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Le Rouge et le Blanc, ou le Fil d'Ariane d'un voyageur naturaliste
Articles récents

Exceptionnel entretien avec Jean Dorst (1965) lors de la parution de son livre "Avant que nature meure" (Pierre Ichac/INA)

2 Février 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Jean Dorst consultant "Les Oiseaux d'Amérique" de John James Audubon à la Bibliothèque centrale du Muséum, à Paris. L'oiseau représenté est le Gerfaut en phase sombre, nommé "Faucon du Labrador" par Audubon lors de son voyage en 1833. Photo: Pierre-Olivier Combelles (1989).

Jean Dorst consultant "Les Oiseaux d'Amérique" de John James Audubon à la Bibliothèque centrale du Muséum, à Paris. L'oiseau représenté est le Gerfaut en phase sombre, nommé "Faucon du Labrador" par Audubon lors de son voyage en 1833. Photo: Pierre-Olivier Combelles (1989).

Dans cet entretien (1965) d'une dizaine de minutes avec Pierre Ichac et après des paroles de Roger Heim, l'éminent ornithologue et naturaliste français Jean Dorst résume son célèbre ouvrage "Avant que nature meure". Tout ce qu'il dit ici avec une rigueur et une clarté parfaites est prophétique.

J'ai eu le grand honneur de rencontrer Jean Dorst (1924-2001) en 1989 lorsqu'il dirigeait le laboratoire Mammifères-Oiseaux du Muséum national d'Histoire naturelle, Muséum dont il avait été deux fois le directeur. Il fut ensuite le Président de ma thèse au Muséum sur "Le Voyage de John James Audubon au Labrador (1833) et sa contribution à l'histoire naturelle de la Côte-Nord du Québec" (1997) et devint ensuite un ami. Il me considérait comme son "fils spirituel". Jean Dorst a été non seulement un grand savant naturaliste, mais aussi un grand humaniste.

P.-O.C.

Ecoutez l'entretien ici dans les archives de l.N.A.:

https://www.ina.fr/audio/PHD94029036

"Magazine de Pierre ICHAC. Aujourd'hui, les conséquences nocives du progrès sur la Nature à l'occasion de la sortie du livre de Jean DORST "Avant que nature meure ". Avec Jean DORST, auteur de l'ouvrage, vice-président de L'Union Internationale de Conservation de la Nature, et professeur de Zoologie au muséum d'Histoire Naturelle et le Professeur Roger HEIM, directeur du Muséum National d'Histoire Naturelle, auteur de la préface. - A 1'47 : Roger HEIM présente ce livre qu'il qualifie de "grand livre". Pour lui nous sommes à l'aube de cette prédiction dramatique. Il espère que ce livre permettra de stopper ce "naufrage de la nature". Enumère les problèmes posés par ce livre : surpopulation, destruction de la biodiversité, abus des produits chimiques, conservation des sols. - A 3'12 : Jean DORST explique ce qui l'a amené à écrire cet ouvrage. Tout d'abord la constatation de la dévastation de la nature à travers son expérience personnelle : la régression des espèces animales ou végétales. Le problème des habitats inadaptés aux besoins, de la surpopulation, de la pénurie alimentaire. Globalement c'est le problème de la conservation des ressources naturelles et de leur exploitation rationnelle. La nécessité de préserver l'équilibre naturel. Evoque le déséquilibre profond du psychisme humain comme responsable du non respect des lois naturelles. - A 4'52 : Jean DORST donne des exemples concrets de problèmes : usure des sols, de l'abus des produits chimiques contre les insectes, danger de leur accumulation dans les sols, pollutions diverses et traitement des déchets (risques de cancers). - A 9'20 : Conclusion de Pierre ICHAC (citation d'une phrase de Jean DORST) dépendance de l'homme à son milieu. Homme et création forment un tout." (Source du texte: I.N.A.).

