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Le Rouge et le Blanc, ou le Fil d'Ariane d'un voyageur naturaliste
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Le chemin de Han Shan

16 Décembre 2019 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Le chemin de Han Shan
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Populisme climatique néolibéral - Créer et préserver de bonnes conditions de vie pour tous! par Matthias Burchardt*

15 Décembre 2019 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Cet article repose sur une différenciation importante. Elle consiste à dissocier la nécessité de garantir de bonnes conditions de vie sur le plan social et écologique de la discussion publique sur le climat. Il se réfère donc aux modèles de pensée et aux discours actuellement générés autour du thème du «climat», largement diffusés auprès du public. A mon avis, on trouve dans ce domaine bien des gens qui profitent de la situation afin d’exploiter l’hystérie ambiante dans le sens de leurs propres intérêts.

 

Même si nous allons ici argumenter contre le populisme climatique, il ne s’agira surtout pas d’éluder les responsabilités écologiques ou de discréditer le véritable engagement en faveur de l’environnement. Bien au contraire, un examen critique des modes de pensée actuels devrait replacer dans un contexte rationnel les responsabilités de tous envers la nature et les conditions de l’existence humaine. L’analyse implique donc de façon sous-jacente que l’hystérie climatique profite aux acteurs de «l’Etat profond», qu’elle alimente et oriente le discours. De plus cette gestion de la situation n’œuvre justement pas dans le sens d’une existence terrestre optimale de l’humanité, mais constitue en fait un cynique instrument de domination. En d’autres termes, un examen plus approfondi du débat sur le climat devrait venir en aide à l’homme et à la nature, notamment en ne jouant plus la question écologique contre la question sociale. Mais pour cela, il faut dénoncer en tant que tels les pièges, les chausse-trappes de la pensée et les simulacres politiques popularisés par le discours sur le climat.

Un discours sur le climat destiné à l’obscurcissement du jugement politique 

Même sans entrer dans le discours sur le climat, il y a suffisamment de raisons de se préoccuper de l’état de nos ressources vitales naturelles. D’un point de vue esthétique, nous nous rendons déjà compte de l’impact de notre mode de vie et de notre fonctionnement économique sur la nature qui nous entoure. Au travers de la pollution et de l’urbanisation, nous affaiblissons la qualité de vie et la valeur récréative des paysages qui nous entourent. Sur le plan médical, nous constatons une contamination dangereuse de l’air et de l’eau, des denrées alimentaires d’origine végétale et animale. En ce sens, protéger l’environnement équivaut toujours à protéger l’être humain, car les substances toxiques, le bruit, les rayonnements affectent nos vies. Il est par exemple intéressant de noter qu’il n’y a pas de débat public significatif sur les réseaux 5G alors même que de nombreux signes soulignent des risques pour la santé (cf. https://mobilfunkstuttgart.de/swr-2-impuls-5g-und-das-gesundheitsrisiko-peter-hensinger-contra-bundesamt-fuer-strahlenschutz/). 
Mais même là où nous, en tant qu’êtres humains, ne sommes pas directement concernés, nous avons des responsabilités envers la nature. Le christianisme, par exemple, appelle à préserver la création, et cela non seulement parce qu’elle nous est bénéfique mais parce qu’elle est l’œuvre de Dieu. Nos semblables laïques éprouvent peut-être eux-mêmes le sentiment nommé par Albert Schweitzer le «Respect de la vie», empêchant de faire du mal à d’autres créatures sans nécessité. 
Il ne faut cependant pas surestimer la nature au travers de clichés romantiques. Ce n’est pas un paradis, ainsi que l’ont démontré la biologie de l’évolution et l’écologie, mais finalement aussi un lieu sans pitié où la loi du plus fort décide de la vie et de la mort, dans une lutte pour l’accès à des ressources limitées. Il n’y a vraiment que l’homme pour y apporter et y voir une dimension éthique des responsabilités. La culture et la politique doivent reconnaître et défendre la dignité des plus faibles et des plus vulnérables. Les animaux ne connaissent pas de bien-être animal, les volcans ne connaissent pas de valeurs limites. 
Tous ces motifs caractéristiques de la défense de l’environnement – de la pensée médicale à la réflexion écologique désintéressée en passant par les raisons esthétiques – ont une chose en commun: ils se réfèrent à des phénomènes directement perceptibles. Il n’y a que les êtres humains attentifs qui perçoivent la mauvaise qualité de l’air, l’accroissement des nuisances sonores, la disparition de la biodiversité locale et la perte de biotopes. Le climat, perçu en tant qu’objet de la recherche sur le climat, n’est cependant pas un possible sujet d’expérience, mais bien plus une construction scientifique. Les gens vivent la météo au quotidien ou les changements de la nature sur de plus longues périodes, tandis que le climat, au sens strict du terme, est un sujet de recherche modélisé par des climatologues, un artefact riche en conditions. Sur Wikipedia, on définit le climat comme suit:

«Le climat est la moyenne établie par le biais de méthodes météorologiques – par rapport à un lieu ou à une région – des processus dynamiques dans l’atmosphère, y compris toutes les variations relevées au cours de l’année et basées sur un grand nombre d’éléments climatiques. Il est régi non seulement par les processus physiques et chimiques présents à l’intérieur de l’atmosphère, mais également par les vastes influences et les interactions des quatre autres sphères de la terre (hydrosphère, cryosphère, biosphère, lithosphère).
Afin de représenter l’évolution des températures avec suffisamment de précision, en plus de tous les autres phénomènes météorologiques, l’«Organisation météorologique mondiale» (OMM) recommande l’utilisation de périodes de référence (périodes CLINO=climatological normals) au sein desquelles les moyennes mensuelles sont regroupées en séries chronologiques sur 30 ans dans un ensemble de données. A l’heure actuelle, la période de référence des années 1961 à 1990 est le critère de comparaison valable et communément utilisé. Ce dernier sera remplacé après 2021 par la nouvelle période normale de 1991 à 2020.»

