrit avec sa chair (le maïs). Absolument génial, léger, profond, constructeur. Narcisse = le Christ, c'était déjà un mythe alexandrin, Narcisse, la beauté divine, voulant se confondre avec son reflet, et se noyant en sacrifice pour l'humanité.

Maria Poumier à P.-O. Combelles.

https://www.cervantesvirtual.com/obra-visor/el-divino-narciso--0/html/35d3e709-89db-4ea2-a2da-5813574edb00_2.html

À propos de la Soeur Juana Inés de la Cruz et de son "Poème à Tonantzin" (Sor Juana Inés de la Cruz: Poema a Tonantzin)
À propos de la Soeur Juana Inés de la Cruz et de son "Poème à Tonantzin" (Sor Juana Inés de la Cruz: Poema a Tonantzin)

LES ŒUVRES DE Sr. JUANA INÉS DE LA CRUZ

 

"Desde el año 1680 hasta el 1688 Sor Juana vivió una época de gran producción literaria, en el que abundan sus admirables sonetos, endechas, glosas, quintillas, décimas, redondillas, ovillejos amorosos, religiosos, filosóficos y satíricos, numerosos romances y otras composiciones. En los villancicos, quizá uno de los aspectos menos estudiados de su obra, despliega su mayor riqueza.

https://www.infobae.com/america/mexico/2021/12/25/los-villancicos-navidenos-que-escribio-sor-juana-ines-de-la-cruz/
Obras de todo género y tipo, cortesanas y religiosas, se van acumulando en su producción. Comedias de enredo, como Los empeños de una casa y La segunda celestina, escrita con Agustín Salazar y Torres; comedia mitológica, como Amor es más laberinto, escrita en colaboración con Juan de Guevara; tres autos sacramentales, El divino narciso, El cetro de José y El mártir del sacramento, en los que usando la poética de Calderón de la Barca nunca desmerece de su modelo, en las loas que preceden a los dos primeros autos mencionados se reitera la relación de los sacrificios humanos aztecas con la eucaristía, concediéndole derecho de existencia a la religión de los antiguos mexicanos.
Primero Sueño es un extraordinario poema en forma de silva de 975 versos en el que rivaliza con el Góngora de las Soledades.
Gracias  a la condesa de Paredes, se publicó en España Inundación Castálida, el primer volumen reunía sus doce primeras loas y se publicó en Madrid en 1669, y el segundo volumen en la ciudad de Sevilla en 1692.
La obra de Sor Juana comprende Poesías líricas, dramáticas, alegóricas, sacras, festivas y populares.
* Al que ingrato me deja (Al que ingrato me deja busco amante)
* Amor inoportuno (Dos dudas en que escoger)
* Ante la ausencia (Divino dueño mío,)
* Cogióme sin prevención
* De amor y de discreción (Esta tarde, mi bien, cuando te hablaba,)
* Día de Comunión (Amante dulce del alma,)
* Dime vencedor rapaz
* Envía una rosa a la virreina (Ésa, que alegra y ufana)
* Este amoroso tormento
* Estos versos, lector mío
* Excusándose (Pedirte, señora, quiero)
* Expresa los efectos (Traigo conmigo un cuidado)
* Finjamos que soy feliz
* Letras para cantar (Hirió blandamente el aire)
* Nacimiento de Cristo (De la más fragante rosa)
* Oración (traducida) (Ante tus ojos benditos)
* Primero Sueño (Piramidal, funesta, de la tierra)
* Pues estoy condenada
* Redondillas (Hombres necios que acusáis)
* Sentimientos de ausente (Amado dueño mío,)
* Teme que su afecto (Señora, si la belleza)
* Ya que para despedirme
En su basta producción hay unas seis decenas de Romances, sacros y amorosos; numerosas Décimas y Sonetos, con temas muy variados como los son:
* A su retrato (Soneto CXLV) (Este que ves, engaño colorido,)
* A una Rosa (Rosa divina, que en gentil cultura)
* Al que, ingrato me deja, busco amante
* Detente sombra (Detente, sombra de mi bien esquivo,, también titulada: Fantasía contenta con amor decente)
* Esta tarde, mi bien (Esta tarde, mi bien, cuando te hablaba,)
* Feliciano me adora y le aborrezco
* Insinua su aversion a los vicios (En perseguirme, Mundo, ¿Qué interesas?)
* La sentencia de Justo (Firma Pilatos la que juzga ajena)
* Verde embeleso (Verde embeleso de la vida humana,)
De carácter sacro son los villancicos, pequeñas composiciones de tono religioso que se entonaban ne Navidad, la Asunción y la Concepción. También escribió temas vernáculos que se cantaban en las iglesias como parte de la función coral, llamados las Letras.
Una treintena de Loas, la mayoría escritas en alabanza de personajes de la corte. Sus piezas dramáticas profanas son dos; Los empeños de una casa, comedia de capa y espada, y Amor es más laberinto, obra culterana.
En prosa escribió, Neptuno alegórico, Explicación del arco, Razón de la fábrica alegórica y aplicación de la fábula, Carta atenagórica y Respuesta a Sor Filotea de la Cruz.
Sor Juana dominó el latín y dejaron huella en su formación dos pilares de la cultura clásica; la filosofía aristotélica y la mitología. Hay en su obra numerosas alusiones al paisaje, la gastronomía y los indios mexicanos, y aun compuso breves alabanzas en lengua náhuatl."