Sur le même sujet et sur le même blog:

http://pocombelles.over-blog.com/2013/10/jean-dorst-avant-que-nature-ne-meure-1965.html

http://pocombelles.over-blog.com/2014/02/jean-dorst-avant-que-nature-meure.html

Biographie de Jean Dorst sur Wikipedia:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Dorst

Exceptionnel entretien avec Jean Dorst (1965) lors de la parution de son livre "Avant que nature meure" (Pierre Ichac/INA)
Exceptionnel entretien avec Jean Dorst (1965) lors de la parution de son livre "Avant que nature meure" (Pierre Ichac/INA)
Un exemple de l'humanisme et de la grande ouverture d'intelligence et de culture de Jean Dorst: sa présentation, entre un texte d'André Malraux et un autre de Pierre Guerre (Directeur de la Fondation Saint-john Perse), pour le catalogue de l'exposition "Les oiseaux et l'oeuvre de Saint-John Perse"  (Aix-en-Provence 1976 - Paris 1977). Collection Pierre-Olivier Combelles.

Un exemple de l'humanisme et de la grande ouverture d'intelligence et de culture de Jean Dorst: sa présentation, entre un texte d'André Malraux et un autre de Pierre Guerre (Directeur de la Fondation Saint-john Perse), pour le catalogue de l'exposition "Les oiseaux et l'oeuvre de Saint-John Perse" (Aix-en-Provence 1976 - Paris 1977). Collection Pierre-Olivier Combelles.

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Pourquoi la mer ...

30 Janvier 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Pourquoi la mer ...
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Quand Louis Massignon évoquait à l'O.R.T.F. l'"amant de Dieu" persan Mansur-al-Hallâj

29 Janvier 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

 

"Hallâj avait cette idée que l'on ne doit pas s'exprimer poétiquement volontairement. Il y a été obligé." (...) "L'homme qui se tait refuse. La femme qui se tait, consent." (proverbe bédouin). "L'âme est féminine. On ne peut concevoir Dieu que dans le silence. Mais il faut bien l'exprimer quand on l'a conçu. C'est pour cela qu'il a crié son extase dans des poèmes qui n'ont d'analogue, je dois dire, dans aucune littérature."

Louis Massignon, 20'24".

T on Esprit s'est emmêlé à mon esprit, comme l'ambre s'allie au musc odorant. 

Louis Massignon, Le Diwan d'al-Hallâj​​​​​​

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Rites domestiques du Nouvel-An japonais, par Asako Kitaori

27 Janvier 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

This piece by Asako was originally posted on Les Chroniques Purple. It is the inaugural post of Walking on Boundaries, a series of monthly posts by Asako (or Asako & Dion) which, for the duration of 2013, will published on the 16th of each month by Les Chroniques Purple.

In Japan the first three days of the new year are days dedicated to the kami-sama—the deities that live in and around Japanese houses.

During December the house is cleaned and shimenawa (straw rope decorations) and kadomatsu (bamboo and pine decorations to be placed in front of the house) are made. Rice for mochi (rice cakes) is cooked and pounded. On the night of December 31st, in the fire-pit in the living space, or irori, a fire is set with a long log. This fire must be kept burning continuously for the first three days of the New Year. With all the preparations completed, the family sits down around the irori waiting for the new year to come. (It is said if you go to sleep too early on Dec. 31st, you age prematurely).

For the next three days (seven in some parts of Japan) the kami-sama occupy our world.

In the kitchen, there is Kamadogami. The kamado (a traditional earthen wood burning stove) is that very special place in the house where food is prepared daily to sustain the house’s occupants. Thus Kamadogami is the deity that protects the family and is also a symbol for the family’s prosperity. He/she has a rather rough temper but possesses strong miraculous powers. Treat this stubborn old one well for really nice favors or curses may be returned.

Ebisu-san hangs out in the living room, smiling. With six others Ebisu-san came by boat to Japan to bring happiness to the land. He is like a child’s favorite grandpa—the one who always gives them candies.

At the family altar there are ancestral spirits chitchatting and drinking sake. The gate to the house is guarded by Monshin, a bouncer type kami who prevents evil spirits from crashing the party. But Toshigami is an invited guest, coming from wherever he roams to join the party and eat mochi. When the party’s over Toshigami departs to continue on his travels.