La recherche sur le climat développe des modèles, c’est-à-dire des reproductions simplifiées de phénomènes naturels complexes fondées sur des hypothèses de base et les connaissances existantes. Les mesures et les méthodes mathématiques et statistiques jouent un rôle important, tout autant que les décisions et les anticipations. Quels sont les facteurs qui entrent en ligne de compte? Quelles sont les périodes considérées? Comment les pondérer? Toute science implique inévitablement des doutes quant à ses propres modèles: dans quelle mesure les méthodes de mesure sont-elles fiables? Quelle est la fiabilité des archives historiques? Quelles sont les zones aveugles incluses dans les modèles? Il en résulte généralement un conflit assez productif entre divers axes de recherche qui explorent un même sujet, à partir de perspectives différentes et avec des méthodes différentes, tout en restant toujours conscients du fait que la vérité scientifique d’aujourd’hui pourrait demain s’avérer être une erreur.
L‘ensemble de ce vaste domaine scientifique n’est donc pas intellectuellement gérable par les profanes, au nombre desquels se comptent également les décideurs politiques. Il s’agit donc alors d’une question de confiance lorsque cela touche à la recherche scientifique sur le climat et même une question de foi, voire une forme prémoderne de soumission aux autorités, quand on en vient par exemple au rôle des experts dans le débat sur le climat. 
Cela tient au fait que les modèles abstraits échappent en principe à notre perception des choses. Nous ne pouvons rien faire d’autre qu’observer, si certaines conditions météorologiques, événements extrêmes ou changements naturels s’intensifient ou se raréfient dans notre espace vital au cours de notre vie. Mais la multitude des phénomènes évoqués prouve-t-elle, pour le profane, la validité de l’hypothèse selon laquelle ces changements sont causés (uniquement) par l’homme? La main sur le cœur: qui a le courage de porter un jugement définitif sur cette question? C’est ainsi que 90 éminents chercheurs italiens ont par exemple rédigé un document dans lequel ils ne remettent pas en cause le changement climatique mais l’intervention humaine dans celui-ci. (cf. http://www.opinione.it/cultura/2019/06/19/redazione_riscaldamento-globale-antropico-clima-inquinamento-uberto-crescenti-antonino-zichichi/). 
Que faut-il en déduire? D’honnêtes chercheurs se conforment-ils aux exigences du doute scientifique au nom de la vérité? Ou bien a-t-on affaire ici à des gens à la mentalité corrompue qui se sont laissé embobiner dans les intérêts de l’industrie? Ont-ils tort parce qu’ils sont minoritaires? Ont-ils raison parce qu’ils s’opposent courageusement au «courant dominant»? Franchement, je ne suis pas en mesure d’en juger et je m’abstiendrai donc de prononcer un jugement définitif. Mais je sais, de par ma propre expérience scientifique, que la plupart des questions de recherche sont complexes et ne peuvent être résolues que provisoirement. Donc, sur de telles bases, j’hésiterai à instaurer des programmes politiques radicaux aux effets incertains. De plus, les instituts doivent orienter leurs activités de recherche en fonction de financements extérieurs, de sorte que la recherche indépendante n’est guère envisageable faute de financements indépendants (cf. Spelsberg/Burchardt: «Unter dem Joch des Drittmittelfetischs» [Sous le joug du fétiche des fonds extérieurs]. In: «Frankfurter Allgemeine Zeitung» du 15/1/15, p. 15). 
Et même s’il n’est peut-être pas tout à fait possible de déterminer de manière définitive quelle est la part de la responsabilité humaine dans les changements climatiques, les raisons exposées ci-dessus suffisent amplement pour prendre nos propres responsabilités face à nos conditions de vie.
Quoi qu’il en soit, le discours sur le climat tenu par l’expertocratie – et guidé par les intérêts – obscurcit la perception et la capacité de jugement des citoyens, déplaçant le champ d’action vers un espace invisible de modèles abstraits. En fin de compte, on bâtit dans l’esprit des gens un univers fictif de propagande par le biais d’une visualisation dramatisée. Les recours excessifs à de supposées évidences se révèlent heureusement d’eux-mêmes, si l’on démonte véritablement tous les faits exploités par le climato-populisme. Le meilleur exemple en est le discours prononcé par Annalena Baerbock, présidente fédérale des Verts, qui a insinué que les tremblements convulsifs de la chancelière étaient la conséquence de la catastrophe climatique (cf. https://www.spiegel.de/politik/deutschland/annalena-baerbock-zittern-von-angela-merkel-haengt-mit-klimawandel-zusammen-a-1274955.html). Ce faisant, Baerbock et tous ceux qui avancent des arguments similaires font preuve d’un manque flagrant de toute expertise scientifique et ridiculisent l’engagement de groupes de protection de l’environnement et de la nature, en exagérant politiquement la valeur de l’hypothèse climatique.

Le discours sur le climat, stratégie de choc: «I want you to panic!» – Greta Thunberg

Un autre aspect montre clairement la façon dont le discours sur le climat corrompt la recherche sur le climat: la funeste prévision. C’est peut-être à cause de mon âge, mais j’ai déjà survécu à quelques apocalypses, le sida, la vache folle, le trou dans la couche d’ozone et le dépérissement des forêts, et je suis donc sceptique, voire allergique aux alarmes actuelles. Dans les années 80, adoptant ainsi la célèbre citation de Luther, Hoimar von Ditfurth recommandait à ce qu’on demande à la génération No-future de planter un pommier, car le monde allait bientôt disparaître. Outre le risque de guerre nucléaire, on a notamment invoqué le dépérissement des forêts ainsi que le trou dans la couche d’ozone comme le symptôme de l’apocalypse écologique. J’étais convaincu qu’en l’an 2000, mes enfants ne pourraient plus voir d’arbres. Ma jeunesse s’est donc révélée déprimante, car on m’avait fait comprendre que face à une fin du monde sans aucune alternative, ma vie et mon engagement politique ne pouvaient être que complètement inutiles. 
Cette année, un ami documentariste m’a raconté qu’à l’époque, dans les médias, les journalistes s’étaient concentrés sur les possibilités de manipulation d’images techniques pour visualiser la menace de la disparition des forêts, et ce en toute bonne foi, afin de secouer et faire réagir la population. Cette auto-moralisation du pouvoir d’opinion est-elle justifiée?
A l’heure actuelle, nous lisons et sommes également confrontés à des rapports bouleversants et des simulations informatiques qui, dans l’esprit même de Walter Lippmann, expert en propagande, doivent implanter dans l’esprit des gens des images intérieures reflétant un pseudo-environnement construit de toutes pièces, destiné à devenir le point de départ de leurs actions dans l’univers social. Walter Ötsch a démontré que le contrôle de ces images est un instrument essentiel du contrôle de l’être humain (cf. https://www.nachdenkseiten.de/?p=45252). 
Peu importe la justesse des prévisions, et si les pronostics étaient ou sont corrects. Personne ne tient les voyantes pour responsables de leurs erreurs, car rien n’est plus ancien que le journal d’hier et rien n’est plus vrai qu’une belle parole. En 1974, par exemple, Der Spiegel provoqua la panique en prophétisant une nouvelle ère glaciaire, et en 2007 «Die Welt» anticipa qu’il n’y aurait plus de glace au pôle Nord dès 2013 (cf. https://www.spiegel.de/spiegel/print/d-41667249.htmlhttps://www.welt.de/wissenschaft/article1456952/Nordpol-bereits-in-fuenf-Jahren-eisfrei.html).
Est-ce que ce ne sont pas les alarmistes eux-mêmes qui sèment le doute sur le changement climatique? On pourrait répondre à cela de manière pragmatique: la fin justifie les moyens. Si on veut éviter la fin du monde, il ne faut pas être trop prude avec la vérité. La question de savoir s’il est particulièrement souhaitable de pérenniser un monde où le mensonge est érigé en principe structurel politique, là, on est dans un tout autre registre. On peut douter que la dramatisation à outrance et l’alarmisme soient réellement utiles à l’environnement et aux êtres humains. Répandre la peur est une sorte de pollution de l’environnement psychique rendant les hommes malades. Peut-être est-ce précisément l’effet désiré par ceux qui veulent profiter de l’hystérie climatique.
Les prédictions faites à froid sont toujours, dans l’ensemble, une affaire spéculative: plus ses prévisions se projettent dans l’avenir, plus la météo est approximative. Dans quelle mesure les prévisions climatiques peuvent-elles être fiables, si dans leur ensemble, elles sont basées sur des modèles obligatoirement oblitérés de taches aveugles? Cette question rhétorique n’est d’ailleurs pas un argument à l’encontre de la recherche sur le climat, mais seulement une objection à son utilisation stratégique et choquante dans le discours politico-médiatique sur le climat. Tout climatologue confirmera immédiatement le pouvoir limité de ses modèles en matière de témoignage et de pronostic: tout pourrait se développer de manière complètement différente.
C’est d’ailleurs ce qui est écrit en petits caractères dans le rapport d’évaluation du GIEC, un think tank des Nations Unies, qui, sous le nom impressionnant de «Conseil mondial pour le climat» est vu dans les médias comme la toute dernière instance intellectuelle du régime climatique mondial:
«In climate research and modelling, we should recognise that we are dealing with a coupled non-linear chaotic system, and therefore that the long-term prediction of future climate states is not possible». [Dans la recherche et la modélisation du climat, nous devons reconnaître que nous avons affaire à un système chaotique couplé et non linéaire et que la prédiction à long terme des états climatiques futurs est donc impossible] («Climate Change 2001» p. 774. Source: https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/2018/03/WGI_TAR_full_report.pdf)
Dans la dramatisation d’une prédiction d’apocalypse mondiale, le discours sur le climat se trouve quoiqu’il en soit en concurrence avec le 11 septembre 2001, le grand choc utilisé dans le but de restreindre les droits civils et de servir de prétexte à la guerre. Les scénarios menaçants qui se sont enflammés dans nos âmes sous forme d’images internes stressent notre cerveau reptilien et nous rendent ainsi irresponsables et aptes à la manipulation. Par conséquent, nous devons nous méfier de tout discours qui veut nous imposer des contraintes de temps et qui suscite la peur. Il s’agit souvent d’une technique de manipulation éprouvée, pratiquée dans des entreprises et des organismes publics, pour faire avancer le «change management». Ainsi, on ne veut non seulement modifier les conditions extérieures, mais aussi les attitudes et les caractéristiques de personnalité es collaboratrices concernées. Ces processus de changement ne font toutefois pas appel à la compréhension raisonnable des personnes concernées, qui pourraient sinon présenter des contre-arguments ou des résistances justifiées. Au contraire, les psychotechniques visent à saper systématiquement la souveraineté des personnes. Choc, surmenage, impératifs paradoxaux, culpabilisation, démantèlement des groupes existants, irritations dues aux changements de l’environnement spatial, nouvelles habitudes linguistiques, etc. privent ainsi les gens de sécurité et de cette façon, les rendent contrôlables. Il s’agit de techniques sociales de domination sophistiquées, étant bien entendu également utilisées pour manipuler l’opinion publique politique (cf. http://peira.org/wp-content/uploads/2013/10/swr2-wissen-20131006.pdf).