Source: https://nepantla.mx/sor-juana-ines/obra/

Traduction française:

De 1680 à 1688, Soeur Juana a vécu une période de grande production littéraire, au cours de laquelle elle a écrit de nombreux sonnets admirables, des endechas, des glosas, des quintillas, des décimas, des redondillas, des ovillejos amoureux, religieux, philosophiques et satiriques, de nombreux romans et d'autres compositions. C'est dans les chants de Noël, peut-être l'un des aspects les moins étudiés de son œuvre, qu'il déploie sa plus grande richesse.

https://www.infobae.com/america/mexico/2021/12/25/los-villancicos-navidenos-que-escribio-sor-juana-ines-de-la-cruz/
Des œuvres de tous genres et types, courtoises et religieuses, s'accumulent dans sa production. Comedias de enredo, comme Los empeños de una casa et La segunda celestina, écrites avec Agustín Salazar y Torres ; comédie mythologique, comme Amor es más laberinto, écrite en collaboration avec Juan de Guevara ; trois autos sacramentales, El divino narciso, El cetro de José et El mártir del sacramento, dans lesquelles, en utilisant la poétique de Calderón de la Barca, elle ne s'écarte jamais de son modèle, dans les loas qui précèdent les deux premiers autos mentionnés, elle réitère la relation des sacrifices humains aztèques avec l'Eucharistie, accordant à la religion des anciens Mexicains un droit d'existence.
Le premier Sueño est un extraordinaire poème en forme de sylla de 975 vers dans lequel il rivalise avec la Góngora des Soledades.
Grâce à la comtesse de Paredes, l'Inundación Castálida a été publiée en Espagne, le premier volume regroupant ses douze premières loas et ayant été publié à Madrid en 1669, et le second volume dans la ville de Séville en 1692.
L'œuvre de Sor Juana comprend des poèmes lyriques, dramatiques, allégoriques, sacrés, festifs et populaires.
* Al que ingrato me deja (A celui qui me laisse ingrat, je cherche un amant).
* Amor inoportuno (Dos dudas en que escoger) (Deux doutes dans lesquels choisir)
* Avant l'absence (Divin maître à moi,)
* Il m'a pris sans prévention
* D'amour et de discrétion (Cet après-midi, mon bon, quand je te parlais,)
* Jour de la Communion (Doux amant de l'âme,)
* Dis-moi le conquérant rapace
* Envoyer une rose à la vicereine (Celle qui se réjouit et exulte)
* Ce tourment d'amour
* Ces versets, mon lecteur
* S'excuser (Pour vous demander, madame, je veux)
* Exprimer les effets (j'apporte avec moi un soin)
* Faisons semblant d'être heureux
* Paroles à chanter (Doucement blessé l'air)
* Naissance du Christ (De la rose la plus parfumée)
* Prière (traduite) (Devant vos yeux bénis)
* Premier rêve (Pyramidal, maléfique, de la terre)
* Car je suis condamné
* Redondillas (Hommes stupides qui accusent)
* Sentiments de l'absent (Mon cher propriétaire,)
* Craignez que votre affection (Dame, si beauté)
* Comme pour dire au revoir
Dans sa vaste production, on trouve environ six douzaines de romances, sacrées et amoureuses ; de nombreux dixièmes et sonnets, aux thèmes très variés, comme les suivants :
* A su retrato (Soneto CXLV) (Este que ves, engaño colorido,)
* A une rose (Rosa divina, que en gentil cultura)
* A celui qui, ingrat, me quitte, je cherche un amant
* Detente sombra (Detente, sombra de mi bien esquivo, également intitulé : Fantasía contenta con amor decente)
* Cet après-midi, mon bon (Cet après-midi, mon bon, quand je te parlais,)
* Feliciano m'adore et je le déteste.
* Elle fait allusion à son aversion pour les vices (En me poursuivant, Monde, Qu'est-ce qui t'intéresse ?).
* La sentence de Justus (Pilate signe celui qui juge les autres)
* Verde embelesmo (L'enlèvement vert de la vie humaine,)
De nature sacrée sont les villancicos, petites compositions à tonalité religieuse qui étaient chantées à Noël, à l'Assomption et à la Conception. Elle a également écrit des chansons vernaculaires qui étaient chantées dans les églises dans le cadre de la fonction chorale, appelées les Letras.
Elle a écrit une trentaine de loas, la plupart à la gloire de personnages de la cour. Elle a écrit deux pièces profanes : Los empeños de una casa, une comédie de cape et d'épée, et Amor es más laberinto, une œuvre littéraire.
En prose, elle a écrit Neptuno alegórico, Explicación del arco, Razón de la fábrica alegórica y aplicación de la fábula, Carta atenagórica et Respuesta a Sor Filotea de la Cruz.
Sor Juana parlait couramment le latin, et deux piliers de la culture classique, la philosophie et la mythologie aristotéliciennes, ont marqué son éducation. Son œuvre contient de nombreuses allusions au paysage, à la gastronomie et aux Indiens du Mexique, et elle a même composé de courts éloges en langue nahuatl."