Even in the toilet kami-sama dwell! This is where Auntie Kawayagami hangs out. The toilet is the sacred space where fertilizer is created to grow good vegetables, the space where death & birth meets (dead vegetables and animals digested and becoming the nourishment for new vegetables). Auntie Kawayagami can also help deliver healthy babies. But if you leave the toilet dirty she won’t be happy and will strike you with illness.

With the party finished all the new year’s decorations are burnt and the kami-sama ride the flames back to the other side. Some stay with the family in the house but they will live rather quietly until the new year rolls around again. And thanks to the kami-sama spring is now on the way.

– Asako Kitaori, January 2013

 

Source: https://nakazora.wordpress.com/2013/01/24/occupy-japan/#comments

Site SHIKIGAMI - where the wild things are: https://nakazora.wordpress.com

Site d'ethnobotanique passionnant et très bien écrit où j'avais trouvé cette réflexion à propos de Fukushima:

"To say the unspeakable: Like a human sacrifice offered to the gods of industrial civilization the people of Fukushima and surrounding prefectures are offered up by their government to pay the price of our collective madness."

https://nakazora.wordpress.com/2011/08/24/the-inexpressible-2/

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Almirante Blas de Lezo y Olavarrieta (1689-1741), un heroe de la Vieja España caballeresca

23 Janvier 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Retrato de Blas de Lezo, Museo Naval de Madrid.

Retrato de Blas de Lezo, Museo Naval de Madrid.

Admiral Blas de Lezo y Olavarrieta (3 February 1689 – 7 September 1741) was a Spanish navy officer best remembered for the Battle of Cartagena de Indias (1741) in modern-day Colombia, where Spanish imperial forces under his command decisively defeated a large British invasion fleet under Admiral Edward Vernon.

Throughout his naval career, Lezo sustained many severe wounds; he lost his left eye, left hand, complete mobility of the right arm, caught typhoid fever and had his left leg amputated in situ after being hit by the projectile of a cannon.[1] He was known as Captain Pegleg and Half-man. There is ample documented evidence in medical records of the wounds he sustained. He perceived his wounds and physical limitations as medals, he refused to wear an eye patch to hide his blind eye. Wearing his past battles history on his flesh won the respect of his peers and soldiers .

Lezo's actions at Cartagena de Indias consolidated his legacy as one of the most heroic figures in the history of Spain and he has thus been promoted as one of the greatest strategists in naval history.

 

Source et suite de l'article sur Wikipedia:

https://en.wikipedia.org/wiki/Blas_de_Lezo

 

Blas de Lezo, amputé d'une jambe à l'âge de quinze ans, sur place, lors d'une bataille navale, est l'un des derniers héros de la Vieille Espagne chevaleresque qui avait commencé sa décadence sous Philippe IV d'Espagne, lorsque avec le gouvernement de Gaspar de Guzmán y Pimentel Riberay Velasco de Tovar, comte d'Olivares, les charges nobiliaires, militaires et de gouvernements firent l'objet d'un immense trafic.

Ce sont de véritables personnages historiques comme lui dont nous devons conserver la mémoire et que nous devons admirer et donner à admirer à nos enfants, non pas des personnages de roman caricaturaux comme Don Quichotte, que Cervantes a eu certainement ses raisons d'inventer.

Blas de Lezo coat of arms: Coronet of a Marquess (posthumously bestowed) Escutcheon Quartered shield: first and fourth, gules, a star or; Second and third, or, a wolf sable Orders The Order of the Holy Spirit collar The Order of the Golden Fleece collar. Source: Wikipedia

Blas de Lezo coat of arms: Coronet of a Marquess (posthumously bestowed) Escutcheon Quartered shield: first and fourth, gules, a star or; Second and third, or, a wolf sable Orders The Order of the Holy Spirit collar The Order of the Golden Fleece collar. Source: Wikipedia

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Je me souviens

21 Janvier 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Louis XVI en costume de sacre, huile sur toile de Joseph-Siffrein Duplessis (1777)

Louis XVI en costume de sacre, huile sur toile de Joseph-Siffrein Duplessis (1777)

Je me souviens

 

LA FRANCE D'AUJOURD´HUI N'EST QU'UN ACCIDENT

DANS LA FRANCE DE TOUJOURS

"La France n'est pas morte, elle est en hibernation". Mgr. Sixte-Henri de Bourbon-Parme.