Le discours sur le climat, une forme de populisme

Selon un scénario tout à fait plausible, il se pourrait que dans un proche avenir ce soient surtout les partis AfD et Les Verts qui remportent les voix, car à la différence des anciens partis populaires, ils s’approprient clairement un sujet et le défendent de manière agressive. Les représentants du premier de ces deux partis voient le monde d’un point de vue nationaliste-autoritaire et ceux de l’autre le considèrent dans une perspective mondialiste et éco-répressive. Toutefois, aucune de ces deux positions ne répond aux exigences d’une conception souveraine-démocratique de la politique, c’est-à-dire d’une conception de l’Etat, ayant des obligations (démocratiquement) uniquement envers ses seuls citoyens et non pas envers des ONG ou quelque structure transnationale ou transatlantique que ce soit, afin d’agir de manière souveraine sur le plan de la politique extérieure. Malgré toutes leurs différences dans le contenu et le concept, les deux camps présentent aussi certaines similitudes dans leurs modèles de communication mobilisateurs. Ici, on thématise la menace de perte d’identité culturelle ou ethnique, là, on invoque une apocalypse écologique. Les deux discours contiennent une certaine part de vérité, enflée cependant par la manipulation et la dramatisation des émotions, nourrissant des craintes et finissant par diviser la société par la radicalisation. Alors que chez les uns la préoccupation porte sur les «miens» et les «autres», les autres s’opposent contre les gros fumeurs, les automobilistes roulant au diesel, les sexistes, les carnivores et les pollueurs, contre les perdants de la mondialisation et les dépendants de l’aide sociale. Et donc les deux partis se ressemblent dans leur pensée en noir et blanc, dans leur schéma ami-ennemi et dans un modèle simpliste et monothématique d’explication du monde avec une grande force mobilisatrice. Mais en fin de compte, ils ne représentent probablement que de fausses alternatives au sein du régime néolibéral. 
Quoi qu’il en soit, le discours sur le climat fait grimper les sondages en faveur des Verts et fait oublier que c’était ce parti, en la personne de Joschka Fischer, qui a fait plonger la République fédérale dans un conflit militaire pour la première fois depuis 1945 et a rendu possible la liquidation de l’Etat providence grâce aux réformes néolibérales de Hartz. Un parti qui, au niveau national, a mené une politique idéologique de l’éducation et de formation au détriment de la justice sociale et de la responsabilité envers la prochaine génération. Dans le purgatoire du discours sur le climat, les souvenirs de ces péchés politiques se désintègrent, tandis que sont forgées les armes nécessaires pour conquérir le pouvoir, délivrer le monde et, en tant que gouvernance du climat, rééduquer les populations.

Le discours sur le climat, un instrument de clivage

Le gouvernement d’Emmanuel Macron, pour sa part, a utilisé le discours sur le climat pour faire passer l’agenda néolibéral en France. En même temps, on a dénigré les Gilets jaunes, vus comme des indésirables: «Ils ne représentent pas la France du XXIe siècle que nous voulons.» (cf. https://www.neues-deutschland.de/artikel/1124783.g-gipfel-francafrique-a-la-macron.html). Les personnes descendues dans la rue sont «des gros fumeurs et des automobilistes utilisant le diesel». Si vous souhaitez vous faire votre propre idée de ces gens représentés comme des personnes dégénérées, vous devriez le faire ici (cf. https://m.youtube.com/watch?v=cBiHxGxz1g). Dans la vidéo, on ironise joyeusement sur la prétention moralisatrice des élites urbaines et mondialistes et sur la dégradation de la population. 
Mais il n’y a pas que les élites et les non-privilégiés que l’on dresse les uns contre les autres, il y a aussi la ville contre la campagne, les jeunes contre les vieux, l’humanité actuelle contre l’humanité du futur. On voit naître en particulier une mise en accusation de la génération précédente, qui aurait causé ou du moins n’aurait pas empêché la catastrophe climatique, ce qui rappelle dans sa mise en scène médiatique un genre de croisade des enfants à l’apparence quasi religieuse. La question qui se pose alors est la suivante: n’est-on pas ici en train d’exploiter l’idéalisme politique d’une génération entière? Avec la perspective d’une frustration prévisible qui ôtera une fois pour toutes aux participants la motivation d’un engagement politique? Après sa présentation fort bien orchestrée à Davos, Greta Thunberg a par la suite été érigée en prophétesse par les médias.
La mise en accusation de la génération précédente est injuste et elle divise. Les parents des manifestants du vendredi se sont engagés en faveur de l’environnement dans leur jeunesse, ont été suffisamment stressés après 1989 par le coup d’Etat néolibéral à l’Est et à l’Ouest de la République allemande, ont dû par leurs propres moyens prendre soin de leur subsistance et permettre à leurs enfants d’avoir une enfance relativement facile, alors que les élites au pouvoir ont, dans le fond, encouragé la mondialisation et l’anxiété sociale, déclenché la guerre et le terrorisme, et altéré la démocratie, les systèmes de santé, l’éducation, l’Etat providence, l’Etat de droit et les droits civils. Ici les victimes deviennent des criminels afin que les véritables coupables de la misère sociale, politique et écologique restent dans l’ombre. L’énergie politique qui pourrait se retourner contre ceux qui sont vraiment les acteurs responsables est ainsi neutralisée d’emblée par le «divide et impera» (diviser et régner) qui a déjà fait ses preuves.