 

Soeur Juana Inés de la Cruz a composé aussi des œuvres pour la musique. Ces Villancicos ont été mises en musique, principalement en Bolivie, au XVIIIe siècle:

À propos de la Soeur Juana Inés de la Cruz et de son "Poème à Tonantzin" (Sor Juana Inés de la Cruz: Poema a Tonantzin)

Villancicos de Sor Juana Inés de la Cruz, musicalizados en Bolivia en el siglo XVIII. α. Comentario inicial (Ernesto de la Peña) 00:00 01. A este edificio célebre 05:27 02. A La cima, al monte, a la cumbre 08:06 03. Oíd el concierto 13:00 04. Dios y Josef apuestan 18:05 05. Sonoro clarín del viento 21:04 06. Los que tienen hambre 25:30 07. Fuego, fuego, que el templo se abrasa 28:57 08. Queditito, airecillos 32:00 09. Por celebrar del infante 35:44 10. Ah de las mazmorras 39:58 11. Venid mortales, venid a la audiencia 43:42 12. Vengan pues hoy a la mesa 48:00 13. Los que tienen hambre 51:50 14. Si Dios se contiene 55:46 15. Escuchad dos sacristanes 58:10 16. Las flores y las estrellas 1:02:54 ω. Comentario final (Ernesto de la Peña) 01:07:53

"A éste edificio célebre" fue escrito por Sor Juana Inés de la Cruz con motivo de la consagración, en 1690, del convento de San Bernardo de México. Los villancicos de Sor Juana circularon por todo el imperio colonial hispánico, desde Madrid hasta Filipinas. Juana Inés de Asbaje y Ramírez de Santillana es considerada la última gran poeta del Siglo de Oro español.

Traduction:

"À cet édifice célèbre" a été écrit par Sor Juana Inés de la Cruz à l'occasion de la consécration, en 1690, du couvent de San Bernardo au Mexique. Les chants de Soeur Juana ont circulé dans tout l'empire colonial espagnol, de Madrid aux Philippines. Juana Inés de Asbaje y Ramírez de Santillana est considérée comme le dernier grand poète du Siècle d'Or espagnol.