L'auteur de ce blog devant le tableau de Georges Roux (Théâtre Montansier, Versailles) représentant Louis XVI et la Famille royale en canot sur la Grand Canal de Versailles. Photo: Denis Gliksman (fils du navigateur Alain Gliksman) pour un article de P.O. Combelles sur la Flottille de Versailles dans l'Année Bateaux Magazine (années 1980).

L'auteur de ce blog devant le tableau de Georges Roux (Théâtre Montansier, Versailles) représentant Louis XVI et la Famille royale en canot sur la Grand Canal de Versailles. Photo: Denis Gliksman (fils du navigateur Alain Gliksman) pour un article de P.O. Combelles sur la Flottille de Versailles dans l'Année Bateaux Magazine (années 1980).

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Les plus belles citations de Rûmî (Poésie persane)

20 Janvier 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles Publié dans #Asie, #Iran, #Philosophie, #Poésie, #Religion

Djalāl ad-Dīn Muḥammad Balkhi ou Rûmî, né à Balkh (actuel Afghanistan) dans le Khorasan (grande région de culture perse), le 30 septembre 1207 et mort à Konya (dans l'actuelle Turquie) le 17 décembre 1273, est un poète mystique persan qui a profondément influencé le soufisme. Son prénom, Djalal-el-din, signifie « majesté de la religion » (de djalâl, majesté, et dîn, religion, mémoire, culte). Quant à sa nisba (l'indication de son origine), elle renvoie soit à Balkh (le « balkhien ») ou à Byzance (RûmÎ: le « byzantin »). Il reçut très tôt le titre de Mawlānā, « notre maître », souvent écrit Mevlana, qui est devenu intimement lié à l'ordre des « derviches tourneurs » ou mevlevis, une des principales confréries soufies, qu'il fonda dans la ville de Konya. Il a écrit la majorité de ses œuvres en persan (farsi).

Son œuvre est profondément marquée par sa rencontre avec celui qui deviendra son maître spirituel, Shams ed Dîn Tabrîzî, dont le prénom signifie « soleil de la religion ». Il en fera même l'auteur de l'un de ses ouvrages, le Divân de Shams de Tabriz.

Rûmî aurait également repris à son compte certaines fables d'Ésope (via le célèbre Kalila et Dimna d'Ibn al-Muqaffa) dans son principal ouvrage le Masnavi (ou « Mathnawî », « Mesnevi »). Les Turcs, Iraniens, Afghans et autres populations de la région font montre de respect pour ses poèmes. Reconnu de son vivant comme un grand spirituel et comme un saint, il fréquentait les chrétiens et les juifs tout autant que les musulmans.

L'UNESCO a proclamé l'année 2007 année en son honneur, pour célébrer le huitième centenaire de sa naissance. Ainsi, le 30 septembre de la même année, des festivités ont été organisées à Konya, auxquelles ont pris part des derviches tourneurs et des ensembles de musique traditionnelle d'Iran.

 

Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Djalâl_ad-Dîn_Rûmî

 

Roûmî, « Le Livre du dedans, “Fîhi-mâ-fîhi” »

 

https://www.notesdumontroyal.com/note/376

 

Citations de Rûmi

 

https://citations.webescence.com/citations/Jalal-Al-Din-Rumi

 

Ne reste que parmi les amoureux, des autres éloigne-toi.
Bien que sa flamme embrase le monde,
Le feu meurt par la compagnie des cendres.