Le discours sur le climat, un antihumanisme

Dans le bouillon de culture originel du Mouvement vert, on trouve de nombreux éléments: mouvement pacifiste, mouvement anti-nucléaire, féminisme, groupes de défense de l’environnement et initiatives citoyennes ainsi que d’autres ingrédients peu appétissants, comme les militants pour la légalisation de la «pédosexualité» ou les adeptes l’écologie profonde et de la théorie de Gaïa. Dans ces derniers courants, l’homme apparaît comme le véritable problème écologique, comme un fauteur de troubles dont l’existence en soi endommage la Terre; on pourrait résumer tout cela par cette vieille blague:
Deux planètes se rencontrent, et l’une dit à l’autre: «Tu as mauvaise mine, es-tu malade?» Réponse: «Oui, j’ai l’homme.» «Oh ma pauvre! Mais ne t’inquiète pas, ça va passer!»
Selon les tenants radicaux de cette conviction, la solution à la crise écologique consisterait à éliminer l’homme, sinon totalement, du moins quantitativement ou qualitativement. La gestion des populations, comme la stérilisation, le contrôle des naissances, la spéculation sur les denrées alimentaires, est dirigée contre des groupes particuliers de personnes, les Africains, les Chinois, les pauvres, les handicapés, les gros fumeurs. La discussion entre Christoph Butterwegge et Richard David Precht sur un revenu de base inconditionnel à PhilCologne en est un exemple:

Precht: Pas de revenu de base pour les bébés, Monsieur Butterwegge, mais pour tous à partir de l’âge de 21 ans. […]
Butterwegge: Et les allocations familiales? Les allocations familiales sont annulées?
Precht: Oui, bien sûr.
Butterwegge: OK, si les allocations familiales sont supprimées, alors celui qui a cinq enfants doit les nourrir avec 1500 euros, mais quelqu’un qui n’a pas d’enfants, lui, il peut dépenser son revenu de base autrement ?
Precht: Vous avez tout compris. Je ne veux pas que quelqu’un qui a 1500 euros de revenu de base et aucune perspective de carrière ait l’idée d’avoir cinq enfants.
Butterwegge: Ce n’est plus seulement néolibéral, c’est déjà socialement réactionnaire.
(Source: Philosophie Magazin, août/septembre 2018, p. 61)

Selon Butterwegge, chercheur sur la pauvreté, un concept sociopolitique tel que le revenu de base inconditionnel s’avère être un instrument de gestion biopolitique avec une connotation sociale darwinienne: la reproduction, s’il vous plaît, mais uniquement pour les gagnants!
A la base de ce raisonnement, il y a le malthusianisme, l’idée que la croissance démographique doit inévitablement conduire à la paupérisation des masses, en particulier parce que les personnes non éduquées ou non civilisées se reproduisent de manière particulièrement sauvage. Cette suggestion induit que la meilleure façon de lutter contre la pauvreté doit être de contrôler les naissances des perdants.
Dans le discours sur le climat, on trouve l’image de l’empreinte écologique [en allemand: ökologischer Fussabdruck, ndt.], utilisée dans le sens pédagogique comme illustration de l’utilisation des ressources par les hommes ou les nations. En même temps, cette idée de l’empreinte écologique crée toutefois l’image d’une situation de concurrence: des pieds, mais pas de place pour les poser. Cela peut conduire à douter de soi-même ou encore à des fantasmes d’extermination: puis-je au moins poser mes pieds sur la terre? Ne serait-il pas mieux qu’ailleurs, quelque part, quelques millions de personnes disparaissent afin qu’il y ait plus de place pour moi? Ne faudrait-il pas alors une autre guerre, une sorte de nettoyage, comme un peeling appliqué à la surface de la Terre?
La plus légère des empreintes est celle laissée par les créatures non-nées, non-existantes. C’est pourquoi l’antinatalisme, c’est-à-dire le rejet de la conception de la progéniture humaine en soi, est le bon élève du discours sur le climat (cf. https://www.zeit.de/kultur/2018-04/antinatalismus-theophile-de-giraud-bevoelkerungswachstum-femininismus). Ne pas avoir d’enfants offre non seulement de nombreuses libertés aux non-parents sans descendance, mais elle évite aussi à la planète l’empreinte de la prochaine génération. 
Ce raisonnement, à première vue très plausible, souffre de sa propre cécité sociale à laquelle on peut rapidement remédier en considérant ceux qui propagent cette théorie avec passion (cf. https://www.weforum.org/agenda/2018/09/africas-rapid-population-growth-puts-poverty-progress-at-risk-says-gates).
Bill Gates a mis en garde en 2018 contre la croissance démographique en Afrique – au Forum économique mondial de Davos, un endroit où aucun d’entre nous, eût-il des velléités missionnaires, ne devrait jamais prendre la parole, mais Greta Thunberg, elle, l’a fait. C’est vraiment curieux.
Mais le fait qu’un des hommes les plus riches du monde s’engage avec sa fondation à réduire la population mondiale pourrait être un signe de philanthropie (amour de l’humanité) excessive ou la marque du cynisme antihumaniste d’un homme lui-même trois fois père de famille. En effet, si l’on transformait les milliards des dix plus riches de la liste Forbes en empreintes, il y aurait – avec un peu de modestie de la part de ces familles – à côté des petits Gates, encore un peu de place pour quelques petites filles indiennes, des jumeaux chinois ou des bébés africains.
Pour éviter tout malentendu, il est évident que les gens devraient se préoccuper de leur propre reproduction ou de la démographie de la société dans son ensemble, ne serait-ce que pour les enfants, pour le bien desquels nous nous battons aussi bien dans les sphères publiques que dans les lieux privés. Mais dans le contexte du discours sur le climat, certains déséquilibres sociaux se font jour lorsque les grands profiteurs du néolibéralisme choisissent précisément les plus démunis de l’univers pour leur imputer la responsabilité de la planète. L’antinatalisme, le darwinisme social et la sélection eugénique sont des dérives massives d’un antihumanisme qui ne légitime pas seulement des conditions inhumaines, mais pose également la question de l’élimination de l’être humain en soi. Ce qui amène d’ailleurs au paradoxe selon lequel le discours sur le climat devient d’une part l’avocat des générations futures encore à naître et, d’autre part, combat leur existence par l’antinatalisme.