Octavio Paz: "Sor Juana Inés de la Cruz se hizo monja para poder pensar"


El poeta mexicano presentó su libro en la Universidad Autónoma de Madrid

https://elpais.com/diario/1982/11/04/cultura/405212404_850215.html

 

À propos de la Soeur Juana Inés de la Cruz et de son "Poème à Tonantzin" (Sor Juana Inés de la Cruz: Poema a Tonantzin)
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Omixochitl, la tubéreuse

19 Mai 2022 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Mexique, #Nature, #Photographie, #Poésie

Omixochitl, la tubéreuse

Omixochitl

 


J’ai photographié ce bouquet de tubéreuses il y a longtemps.
C’était à Lima, sur la côte du Pérou, en 2020 ou en 2021.
Au Pérou, on appelle la tubéreuse « Vara de San José » ou « Nardo ».
Ces fleurs sont mortes et leur parfum aussi.
Mais elles restent toujours présentes dans ma mémoire.
Le parfum capiteux de la tubéreuse est unique, inoubliable.
Il paraît qu’à Versailles, le roi Louis XIV et la Cour en raffolaient.
Les Espagnols l’avaient rapportée du Mexique, où les Aztèques la cultivaient dans leurs jardins.
Elle était originaire du désert mexicain où elle poussait à l’état sauvage. Elle semble y avoir disparu.
Son nom en nahuatl est omixochitl: fleur d’os.
Omi: os
Xochitl: fleur
à cause de la couleur blanc crème de ses fleurs.
Les Aztèques ont été effacés de la Terre et de leurs os il ne reste presque plus rien.
Mais omixochitl, la fleur d’os, fleurit et embaume toujours, ici et là.
Le parfum du cœur immortel des Aztèques.


Pierre-Olivier Combelles

Pitunilla (Andes du Pérou), 9 mars 2022.

 

Omixochitl, la tubéreuse
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Omixochitl: le parfum de la tubéreuse

21 Avril 2022 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Environnement, #Nature, #Mexique, #Tubéreuse, Omixochitl, #La Voie des fleurs

Photo: P.O. Combelles (Pérou, où elle est appelée "Vara de San José"), 2022.

Photo: P.O. Combelles (Pérou, où elle est appelée "Vara de San José"), 2022.

"Omixochitl" the Tuberose (Polianthes tuberosa) by Emily W. Emmart Trueblood. Economic Botany Vol. 27, No. 2 (Apr. - Jun., 1973), pp. 157-173 (17 pages) Published by: Springer on behalf of New York Botanical Garden Press.

"Omixochitl" the Tuberose (Polianthes tuberosa) by Emily W. Emmart Trueblood. Economic Botany Vol. 27, No. 2 (Apr. - Jun., 1973), pp. 157-173 (17 pages) Published by: Springer on behalf of New York Botanical Garden Press.

Depuis les immensités sauvages du désert de Sonora, au Mexique, d'où elle est originaire et d'où elle semble avoir disparu, et le temps des Aztèques, c'est toujours le même parfum que dégage, surtout le soir, la tubéreuse (Agave tuberosa Thiede & Eggli, Asparagaceae (Agavaceae)*.

Les Aztèques qui l'avaient cultivée et fait connaître au monde entier l'appelaient omixochitl, "fleur d'os" (omitl : os, xochitl : fleur en nahuatl) à cause de la couleur blanc "cassé" de ses fleurs. Elle était consacrée, semble t-il, à Xochipilli (de xochitl, fleur et pilli, seigneur: le Seigneur des fleurs), le dieu des fleurs, de la jeunesse, de la poésie et de la musique, et à Tlaloc, le dieu de la pluie.

Les Aztèques ne sont plus, ni les Jaguars et les Aigles, mais grâce à eux et à leur amour des fleurs, omixochitl continue à embaumer les nuits.

P.O.C.

* Aussi nommée Polianthes tuberosa.

(Wikipedia) Carte de localisation du désert de Sonora (États-Unis / Mexique) Source : et:Pilt:Sonora2.gif, Siim Sepp, 2004 Modifiée par l'utilisateur Urban, avec Paint, 2005.

(Wikipedia) Carte de localisation du désert de Sonora (États-Unis / Mexique) Source : et:Pilt:Sonora2.gif, Siim Sepp, 2004 Modifiée par l'utilisateur Urban, avec Paint, 2005.

Statuette de Xochipilli, 900-1500 ap. J-C. Lombards Museum. Source: Wikipedia.

Statuette de Xochipilli, 900-1500 ap. J-C. Lombards Museum. Source: Wikipedia.

Tubéreuse. N. f. (1610, de tubéreux). Plante (Amaryllidaceae, herbacée, vivace, à hautes tiges florales portant des grappes de fleurs blanches très parfumées - La fleur de cette plante utilisée en parfumerie. (...)