"Le commencement, qui est une pensée, s’achève en action; sache que telle a été de toute éternité la construction du monde.
Les fruits sont d’abord dans la pensée de l’esprit, ce n’est qu’à la fin qu’ils se manifestent concrètement."

Rûmî

Rûmî

Rûmî

Les plus belles citations de Rûmî (Poésie persane)
Les plus belles citations de Rûmî (Poésie persane)
Les plus belles citations de Rûmî (Poésie persane)
Les plus belles citations de Rûmî (Poésie persane)
Pierre-Olivier Combelles. Autoportrait au globe terrestre. Aquarelle. Versailles, années 1970.

Pierre-Olivier Combelles. Autoportrait au globe terrestre. Aquarelle. Versailles, années 1970.

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L'hiver est revenu sur la Basse Côte-Nord du Québec...

19 Janvier 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Lorsque la côte du Labrador québécois se pare, au coucher du soleil, des couleurs magiques de l'aurore boréale et de la labradorite.

Lorsque la côte du Labrador québécois se pare, au coucher du soleil, des couleurs magiques de l'aurore boréale et de la labradorite.

L'hiver est revenu sur la Basse Côte-Nord du Québec...
"Et quelque part au monde où s'éclaire un songe de mélèze..." (Saint-John Perse)

"Et quelque part au monde où s'éclaire un songe de mélèze..." (Saint-John Perse)

L'hiver est revenu sur la Basse Côte-Nord du Québec...

Photos de mes amis Montagnais/Innus de la Côte-Nord du Québec.

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Le concept d’odeur chez Hâfez, par Mohammad Ali Eslâmi Nodoushan (traduit par Zeinab Golestâni) )

15 Janvier 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Miniature du Dîvan de Hâfez (Perse, 1585)

Miniature du Dîvan de Hâfez (Perse, 1585)

"Travaillant sur la traduction de Baudelaire, il y a presque 10 ans, j’ai remarqué quelques aspects plus ou moins proches entre lui et Hâfez. Entre autres, l’odorat prodigieux des deux poètes. « Aucun poète ne bénéficiait d’un odorat aussi subtil que lui », dit-on à propos de Baudelaire. [1] J’ai pensé à Hâfez comme celui qui possédait la même particularité dans la langue persane, ce à quoi j’ai fait allusion dans la préface de ma traduction. [2] En fait, les recherches suivantes ont prouvé que je ne me trompais pas.

Hâfez évoque les odeurs plus que tout autre poète persan. Des mots tels que parfum, aromate, arôme, exhalaison, effluve, bouffée d’air ou souffle ne cessent de se répéter. Il les invoque aussi à l’aide des matières parfumées comme l’ambre gris, abir [3], ghâlié [4], le musc, la poche de musc, les fleurs et les vents, dans sa poésie.

Une comparaison entre la poésie de Hâfez où les odeurs sont si présentes, et ceux de quatre autres poètes lyriques révèle cette particularité : Anvâri mentionne l’odeur ou ses synonymes toutes les 21 odes, Khâqâni toutes les 7,5 odes, Molavi Jalâleddin Rûmi toutes les 20 odes dans son Grand Divân et toutes les six odes dans le Divan Elu, Saadi toutes les 7,2 odes, et Hâfez, toutes les 3,6 odes. [5]

Hâfez n’exploite pas des tropes nouveaux pour traiter les odeurs. Il reprend à son compte ceux exploités par ses prédécesseurs, en particulier Molavi et Saadi. Cependant, il les personnalise et ce qui souligne cette présence des odeurs est l’alliance entre sa vie et l’odeur, comme une habitude, comme un besoin. L’odeur chez Hâfez possède une profondeur et une présence particulières.