Le discours sur le climat, un programme néolibéral de rééducation

Le néolibéralisme est bien plus qu’un modèle d’aménagement de l’espace économique. Il est totalitaire dans ses prétentions et influence tous les domaines de la vie des individus. Mais comme les gens préféreraient, de leur propre initiative et sur la base des épreuves historiques qu’ils ont traversées, un mode de vie différent, il faut reprogrammer ces individus conformément à la propagande.
Il faut un «nouvel homme», et le «vieil homme», avec ses habitudes et son échelle de valeurs, est identifié comme étant à la racine de tous les maux et reformaté de façon à ce que, comme dans l’esprit du gouvernement Macron, ne subsistent plus que les personnes incarnant la France du XXIe siècle. Cependant, il s’agit là d’une violation du principe de la représentation démocratique mise sans dessus-dessous. Il est évident que l’élite politique n’est plus là pour servir la volonté des citoyens, mais qu’elle s’emploie à formater des individus correspondant à sa politique. 
Dans les haut-parleurs du discours sur le climat, on entend souvent qu’il s’agit d’un «changement de mode de vie» (cf. https://www.tagesschau.de/ausland/smile-for-future-101.html). Il semble que ce soit nécessaire, car nous sommes encore beaucoup trop dépensiers et nous n’apprécions pas suffisamment, par exemple, les bienfaits de la nature et les efforts des paysans et des agriculteurs.
Il faut bien sûr en parler. Mais ici aussi, la rhétorique politique trouve de l’aide dans le souvenir d’un passé récent. C’est d’une manière tout à fait inoffensive qu’on rabâche la formule: il faut se «serrer la ceinture», c’est-à-dire que pour le bien de tous, on exige de l’individu son renoncement. Cela fait des décennies que nous nous serrons la ceinture, mais où est la récompense promise? Ou alors, serais-je responsable de la crise financière et bancaire parce que j’ai vécu «au-dessus de mes moyens»? Eh non, ce n’est pas moi! Mais hier encore, j’ai rencontré Bill Gates chez un bourrelier. Il s’y était fait faire cinq nouveaux trous dans la ceinture, car il fallait à nouveau l’élargir.
Les crises économiques et écologiques sont donc une arme formidable dans la guerre des élites contre les populations. Ou comme le dit Warren Buffet: «There’s class warfare, all right, but it’s my class, the rich class, that’s making war, and we’re winning.» [C’est une lutte des classes, d’accord, mais c’est ma propre classe sociale, celle des riches, qui mène cette guerre et on est en train de la gagner] («New York Times» du 26/11/06). On déplace un problème politique – par exemple, la politique environnementale et la politique industrielle – de l’espace public démocratique vers l’espace privé par le biais du débat sur le climat. Pourtant, les véritables pollueurs et les vrais profiteurs des problèmes sociaux et écologiques restent invisibles et les problèmes demeurent sans solution, tandis que l’individu se heurte à la caisse de résonnance de l’idéalisme ou de la mauvaise conscience, dans le but de sauver la planète.
Le discours sur le climat extériorise les divergences économiques du néolibéralisme déchaîné dans les biographies des personnes défavorisées qui, dans le courant de la mondialisation, de la modernisation et des migrations, se sont vues repoussées dans une zone d’insécurité. (cf. Hannes Hofbauer, «Kritik der Migration») La taxe carbone actuellement envisagée – que les services scientifiques du Bundestag jugent anticonstitutionnelle (cf. https://www.welt.de/politik/deutschland/article198175347/Wissenschaftlicher-Dienst-CO2-Steuer-waere-verfassungswidrig.html) – entraînerait des charges financières excessives pour les personnes à faibles revenus ou celles qui n’ont pas de revenus du tout. Pour les membres de la famille royale anglaise, il n’est par contre pas difficile de verser une obole écologique en compensation de leurs fréquents vols en jet privé. 
Les personnes vivant en zone rurale, là où le néolibéralisme et la mondialisation ont restreint les infrastructures, les transports publics locaux, l’emploi, l’approvisionnement ainsi que l’intégration culturelle, doivent eux faire la navette vers leur lieu de travail avec leur véhicule personnel.
La menace de fermeture d’hôpitaux par Bertelsmann augmente la pression de la mobilité à forte intensité de CO2 sur les personnes dans certaines régions (cf. https://www.die-linke.de/partei/struktur/zusammenschluesse/bag-gesundheit-und-soziales/erklaerungen-und-stellungnahmen/detail/news/bertelsmann-plant-krankenhaus-landschaft/). Aussi longtemps qu’il n’y aura pas d’alternative possible, la vie des gens ne sera pas plus respectueuse du climat, mais s’ils veulent continuer à participer à la vie sociale, elle deviendra simplement plus chère. 
Le discours sur le climat évoque une stratégie néolibérale que l’on nomme «réactivité» en sociologie: c’est-à-dire que les gens sont déclarés responsables de choses ayant été produites ailleurs de façon systémique et structurelle, sans qu’on leur donne le pouvoir politique d’opérer un changement réel, ni même qu’on leur mette dans les mains le moindre moyen d’accomplir ces tâches. Le statut des aides-soignantes en est un bon exemple: on financiarise le système de santé publique, en reportant la responsabilité sur les aides-soignantes par ailleurs surexploitées. De plus ils et elles doivent puiser dans cette insuffisance un minimum d’humanité envers les personnes dépendantes. Ceux qui entrent dans cette profession le faisant par empathie et idéalisme, il s’ensuit que les carences artificiellement induites entraînent souvent une forme d’auto-exploitation du personnel hospitalier. Le champ de force de la «réactivité» extirpe des employés leurs dernières ressources: c’est cela le Humanfracking, la déconstruction de l’être humain.
De même, les appels lancés aux «consommateurs» de ne pas acheter de produits polluants au plan écologique ou social. Comme si un bénéficiaire de Hartz IV était responsable des mauvaises conditions de travail des couturières dans les pays à bas salaires, parce qu’il n’achète pas d’éco-textiles du Westerwald. Tout le monde ne peut pas se permettre financièrement de s’approvisionner exclusivement avec des produits provenant de magasins bios. Transformer les questions politiques à des questions de consommation est une insulte à la liberté politique du citoyen, qui est quand même bien plus et bien différent d’un Homo economicus.
Transférer le débat sur le climat le problème sociétal des perturbations écologiques vers la mauvaise conscience, le porte-monnaie et un comportement du renoncement individuel relève du cynisme tant que les causes réelles ne sont ni clarifiées, ni révélées, ni même politiquement abordées.

Perspective

Cet article a été consacré à la traque des éléments toxiques dans le discours sur le climat, mais il n’a en aucun cas tenté de justifier l’indifférence en matière écologique. Il vise bien plutôt une décontamination politique de ce discours, une désintoxication.
On a identifié des composantes embarrassantes: la spoliation du discernement politique, la stratégie de choc, le populisme, la division, l’antihumanisme et la rééducation programmée. L’interaction de ces éléments crée un puissant levier de pouvoir pouvant ouvrir la voie à une dictature climatique aussi pernicieuse que totalitaire. Le fait qu’il est possible et nécessaire de traiter l’homme et la nature avec davantage de ménagement devrait être apparu comme un noyau de vérité, indépendamment de cette discussion empoisonnée …
Et voici donc le mot d’ordre en la matière: créer et conserver des moyens de subsistance pour tous! Mais sans stratégies de choc apocalyptiques, sans expertocratie ni prophétesses, sans scission et sans populisme, sans agenda eugénique ou social-darwinien, sans écologisme orwellien et sans programmes de rééducation. La supposée bonne cause ne justifie pas tous les moyens. Il faut des discussions ouvertes, des controverses scientifiques et aussi du respect pour l’expérience des personnes compétentes n’ayant pas le statut d’expert. 