Dictionnaire Petit Robert, 1972.

Les Aztèques ont été doublement dépossédés de cette plante: d'une part parce que leur civilisation a été pillée et détruite par les Hispaniques lors de la Conquête, avec leurs merveilleux jardins botaniques dont ils sont les inventeurs, mais aussi parce que l'Occident n'a même pas conservé le beau nom original nahuatl omixochitl, mais lui a donné un autre nom, non pas poétique, mais le nom scientifico-technique intellectuel "tubéreuse" (même si celui-ci évoque, pour moi, l'adjectif féminin et alangui "rêveuse", ou encore "heureuse", "langoureuse", ou le nom du chêne vert, "yeuse", toujours du féminin, qui font oublier sa signification réelle). La botanique est, d'une certaine manière, une science coloniale. Comme la zoologie d'ailleurs. Je me souviens d'un échange avec l'ornithologue danois Jon Fjeldså, conservateur au Muséum d'histoire naturelle de Copenhague, auteur avec Niels Krabbe de l'ouvrage "Birds of the High Andes", admirablement illustré par Fjeldså, et qui est toujours sur ma table dans les Andes. Pas un nom vernaculaire d'oiseau. Seulement les noms scientifiques, souvent incompréhensibles, vaniteux, voire carrément inexacts, alors que les noms vernaculaires en quechua, aymara ou autres langues vernaculaires du Pérou ou de la Bolivie, sont si colorés, si expressifs, si justes. Fjeldså en était dans l'ignorance la plus complète et n'en voyait absolument pas l'intérêt.

Pour avoir une idée vivante de ce que pouvaient être l'univers et la vie quotidienne des Aztèques, on peut regarder les films documentaires tournés à Bali dans les années 1930 par le cinéaste mexicain Miguel Covarrubias. Les Aztèques étaient des Asiatiques d'Amérique. La culture traditionnelle balinaise semble avoir disparu en grande partie. Les Aztèques, comme les Balinais d'autrefois, donnent une haute idée de l'humanité.

http://www.youtube.com/watch?v=Ro7gWYgvrF0

Pour revenir à la tubéreuse, omixochitl, et à l'Amérique hispanique, le nom qu'on lui donne aujourd'hui au Pérou est "Vara de san José" ( "Vara" désigne une canne, une hampe) et au Venezuela et au Mexique, "nardo". Au Mexique, elle porte aussi le nom de "amole" en nahuatl. Au Pérou, c'était la fleur traditionnelle, blanche et parfumée, des communiants. Aujourd'hui elle y est très peu connue et les habitants ignorent tout de son origine préhispanique.

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UNE TRAGIQUE MÉPRISE

25 Février 2022 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Amérique du sud, #Exploration, #Histoire, #Pérou, #Mexique

Moctezuma. Codex Mendoza.

Moctezuma. Codex Mendoza.

"Le peintre russe, Louis Choris, embarqua le 17 juillet 1815 à bord du Rurick en compagnie du botaniste Aldebert von Chamisso pour un voyage dans le Pacifique, initié en Russie par le comte de Romanzov. Au cours d’une expédition à but scientifique qui passa par le Chili, les îles Sandwich, Radak et Aléoutiennes, le Kamtchatka, la Californie et Sainte-Hélène où était alors emprisonné Napoléon Bonaparte, il ne cessa de peindre les paysages tropicaux ou enneigés de ces contrées, la faune et la flore et « les traits caractéristiques, la couleur, en un mot, la physionomie de ces peuples » alors encore méconnus". https://booknode.com/voyage_dans_le_pacifique_03387389

"Le peintre russe, Louis Choris, embarqua le 17 juillet 1815 à bord du Rurick en compagnie du botaniste Aldebert von Chamisso pour un voyage dans le Pacifique, initié en Russie par le comte de Romanzov. Au cours d’une expédition à but scientifique qui passa par le Chili, les îles Sandwich, Radak et Aléoutiennes, le Kamtchatka, la Californie et Sainte-Hélène où était alors emprisonné Napoléon Bonaparte, il ne cessa de peindre les paysages tropicaux ou enneigés de ces contrées, la faune et la flore et « les traits caractéristiques, la couleur, en un mot, la physionomie de ces peuples » alors encore méconnus". https://booknode.com/voyage_dans_le_pacifique_03387389