ہ mes yeux, ce n’est que le désir altéré et ardent de Hâfez qui suscite sa passion et sa sensibilité aux odeurs. Jouir de l’odorat, plus que de tous les autres sens, s’entend avec son esprit introverti, inextricable, aimant l’alchimie. On est capable d’apercevoir l’odeur de loin, sans avoir besoin de trouver sa source ou de l’effleurer. C’est cette caractéristique d’invisibilité, d’ambiguïté, d’insaisissabilité, et d’éloignement de l’odeur qui la rend tellement provocante. Par conséquent, tout ce qui parvient à ressusciter, dans l’esprit, l’odeur de l’aimé, en fournira la représentation la plus vive. Ainsi, si l’aimé n’est point présent, il laisse cependant quelque chose que l’on peut fréquenter, sans aucun embarras et sans craindre ni la curiosité du voisinage ni le muhtasîb [6].

Hâfez sera à jamais remarqué pour sa vie en « cellule ». Cet étudiant toujours en quête, cet amateur des solitudes nocturnes, des dénouements, des rêves bleus, des lectures, de l’insomnie, celui qui débute par l’école et par le khânqâh, qui arrive à la Taverne, qui en part pour la plaine telle une gazelle sauvage, sans trouver nulle solution, garde l’empreinte de cette période-là.

De fait, s’il existe un sorcier capable de rassembler les horizons lointains, les gens, les tumultes et les déserts où furent perdues les armées de Selm et de Tur [7] dans la salle d’une école, c’est sûrement Hâfez. Dans cette retraite où il n’existe pas même un trait de lumière, les magistrales roseraies fleuries [8] se rapprochent de lui, alors qu’envoûté [9], il entend en son for intérieur le tumulte de mille voix. [10]Ce sont les mystères qu’il connaît qui font naître ces envoûtements, ces mystères qu’il ne peut révéler. [11] Hâfez est assis à l’ombre d’un arbre intitulé « Croyance », mais dont les fruits sont ceux de l’incroyance. [12] En conséquence, son destin est d’être éternellement indécis entre le sacré et le profane, entre l’être et le néant, entre le céleste et le terrestre, et surtout entre les désirs du corps et les ambitions spirituelles. Comme celui qu’on persécuterait pour qu’il avoue. ةtonnamment, cet état de persécution n’est pas dépourvu de contraste : on y voit et la souffrance et la jouissance.

Chez Hâfez, se pose une question dialectiquecar il ignore sous quelle cendre cacher son désir brûlant et éclatant telle une braise dans l’obscurité. En même temps, elle est considérée comme l’un de ses arts, car il cache tout de cette passion aux yeux étrangers ; comme quand on cache une main souillée par le péché sous sa chemise ; poser la main sur le cœur n’est pas un signe de respect, on a quelque chose à cacher.

Dans ce discours qui aborde l’odeur chez Hâfez, nous rencontrerons un Hâfez terrestre. Alors même qu’ici encore, il mêle, comme toujours, l’abstrait et le concret et prend l’odeur comme moyen pour atteindre les univers intelligibles. Cependant, sur ce sujet, nous nous garderons de nous engager dans des exégèses et des interprétations spirituelles.

L’odeur, comme on le sait, est l’un des sens humains les plus animaux. Selon les anthropologues, quand l’être humain descendit de l’arbre et se tint debout, son odorat s’affaiblit progressivement ; en revanche, sa vue se renforça, car dans la nouvelle situation, il avait plus besoin d’yeux perçants que d’un odorat subtil. Aujourd’hui, l’odorat rapproche l’homme de l’animal, bien que l’odorat de l’homme soit moins développé que celui de nombreux animaux [13]."

(...)

Mohammad Ali Eslâmi Nodoushan 

Traduit par Zeinab Golestâni

La Revue de Téhéran, N°162, mai 2019

Suite et source: 

http://www.teheran.ir/spip.php?article2686#gsc.tab=0

Le concept d’odeur chez Hâfez, par  Mohammad Ali Eslâmi Nodoushan  (traduit par Zeinab Golestâni) )
Pierre-Olivier Combelles. Autoportrait au globe terrestre. Aquarelle. Versailles, années 1970.

Pierre-Olivier Combelles. Autoportrait au globe terrestre. Aquarelle. Versailles, années 1970.

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Joyeux Noël orthodoxe !

7 Janvier 2020 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

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