Matthias Burchardt*

 

* Matthias Burchardt, Dr. phil., enseigne la philosophie et la pédagogie à l’Université de Cologne. Ses domaines de recherche sont l’anthropologie, la théorie de l’éducation et la politique éducative. Il est directeur adjoint de la Gesellschaft für Bildung und Wissen (GBW), qui analyse de manière critique les réformes de l’enseignement à l’école et à l’université.

 

Source: Horizons et Débats: https://www.zeit-fragen.ch/fr/ausgaben/2019/nr-2627-3-dezember-2019/neoliberaler-klimapopulismus.html

Pétition de scientifiques italiens (2019) contre le dogme officiel du réchauffement climatique anthropique:

http://www.opinione.it/cultura/2019/06/19/redazione_riscaldamento-globale-antropico-clima-inquinamento-uberto-crescenti-antonino-zichichi/

Lire aussi: 

Avoiding the Coming Ice Age (Club Orlov)

http://cluborlov.blogspot.com/2019/11/avoiding-coming-ice-age.html#more

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Nec pluribus impar

14 Décembre 2019 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Frontispice de la Maison royale de Saint-Louis fondée par Louis XIV à Saint-Cyr, près de Versailles, pour l'éducation des jeunes filles de la noblesse pauvre, dont les pères s'étaient sacrifiés au service de l'Etat et à la guerre (devenue la Maison d'Education de la Légion d'honneur fondée par Napoléon sur cet exemple et ces traditions).

Frontispice de la Maison royale de Saint-Louis fondée par Louis XIV à Saint-Cyr, près de Versailles, pour l'éducation des jeunes filles de la noblesse pauvre, dont les pères s'étaient sacrifiés au service de l'Etat et à la guerre (devenue la Maison d'Education de la Légion d'honneur fondée par Napoléon sur cet exemple et ces traditions).

Louis XIV figure le soleil levant dans le Ballet royal de la Nuit (1653)

Louis XIV figure le soleil levant dans le Ballet royal de la Nuit (1653)

« Le carrousel, qui m’a fourni le sujet de ces réflexions, n’avait été projeté d’abord que comme un léger amusement; mais on s’échauffa peu à peu, et il devint un spectacle assez grand et magnifique, soit par le nombre des exercices, soit par la nouveauté des habits ou par la variété des devises.

Ce fut là que je commençai à prendre celle que j’ai toujours gardée depuis, et que vous voyez en tant de lieux. Je crus que, sans s’arrêter à quelque chose de particulier et de moindre, elle devait représenter en quelque sorte les devoirs d’un prince, et m’exciter éternellement moi-même à les remplir. On choisit pour corps le soleil, qui, dans les règles de cet art, est le plus noble de tous, et qui, par la qualité d’unique, par l’éclat qui l’environne, par la lumière qu’il communique aux autres astres qui lui composent comme une espèce de cour, par le partage égal et juste qu’il fait de cette même lumière à tous les divers climats du monde, par le bien qu’il fait en tous lieux, produisant sans cesse de tous côtés la vie, la joie et l’action, par son mouvement sans relâche, où il paraît néanmoins toujours tranquille, par cette course constante et invariable, dont il ne s’écarte et ne se détourne jamais, est assurément la plus vive et la plus belle image d’un grand monarque.

Ceux qui me voyaient gouverner avec assez de facilité et sans être embarrassé de rien, dans ce nombre de soins que la royauté exige, me persuadèrent d’ajouter le globe de la terre, et pour âme nec pluribus impar*: par où ils entendaient ce qui flattait agréablement l’ambition d’un jeune roi, que, suffisant seul à tant de choses, je suffirais sans doute encore à gouverner plusieurs empires, comme le soleil à éclairer d’autres mondes, s’ils étaient également exposés à ses rayons. Je sais qu’on a trouvé quelque obscurité dans ces paroles, et je ne doute pas que ce même corps n’en eût pu fournir de plus heureuses. Il y en a même qui m’ont été présentées depuis; mais celle-là étant déjà employée dans mes bâtiments et en une infinité d’autres choses, je n’ai pas jugé à propos de la changer. »

 

Louis XIV, Mémoires pour l’année 1662. Tallandier, Paris, 1978.

 

 

* « Capable de gouverner plusieurs royaumes. »

Nec pluribus impar
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On meurt seulement quand on nous oublie

12 Décembre 2019 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Louis XIV représentant le soleil levant dans le Ballet royal de la Nuit, de Lully (1653)

Louis XIV représentant le soleil levant dans le Ballet royal de la Nuit, de Lully (1653)

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Uluru, par Olivier Delacrétaz (La Nation, Ligue vaudoise)

4 Décembre 2019 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Source de l'image: https://fr.wikipedia.org/wiki/Uluru#/media/Fichier:Uluru_Panorama.jpg

Source de l'image: https://fr.wikipedia.org/wiki/Uluru#/media/Fichier:Uluru_Panorama.jpg

par Olivier Delacrétaz
Editorial
La Nation n° 213622 novembre 2019

Il y a quelques jours, Uluru, la montagne sacrée des Anangu, un peuple aborigène du centre de l’Australie, a été interdite d’accès à tous les visiteurs, en particulier aux quatre cent mille touristes annuels qui venaient y faire des selfies et répandre leurs papiers gras. Cette réhabilitation d’un tabou millénaire a commencé en 1979, quand la propriété de la montagne, d’un périmètre d’environ 9 km et d’une altitude de 348 m, a passé de l’Etat australien aux Anangu. Les actes de propriété leur furent remis six ans plus tard. Uluru se nommait officiellement Ayers Rock, du patronyme d’un ministre australien de la fin du XIXe siècle. En 1993, le nom officiel devint Ayers Rock-Uluru. En 2002, ce fut Uluru-Ayers Rock. Aujourd’hui, c’est Uluru. Au cours de cette période de transfert, les infrastructures touristiques, en particulier celles qui avaient été construites au pied de la montagne, ont été éloignées ou fermées.

Jusqu’il y a peu, des panneaux officiels, placés au pied de la montagne, disaient en six langues: Nous, les Anangu, les propriétaires traditionnels, avons cela à vous dire : la montée n’est pas interdite mais nous vous demandons de respecter notre loi et notre culture en ne grimpant pas dessus. Nous sommes responsables de la sécurité de ceux qui visitent notre terre. La montée peut être dangereuse. Trop de gens sont morts en train d’essayer de grimper Uluru. Vu son inefficacité, le panneau est désormais remplacé par une interdiction pure et simple. Et la main courante qui facilitait l’ascension a été détruite.

On éprouve un sentiment de connivence avec ce peuple qui ne voit plus des étrangers profaner ses lieux sacrés et qui, du même coup, redevient plus complètement lui-même. Et curieusement, c’est au moment même où il manifeste explicitement son identité culturelle et religieuse qu’on a l’impression de s’en rapprocher. Peut-être est-ce parce qu’on ne perçoit authentiquement la «ressemblance humaine» qu’après avoir constaté et accepté pleinement l’étrangéité d’un peuple tiers, le secret de ses rites, le caractère quasiment intransmissible de sa religion et sa conception originale de la genèse du monde. A défaut, on en reste à l’universalité abstraite des droits de l’homme, se condamnant du même coup à ne construire des ponts qu’entre soi.