Ariki maori. Les ariki etaient les Anciens et les chefs des Maori et des peuples du Pacifique. https://teara.govt.nz/en/tribal-organisation/page-5

Ariki maori. Les ariki etaient les Anciens et les chefs des Maori et des peuples du Pacifique. https://teara.govt.nz/en/tribal-organisation/page-5

« Il faut se souvenir de la proclamation au peuple toltèque de Quetzalcoatl, dieu et roi, en l’an mille de l’ère chrétienne: « Lorsque les temps seront accomplis, je reviendrai au milieu de vous par la mer orientale, accompagné d’homme blancs et barbus… » C’est la raison pour laquelle l’arrivée des Espagnols fut tenue pour miraculeuse, et Hernan Cortes salué comme le dieu en personne. »

Jacques Soustelle, Album de la vie quotidienne des Aztèques. Hachette, Paris, 1959, p. 6.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Soustelle

 

On raconte la même chose à propos des Incas du Pérou (appelé en quechua Tawantinsuyu: l’Empire des quatre côtés): une prophétie annonçait que le dieu Viracocha arriverait un jour sous la forme d’un homme blanc et barbu, marquant la fin d’un cycle et le commencement d’une nouvelle ère.

Comme au Mexique, « on » a expliqué la conquête espagnole comme la réalisation de ces prophéties. C’est ce que nous disent les chroniqueurs et les historiens, qui étaient des Blancs ou des métis (comme l’Inca Garcilaso de la Vega, auteur des Commentaires royaux sur le Pérou des Incas). De même que le dieu Viracocha a été présenté comme le messager du Christ chez les peuples précolombiens.

Cette interprétation justifiait à merveille la domination politique espagnole et le messianisme religieux de l’Église catholique. Aujourd’hui encore, elle sert les intérêts de la suprématie occidentale sur l’Amérique autochtone, c’est pourquoi elle est véhiculée par la recherche officielle. La vérité me semble être toute autre.

D’abord, comment les Européens pourraient-ils incarner Quetzalcoatl ou Viracocha et « revenir » alors qu’avant la Conquête, ils n’étaient jamais venus? Comme il s’agissait de temps anciens, fabuleux, les Mexicains et les Incas, tout à leur surprise devant l’apparition de ces hommes et animaux (les chevaux de guerre) extraordinaires, n’ont certainement pas eu le temps d’y réfléchir.

L’utilisation de cette prophétie par l’idéologie européenne a masqué la réalité: les « hommes blancs et barbus » dont parlaient les prophéties n’étaient pas les Européens, mais d’autres peuples qui, eux, étaient déjà venus en Amérique centrale et du sud, par la mer: les habitants des îles du Pacifique, qui avaient colonisé ces régions d’Amérique il y a très longtemps. Comme les Européens, ils avaient le teint clair, comme les Maori et leurs chefs portaient la barbe.

Ce retour aux origines, comme l’atterrissage de pirogues océaniennes sur les côtes du Pérou, avait sans doute motivé l’expédition aux Îles de l’Ouest de l’Inca Tupac Yupanki au XVe siècle, qui quitta le nord du Pérou à la tête d’une armada d’un millier de radeaux à destination de l’île de Pâques, où il laissa une garnison et un temple, et de l’île Mangareva. De retour dans son pays, il fit agrandir et embellir le temple de Pachacamac, au bord du Pacifique, au sud de Lima, et se lança à la conquête du Collasuyu (Bolivie actuelle).

La surprise et la radicalisation de la conquête, le caractère totalitaire de la domination occidentale, autant sur le plan politique que religieux, si contraire à la mentalité indigène, peuvent expliquer cette interprétation, devenue dogmatique. Elle a été renforcée, de plus, par un autre dogme: celui du peuplement de l’Amérique par des peuples venus du Nord et d’Eurasie, par le détroit de Béring. Celui-ci n’a pu être que marginal en comparaison du peuplement en provenance d’Asie et des îles du Pacifique, comme le prouve la multiplicité des similitudes culturelles, religieuses, linguistiques et techniques des deux côtés du Pacifique (1). Multiplicité tellement générale, que par son ampleur et sa profondeur, elle échappe au regard myope des « intellectuels » occidentaux spécialisés, qu’ils soient d’Europe ou d’Amérique, à l’exception de rares esprits indépendants comme le savant Paul Rivet (2) ou le marin et historien naval Éric de Bisschop (3). Un proverbe japonais dit: « Il ne faut pas parler de la mer à un crapaud ».