Des autorités politiques ont donc décrété un interdit total sur un territoire touristique et, par conséquent, rémunérateur pour des motifs qui ne sont ni sanitaires, ni militaires, mais religieux. C’est une faille inattendue dans le rationalisme sans profondeur que l’Occident tardif continue d’imposer au monde entier.

L’émission de RTSreligion du 16 juillet dernier commentait brièvement cette interdiction touristique. Sur un ton badin et légèrement supérieur, «Guillaume» informait «Valérie»: … vider les toilettes chimiques de son camping-car sur un territoire sacré aborigène, c’est pas l’idéal, niveau karma, et là, attention ! les Anangu aiment à rappeler que cette montagne est vivante et pas très commode. Elle n’hésite pas à se venger lorsqu’elle se sent profanée. Cette désinvolture n’est pas de très bon goût. Elle manifeste une incapacité de saisir la signification vitale de cet interdit pour les aborigènes et, d’une façon générale, l’importance centrale de la religion pour ceux qui sont encore capables de croire.

On trouvera mieux son miel en suivant les aventures du policier fédéral aborigène Jay Swan, dans Goldstone (2016) et la série Mystery Road (2018). Ces films restituent d’une façon saisissante l’omniprésence du sacré chez les aborigènes, leurs relations inextricables avec leurs ancêtres défunts et les souvenirs obsédants de leur histoire, qui a commencé 40 000 ans avant qu’on ne les «découvre».

La résistance de ce monolithe à l’érosion le rend à peu près aussi inusable que l’éternité. Ses couleurs, changeant au gré de la course du soleil, ses cavités secrètes, les peintures rupestres à ses pieds, le silence du lieu rendu à lui-même, son mystère, rétabli par l’interdit, les cris et bruissements diurnes et nocturnes des mammifères, oiseaux, reptiles, arbres et arbustes, ce lieu sacré tout entier renvoie naturellement à un au-delà de la nature.

Et l’on se prend à penser que la contemplation du sanctuaire d’Uluru, tout païen qu’il soit, dispose mieux à recevoir l’annonce du «dieu inconnu» que le théologisme sec et satisfait de nos émissions radio-télévisées.

 

Reproduit avec l'aimable autorisation de La Nation, Ligue vaudoise.

Source de cet article: https://www.ligue-vaudoise.ch/?nation_id=4316

Sur le même sujet et sur ce même blog, mais dans les Andes du Pérou:

http://pocombelles.over-blog.com/2014/05/le-sarasara-profane-parinacochas-est-livree-au-pillage-et-a-la-destruction.html

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Les Maîtres de l'antiquité étaient libres et voyants... (Lao Tseu, Tao Tö King)

2 Décembre 2019 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Cité par Julius Evola, Révolte contre le monde moderne, 1972.

Cité par Julius Evola, Révolte contre le monde moderne, 1972.

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La vertu des princes, par Louis XIV (Mémoires)

30 Novembre 2019 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Statue de Louis XIV dans l'Orangerie de Versailles. Photo: Pierre-Olivier Combelles.

Statue de Louis XIV dans l'Orangerie de Versailles. Photo: Pierre-Olivier Combelles.

"Les princes, en qui l'éclat de leur naissance et l'honnêteté de leur éducation ne produit d'ordinaire que des sentiments nobles et généreux, ne peuvent laisser tellement altérer ces bons principes qu'il n'en demeure toujours quelque impression dans leur esprit. Cette idée de vertu, quelque effacée qu'elle puisse être par la corruption du temps, donne pourtant aux plus mauvais une espèce de répugnance pour le vice. Leurs coeurs, formés de bonne heure aux lois de l'honneur, s'en font une si forte habitude qu'ils ont peine de la corrompre entièrement, et le désir de gloire qui les anime les fait passer en beaucoup de choses par-dessus le penchant de leurs intérêts."

Louis XIV, Mémoires (Tallandier, Paris, 1978, pp. 212-213).

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La modestie et l'humilité, par Louis XIV (Mémoires)

30 Novembre 2019 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

Statue équestre de Louis XIV sous les traits du général romain Marcus Curtius par Le Bernin. Orangerie de Versailles. Photo: Pierre-Olivier Combelles.

Statue équestre de Louis XIV sous les traits du général romain Marcus Curtius par Le Bernin. Orangerie de Versailles. Photo: Pierre-Olivier Combelles.

"S'il y a une fierté légitime dans notre rang, il y a une modestie et une humilité qui ne sont pas moins louables. Ne pensez pas, mon fils, que ces vertus ne soient pas faites pour vous. Au contraire, elles nous appartiennent plus proprement qu'au reste des hommes. Car, après tout, ceux qui n'ont rien d'éminent ni par la fortune, ni par le mérite, quelque petite opinion qu'ils aient d'eux-mêmes, ne peuvent jamais être modestes ni humbles; et ces qualités supposent nécessairement en celui qui les possède et quelque élévation et quelque grandeur, dont ils pourraient tirer vanité... Mais, quand tout ce qui vous environne fera effort pour ne vous remplir que de vous-même, ne vous comparez point, mon fils, à des princes moindres que vous: pensez plutôt à ceux qu'on a le plus sujet d'admirer et d'estimer dans les siècles passés... Descendez avec quelque nécessité à la considération de vos propres faiblesses. Par là, mon fils, et en cela vous serez humble. Mais, quand il s'agira du rang que vous tenez dans le monde, les droits de votre couronne, du Roi enfin et non pas du particulier, prenez hardiment l'élévation de coeur et d'esprit dont vous serez capable. Ne trahissez point la gloire de vos prédécesseurs, ni l'intérêt de vos successeurs à venir, dont vous n'êtes que le dépositaire. Car alors votre humilité deviendrait une bassesse."

Louis XIV, Mémoires (Tallandier, Paris, 1978).

"On meurt seulement quand on nous oublie."

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Les cinq stades de l'effondrement, par Dmitry Orlov

19 Novembre 2019 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

"Les cinq stades de l’effondrement selon Dmitry Orlov sont :

1) L’effondrement financier, les banques ne répondent plus, l’accès au capital est perdu et les placements financiers réduits à néant.

2) L’effondrement commercial, les magasins sont vides, les monnaies dévaluées

3) L’effondrement politique, le gouvernement a perdu sa légitimité et n’est plus un recours

4) L’effondrement social : les institutions sociales ne remplissent plus leur fonction de protection

5) L’effondrement culturel : les gens perdent leur capacité de bienveillance, d’honnêteté, de charité.

Orlov n’évoque pas la part que pourrait prendre un effondrement écologique, il s’en tient à la méthode d’analyse qu’il a appliquée à l’effondrement de l’URSS et qui lui a permis de prédire la crise de 2008. "

Source:https://www.institutmomentum.org/cinq-stades-de-leffondrement-dmitry-orlov/

Consulter aussi: 

http://cluborlov.blogspot.com/p/the-five-stages-of-collapse.html

http://cluborlov.blogspot.com

https://www.newyorker.com/magazine/2009/01/26/the-dystopians

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La famille disloquée, par Olivier Delacrétaz (La Nation - Ligue vaudoise)

17 Novembre 2019 , Rédigé par Pierre-Olivier Combelles

La famille disloquée, par Olivier Delacrétaz (La Nation - Ligue vaudoise)

par Olivier Delacrétaz

Editorial

La Nation n° 2134

25 octobre 2019

 

La famille – mariage, génération, filiation, adoption – se voit soumise à des rafales ininterrompues de chambardements qui s’enchaînent, se croisent ou se heurtent en tous sens. Les institutions et les usages qui la soutenaient, les principes qui la fondaient, et qu’on croyait éternels, sont remis en cause à un rythme accéléré par la technique, la philosophie et les idéologies, parfois la religion. L’horizon se brouille, tout se défait et se confond.

La pilule anticonceptionnelle a desserré le lien étroit entre la sexualité et la procréation, autrement dit entre le mariage et la famille. La procréation médicalement assistée, l’amniocentèse, le diagnostic préimplantatoire, le décryptage du génome et tant d’autres nouveautés scientifiques, notamment chirurgicales, fournissent à l’humanité une apparente maîtrise du corps et de la sexualité.

La notion de chef de famille est devenue discriminatoire. D’abord ce chef, non élu, est toujours un homme. Ensuite, le caractère hiérarchique de la communauté contredit directement l’exigence d’égalité. D’ailleurs, chef ou pas chef, la famille est de soi discriminante, excluant ceux qui n’en sont pas, incarnant et enseignant aux nouvelles générations les rapports de pouvoir aliénants qui subordonnent la femme à l’homme et les enfants à leurs parents.

Le divorce apparaît comme un simple changement de statut: le conjoint devient un «ex», voilà tout (nous sommes partis en vacances avec nos ex…). L’avortement n’est plus un crime, ni même un malheur, juste un droit de l’homme et un symbole de la liberté des femmes.

Quant à la notion de nature humaine, c’est un moyen de domination sociale qui nie la complexité du réel et inspire mille généralisations abusives. En réalité, tout est culture, au point que, pour certains théoriciens féministes, même les différences biologiques entre les sexes sont des faits culturels, c’est-à-dire acquis et modifiables.

Et le progrès ne cesse pas de progresser. Ce qui était ouverture hier est normalité aujourd’hui et sera nostalgie demain. Ne considérer, par exemple, que les deux sexes masculin et féminin, fût-ce pour revendiquer leur égalité, c’est faire preuve d’une «binarité» primaire, c’est tenir pour rien les statuts intermédiaires d’hermaphrodite, de transsexuel ou de transgenre, qui sont tout aussi honorables. Proposer à ceux-ci une opération chirurgicale pour les «normaliser» en homme ou en femme est attentatoire à leur personnalité. Le genre est multiple et chaque version en est pleinement légitime.

Avec cette disjonction du genre et du sexe, le corps finit par perdre toute signification. Il n’est plus que le support neutre d’une volonté libre de toute détermination. Dans son ouvrage La philosophie devenue folle1, Jean-François Braunstein en conclut, avec d’autres, que les théories du genre ne sont qu’une nouvelle forme du gnosticisme et de sa haine du corps.

Des discours fantasmatiques laissent entrevoir la suite, à l’exemple des couples à trois (trouples) et de la «polyparentalité», évoqués par un député à l’Assemblée nationale française. La GPA annonce une nouvelle forme d’esclavage féminin, avec des batteries de mères porteuses pondant à la demande. Quelques savants fous, au Japon, en Chine, en Californie, fabriquent des embryons en mêlant des gènes de porc, de rat ou de singe à des cellules humaines (transgénisme). A l’horizon, le transhumanisme recrée l’homme à l’image de ses délires, promettant de le rendre plus rapide, plus intelligent (?), pourvu de sens plus aigus, échappant au temps, à la maladie et à la mort.

Et le législateur suit. Il suit en traînant les pieds, mais il suit. Il est contraint de le faire, car il s’agit à chaque fois de mettre en œuvre le principe d’égalité. Comment pourrait-il ne pas se plier à un principe qui fonde son propre pouvoir? L’Église se plie aussi, pratiquant une sorte de compassion à bas seuil pour les souffrances (parfois réelles) de ceux qui se heurtent aux barrières des usages, des habitudes et des lois. Elle ne veut pas voir qu’en supprimant ces barrières, c’est toute la société qu’on affaiblit en profondeur.

Beaucoup cèdent simplement pour avoir la paix, une paix qu’ils n’auront jamais.

Et, à chaque recul, les autorités, tant politiques que religieuses, proclament virilement: jusque-là, mais pas plus loin. Le partenariat enregistré, oui, mais le mariage homosexuel, jamais; le mariage homosexuel, bon, mais pas l’adoption; l’adoption, d’accord, mais pas la «gestation pour autrui» (GPA); la GPA, pourquoi pas, mais jamais le diagnostic préimplantatoire; le diagnostic préimplantatoire, éventuellement, mais jamais l’avortement eugénique, etc.

On avance par cycles. Chaque nouveau droit ouvre sur un nouveau désir, qui se transforme en un nouveau besoin, lequel engendre un nouveau droit, et ainsi de suite. Il y a un lien de nécessité entre ces réalités objectivement distinctes. Il découle non de la logique, mais du caractère illimité du désir humain séparé de sa finalité. Ceux qui mettent en lumière cet enchaînement et imaginent les étapes suivantes sont accusés de faire des amalgames, de «peindre le diable sur la muraille», voire de «faire le jeu» de l’extrême-droite et de l’intégrisme religieux.

Illettrisme et novlangue neutralisent, simplifient, raidissent et réorientent la langue française. Certains mots sont frappés d’interdit, on nous impose des tournures épicènes, des formules mixtes et une orthographe «inclusive».

La famille est attaquée de mille manières, mais on peut en dire autant des autres institutions qui différencient et stabilisent les relations humaines. C’est en ce sens que l’extrême-gauche prône la «convergence des luttes», antisexiste, antiraciste, anticapitaliste, anticolonialiste, antihomophobe, antispéciste, etc. L’objet central de toutes ces luttes, le point de convergence, c’est l’individu, l’individu absolutisé et enfermé dans son absolu, privé de toute référence et de tout critère autres que lui-même, hébété de libertés illimitées.

 

Notes:

 

1  Grasset, 2018.

 

Source: https://www.ligue-vaudoise.ch/index.php?nation_id=4298

 

Reproduit avec l'aimable autorisation de La Nation - Ligue vaudoise.

 

Olivier Delacrétaz est le Président de la Ligue vaudoise

 

https://www.reformes.ch/portraits/2018/11/olivier-delacretaz-le-bonheur-de-respecter-ses-racines-reformes-novembre-2018

 

https://lesobservateurs.ch/2018/02/27/olivier-delacretaz-president-de-la-ligue-vaudoise-invite-de-la-rts-26-2-2018/

 

Fondée en 1931, La Nation est le journal bimensuel de la Ligue vaudoise. Ses rédacteurs sont tous bénévoles et comprennent aussi bien des étudiants que des retraités. Les rédacteurs responsables sont Jean-Blaise Rochat et Frédéric Monnier.

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