La méprise des peuples américains a été tragique et fatale. Ils ont confondu les Européens destructeurs avec les ancêtres civilisateurs. Des civilisations américaines, ils ne reste plus rien ou presque rien.

Cette destruction en trois temps, d’abord par la Conquête, puis par la Révolution et l’instauration de républiques franc-maçonnes, et aujourd’hui par le globalisme, semble obéir à une loi de la physique: dans l’Univers, la destruction est sans commune mesure plus rapide que la création. Un exemple: il ne faut que quelques dizaines de minutes à un employé ignorant et irresponsable équipé d’une tronçonneuse pour abattre un arbre géant de la forêt primaire amazonienne âgé de 700 ans et dont la canopée, à 70 m du sol, abrite une faune et une flore d’une extrême richesse, totalement inconnues de la science et même des peuples aborigènes qui vivent en bas depuis des siècles (4).

Si les peuples américains avaient compris que ces arrivants n’étaient pas les Anciens dont parlaient leurs prophéties, mais des imposteurs, ils auraient chassés et sans doute combattus à mort, et le résultat n’aurait pas été le même. Il semble en effet que la victoire des Conquistadores a été moins due à leur supériorité militaire ou autre qu’à cette ancienne croyance et à la confiance avec laquelle les Amérindiens les avaient accueillis à leur arrivée, ne se doutant pas que ces étrangers ne respecteraient rien, en particulier la protection traditionnelle pour les vassaux ou les vaincus, ne laissant derrière eux que mensonge, mort, destruction et corruption.

 

Pierre-Olivier Combelles

Hacienda Pitunilla (Parinacochas, Ayacucho, Pérou)

24 février 2022

 

1 « Na wai taua ? » Conférence de Pierre-Olivier Combelles au Muséum d’histoire naturelle de Lima pour le 461e anniversaire de l’Université Nationale Majeure de San Marcos, le 15 mai 2012.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Rivet

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ric_de_Bisschop

4 Voir les travaux du botaniste Francis Hallé et du « Radeau des cimes ».

 

Note. Un ami lecteur, Alain Sennepin https://europe-tigre.over-blog.com/ me signale avec raison l'adjectif "orientale" au sujet de la mer dans la prophétie de Quetzalcoatl et qui semble être en contradiction avec mon analyse. Je ne connais pas le texte espagnol original de cette prophétie rapportée par Soustelle, sans doute un chroniqueur espagnol. Il peut s'agir, de la part de ce chroniqueur ou historien, d'une erreur de compréhension et d'interprétation, involontaire ou volontaire. Les prophéties incaïques, elles, parlent simplement de "la mer" sans préciser laquelle. La question ne se posait guère d'ailleurs pour les habitants de la côte Pacifique de l'Amérique du sud. En revanche, ce que l'on peut à juste titre se demander, c'est si les peuples du Pacifique qui ont atterri sur les côtes d'Amérique (en pirogues de haute mer d'exploration et en radeaux de colonisation comme Tahiti Nui I et II, ceux qu'a construit Eric de Bisschop) avant la conquête espagnole avaient découvert et exploré les côtes atlantiques de l'Amérique et en particulier celles du Mexique. Tout cela est très intéressant mais ne doit pas nous faire perdre de vue l'essentiel qui est ceci: le peuplement ancien des Amériques et surtout de l'Amérique du sud et de l'Amérique centrale s'est fait principalement par le Pacifique, par la mer. D'Ouest en Est. Et ce que les peuples autochtones riverains du Pacifique ont en commun compte beaucoup plus que ce qui les sépare. L'Européisme est un puissant projecteur électrique qui voudrait nous faire oublier la lumière du Soleil. Avant la Conquête, les origines des habitants de l'Amérique étaient à l'ouest et c'est ce savait à mon avis l'Inca Tupac Yupanki.

UNE TRAGIQUE MÉPRISE
Diego Rivera: La conquête du Mexique (fresque, détail).

Diego Rivera: La conquête du Mexique (fresque, détail).

Diego Rivera, La conquête du Mexique (fresque, détail)

Diego Rivera, La conquête du Mexique (fresque, détail)

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